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 Article publié le 8 novembre 2010.

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Mettre de l’ordre dans mes idées, j’y travaille constamment, en écrivant… Mais mettre de l’ordre dans mes écrits, c’est une autre histoire, que je n’écrirai pas, celle-là !

La nature de mes textes est assez incertaine. Essais, poèmes en prose, récits, romans ?

Dans mes productions, seul le roman peut-être à mon sens clairement identifié : Le sang des femmes écrit avec Françoise Rodary, paru en juillet 2008 aux éditions Aréopage.

Expérience singulière et franchement jubilatoire : je me concertais avec Françoise, et nous partagions et discutions le fruit de nos recherches historiques, préalables indispensables à l’élaboration d’une fiction dont le double cadre historique - le monde rural de notre Haut Doubs natal à la fin du dix-neuvième siècle et la pratique des sages-femmes libérales de cette époque - exigeait une précision d’horloger… comtois !

En 2008, notre roman a été couronné par le prix littéraire qui lui convenait le mieux : le prix Pergaud.

J’ai toujours été amusé par les auteurs qui font rimer écriture avec torture.

J’ai connu une jeune femme à Besançon dans les années 80, qui après bien des hésitations devait devenir professeur de français. Elle avait écrit une nouvelle dans le style sec du Nouveau Roman. J’avais lu avec plaisir ce petit travail dont elle n’était pas peu fière. Ses dons étaient évidents, mais je me souviens avoir éclaté de rire en moi-même - je n’ai pas ri ouvertement ; pour ne pas la blesser, j’ai hypocritement feint l’extrême intérêt ! - quand elle s’est employée à me raconter le supplice que ça avait été d’écrire cette nouvelle.

Son supplice d’écriture était d’un drôle. Elle se décrivait passant plusieurs heures par jour penchée sur sa feuille, les yeux secs, à se torturer les méninges, avant que quelques phrases ne daignent faire leur apparition au bout de sa plume. Eh oui, pas d’ordinateur portable à l’époque !

Une telle sécheresse d’écriture m’est tout à fait étrangère. Je la ressens comme une espèce de radinerie.

Quand j’écris, je n’ai pas l’impression de m’économiser ; comme on dit à Besançon, je n’y vais pas à la retirotte.

 

J’ai oublié le thème de la nouvelle de cette jeune femme d’alors, à supposer qu’il en ait eu un. En revanche, je me souviens de la fausseté d’une image qui se voulait originale : un homme, caché derrière un buisson, voyeur et violeur potentiel, matait une femme ; jusque-là rien que de très banal, mais voici le faux : cette jeune écrivaine imaginait le voyeur s’excitant le sexe en le piquant avec des orties fraîchement coupées !

Autant vous dire que je suis sorti de ma lecture avec le sentiment que ce jeune auteur femme n’avait rien compris aux hommes et pas grand-chose à la littérature !

Vingt ans plus tard, j’ai connu un vieux poète fort estimable qui conspuait à l’envi dans ses éditoriaux la prétendue facilité d’écriture rendue possible selon lui par l’informatique : il se déclarait fièrement capable de distinguer dès les premières lignes un texte écrit à la main d’un texte tapé sur ordinateur. Quel exploit !

D’après lui, les tapuscrits de l’ère numérique engendraient des textes trop longs, donc insupportables, lassants pour le lecteur : le clavier permettait au poète de se complaire dans un étalage de style et de s’épancher sans retenue.

Adepte du coïtus interruptus littéraire, notre poète ne badinait pas avec le plaisir du texte ! 

Dis-moi comment tu écris, je te dirai comment tu fais l’amour !

En tous cas, une chose est sûre : j’ai commencé à douter de lui le jour où il a attribué à Françoise un texte écrit par moi et l’a publié sous son nom à elle !

Nous sachant liés, il rassemblait nos textes respectifs dans la même pochette…

Qui se ressemble s’assemble, certes, mais il y a des limites à ne pas dépasser ! S’il avait été le fin limier-lecteur qu’il prétendait être, alors deux choses auraient dû le frapper : le fait que Françoise et moi écrivons tous nos textes sur un ordinateur portable - en bons laptop freaks que nous sommes ! - et d’autre part que nos textes sont écrits dans des styles très différents qui les rendent impossibles à confondre !

Confus, le poète en question s’est fendu d’un mea culpa dans sa rubrique spéciale « A mes regrets ».

Exit le poète aigre-doux ! J’ai compris à cette époque que la frontière pouvait être mince entre un poète et un cornichon.

Dans Le sang des femmes nous avons tenté et réussi cette gageure : mêler nos mots comme deux fleuves mêlent leurs eaux.

Personne n’a été capable de dire si tel ou tel passage était de l’un ou de l’autre.

Et nous avons ainsi écrit le premier roman cybernétique de l’histoire !

7000 kilomètres de distance entre nous, elle à La Nouvelle-Orléans et moi à Lille, avec pour nous relier MSN et un bon casque !

Alors l’écriture comme torture, laissez-moi rire !

Avoir la plume facile n’implique pas que l’on écrive n’importe quoi.

D’ailleurs, par définition, le n’importe quoi est indéfinissable !

Un poème de Breton est-il n’importe quoi sous prétexte qu’il a été écrit automatiquement ? On sait tous que Breton retouchait ses textes ( à l’exception des Champs magnétiques écrits avec Soupault) : même ses Poissons solubles ont été intensément travaillés.

Alors amis de la plume, que vous soyez corbeaux, vanneaux ou oiseaux du paradis, que vous soyez exubérants, pépiants ou carrément jansénistes, peu nous importe : écrivez, écrivez comme vous le sentez, et nous lirons bien !

Et la nature de mes textes alors ? Essais, récits, poèmes en prose ?

A vous de voir. Je vous laisse juge. A vous de dire. Je vous cède bien volontiers la parole, ayant pour ma part beaucoup écrit.

Jean-Michel Guyot
31 décembre 2009

 

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