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 Article publié le 9 juillet 2010.

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Exercice

Peu à peu ou bien tout à coup. Je ne sais, ne saurai... poursuivons. Ici, maintenant. Ici, où ? Quand maintenant ? Savoir, pas moyen ! Donc, imaginer. M’imaginer. Accroupi, contre un mur, dans le noir. Accroupi, immobile, jusqu’aux yeux. Les miens ou les autres. Je ne sais, ne saurai. Ils voient le noir puis le gris. À leur droite, une grille, l’angle d’un mur.

La grille, parlons-en. Vaguement, les yeux la devinent. Plus nets, sans devenir distincts, vu le manque de lumière, les vides entre les barreaux. Dois-je en déduire, derrière le mur de la grille, l’existence d’un noir plus ou moins noir que celui où je suis, plus ou moins gris que le gris que je vois ? Impossible. Plus moyen. Jamais eu moyen.

Ici, séquestré, moi. Ou celui qui peut dire, je suis ici dans le noir. Imaginer. Une suite, une cause, un commencement. Peu importe. Pour continuer.

Un jour comme les autres, jour ouvrable sans doute, j’allais et venais, avec indolence et vertige subliminal. Tout à coup, paf ! en cage. Sans connaissance, sans nouvelles depuis.

Long silence. Imaginer un long silence. Des siècles. Aucun signe de vie. Puis peu à peu ou tout à coup. On ne sait, on ne saura. Ce noir, ce gris dans le noir, cette grille, ce mur que je vois, cet autre dans mon dos, l’angle qu’ils font à ma droite. Et cette voix, la première fois, tu es ici dans le noir, tu y resteras un bon moment. C’est un bon moment. J’entends dire, il y aura de bons moments. Il y en a eu, il y en aura. Encore.

Ici maintenant, une grille dans les yeux. Cette grille, idéale au passage d’un gardien ou tout autre tortionnaire, il y a un instant m’a fait imaginer cette histoire d’emprisonnement dont, à l’époque, j’aurais été la victime désignée. Sans preuves à l’appui, bien entendu. J’entends dire, cela va de soi puis que non. Je ne sais, ne saurai.

Imaginer la suite. Une suite possible. Rien ne s’oppose à ce que la grille tourne sur ses gonds et, ce faisant, laisse entrer et sortir, non pas quiconque, mais qui en a la clé, par exemple, ou qui de droit. Hypothèse impossible à vérifier. J’entends dire, oui et puis non. Car, d’où je suis, la grille sans serrure ni gonds reste fixe. Pour en déduire que la grille est scellée dans la pierre du mur (si le mur avec la grille est de même nature que celui où appuie mon dos), il n’y a qu’un pas. Entendu, poursuivons. Ai-je souvenir d’avoir vu la grille dans une position autre que scellée dans le mur ? J’entends dire que non, puis. Non, tu n’as pas souvenir d’avoir vu la grille s’ouvrir. La grille, le mur, le noir et le gris. Les quatre éléments du pays.

Quelqu’un dit, moi ou un autre. Non, demande. À qui ? Je ne sais. Ici accroupi depuis... quand ? Vieille question sans réponse. Depuis le jour... où, depuis toujours, ici dans le noir. Quelqu’un demande –toujours le même ou moi ou un autre– jusqu’à... quand ? J’entends dire, jusqu’à la fin. J’entends encore, tu ne peux pas te désister, vous ne pouvez plus, jusqu’à la fin. Tu resteras assis. Non, accroupi dans le noir, jusqu’à la fin. La grille est donc scellée et nulle trace de gardien. Peut-être mort, mort peut-être. On ne sait. Ici, maintenant, sans issue. J’entends dire que oui puis que oui. Continuons. Ici, maintenant, dans le noir contre un mur muni d’une grille inamovible, toi, jusqu’à la fin, seul, immobile, sans nouvelles du pays. J’entends dire, jamais eu de pays et encore, pays mort. Pays mort, jamais d’autre.

Tout à coup ou peu à peu, dans l’allée du jardin, de retour de la chasse, Père, couvert de son feutre terreux, dans son costume vert-de-gris. Fusil sous le bras, cassé en deux. Immobile ou en marche. Yeux immobiles, toi. Un instant, tu essaies... Puis tout s’efface.

Noir de nouveau et gris, mur et grille. Ici maintenant, toi ou un autre, accroupi, immobile contre un mur. Tu ne bouges pas, ne bougeras pas. Continuons. Immobile, ici maintenant, accroupi dos au mur, toi. Des yeux, les tiens ou les autres, voient. Croient voir ce qu’ils voient. Gris, noir, grille et mur, angle. Corps ? Oui, accroupi, immobile, ne bouge pas. Mains ? posées l’une sur l’autre, le tout sur les genoux. Pieds ? à plat au sol. Cuisses, contre les mollets. Poitrine, contre cuisses. Bas du dos, contre mur. Haut du dos, une courbe dans le vide. La tête : une boule. Poumons ? pas de poumons. Pas d’air, pas de nez. Air irrespirable. Voix dans la bouche. Non, pas de bouche. La voix s’entend. Oreille ! une grande oreille pour un oeil seul dans une tête. J’entends dire que oui et que non. Une oreille ou plusieurs, des yeux ou un seul. Pour le reste... Tu te devines dans le noir, accroupi dos au mur, avec un oeil, une oreille ou deux, séquestré, loin de tout. Continuons. Il y va de ta voix. Quelqu’un dit, il y va de sa voix.

Imaginer, pour continuer, un autre ou le même, ailleurs ou ici. Il y aurait un ailleurs. Il y aurait un autre, un même, une main amie. Là-bas, un autre dans une autre lumière, et lui –le même– à ta recherche. Comment savoir ? pas moyen. Aucun signe de vie, aucun signe d’une autre vie. Ici, toi. J’entends dire que oui puis que non. Poursuivons. Un autre, toi ou un autre. Je ne saurai. Imaginer.

Derrière le mur, lui. Toi, devant. Nous, dos à dos. Non, j’entends dire que non. Le mur dans ton dos, si épais, des siècles… de silence ! Reprenons. Quelqu’un, sur la droite, de l’autre côté. Proche ou lointain. On ne le voit pas. Je ne le verrai pas. Accroupi, pourquoi pas ? J’entends dire que non. Alors, en marche, allant et venant. J’entends dire que oui et que non. Enfin quelqu’un –peu importe la posture– me sachant dans le noir, se sachant loin de moi, ou proche. Debout ou couché, rien ne s’y oppose. J’entends dire que non. Allant ou pas, c’est selon. Sans nouvelles depuis... des siècles. Te cherchant. J’entends dire, quel besoin d’un autre comme toi ? Vieille question sans réponse. Continuons. Cet autre, le même, à l’existence présumée, présumerait la mienne. Poursuivons. Un autre comme moi, proche ou lointain. On ne le voit pas, je ne le verrai pas. L’imaginer. Un autre comme moi dans une autre lumière. J’entends dire que oui, cela va de soi, puis que non. Un autre comme moi dans la lumière. Laquelle ? J’entends dire, lumière inqualifiable. Un autre comme moi, égaré. Comment savoir ? Poursuivons. Un autre, de l’autre côté, ombre blanche. Je ne le vois pas, ne le verrai pas. J’entends dire que oui puis que non. Je ne l’entends pas. Je parle de l’autre, le même. Je ne le vois pas, ne l’entends pas. J’imagine. L’inqualifiable lumière. J’entends dire, ici sans lumière. Ici et ailleurs, d’ailleurs. Je tiens le greffe. Ça doit suffire. J’entends dire, non, ça ne suffit pas, puis oui. Il suffit d’être assis, d’attendre que peu à peu ou tout à coup ! Pour finir... non, pour commencer. J’entends dire finir, commencer. J’entends dire finir... au commencement.

 

 

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