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 Article publié le 9 juillet 2010.

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Parfois, ce sont des impressions mécaniques qui nous viennent. Nous nous disons – après tout, ce n’est pas à moi de le dire. Chacun le sait, dans ses paramètres réalitaires. Excusez-moi, j’ai encore usé de termes trop longs. On me l’a bien dit, pas plus de trois syllabes par phonème. D’ailleurs, j’allais dire morphophonème. Il a bien fallu que je me… oui, il faut.

Il faut que je me concentre ; chacun a sa partition. Et tout y est rigoureusement classique. De toutes façons, il y a gourance ou je ne sais plus lire.

Allons donc au cinéma, ne serait-ce que pour nous changer les idées. Là encore, il faudra bien y aller un jour, alors maintenant ou ailleurs…

J’ai à te parler, tu sais. Tu ne m’entends peut-être plus mais je vais en profiter pour te glisser quelques mots à l’oreille. Le machiniste fait un boucan infernal, derrière. Hier encore, j’appelais cela de la bruyaille. Et puis merde. Le début du film passe devant tes yeux, mais peut-être dors-tu. La bande-son est agressive, stridente. Mieux vaut dormir, oui. L’obscurité, la chaleur, les fauteuils – tout y incite. De la bruyaille, ou un boucan infernal, quelle différence ? Tu dors. Mieux vaut. Parce que j’ai à te parler. Tu le sais, maintenant.

Le sommeil ne te cachera pas cela, au moins.

Il y avait un film, l’autre fois. Thelonious Monk. Ce devait être mieux. Mais je n’en sais rien : je ne regarde pas celui qui passe à l’instant. C’est un tort ? Je sais cela au moins. Je connais des acteurs de cinéma qui disent de même. Mais attends, c’est une histoire et elle est très enrichissante. D’ailleurs, il faut bien. Je n’aime pas tellement les histoires. Alors, voilà. Tu te rappelles certains jours de novembre, par exemple ? Novembre, parce que nous sommes bientôt au printemps et que ce sont deux saisons sœurs et qu’elles ne se rencontrent jamais. Ces jours, le ciel ressemblait à celui d’un autre jour – un autre jour de novembre, je veux dire – et le ciel était clairsemé de nuages dérivant d’est en ouest (voilà qui est bien imprudent : n’était-ce pas le contraire ?) Oui, ce pouvait fort bien être dans ce sens ou dans l’autre. Mais ce n’est pas cela dont je veux me souvenir. Tu le sais fort bien, d’ailleurs. Alors, qu’était-ce donc ? Ah, ça. Suivons nos nuages pour le savoir. J’aurais très bien pu tirer dedans à grands coups de fusil à pompe, mais ce n’est toujours pas ça. À partir d’ici, tu noteras sans doute combien la vie est pleine de faux-semblants dont beaucoup ne sont pas des films. Mais allons ! ils y ressemblent. En ce lieu, en cette heure aussi, parce qu’il fait déja nuit, tout cela étant donc bel et bien lié à notre histoire, il serait déplacé d’insinuer le contraire.

Tiens.

Quelque chose m’a encore échappé. Et puis le silence est retombé. Tout cela est lié. Toujours une légation quelque part, et je me dis parfois qu’avec une bonne paire de ciseaux, je n’en aurais jamais fini d’éclater les liens ombilicaux, entre tel et tel évènements. Encore une mauvaise blague. Attends, il me faut tourner la page de cette saloperie de partition, je n’y vois vraiment rien. C’est comme cela qu’on glisse du mauvais coté de la mesure. Juste à cause de mauvais yeux ou d’une partition mal imprimée. Et hop ! Te voilà à contretemps. Les spectateurs fuient, bien sûr. J’en ai même vu un s’évanouir, un jour. C’est une sorte de panique… contrôlée, ou… autre chose, allons ! Allons ! Allo ? J’entends un bruit. Et il ne cesse. Sans doute vient-il de s’arrêter, mais il résonne si fort et bruyamment. Je mets de la musique – Coltrane, Spiritual – il est l’heure d’être spirituel, et ce sans même avoir la foi. Soyons donc. Il faudra encore du temps avant la fin de cette histoire. Mais il faut d’abord que je l’étale sur ton imaginaire. Seigneur, donnez-nous un peu plus que notre pain quotidien. Ah, oui ! Le cinéma. Le machiniste qui prépare son coup, là, derrière, dans l’obscurité. De nerveux spectateurs. Comme je sens qu’ils sentent ce qui se prépare, mais, allons ! Faut-il se fier aux impressions ? Je sens du même coup l’extrême urgence de délier mon destin des leurs. Mais je n’arrive pas à poser ma dernière carte. Je la regarde bien inutilement et j’attends mon tour. Mais impossible de s’en sortir. Et puis voilà, quelqu’un pose une carte – qui ? Je n’ai pas vu – et j’observe une issue. Calmer mon émotion, boire une bière – à quand les effluves ? Et là, vient mon tour, et je suis pour poser ma carte, mais…

Ce n’est pas celle-là que j’avais en main, tout à l’heure.

Je passe. Dans ce jeu tronqué, tu le sauras, tout est possible et la morale n’est plus même un drapeau mais un chiffon déja bien sale, dont on se sert pour essuyer la table. Et l’heure tourne. Le jeu progresse. L’histoire, elle, stagne.

Il faudrait que je t’en raconte d’autres, pourtant. L’histoire d’une histoire, qui s’est passée il y a très, très longtemps, à une époque dont je me souviens à peine. Mais je me souviens du moins de cette histoire. Elle m’a marqué. Elle était là, tournait d’une manière dérisoire sur elle-même et je ne sais si elle cherchait un début ou une fin ou encore une direction. Peut-être, ou non. Il lui arrivait de regarder le ciel et la terre, parfois l’horizon – mais le monde était décidément trop petit. Nous étions à l’extérieur et c’était au printemps – il y avait une brise assez fraîche, qui n’était sans doute pas mal venue mais… c’était un intérieur. Les murs, je les sentais bien. Ils étaient. Ils se cachaient sans doute mais je l’ai déjà dit. On ne me la fait pas. Et là encore, tout est là. Dans ces drôles d’impressions. J’ai vu des visages transformés par les affres du temps. Mais rien n’avait changé. L’histoire est toujours la même. Une mécanique bien huilée, au service de qui s’y plie. Mais à ce moment, tu viens de te réveiller et tu regardes autour de toi, les yeux encore pleins de ces rêves vaporeux qu’on peut faire, à cette heure, dans un cinéma, hors du jour et de la nuit. L’intrigue du film dévie pour se mettre à te concerner directement. Mais nul ici ne le sait. Quel scandale ! Mais la bande prend feu et l’image disparaît. Une sale odeur envahit la salle. Un incident technique, un attentat, qu’en sais-je ? Le machiniste vient vers nous et nous annonce froidement que la machine à images s’est emballée. Il ne sait pas ce qui vient d’arriver. Cela au moins est évident. La machine est foutue, nous dit-il, je n’ai plus de job aujourd’hui. Et il allume une cigarette. Il nous demande si nous connaissons quelqu’un qui aurait besoin d’un machiniste au chômage pour un premier rôle. Pour ma part, il ne me semble pas que… Il faudrait qu’il aille voir dans les milieux spécialisés. Il y a des corporations pour tout, maintenant. Et puis, peut-être a-t-on besoin de quelqu’un, quelque part, mais je n’en sais rien. Comme le silence est au plus fort, il voudrait parler. Mais la teneur de ses propos est si étrange et incompréhensible que chacun veut en éloigner son esprit. À l’extérieur, l’omniréalité nous attend.

En sortant, ce sont des impressions mécaniques qui nous viennent, avec la lumière. D’autres réalités dont l’écho se fait encore entendre, un bourdonnement qui paralyse ou étouffe les pensées, le réel en sourdine. La nuit est presque tombée alors que le jour était haut dans le ciel à votre dernière rencontre. Puis…

 

 

Le huitième cercle

 

 

Jour un

Les lumières de la ville sont trop vives pour mes yeux. Je n’aime pas avoir à sortir, ces temps-ci. De plus, il fait froid --- ce qui n’arrange rien.

Je me suis fait renvoyer ce matin. Mon patron m’a dit que je puais l’alcool. Alors je suis parti. Je suis allé boire un verre. J’ai du mal à croire que la journée ait pu passer si vite.

Il doit y avoir quelque chose de louche là-dessous. Lorsque je suis rentré chez moi, j’ai écrit au président de la République pour lui demander une entrevue. Je pense qu’il faut faire valoir ses droits de citoyen. Maintenant, j’attends sa réponse. Et en attendant, je prie.

La ville n’est pas très religieuse, ce soir. L’église est presque déserte. C’est impressionnant, sans doute. Mais j’ai toujours le trac quand il s’agit d’aller prier. Par contre, lorsque je rentre chez moi, je me sens mieux et je peux regarder mon réfrigérateur en face… d’homme à homme, pour ainsi dire. Ce soir, je me suis même décidé à l’ouvrir. Ce n’est pas qu’il soit plein à craquer, bien au contraire… Je ne suis pas très riche. En fait, il y a juste un cerveau.

C’est un cerveau humain, je crois. Je l’ai trouvé il y a quelques jours. Il pleuvait. Aujourd’hui aussi, d’ailleurs. Huit jours qu’il pleut. Du coup, je n’ai pas pu aller au travail. Je suis retourné chez moi. Parfois, je me sens comme tenu en laisse par mon appartement. C’est un peu comme si j’étais un yoyo. Mais ce jour-là, est-ce que je pouvais faire autre chose que de rentrer chez moi ? Je ne pouvais décemment pas me rendre au travail avec une cervelle sous le bras. Et dans le bus, de quoi est-ce que j’aurais eu l’air, enfin ? Les gens auraient parlé, m’auraient montré du doigt, ils se seraient posé des questions… j’aurais eu des problèmes, c’est évident.

Il y a quelque chose de pesant et d’angoissant à vivre seul avec une cervelle dans son réfrigérateur. On a beau dire, ça remet pas mal de choses en questions dans la vie de tous les jours. Je commence en effet à bien voir jusqu’où ça peut aller : perdre sa situation… Mais cela encore, c’est presque bénin, au fond. Le temps ne passe plus comme avant, surtout. D’ailleurs, ma montre vient de s’arrêter. C’est un détail, bien sûr, mais… Tant d’événements troublants en, somme toute, peu de temps, c’est effarant. On se dit : « Ça n’arrive qu’à moi ! » Alors que non, j’en suis persuadé. Ça arrive bien plus souvent qu’on ne le dit. D’ailleurs, on ne dit rien du tout. Croyez-moi, c’est un signe.

Jour deux

Hier, je vous l’ai déjà dit, je suis allé prier… À la sortie de l’église, il pleuvait encore. Alors, je suis vite rentré chez moi et j’ai fermé à double-tour derrière moi. J’ai allumé la lumière du corridor mais elle a sauté. Alors j’ai allumé une cigarette pour me calmer et je suis allé à la cuisine. J’ai fini par trouver la lumière en tâtonnant et, dès que j’ai appuyé sur l’interrupteur, une lumière vive, très jaune, s’est répandue dans toute la cuisine. Une lumière vraiment glaciale et certainement plus agressive que ce qui illumine la ville le soir… Il m’a fallu un certain temps pour m’y accoutumer. Mes yeux me faisaient mal ; j’avais peine à les rouvrir mais progressivement, les contours du mobilier de la cuisine se reformaient devant moi. Alors, quand j’ai pu distinguer ce que j’avais sous les yeux, j’ai été pris d’un frisson. Une vision épouvantable que cette cuisine.

Mon frigidaire n’avait rien d’un mauvais bougre. Je le connaissais bien, c’était pour moi une sorte de compagnon. Il ne m’aurait jamais joué un pareil tour de son propre chef. Je voulais expliquer tout cela à une antique connaissance, un ami si j’ose dire, ce matin au téléphone. Mais il a refusé de m’écouter. J’ai bien senti que je le dérangeais, peut-être parce qu’il n’était que cinq heures et demi quand je l’ai appelé. Il semblait agacé mais quand je lui ai parlé du réfrigérateur, il m’a raccroché au nez sans chercher à comprendre plus avant. Je suis resté avec le bip du téléphone ; j’ai essayé de lui parler mais sa compagnie n’est pas plaisante et j’ai vite raccroché au bout du compte. Je suis retourné à la cuisine pour y retrouver une désolation, une cuisine à l’agonie --- comme un être vivant dont le cœur aurait été arraché à vif.

Alors je me suis efforcé de ne pas rentrer cette nuit. Si mon réfrigérateur a pu disparaître, pourquoi pas moi ? Je ne suis pas rentré et comme j’ai été prier beaucoup plus longuement que d’habitude ce matin, j’ai dû chercher des subterfuges pour la nuit. Je me suis enfermé à l’extérieur, je me suis infiltré dans les rues les plus sombres que la ville renferme. Un vertige m’accompagnait, inexplicable et humiliant… Je ne suis pas sujet au vertige, comprenez. J’étais saisi de terreur à l’idée que le trottoir vienne à s’effondrer sous moi.

Je ne regardais ni devant moi ni sous mes pieds. J’ai marché en regardant le ciel, de peur de me retrouver projeté dans un abîme d’immatérialité. C’était une crainte superstitieuse, peut-être ; il faut mettre cela sur le compte de cette maudite disparition… Je le sentais bien : sous chacun de mes pas, le monde se dérobait. À chacun de mes pas, j’avais la sensation de jouer à la roulette russe.

Marchant, je réfléchissais. Mon destin me semblait de plus en plus fatal : la matière dont j’étais composé, je la sentais originaire des ténèbres et destinée à y retourner au plus tôt… Au milieu de cette pensée, je me suis aperçu qu’une nuit épaisse m’engloutissait. J’étais aveugle !

Je ne voyais plus rien, plus rien, où étais-je ? J’ai essayé encore quelques pas pour m’assurer qu’il y avait encore un sol sous moi. Une lumière brillait, non loin : il me semblait pouvoir discerner une fenêtre. Cette source de lumière m’a un peu rassuré mais j’avais peine à me mouvoir ; j’étais paralysé par une terreur qu’on n’éprouve qu’en rêve.

Une lumière différente de celle qui trahissait la fenêtre attira mon regard. Elle était faible mais sensible --- j’identifiais un lampadaire. Or cette lumière m’attirait à elle, je voulais la rejoindre. Je croyais m’être métamorphosé en papillon tellement l’attraction était puissante ! Mais la paralysie ne m’avait pas quitté et j’avais beau être attiré par un point lumineux de cet espace de nuit, je me sentais bien incapable de le rejoindre.

Cette lumière déjà faible s’éteignait. Je me suis senti triste à ce moment, comme s’il avait été l’heure de mourir pour moi. Mais la lumière est réapparue et a continué à clignoter un temps. Elle était sur le point de défaillir, je l’entendais grésiller, elle n’en finissait pas d’agoniser. Son grésillement emplissait mes oreilles, j’en étais abasourdi. Je ne sentais plus mon corps.

Si j’avais le sentiment que mon esprit était à la source de cette situation extrêmement désagréable, quelque chose m’assurait du contraire : il devait plutôt s’agir d’un glissement de la réalité autour de moi. Or, au moment même où je me formulais cette pensée, une lumière effroyable de clarté a fusé de toutes parts. La rue entière s’en est trouvée atrocement illuminée.

Composée de vieilles bâtisses délabrées aux façades de bois, lugubres comme des maisons mortes, cette rue semblait se prolonger à l’infini. Soudain, elle était devenue lumineuse comme en pleine journée. Seul le lampadaire qui m’avait donné un peu de lumière quand j’étais plongé dans les ténèbres diffusait une nuit en halo, une nappe d’opacité qui devait peut-être me soutenir.

Je regardais sur le côté, par un automatisme qui me montrait que mes propres réflexes ne m’appartenaient plus : à la fenêtre de la maison la plus proche, celle qui m’avait fourni un peu de jour quand j’étais arrivé au seuil de cette rue, une silhouette faisait des allers et retours, comme quelqu’un qui effectue un tour de garde. Je me suis arraché à sa vision. J’ai couru aussi vite que je le pouvais. Je fuyais, cherchant à rejoindre les quartiers animés de la ville.

Troisième nuit

J’ai poursuivi ma dérive longtemps. Je ne me suis arrêté que devant l’église et je me suis endormi sur son parvis comme un morceau de bois. Je crois avoir pleuré dans mon sommeil. L’église même me fermait ses portes. Dès le matin, pourtant, j’y suis retourné. Mes vêtements étaient trempés, tout mon corps était comme glacé, je me sentais affamé mais je n’avais plus envie que de mourir, de trouver un ultime repos. Je me suis installé sur un prie-dieu mais j’étais bien incapable de formuler une prière. Je me suis relevé, j’ai fait le tour de l’église comme un esthète qui prétendrait n’entrer dans une église que par sens artistique, pour évaluer les icônes et les bas-reliefs qu’elle recèle, comme des trésors d’humanité. Or, ces icônes témoignaient de bien autre chose que d’humanité. Qu’elles étaient inhumaines, ces Vierges ! Elles se riaient de moi, j’avais envie de les insulter tant leur regard consolateur se faisait narquois et ironique, pour moi ! Une voix humaine m’a arraché à ma contemplation.

« Mon fils ! » Je me suis retourné. Cette voix, elle m’était inconnue, ce n’était pas celle de notre curé. « Mon père ? », fis-je en le regardant avec méfiance, « Ce n’est pas vous qui… » Il m’arrêta : « Non, non, notre bon père Silisma est malade, et je le remplace momentanément. Vous semblez perdu, mon fils ? Mais vous venez trouver refuge dans la maison de Dieu, ce qui est une bonne chose… » Je continuais de le regarder, sans rien répondre. « Voulez-vous un café, mon fils ? » Je ne pouvais refuser. Je n’avais rien dans le ventre.

Nous nous sommes installés dans son bureau. Le père parlait mécaniquement, sans me regarder, sans attendre de réponse quand il me posait des questions. Pourtant, il a fini par s’interrompre et a commencé à me crier dessus : « Mais vous ne parlez guère, mon fils ! D’où venez-vous ? » Il y avait dans cette voix quelque chose de doucereux que je haïssais profondément, sans bien comprendre pourquoi. Ce curé avait le teint pâle, presque transparent, et une lumière noire brûlait dans ses yeux. J’ai fini par voir en lui une incarnation du Malin, figure transitoire d’une puissance inhumaine ! Il fallait que je trouve le moyen de m’en aller.

Je tentais de rassembler mes idées mais mon attention, attirée par la lumière de la petite lampe bleue suspendue juste au-dessus de nous, se dissipait. « Il faut venir nous voir plus souvent, mon fils ! », disait le curé maléfique en riant. J’avais la tête lourde, terriblement lourde. Je tremblais, je ne voyais plus rien que cette lumière bleue et j’entendais, comme en écho, la voix du curé qui répétait inlassablement : « Venez, mon fils, venez à nous… » Comme la veille au soir, j’avais la sensation de mon corps désintégré, je ne le sentais plus…

Je suis resté longtemps ainsi, suspendu dans le vide. Ce qui a suivi, je n’ai pu le reconstituer que par la suite, comme un rêve dont on se souvient au matin avec une précision plus ou moins grande. J’étais prisonnier d’un vaste réseau de barres métalliques enchevêtrées, prises dans un vide de givre. J’essayais de me mouvoir dans ce réseau, j’avais peine à faire le moindre mouvement tant le vertige et le froid me paralysaient. En-dessous de moi, je voyais bien qu’il n’y avait rien. J’avais la certitude que, si je lâchais prise, ma chute serait éternelle. Plus jamais je ne retrouverais de sol et cette sensation de chute indéfinie me serait si pénible qu’elle ne me laisserait que le désir de pouvoir m’écraser enfin.

Et cette lumière blanche ! Elle me dévorait. J’ai eu accès à une paroi, à un moment, il me semble… Mais ce soulagement a été de courte durée : la paroi était lisse, huileuse, et ne m’offrait aucune issue. Je me suis retourné. Pour mon malheur, j’ai regardé au-dessous de moi. Comme un cœur palpitant, bouillonnait l’incompréhensible source de la lumière blanche ! Mes mains ont lâché prise, le précipice de givre s’est ouvert à moi.

L’éveil a été immédiat. J’ai pris conscience de mon corps recroquevillé en position fœtale sur le sol de ma cuisine. J’étais chez moi, j’occupais exactement la place de mon réfrigérateur disparu. Il m’a fallu plusieurs heures pour m’assurer que c’était bien moi qui me trouvais là, que j’étais sur le sol de ma cuisine, il m’a fallu du temps pour retrouver ce que j’oserais à peine appeler le sens des réalités. En l’occurrence, il ne s’agissait guère que de la croyance en mon corps, dans ma capacité à le manœuvrer dans un espace tangible et stable. Je retrouvais un peu de foi en ce sol, ces murs, ce plafond qui étaient ceux de la cuisine, en cette cuisine qui était celle de mon appartement. Il m’a fallu plusieurs heures pour me décider à prendre la position assise.

Assis en tailleur, toujours installé à la place du réfrigérateur, j’ai essayé de réfléchir à mon sort. Que faire ? Je n’avais pas de réponse à cette question, bien sûr. Pour lutter, il faut du moins pouvoir situer son ennemi. J’en étais incapable. Même mourir ne pouvait me procurer le repos. Je comprenais bien que je n’étais pas maître de ma propre mort.

J’ai fini par me lever et j’ai voulu faire le tour de l’appartement, comme pour une inspection policière méthodique. Tout était en ordre. Oui, tout était extrêmement bien rangé, et cela m’a paru pour le moins étrange. Je repensais au désordre dans lequel j’avais laissé mon logis, la veille. La bibliothèque était époussetée, le sol plus propre que je n’ai jamais su le rendre, rien ne traînait. J’ai sorti une bouteille de vodka, je me suis servi un premier verre.

Réfléchissant, je vidais méthodiquement la bouteille. De l’étonnement, je passais à la rage, de la rage à la tristesse, mais à une tristesse profondément désespérée, tandis que me revenait obsessionnellement une question éprouvante : que faire ? Aucune réponse ne me venait. Je voulais acheter une arme, mais l’idée m’a semblée dérisoire. Partir, mais où ? La puissance à laquelle j’avais affaire se moquait bien de mes déplacements, comment ne me retrouverait-elle pas à l’autre bout du monde ? Chercher la protection d’un exorciste, alors ? Mais je voyais bien qu’en dépit de mes efforts, je ne croyais plus en Dieu. Je n’avais plus que le Démon pour m’expliquer l’ordre du monde ! Il me restait à aller au courrier.

En me levant, je me suis senti oppressé par l’ordre qui régnait dans mon appartement, si inhabituel pour moi. J’ai jeté la bouteille de vodka pas encore vide sur l’armoire à glace, le miroir s’est brisé. J’ai soulevé la table pour la renverser, jeté à bas la bibliothèque et le poste de télévision, détruit la vaisselle que contenait la commode. Les bibelots, je les ai écrasés. L’idée de chercher mon courrier m’échappait tout à fait, je voulais en finir. Je me suis précipité sur la fenêtre, prêt à me détruire. Le ciel était d’un rouge de sang et de feu, un vent pressant et sonore roulait sur le monde : une vision d’apocalypse ! Un spectacle de toute beauté. Je me suis précipité au-dehors.

La concierge m’a interpellé au moment où j’allais sortir : « Monsieur, votre courrier ! » Je me suis retourné sur elle. « Vous n’avez aucune conscience de ce qui arrive ? Les enfers descendent sur la terre et vous me parlez du courrier ! » Je l’ai saisie à la gorge, cette pauvre femme, je l’ai pressée si fort qu’elle est morte sur l’instant, je crois. J’ai lâché ma prise ; elle est tombée comme une feuille. J’ai tout de même récupéré mon courrier : enfin, le président de la République m’avait écrit !

« Nous avons examiné votre situation avec la plus grande attention… Nous vous prions de vous rendre au plus tôt au siège de la présidence, muni de la présente… Nous vous prions d’agréer… »

C’était parfaitement absurde, je m’en rendais bien compte. Le sort continuait à se moquer de moi. Un rire m’a échappé et m’a épouvanté. J’ai fourré la lettre dans ma poche avant de sortir. Un ciel de fatalité régnait sur notre ville. Les gens s’attroupaient, terrorisés. L’épouvante se lisait sur leur visage, ils n’osaient dire un mot. Et je me réjouissais.

Jour quatre

J’avais cru que la pluie cesserait, mais non. Je ne veux plus sortir. Ce serait plutôt mauvais.

Plutôt mauvais, oui. J’attends, et je regarde les choses telles qu’elles sont, mon intérieur qui se délabre, la fenêtre qui m’offre le spectacle d’un monde qui s’en va à vau-l’eau. Je suppose que ce à quoi j’assiste, c’est à l’établissement d’un nouvel ordre de choses. Plutôt mauvais, oui… Il y avait un homme, à l’instant, à l’angle de la rue, il regardait sa montre comme s’il minutait une action, je ne sais pas… mais il a disparu. C’est ainsi que vont les choses, désormais : vers leur disparition.

Quant à moi, j’en suis toujours à chercher à comprendre, même si je me doute bien qu’il n’y a pas à se casser la tête, au fond. C’est machinal, comprenez : l’esprit humain est ainsi fait qu’il cherche toujours à remettre les choses dans un certain ordre, même s’il n’y a pas lieu. Or je vois bien qu’il n’y a pas lieu de chercher à remettre les choses en ordre, mais j’y trouve une occupation… D’ailleurs, je n’ai pas le choix.

Sous ce ciel d’apocalypse, j’ai éprouvé une certaine euphorie. Vous dire pourquoi serait bien ambitieux de ma part. Néanmoins, il me semble que j’y trouvais un réconfort, dans la mesure où j’avais désormais le sentiment de n’être plus seul dans mon malheur. Sinon l’univers, du moins toute la ville où je vis partageait mon sort. En traversant la foule hébétée et hideuse, j’avais le sentiment qu’elle ne constituait qu’un seul être organique, voué à la terreur. J’avais en moi un sentiment de toute-puissance tel que je me croyais capable de détruire cette masse humaine d’un seul coup de couteau bien placé… je n’avais qu’à chercher où viser…

C’était peut-être un délire, je n’en sais rien, mais je me faisais cette réflexion avec beaucoup de sérieux, cette pensée m’apparaissait d’une grande évidence. Lorsque j’ai relevé la tête, pourtant, je me suis aperçu qu’il n’y avait plus personne autour de moi. J’étais seul. La rue où je m’enfonçais était un passage étroit, qui paraissait sinueux. Mais je savais, au bout du compte, où ce chemin me conduisait.

Je n’ai pas tardé en effet à retrouver les bâtisses délabrées aux façades de bois de cette rue qui m’avait envoyé dans un vide fait de givre, la nuit précédente. Mais la lumière avait changé : l’air était pourpre. Le ciel violet projetait sur les habitations une lumière froide, comme photographique. Le sol ne me donnait pas encore la sensation pénible de se dérober sous moi, ce que je redoutais par-dessus tout. J’évoluais avec d’autant plus d’aisance que je comprenais bien que c’était dans cette rue que je devais trouver la Présidence de la République.

Pour m’en assurer, j’ai déplié la lettre que j’avais fourrée dans ma poche. Elle s’est consumée sous mes yeux, je n’ai pas eu le temps de retrouver la mention de l’adresse de la présidence. La confirmation en était superflue : je me suis dirigé vers la maison dont la fenêtre s’était éclairée quand toute la rue s’était vue plongée dans une nuit infracassable. La grille a fait un bruit effrayant comme le son d’une voix humaine, la voix de quelqu’un qu’on écartèlerait (ce détail peut paraître excessif mais cette ressemblance m’a semblé évidente, quoique je n’aie jamais assisté à aucune scène d’écartèlement). Parvenu sur le perron, j’ai ouvert la porte sans frapper et je me suis avancé dans le vestibule et une fois dans le salon, j’ai remarqué un poste de télévision. Il était allumé. L’image était nette mais je ne comprenais pas à quoi elle correspondait. De même, les bizarreries du son m’échappaient tout à fait, je comprenais tout juste qu’une voix humaine tenait des propos dans un langage qui paraissait humain. Je restais fasciné par le téléviseur, son programme incompréhensible m’absorbait complètement quand une voix épaisse a retenti : « Quel genre d’agent êtes-vous donc ? »

Je me suis retourné brutalement. L’homme qui venait de m’interpeller était une masse corpulente. qui tenait d’une main une grosse hache au fer sanguinolant. J’ai essayé de lui dire que j’avais rendez-vous avec le président de la République. Il n’attendait guère de réponse. Déjà il avait soulevé sa hache qu’il pointait dans ma direction. Je me suis projeté sur le côté, j’ai réussi à éviter ce premier coup de hache. L’outil était planté dans le sol. Je me suis faufilé derrière un canapé. Comme il s’efforçait d’extraire son arme profondément incrustée dans le parquet, je me suis jeté sur lui, utilisant le canapé comme bouclier. Le molosse est tombé droit sur sa hache. L’instrument s’est délogé sous le poids du bonhomme et lui a défoncé l’entrejambe. Un hurlement épouvantable a retenti. J’ai tiré le bonhomme par les jambes, ce qui a eu pour effet d’enfoncer plus profondément la hache au niveau de son ventre. J’ai pu reprendre mon investigation.

Déjà mon attention s’était fixée sur un détail de la pièce que je n’aurais pu remarquer si je n’avais eu l’ingénieuse idée de déplacer le canapé : une trappe. Une fois soulevée, un joli escalier de bois s’offrait à moi.

Cinquième temps

Ma descente aux enfers n’avait donc pas cessé. Le temps d’ouvrir la trappe, j’étais en bas. On n’y voyait goutte. J’ai allumé mon briquet : il ne dégageait qu’une flamme sans éclat, qui n’illuminait rien de cette pièce basse de plafond. Je m’avançais, penché, cherchant une paroi que j’ai fini par rencontrer. M’avançant avec prudence, je suis parvenu à trouver un interrupteur. Une lumière bleutée a alors envahi la pièce, que j’ai reconnue sans peine : elle n’était autre que le bureau du curé que j’avais rencontré, à l’intérieur de l’église. Sur sa table de travail, il y avait encore les gobelets dans lesquels il avait servi le café. Plus stupéfiant encore, le curé lui-même était installé à son bureau, mais il avait l’allure d’un mannequin, inanimé et désarticulé comme il était.

J’ai fait le tour du bureau et, passant derrière le curé, une cavité, au-dessus de sa nuque, a attiré mon attention. On pouvait y passer la main. L’intérieur était creux et parfaitement lisse. Ce crâne vidé de sa substance m’a rappelé le cerveau que j’avais trouvé dans la rue, un méchant jour de pluie mais cette pensée m’a laissé perplexe. Plutôt que de répondre à mes questions, elle en suscitait de nouvelles, qui se ramifiaient : le cerveau que j’avais gardé dans mon réfrigérateur était-il celui de cet homme ? Ou bien : avais-je affaire à un vaste trafic de cerveaux ? Et où était mon réfrigérateur ? Où était le cerveau du curé ? Je voulais en savoir plus. Comme j’étais pour sortir, la porte s’est ouverte. Le Démon en personne --- il n’avait nullement besoin de se présenter, j’ai su dès que j’ai vu sa silhouette qu’il s’agissait du Maître, non d’un entre ses larbins. C’était Lui en effet, mais n’allez pas imaginer qu’il était doté des cornes et de la queue dont l’affuble l’imagerie traditionnelle : c’était un homme de stature moyenne, élégamment vêtu d’un costume sombre à queue de pie, au visage sévère et comme profondément ennuyé. Son monocle lui donnait un air de gentleman triste, arraché à un temps indéfini. Il avait à la main une truelle.

« Vous auriez bien voulu me le voler, n’est-ce pas ? Vous croyez peut-être qu’on peut se jouer du Démon impunément, monsieur ? Regardez-vous, enfin, vous n’existez qu’à peine, vous n’avez pas de nom… Et vous vouliez garder cette cervelle pour vous ? Qu’en auriez-vous fait ? Savez-vous le travail que me demande l’extraction d’un seul cerveau ? Combien de temps je passe sur la moindre tête que je cisèle ? Vous êtes ridicule, monsieur, à prétendre vous approprier ce qui ne peut définitivement pas vous appartenir ! Si au moins vous vous étiez mis en recherche de votre propre cervelle ! Mais je ne crois pas que l’idée vous en soit même venue, je me trompe ? » Il est ensuite parti d’un rire discordant, sonore, douloureux à entendre. Je n’ai pas résisté à ces propos blessants, à ce mépris affiché : je lui ai décoché un coup de poing au visage. Et de l’autre poing, un coup au ventre. Le diable s’est plié en deux. Je l’ai saisi par les cheveux et je lui ai cogné la tête contre le mur le plus proche plusieurs fois avant de le projeter de l’autre côté de la pièce.

Sans me retourner, je suis sorti du bureau. J’ai couru comme un dératé, dévalant des couloirs compliqués, passant devant des dizaines de portes comme si je m’étais trouvé au siège d’une administration considérable, extraordinairement ramifiée. Parvenu à l’extérieur, j’ai dévalé les rues étroites qui m’avaient conduit à cette maison infernale. Le ciel reprenait une teinte bleutée. Les gens semblaient sereins dans la rue, mais de petits démons, pareils à des anges et armés de truelles pointues, s’accrochaient à eux comme des sangsues, et collés à leurs nuques leur creusaient le crâne, à tous, sans exception. Je me retournais sans cesse, craignant de voir un de ces anges monstrueux se jeter sur moi. Parfois, j’avais le sentiment de marcher non pas sur un trottoir mais sur le bord d’un gouffre sans fond. Et c’est dans un état de panique effroyable que je suis parvenu au pied de mon immeuble.

Jour six.

J’ai acquis une conviction, qui vaut ce qu’elle vaut ---- on ne peut pas savoir : l’abîme n’est pas infini. Celui qui s’y trouve précipité, celui-là connaîtra forcément, à un moment, la consolation de s’écraser au sol. C’est pourquoi la terre est si fertile. Nous voyons qu’elle se nourrit des âmes de ceux qui, comme moi, font l’objet d’une damnation quelconque. Je ne pleurerai pas sur mon sort, non. --- Je me suis résigné. La première chose à laquelle je me sois résigné, cela paraîtra peut-être stupide, c’est à la disparition de mon réfrigérateur. Et je crois bien, quand je repense aux événements qui ont marqué ces journées dont je termine ici la relation, que c’est cette disparition qui m’a le plus éprouvé. Le reste m’est indifférent.

Je ne sortirai plus. Je connais bien maintenant les parcours que m’offre la ville et les réponses qu’elle a pour moi. Je ne me pose plus de questions, d’ailleurs, ou plutôt si ; mais l’ultime question que je puis à présent me poser, je sais que je n’en trouverai pas la réponse ailleurs qu’en moi-même. Je puis me regarder dans un miroir, encore, mais ma silhouette, je la regarde comme un hiéroglyphe indéchiffrable. Il faut avoir le courage de voir plus loin, d’aller plus en profondeur. C’est-à-dire que je dois encore ciseler le pourtour de mon crâne, parce que c’est la dernière chose qu’il me reste à apprendre. Ai-je encore toute ma tête, c’est-à-dire ---- ma cervelle ? Je garde en mémoire les propos du Démon ; ils me tourmentent, jusqu’à l’obsession. J’ai beau boire, je ne trouve pas l’ivresse. Tout ce qui me reste, dans ces conditions, c’est cette scie circulaire, idéale pour l’opération que je me propose d’effectuer. Or, je vois bien qu’elle n’ira pas sans difficultés… J’ai bien pensé demander l’aide d’un voisin, mais je crains trop leur réaction. J’ai appris à connaître la nature humaine, et je ne me fais plus guère d’illusion à ce sujet.

L’important, c’est de découper proprement, de ne pas y aller trop brusquement, pour ne pas endommager la boîte crânienne. Ce n’est pas que je craigne pour ma vie, ou pour ma santé. Tout cela n’importe plus le moins du monde à mes yeux. Non, je veux juste témoigner, par le soin que j’aurai apporté à mon opération, de mon respect pour la création, pour l’œuvre de la nature, pour cette vie inaltérable dont j’aurais connu la face sombre, mais qui, je le sais, se poursuit au-dehors de moi dans la lumière du bien. La découpe du pourtour de cette tête est une affaire de grande patience. Je veux en profiter pour réfléchir à toutes ces choses qui attestent de la présence d’un Dieu, même si comme des vagues, de noires pensées me viennent qui me représentent que ces choses, par elles-mêmes minuscules et infimes, comme si toute cette présence divine se trouvait renfermée dans l’activité des insectes ou de microbes quelconques, toutes ces choses sont à l’agonie. Je me refuse à croire cela. Je branche la scie électrique et son bourdonnement, je l’assimile à une prière. Oui, il ressemble tout à fait au murmure d’un priant, comme parfois encore, même à notre époque, on en rencontre dans les églises. Lorsque je l’approche de ma tête, le bourdonnement est modulé et j’y entends des syllabes ferventes, qui se répètent inlassablement, comme une ronde. Le miroir guide ma main ; ma main ne tremble pas. Le monde baigne dans une lumière sereine.

 

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