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Virez-moi ces conards
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 Article publié le 27 mars 2004.

oOo

Les reconnaissances de William Gaddis a été publié en 1955
c’est un grand roman, aussi bien le roman de notre génération qu’ulysses a été celui de la sienne
seulement vendu quelques milliers d’exemplaires parce que les critiques ont fait un travail dégueulasse
- 2 critiques se sont vantés de ne pas avoir terminé le livre
- un critique a commis 7 bourdes
d’autres se sont gourrés sur le nombre de pages, année, prix, éditeur, auteur et titre
- et d’autres incroyables conneries comme prendre un diabétique pour un camé
- un critique a repiqué son texte dans la notice publicitaire, fragment d’une autre revue
- un critique a appelé le livre "dégoûtant" "diabolique" "ordurier", il a besoin "qu’on lui lave sa bouche avec du savon"
d’autres étaient dédaigneux ou condescendant
- 2 de 55 critiques étaient sensées
les autres puaient l’amateurisme et l’incompétence

échec de reconnaître la grandeur du livre
échec de transmettre au lecteur ce que le livre est, quelles sont ses qualités essentielles
falsifiant tout cela avec des idées stéréotypées - le cliché standard du livre "ambitieux", "érudit", "long", "négatif," etc.
prenant la compétence pour un baratin inhumain

- suggestion constructive : Virez-moi ces conards !

j’ai entendu parler des reconnaissances dans une revue
dans le New-Yorker
le critique disait que le livre ressemblait à Ulysses, mais pas si bon

dans sa propre et anonyme condescendance et autodamnation :

Dans la forme, le contenu, la longueur et la richesse phanopoétique, aussi bien que dans la syntaxe, la ponctuation et même la typographie, ce roman défie le lecteur pour se comparer avec "Ulysses" de Joyce. Si défié, que le lecteur est obligé de reconnaître que tandis que M. Gaddis a été très courageux, Shem le Clerc a gagné le jour.

(se faire passer pour "le lecteur" au lieu de "moi" est un truc pour feindre la modestie tout en assumant une autorité impersonnelle imméritée
il donne son avis comme un simple être humain
ou le mien
ou le vôtre
ou celui de n’importe qui
ricanant
mais après que "le lecteur" soit domestiqué par l’Autorité,
payé par quelques dollars minables pour quelques heures d’une lecture de boutonneux,
"le lecteur" devient dieu ?
objectif ?
plein de sa qualité de riche ?
ou toujours le même idiot, jouant prudemment)

j’ai eu la chance de ne pas lire une critique indifférente morte, mais une vicieuse qui a titillé ma curiosité de buté
j’ai supposé qu’un livre pouvait imiter Ulysses et être toujours assez bon donc je l’ai acquis
comme les critiques imbéciles j’ai d’abord été déconcerté par la longueur du livre, plus de 400.000 mots aussi j’ai commencé à zyeuter et à feuilleter - allant et revenant dans cette matière
après quelques jours j’étais tout à fait désorienté me demandant "ce que ce type essayait de faire"
j’ai consulté mes amis
"est-il bon à rien ou a-t-il vraiment trouvé quelque chose ?"
une vue équilibrée, judicieuse

j’en étais encore à pénétrer le livre et à me faire à la cacophonie narrative, chose nouvelle pour moi
mais je suppose que j’étais un criticouillard,
formé par des années de contrefaçon pour penser qu’aucun livre ne vaut la peine d’être lu soigneus ement à moins que tout le monde ne l’ai déjà lu
condamné à passer en revue des tas de livres médiocres en un rien de temps
je n’aurais pas eu à
je n’aurais pas saisi l’occasion d’écrire au moment de confusion maximale
mon génie de la lampe ne me pousserait pas à précipiter le travail avant d’avoir compris ce qui est nouveau
déguisant mon ignorance avec un baratin ennuyeux et des remarques intelligentes sur ce que je n’ai pas compris
et par prudence les dernières rengaines des Philistins effrayés du times & saturday review
et si je déteste plus ou moins clairement les bons livres ?

n’étant pas un criticouillard je peux continuer de lire les reconnaissances
au lieu de l’oublier parmi les 10 canards du mois
des années après,
je suis encore pâle de fascination
et je le relis
et je jure par tout le travail que j’ai accompli
et que j’accomplirai
que les reconnaissances est un grand travail d’art
aux yeux de tous je ne connais pas un aussi grand roman qui ait été constamment brocardé par les ennemis de l’art
mais c’est possible maintenant,
par ces temps d’indifférence et de décadence,
et ça ne doit pas arriver
des années après que le critique imposteur ait jeté les livres de gaddis aux oubliettes
qu’il soit aussi oublié
comme si nous ne possédions pas une glorieuse industrie du livre
avec de glorieuses salles de réception
et du fric pour tout le monde sauf pour les écrivains

Traduction : Patrick CINTAS


Texte complet :
Fire the bastards ! by Jack Green

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