Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
nouveauté : N3
roman in progress

En ligne : cliquez
Deuxième partie - La pyramide des discours, du clinique à l’abstrait
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 20 mars 2005.

oOo

I

 

Les récentes décennies ont clairement montré que l’écrivain est double. On a beau, régulièrement, poser des pièges pour attrapper la soi-disant imposture de la pensée moderne, de l’âne peintre à Sokal, traquenard posé le plus souvent par des individualités de formation scientifique au service de la technologie ou par des adeptes de l’indiscutable en religion comme ailleurs, autres formes d’imposture plus perverses encore, et dans ce cas trouver les médiocres éditeurs de la farce, médiocres mais agencés pour améliorer le compte d’exploitation de leur entreprise, l’écrivain véritable ne se prend pas au collet où ses zélateurs sont quelquefois contraints d’exprimer leur insuffisance intellectuelle. En ne prouvant rien, mais en attirant l’attention sur les failles possibles de ce qui est, philosophiquement, une méthode de pensée, on ne réussit pas à condamner définitivement. L’imposture des religions est partagée par le plus grand nombre, quant à l’imposture scientifique, ballotée entre les ambitions personnelles et les services rendues à l’industrie, elle s’est installée en pratique, exactement sur le modèle de l’imposture commerciale à quoi la justice ne trouve rien à redire, au contraire le mensonge commercial, comme en religion d’ailleurs, n’y est point un "péché capital", de ceux qui conduisent leurs auteurs en prison. Dans un monde où la permission, le privilège et la recommandation sont des principes reconnus et dans la mesure où l’application de ces principes ne trouble pas les conceptions communes de l’échange et des flux, c’est encore l’art qui commet le moins d’impairs, et c’est l’artiste qui endure les vicissitudes de ses prémonitions. Malgré tout le sang (de boeuf) répandu sur les planchers de je ne sais plus quel musée à New York, dans ce beau pays que sont les Usa, l’artiste a plus facilement conquis ses lettres de prolétaire que cette espèce d’accès à la noblese qui consiste à être un homme de loi, un politicien, un journaliste, un homme d’affaire, un ingénieur et même un scientifique (a lawyer, a preacher etc.). Il n’est donc pas étonnant que l’artiste, s’il n’est pas au service de cette noblesse de la démocratie américaine, éprouve quelque difficulté à se faire entendre et surtout à être pris au sérieux. Que dire alors des ex-dictatures européennes qui n’ont pas rompu avec leur passé criminel, que dire du vide proposé à la place de l’abstraction (des bandes, des ronds), que dire du populisme joyeusement entretenu par l’État et de la vogue du fonctionnaire promu au plus hautes charges nationales, de cette outrecuidance qui consiste à confier à un fonctionnaire des impôts, déjà promu au titre d’économiste, le dur labeur d’une constitution qui réclamait des juristes conformes au précepte, jamais appliqué dans ce triste empire qu’est la France, de Diderot : il vaut mieux de bons juges que de bonnes lois ? À côté de ces délits contre l’humanité, les erreurs de l’écrivain, y compris ses errements compensatoires, ne sont que des babioles de l’anecdote littéraire, des écailles d’une surface en constante rénovation. Mais quelle distance entre le châtiment appliqué à Céline et le silence accordé aux pourvoyeurs du mur de l’Atlantique, quelle injustice flagrante, quelle ignominie.

 

II

 

Il est communément admis que celui qui ne répond pas à l’attente est soit un fou soit un brigand. Tout le droit se fonde sur ce qui est une perception des autres et non pas sur les faits qui se structurent en circonstances. Le droit ne pardonne pas, il tranche. L’enfermement et l’exclusion découlent de cette activité à la fois lucrative et ordonnatrice des moeurs (primordiale, elle a tendance à abuser de ces distinctions sans proposer d’autres choix, - accessoire, elle ne croit plus au malheur d’être moins que celui qui hérite ou acquiert par un autre moyen défini par la loi). L’écrivain, considéré comme une espèce de délinquant si personne ne l’introduit dans le cercle des pouvoirs exercés sur l’autre sans son consentement (dont le vice, en droit, ne peut être que contractuel), n’échappe pas à cette pratique. Nous avons donc à proposer à l’humanité que nous sommes en ce moment précis de notre existence, un écrivain-fou et un écrivain-charlatan. Tous les écrivains, y compris ceux qui servent à quelque chose, sont inclus dans l’une ou l’autre de ces catégories. Il n’y a pas de place pour autre chose que la folie et le charlatanisme, entre un état physiologique et un comportement coupable. Mythomanie (à établir) ou imposture (civisme ou incivisme). Les guérisseurs se pressent au portillon avec leurs f(ph)iltres (mesurer l’importance que ce mot a prise dans les technologies de l’informatique, lieu sensible de la communication possible sans échange). Et on assiste alors encore à l’invention d’un jargon à la place du langage (Quine, si cher au coeur des hommes de science, les Classiques, Racine à la place de Rabelais, n’importe quel écrivain à la mode en lieu et place de celui qui menace de persister, etc.), ce qui ruine toutes les espérances que l’écrivain a placées dans le recours à la poésie. C’est la langue des biographies et, si l’écrivain en question jouit d’une certaine, bonne ou mauvaise, réputation, on n’attend pas les conclusions de son agonie pour le pétrifier. La langue qui sert de language n’est jamais la nôtre, lapalissade qui en dit long non pas sur le destin qui nous "donne" la vie à tel ou tel endroit de la croûte terrestre et à telle ou telle époque de son évolution historique, mais sur les limites à ne pas dépasser sous peine d’être considéré comme un écrivain et non plus comme ce que nous souhaitons paraître aux yeux des autres. L’usage de la langue est déterminant. La littérature est un usage déterminant.

 

III

 

Alain soupçonne "que Balzac a porté à une perfection incroyable l’art d’inventer en écrivant", ce qui laisse supposer que cet art existait depuis longtemps avant Balzac et même, Alain ne le précise pas, que cet art a toujours existé, qu’il est partie de l’écriture, qu’il n’y a pas d’écriture sans cet art. En voilà une question. Ailleurs, Jouhandeau nous apprend que "l’oeuvre que j’avais rêvé de construire, je n’en aperçus les grandes lignes que beaucoup plus tard, comme il se devait, je veux dire la chose faite". Ce qui est supposé être, par les surréalistes, un mécanisme psychique pur, ne serait pas à l’intérieur de l’écriture, mais à portée de l’écriture. Voilà le genre de chose qu’on peut supposer, dont on peut avoir une intuition claire, mais qu’il est impossible de prouver, de rendre indubitable, par les faits, c’est-à-dire au moins par la lecture. Est-il raisonnable d’y attacher de l’importance, c’est au fond la question qui se pose chaque fois qu’on s’apprête à débiter de la théorie en tranches maintenant que les dissertations euclidiennes ne sont plus possibles et que même la dissertation euclidienne laisse franchement apparaître ses insuffisances logiques (elle n’aurait plus qu’une valeur "historique", en dehors de ses résultats indubitables). Ces constats ne relèvent pas de la pensée mais du désir ou de la paresse. Ils servent à écrire, ils proposent des méthodes pour écrire ou pour se prélasser ou plus sérieusement pour influencer les autres, mais ils sont extérieurs à l’écriture, ils font partie de la Révélation et non pas de la Découverte. Or, il est précisément nécessaire de donner aux hypothèses plutôt le lit de l’aventure que celui des prophéties, si l’on veut aller plus loin que la dernière nouvelle. La question serait alors de savoir par quoi, par quels signes francs l’aventure commence. Se poster en coin ne semble pas servir à grand-chose, demander son chemin aux autres peut finalement ne démontrer que leur déloyauté dès qu’il s’agit d’être sincère, et, comme on l’a vu, croire ou ne pas croire est une activité stérile malgré les apparences de flux.

 

Si l’écrivain-fou ne se pose pas ce genre de questions, c’est qu’il suit un fil dont nous ne connaissons pas plus que lui le point zéro. Il surgit de l’amalgame des mensonges et des illusions comme une seul fleur subsiste dans le jardin de Rykiu. Un support théorique peut même être dégagé par lui-même de l’amas de fleurs qu’il a coupées et portées ailleurs que dans son jardin, un ailleurs à la visibilité d’étoile, visible pendant le temps de sa lente agonie, de son passage de la fraîcheur à la pourriture et de la pourriture à la poussière, et enfin de la poussière à la disparition. C’est ainsi qu’Artaud a construit un théâtre à l’endroit où il n’existait pas encore. Tout cela se passe à l’extérieur du jardin, la fleur continue d’exister en son milieu malgré son évidente existence biologique. L’oeuvre s’est construite en effet par l’action mais cette fois, l’écriture n’y est pour rien, ce qui rejette en marge de la pensée la douce constatation du philosophe Alain. La remarque de Jouhandeau aurait de l’importance si le fait d’apercevoir une lueur cohérente dans l’obscurité du texte était immanquablement une trace d’oeuvre et non pas d’existence. Mais c’est le contraire. Ce qui est valable dans ce cas pour un texte l’est aussi pour toutes les oeuvres dont l’humain peut présenter les spectacles avec une certaine cohérence à partir d’un certain âge. Au contraire, l’oeuvre de l’écrivain-fou, et peut-être du fou tout court (à vérifier), s’inscrit dans l’écriture avec l’influence maligne des étymologies assertoriques. Le fou remplace avantageusement la duplicité des prophètes.

 

L’écrivain-hypothèse, s’il est plus solide face à la tentation du suicide et aux facilités de la drogue, n’en demeure pas moins intimement lié, par son espèce de serment pédagogique, aux succès obtenus par les fous. C’est une constance, cette fascination pour le fou qui ne peut plus, en tant qu’écrivain, être pris pour un fou. À partir de là, toutes les hypothèses sont permises, même si l’écrivain-hypothèse ne prend pas toujours la précaution d’avertir ses disciples du caractère provisoire de sa pensée. Si le prophète s’approprie le langage pour le placer au-dessus de tout (sinon comment sa révélation écrite - dans ce cas c’est la parole unique qui est écrite mais ne devrait-on pas alors dire transcrite ? - aurait quelque valeur d’inévitable ?), l’écrivain-hypothèse, face au même spectacle d’une humanité en proie à ses vertiges cognitifs, soumet les variations de sa pensée à toutes les épreuves imposées par les faits et les supposés mis à sa disposition par le compendium des Lettres. Le texte flagrant de l’écrivain-hypothèse devient circonvolutions inadmissibles, gyrus textuel, interminable croissance, expansion préfacière qui remet à plus tard l’entrée en matière, laissant alors le doute s’emparer du lecteur qui ne parvient pas à franchir cette incessante introduction au discours de la méthode. L’écrivain-hypothèse a pris le risque de lasser, ce qui au fond ne concerne que ceux qui se lassent, mais surtout il a laissé la porte ouverte à toutes les simplifications, à toutes les tentatives de transformation de sa grammatologie en abc de tout ce qui pose problème et demande à être résolu sous peine de mal-être, de baisse de profit, d’érosion de clientèle.

 

IV

 

Au fond, le texte de l’écrivain-hypothèse est le commentaire de l’oeuvre de l’écrivain-fou sans qu’il soit possible, feu pâle, de maintenir longtemps la réalité même de cette relation de texte à texte. D’un côté le doute naît de l’incohérence (Pour en finir avec le jugement de Dieu), de l’autre c’est l’attente infinie (De la grammatologie) qui provoque les démissions et les récupérations par d’autres pratiques moins côtées qui ont besoin de réconfort, de preuve de solidité, de résultats tangibles. On se prend alors à songer à un milieu littéraire (qui existe comme le benthique ou le tellurique par exemple) sans fous ni poseurs d’hypothèses, à des écrivains plus proches, plus faciles, plus humains. Ils existent. Ils écrivent même. Et ils sont publiés pour le bonheur de tous ceux que d’autres aventures fatiguent ou irritent. Ce sont les donneurs de la leçon euphorique que la sagesse des peuples, bien connue pour ses efficiences, place minutieusement dans les niches de ses colombaires. Cette cendre littéraire, comme la poudre aux yeux et le sable du marchand, envahit notre enfance et tous les prémices de nos apprentissages. Atteindre le texte du fou ou celui du supposé charlatan à travers ces brouillards de principes est un effort aussi pénible que celui qui coûte si cher à nos écrivains-fous et rapporte quelquefois des fortunes à ceux qui savent manier l’hypothèse comme le pêcheur sa godille. Le monde des hommes ne montrera jamais clairement le tissu inachevable de ses intentions.

 

Mais n’éludons pas ce début de réponse qui consiste à retrouver dans l’usage les formes simplifiées, efficaces, des fulgurations des écrivains-fous (ou presque) et des écrivains-hypothèse. Activité scientifique dont le Verbe (l’épistémologie) est insuffisant à empêcher la multiplication par division de la tâche primitive. C’est ici que renaissent les passions de l’homme pour la vie et ses possibles continuations, ici, et non pas en poésie et en philosophie (mais on n’est plus comme Virgile clairement poète et plus obscurément philosophe), que la recherche reprend le cours interrompu par les oeuvres qui ont tenté, et tenteront encore, d’être le langage de tout ce qui se sert du langage pour se donner une existence partagée de sens et de spectacle. L’art, clame Artaud, doit servir à quelque chose. Et ce sont les balbutiements du philosophe qui servent effectivement à quelque chose d’aussi clair, par exemple, que la publicité ou le moral des troupes (quoique, constatait Picasso, les camouflages militaires doivent tout au cubisme, inconsciemment si on souhaite ne pas trop alimenter les cerveaux des militaires ou consciemment si l’on préfère supposer qu’ils sont entre de bonnes mains...). On se gardera toujours de trop en dire du fou et de trop en faire sur sa dépouille enfin silencieuse par incapacité à rajouter de la matière à ses évidences. Le malheur résout les difficultés d’explication du phénomème. Et le mélodrame atteint l’âme plus facilement que le texte ne saurait le faire dans ces circonstances précises de flux et de reflux, jamais d’explication, que le commentateur fignole pour peut-être finalement trouver, à défaut d’un peu de réalité, un public à son propre spectacle de l’écrivain au travail de son texte.

 

V

 

Nous en sommes à l’heure des interprétations et non pas de la lecture pure et simple. On nous fait le lit, on nous borde et nous sentons à quel point nous sommes alors capables de rêver sans en devenir fous ou sans nous transformer en auteurs d’interminables préambules en bout de tunnel avec perspective cavalière de l’autre bout du tunnel. L’adhésion, qui nous ramène à notre inexplicable présence parmi les autres, même si nous expliquons parfaitement cette présence parmi nos parents, est un moyen de se soustraire à la curiosité et d’avoir un oeil sur les activités secrètes des scientifiques qui font trembler le monde à chaque nouvelle guerre plutôt qu’à l’occasion des mises sur le marché des ingrédients de l’euphorie et du soulagement des douleurs. Ce qui manque à l’écriture, c’est encore une lapalissade, c’est la lecture, ce qui ne veut pas dire que la lecture n’existe pas ou qu’elle a changé de nature. L’angoisse de ne plus rire et la douleur prémonitoire provoquée par l’idée seule de privation des moyens de ne plus souffrir ni charnellement ni mentalement, sont si fortes, si réelles, si facilement compréhensibles que le choix d’une lecture juste et justement appropriée nous apparaît comme une menace dès lors que nous n’avons pas les moyens intellectuels de la lecture savante, obscure seulement parce qu’elle n’est pas compréhensible. Nous avons besoin d’être rassurés, ce que réussissent parfaitement les artistes de music-hall, de plus en plus présents d’ailleurs aux panthéons nationaux et dans les distributions de prix les plus prestigieux, et les savants que les institutions apportent au moulin de nos doutes pour nous éviter de ne broyer que du noir. En somme, nous faisons le choix du pain contre celui de l’enfermement ou de l’exclusion. Nous ferons tout pour échapper à ces condamnations au pire, et même nous ne volerons pas notre prochain aussi facilement que c’est permis à ceux qui en savent un peu plus sur la perversité de l’homme. Le prochain, on le tuera à la guerre ou dans la cour des prisons si c’est la meilleure façon de se garantir contre la menace de révolte croissante et contre les abus de pouvoir. Révoltez-vous mais sans influencer nos enfants, volez, tuez, torturez, faites ce que vous voulez, mais sans abuser. Dans un pareil milieu de cultures, on voit bien que la littérature est plus une curiosité de la nature humaine qu’une activité prometteuse de lendemains qui chantent sur le même ton, d’où les modulations à quoi nous soumettent incessamment les procédés de télécommunication, ces condensateurs de la parole.

 

L’ignorance a changé de sens en changeant d’objet, certes, mais surtout parce que le corpus des sciences n’agit plus sous la houlette du langage.

 

VI

 

On entretient les gens dans l’ignorance d’un tas de choses qui n’ont plus rien à voir avec le savoir. Nous ne sommes condamnés qu’à l’ignorance des secrets bien gardés. Pour le reste, seule notre curiosité prend la mesure de ce que nous sommes capables de comprendre du monde qui nous entoure et que nous ne peuplons pas de notre influence et encore moins de ce qui demeure intransigeant dans notre désir que les satisfactions restreignent à l’expression de ce que nous sommes enclins, par nature sans doute, à concéder aux autorités qui nous gouvernent. Nos perceptions suivent la complexité d’un statut qui n’est plus celui du citoyen mais du naufragé qui s’installe pour le meilleur et pour le pire. En retour, l’objet de nos perceptions finit par nous ressembler tellement qu’on peut penser, si c’est le mot, avoir trouvé le bonheur pourtant réputé innaccessible, purement rhétorique qu’il était le bonheur du temps où la poésie était admissible. Avec le temps, les démocraties reviennent à l’appropriation de la pensée par la classe politique. On voit sans arrêt des portraits de politiciens proclamer une pensée, pensée de faussaire certainement mais nous préférons penser nous-mêmes qu’il s’agit là de ruse et de bonne guerre. Ce glissement de propriété s’opère en douceur par la simple élimination des penseurs véritables qu’on ne voit pas à la télé, qu’on n’entend pas et dont les livres, ô félicité, sont incompréhensibles. Quelle distance en effet entre les syndicalistes du XIXe siècle, analphabètes et lettrés (Jules Vallès en trace magistralement le portrait sans tomber dans la légende), et nos défenseurs des droits de l’homme, de la femme, de l’enfant, de la nature, du progrès etc., qui s’érigent, par élection aristocratique, en conseillers y compris des gouvernements trop contents de n’avoir plus à crier pour se faire entendre. À la place de l’ignorance, les petits plaisirs grouillent jusqu’à devenir de mauvaises habitudes contre lesquelles les gouvernements engagent des luttes de principe. La grande connaissance est en effet celle du vin, ou de l’opium. On connaît par médiation. La vie n’a plus de sens, ce qui est recherché, mais elle peut avoir des saveurs. Est-ce un art, ce qui sourd de cette attente non reconnue comme attente ? Est-ce de l’amour, ce que produisent les corps ? Mais surtout, est-ce le plaisir ce plaisir que nous ne pouvons pas prendre quand ça nous chante ? On a un peu résolu la question de savoir avec qui on le prend, la manière de le prendre relève en principe de l’intimité, mais d’une intimité contrainte à la discrétion, à la clandestinité, ou condamnée pour outrage, certes. L’humanité s’est chargée depuis longtemps de réduire l’homme à l’humain. Les techniques de réduction, pure technologie de l’ordre et du pouvoir, font mieux que se teinter d’apparences philosophiques ou religieuses. On est aux antipodes de la science, dans un rapport d’ignorant à connaissant les ficelles. Pas étonnant que la lutte pour la survie des langues nationales ait pris des proportions hallucinantes et hallucinatoires. L’illétré, à peine alphabétisé, en est le plus fervent défenseur, et il sait bien pourquoi, il sait aussi sans doute qu’une conquête trop dangereuse pour sa survie le fera changer d’avis comme il a déjà troqué ses petites fiertés contre l’argent nécessaire à ses suppléments d’existence. Les princes, qu’on n’appelle plus des princes pour ne pas réveiller les vieux démons de la Révolution, se livrent à des batailles intestines sans courir d’autres risques que la mise à l’écart dans les conditions qu’un prince peut exiger de la société, c’est-à-dire dans le confort de ses propriétés légitimement acquises par les moyens prévus par la Loi, et ils sont nombreux quand on est un prince. Ce qui ne s’en prend pas à la question de la légitimité des religions, sans doute est-ce là une réserve de provision en cas de disette socio-économique. On a plutôt l’impression d’une attente et les moyens de répression semblent avoir fait l’objet d’une mise en place soignée. Le feu a beau couver, il ne produira désormais que les brandons de l’impatience et les suppressions de soi inexplicables et bien entendu inexpliquées. Mais la consommation de satisfactions résistera-t-elle longtemps aux poussées mystiques qui remplacent avantageusement les insatisfactions ou plutôt animent les écarts que la vie creuse entre les consommateurs que nous sommes devenus au lieu d’être les promoteurs de notre désir ? L’exercice de la pensée, à ce niveau de l’homme, ne vaut pas plus dans le sens de la libre-pensée que dans celui des soumissions aux croyances religieuses. Il ne garantit pas la pérennité de nos découvertes. Nous avons condamné notre quotidien à la stérilité, à l’inculte, à l’immobilité, à un point, lui interdisant la figure, les aventures autres que les voyages, les nouveautés de la croissance, le corps de l’autre aux prises avec sa grossesse.

 

VII

 

C’est par foisonnement végétal plus que par division cellulaire que le corpus scientifique, informe jusqu’à l’impossibilité d’en décrire l’extension, envisage sa progression cognitive. Le langage revient au jargon, à l’utilitaire de la parole capable à la fois de décrire pour transmettre intégralement le segment de connaissance auquel elle s’associe, et de débusquer les erreurs attachées aux pratiques de l’expérience. Le langage est la loi et la critique des fragments. Le problème se pose alors de rejoindre cette promesse d’infinité ou en tout cas de très grand nombre de langages particuliers et particulièrement difficiles à comprendre. Ce lien est-il un langage ? Est-il l’affaire des philosophes, des poètes ou des scientifiques eux-mêmes ? A-t-on raison d’exclure de cette hypothèse les paroles innombrables mais concordantes qui s’accumulent ailleurs que dans le domaine scientifique ? Si tout langage est la marque d’une compréhension capable de donner une idée de l’ensemble, comment répondre à ces questions sans exister à l’intérieur de ce langage inconnu pour l’instant ? La croissance du corpus scientifique, par multiplication (dont la loi ne nous est qu’imparfaitement connue) et par augmentation des connaissances fragmentaires (autre loi de composition qui reste à définir), ne s’opère plus dans le cerveau mais à l’extérieur de ce cerveau, dans le besoin de produits industriels, dans la fabrication, pour cause de saturation des marchés, des désirs qui, par le même phénomène, ne conduisent pas littéralement au désir lui-même, lequel n’est peut-être d’ailleurs qu’une "facilité" de langage. Autant on arrête bien vite de se poser trop de questions quand il s’agit de "parler" des consommateurs et de leurs princes, autant ici on a tendance à multiplier les questions relatives aux conditions préalables à toute réflexion un tant soit peu crédible. Et toute la crédibilité de ce discours ne peut pas, comme antan, reposer sur le simple fait que nous sommes capables de penser. Il semble bien que le "brain-storming" ne présente que des avantages par rapport à la dissertation. Pas étonnant alors que la question de la méthode, en acceptant les zones floues de la méthode, se heurte sans cesse à des poussées théoriques qui viennent contredire, par démonstration logique ou plus simplement cohérente, les soi-disant acquis des déconstructions données non plus comme hypothèses mais comme probabilités. Ce jeu des miroirs de l’esprit au travail de la pensée ne plaide pas en faveur d’une clarté absolue sous peine d’exclusion du débat. Autant on conçoit difficilement que le débat judiciaire soit entaché d’obscurités, même si on accepte les principes discutables de la Loi indiscutable justement à cet endroit précis des réglements de compte entre hommes, autant il apparaît nécessaire de laisser la place aux incertitudes dès qu’il s’agit de peaufiner le langage qui conditionne les attentes des laborantins de l’expérience. Mais qu’il soit question d’incertitudes clairement exprimées et établies et non pas d’obscurités dues à une pratique fautive de la langue ou plus généralement de la grammaire.

 

VIII

 

Le romancier a-t-il sa place au pays des consommateurs et des princes ou dans l’antichambre des chercheurs de vérités scientifiques à valeur hautement technologiques ? Pour bien faire, il devrait se situer au-dessus de tout ça, dans une zone qu’il ne serait pas difficile alors de qualifier de "philologique". Mais est-ce bien sérieux, à la fois de ne pas s’adresser au commun des mortels et de proposer aux inventeurs des conditions de vie un projet qui les placerait d’emblée au pied d’un langage que leur pratique du quotidien les pousse à prendre pour des sornettes ? Comment penser, ou croire, que le roman a le pouvoir, et la puissance nécessaire, de créer l’incréé en dehors, presque, de toute contingence humaine ? Le roman de la science à la place de sa Philologie est une fiction. Le roman distribué dans les kiosques de la vie quotidienne est une illusion. Existe-t-il autre chose, pour éclairer l’esprit au moins momentanément, que la fiction et l’illusion ? Ce qui existe alors est-il invention dans toute la pureté de l’invention ? Qui lira un roman que personne ne peut lire ? Un autre romancier ? Mais celui-ci a-t-il fait ce choix pour les mêmes raisons ? Pour les scientifiques, le romancier serait un sorcier et pour les autres un amuseur. On se rapproche là de la personne du comédien ou plus exactement de sa capacité à interpréter des personnages. Le roman est un masque propre comme l’ombre. Sous quelle lumière ? Et pour quelle portée ? Quel plan ? Quelle éternité ajoutée à la surface ? En se matérialisant, les rêves que l’homme a pu porter à bout de bras durant une autre éternité se sont transformés en question de savoir si le rêve a encore une existence.

 

IX

 

Il est probable que les pouvoirs constitués (et quelquefois limités, par concentration, comme par la Constitution de la République française) pèsent de tout leur poids sur les évolutions qui affectent l’homme dans le cadre peut-être d’une transformation, avec gain ou perte d’énergie, dont le moteur est dans l’homme et non pas ailleurs sinon plus vraisemblablement dans la communauté des hommes qui domine les autres rassemblements appelés quelquefois "civilisations", "Orient", "Islam" etc. Le rêve, phénomène individuel mais suffisamment proche des surfaces biologiques pour qu’on puisse penser le maîtriser, est à la fois un bien commun (tous les hommes rêvent par exemple un jour ou l’autre de l’effritement de leurs dents) et un lien avec les autres (chacun a sa manière à lui de rêver dans le cadre étroit de son aventure humaine). Pour l’instant, nous n’avons pas le choix du rêve, ou de ce que nous croyons être le rêve, malgré l’efficacité évidente des substances et des manipulations chirurgicales des profondeurs de notre être physique. On nous interdit de pratiquer le rêve. C’était une des grandes revendications il y a trente ou quarante ans. On ne parle plus guère du rêve que pour évoquer le sommeil dans lequel il nous plonge, le sommeil étant dans ce cas toujours assimilé à une mort non pas provisoire mais plus facile d’accès. La main qui tremble se saisit plus facilement d’une seringue que d’un pistolet. Les pouvoirs, constitués en triangle de l’ordre parfait sans illusion sur le degré de perfection atteint par leur pratique constante et surtout vigilante, se contentent de limiter les abus mais s’en prennent farouchement à toute autre espèce de dépassement. Il n’y a pas d’hôpital ni de prison pour ceux qui parviennent, par leur influence, à dérègler les instances supérieures. Une lutte farouche oppose les chercheurs de la vérité aux praticiens du savoir mais ce qui les différencie nettement n’est pas le contenu de leurs codages respectifs : c’est le moyen qui donne le ton. Réfléchissons : certes, avec ses circonvolutions interminables et ses flèches empoisonnées, le rêveur atteint à la fois le coeur de l’homme déjà sensibilisé par l’étude et la patience des autorités peu enclines à tolérer que le provisoire de la découverte onirique remplace aussi momentanément la rigueur de la loi. (Vous entendrez tous les jours le cri du magistrat si vous allez au tribunal comme au théâtre : "C’est intolérable ! Je ne tolère pas que...!" ; comme si l’intolérance avait sa place au moment de juger ; ce que le magistrat tolère le moins, ce sont les cris de vengeance ou de désespoir des victimes.) De son côté, le partisan des faits se trahit allègrement : il n’est pas à la recherche de la vérité (ce sont encore ces magistrats que Frédéric Pottecher, grand chroniqueur judiciaire, appelle des "crocodiles" - à cause des larmes ; d’où la manie un peu ridicule de certains juges de s’émouvoir jusqu’aux larmes en évoquant le cadavre d’un enfant - jamais celui d’une pute qui appartient pourtant à la même humanité - à l’occasion d’un programme de télé par exemple où ils sont délégués par leur syndicat "ministériel") mais d’une résolution admissible des désordres causés par le fauteur, lequel n’est pas forcément un rêveur, d’ailleurs. Faut-il parler alors du rêveur et de son double ou du partisan et de son traître ?

 

Selon son point de vue, selon son hypothèse inexplicable, selon des intuitions propres à sa sensibilité, etc., on penchera pour un romancier-rêveur en proie aux affres de sa critique externe ou pour un romancier-partisan chargé surtout de détruire le rêve obtenu par des voies interdites. S’agit-il là du combat spectaculaire de l’aventurier en quête d’une esthétique propre à révéler aux autres ses tendances scandaleuses contre le moralisateur brandissant l’épis de maïs de l’état des connaissances dont un État peut raisonnablement faire son enseignement ? Sans doute. L’Odyssée et l’Iliade de Queneau. À ceci près que le rêveur prend un risque considérable si le public ne vient pas à lui et que le partisan ne risque pas moins de tomber sous les balles s’il s’est trompé sur la solidité du régime qui lui a donné la possibilité d’exhiber ses talents. Tout ceci se passe en marge des rassemblements, un peu comme si, les taureaux finissant leur vie dans l’ombre et la lumière de l’arène, c’est dans les environs que le rêveur et le partisan se livrent à leurs acharnements réciproques, en annexe, en vitrine, ou plus piteusement dans la cage d’escalier de leur immeuble.

 

X

 

Si je croque à grand traits cette réalité de tous les jours, sans chercher d’ailleurs à en donner la description intégrale ni même essentielle, c’est, on s’en doute, par précaution. Je ne voudrais pas commencer à exprimer mes choix (littéraires) sans en avoir au préalable défini l’environnement, c’est-à-dire les limites à ne pas dépasser sous peine de manquer de sincérité. Ce sentiment plutôt vague qui me donne à penser, sous l’influence des pré-romantismes qui ont évacué la machinerie classique, que nous sommes prisonniers des vitres à travers lesquelles le monde nous apparaît tel qu’il n’est pas, ce qui ne nous empêche pas d’en partager les visions et l’usage courant, ce sentiment qui perfore la moindre de mes pensées pour jeter le doute à la fois sur ma santé mentale et sur ma capacité à penser et surtout à écrire ce que je pense, ce sentiment n’est-il pas à l’origine de la question lancinante, comme une douleur ou comme la promesse d’une satisfaction, de savoir pourquoi je suis écrivain, avec ce que cela implique de choix visibles et de contraintes cachées, et pourquoi, somme toute, les autres ne le sont pas, particulièrement ceux dont je connais, imparfaitement mais clairement, la présence parmi les objets qu’ils possèdent comme je ne les possède pas ? Pourquoi ne partagent-ils pas les coulures de ma pensée comme je partage leur pain ? Pourquoi exigent-ils qu’au préalable j’apporte les confirmations de ce que je donne trop, trop vite et trop gratuitement ? Il faudrait que je fasse le lit de ma pensée avant de m’adresser à eux et, en attendant, partager le pain que je gagne moi aussi avec le même type d’effort, partagé entre l’intérêt de mes employeurs (si je ne chôme pas) et les exigences de contribution que l’État m’impose au nom de tous (si je gagne suffisamment), comme si ce monde était nécessaire à ma survie, comme si la menace d’exclusion était aussi réelle que les privations qui pèsent sur les malfaiteurs, comme s’il était inévitable qu’aucune parcelle de ce monde ne fasse l’objet d’un contrat et que j’étais destiné à servir plutôt qu’à me servir. Cette naïveté, ce raisonnement précis mais idéaliste, révèle la candeur ou la psychose de l’être que je tends à devenir mais ne dit rien de cette sincérité qui prélude à l’action dont je suis le promoteur unique et identifié. Dès lors, la question qui se pose est celle d’un choix non pas annexe, non pas aléatoire, ni imaginaire pas plus que naturel, mais imposé comme prémisse, comme origine des conséquences dont je dois alors reconnaître que je ne suis plus le maître incontesté. Ce choix, comme tous les choix imposés par la rigueur des dogmes, est une alternative, un choix entre deux options clairement opposées, un choix déterminant alors que je désirais que seule ma production littéraire eût cette prérogative : Êtes-vous un relateur, un suiveur, ou un asserteur, un prétendu nouveau guide ?

 

Comment voulez-vous répondre à cette question sans faire acte de soumission, et donc d’adhésion, ou sans éviter cette autre forme de jugement qui se conclut par une sentence tirée non pas de votre invention ou de vos promesses mais de la loi et des usages en partage ? Vous ne pouvez pourtant pas éviter ce passage à l’acte, l’insoumission, partielle ou intégrale, qui vous rejette en marge ou vous exclut totalement. Votre réussite dépend d’une soumission préalable, ruse peut-être mais avec des conséquences de soumission, c’est-à-dire d’éloignement croissant de ce qu’on a été un moment et qu’on ne "risque" pas de redevenir. Choix de l’enfance, malheureusement, car c’est à l’enfant que cette question est posée, au sein même d’un apprentissage qui exclut d’emblée la possibilité raisonnable du choix. La ruse qui consiste à "jouer le je(u)", comme on dit en marge de l’enseignement national, peut sauver du naufrage mental mais elle n’évite pas l’écueil sur quoi notre fragile embarcation, corps et âme, exerce, en guise de maturité, sa résistance à l’emploi. Il faut espérer qu’à force de frottements, l’épaisseur qui nous sépare symboliquement des autres ne se fragilise pas au point de nous pousser à commettre au lieu de participer comme les autres. En réduisant notre rayon d’action, nous sauvons un peu notre ancienne sincérité, nous en préservons les indulgences au fil des approximations acquises et de la relative tranquillité qui nous permet au moins de mourir dans un endroit propre si rien ne vient troubler cette fête pour en démentir les joies et les promesses, au moins le temps de la nouvelle, qui vieillit vite. Ainsi s’expliquent les vieillissements prématurés.

 

XI

 

Alors de quoi va parler le roman ? Autrement dit, quelle est sa place dans l’organisation (plus que la structure) des sciences cognitives, si sa place n’est est pas contestable, si elle est admise au moins comme satellite des racines de la pensée placées sous un univers mathématique qui remplace Dieu et ses ouailles ? Le langage a changé d’identité. Sans Dieu, sans Philologie, avec les Mathématiques (considérées peut-être comme la meilleure part du néant), la littérature est-elle encore possible ? Ou plus exactement, qu’est-ce qui la rend possible ? On a un peu résolu le problème en donnant à la littérature une place moins soumise aux exigences de calcul mais cette place est un lot de consolation, pas plus. D’ailleurs aucune organisation claire, clairement utilisable, ne la soutient dans son effort de concurrence. La philosophie elle-même a changé de camp, on ne l’enseigne plus aux "littéraires", du moins pas comme on l’enseigne aux "matheux", ce qui n’est pas sans satisfaire les prétentions impériales de l’État qui ne demande pas mieux que de réduire la portée des philosophie à leur utilité (aider à penser en définissant clairement les moyens rhétoriques, retour aux universités du Moyen-Âge mais sans Dieu, ce qui ne manque pas d’alerter les croyants fatalement confrontés à des adaptations) dans les domaines qui cloisonnent la connaissance et l’enseignement scientifique. La littérature n’est plus que prétexte à bien écrire, à écrire correctement, pratique des fonctionnaires qui rapportent, des rapporteurs qui trahissent et des traîtres (voir plus haut) qui font le spectacle, la satire ou le boniment. Ce domaine des sciences "humaines" est si peu organisés que tout y est possible pour peu qu’on trouve les moyens de se faire entendre. C’est le terrain propice aux croissances pécuniaires et aux attentats à la vie, notre petit univers de la télévision où des présentateurs de la chose officielle se font passer pour des enquêteurs pointilleux et où l’artiste de variétés reçoit les attributs nationaux des arts et des lettres, univers de nos bureaux où notre santé, nos apparences et notre intellect sont sauvés du naufrage, univers de nos vitrines qu’on traverse, comme dans un roman de Dick, à l’aide d’une carte de crédit etc. Que de sujets pour servir de tissu à nos romans ! Que de tissus pour habiller la réalité et non pas la mettre à nu. Que d’habits à endosser pour paraître lisible. Et quel déclin de la lecture au profit des interprétations. On voit clairement que ce n’est ni en tant que science cognitive ni en tant que parangon (agissant) du bonheur que la littérature a quelque chance d’utiliser ses outils de perforation à bon escient (pertinemment et non pas en toute connaissance de cause, notez le glissement sémantique, toute la distance qui nous sépare de l’ancienne rhétorique). Mais alors quoi ? Quel roman (voir première partie, XIV pour le choix du roman) ? L’O.S.C. (Organisation des Sciences Cognitives, faut-il ajouter un M pour mondiale ?) oppose une exigence heuristique à la proposition de don total (Camus au sujet de Kafka) que le roman propose à l’esprit (tout donner et ne rien confirmer). On comprend. La L.G. (littérature générale, organisation informelle mais reconnue) restreint le champ de l’analyse en imposant des interprétations favorables à l’expansion de ses choix politiques (dogmes), du livre (économie), et du ménagement attentif de tout ce qui bout sans menacer vraiment. Où jeter sa bouteille à la mer ? Quelle mer ? C’est la première question, et si on n’y a pas répondu en s’asseyant avec les autres autour du feu de bivouac, on n’y répond jamais. Alors, quelle bouteille, comment la bouteille, et puis pourquoi ?

 

XII

 

Dans ce monde où la religion est tantôt une affaire personnelle tantôt non, et où le sexe ne l’est jamais, sauf question intimité si cela veut dire qu’on n’y pratique pas les interdits et que la place accordée à la femme demeure au moins en retrait par rapport à ce que l’homme peut espérer des rendements, la méfiance à l’égard de tout ce qui est construit de la main de l’homme doit faire l’objet d’une enquête minutieuse. À partir du moment où un rassemblement trouve les moyens de sa reconnaissance par la majorité ou l’aristocratie (qui se passe de majorité), il est pertinent de chercher à trouver les tenants et les aboutissants de ce qu’on nous propose pour trouver notre place exacte. On ne sera d’ailleurs jamais surpris d’y rencontrer les évidences d’un complot, si ce mot veut encore dire quelque chose, d’une structure parfaitement organisée pour atteindre ses objectifs ou mieux, pour en atteindre deux à la fois, l’objectif proposé aux hommes du commun et celui qui intéresse plus particulièrement les fondateurs éclairés, ceux qui détiennent les clés, ceux dont le code secret ne peut pas être déchiffré sans donner à penser qu’on affabule ou qu’on ment (là encore : deux visées supposées). La complexité de ces organismes est au mieux un graphe des relations recherchées, au pire il s’y crée d’autres relations qu’il faut alors combattre de l’intérieur, lutte incessante des "polices secrètes" et des "mouchards" qui donne le monde et une autre complexité pour terrain des affrontements. Au mieux, l’intervention de la critique est en réalité une excroissance des laboratoires de recherches, du moins dans certains domaines comme la création de programmes informatiques. La nature exacte de cette différence qu’il y aurait entre l’invention industrielle et la découverte scientifique, entre le brevet et ce qui n’est pas brevetable selon des accords anciens doucement remis en cause (brevet industriel, propriété intellectuelle et patrimoine de l’humanité), n’est pas claire en droit et encore moins dans la tête du commun des mortels qui cultive lui aussi ses partitions secrètes. Sans compter que la part secrète des découvertes n’est pas mesurable et que par conséquent la connaissance acquise n’est pas le bien le mieux partagé du monde.

 

XIII

 

Qui croira qu’un monde aussi complexement organisé ne l’est pas sur les bons vieux principes rhétoriques où l’on finit par devenir le simple interprète d’un discours appris par coeur (memoria, action) ? Les constructions trinitaires, vaguement perçues comme une espèce de perfection entre les dualités à usage moral et les pôles à conséquences esthétiques, ont la faveur de ceux qu’on a (ou non) chargé d’organiser le monde en nations et en empires (Nous n’avons pas l’intention de participer à la mise en place de structures plus secrètement organisées encore mais nous savons bien qu’on ne se prive pas de nous arracher ce silence). Le triangle rhétorique n’est pas une construction imaginaire mais l’image même du carcan de nos actes quotidiens les plus ordinaires. On commence toujours par rassembler les matériaux (briques, poutres, cables, tubes, tuiles etc.), ensuite on les assemble pour que ça resemble à une maison et enfin on arrondit un peu les angles - sinon, personne ne comprend ce qu’on veut lui dire en lui proposant la construction d’une maison. Tenter d’échapper à la rhétorique, c’est essayer de se soustraire à la vulgarité évidente de nos actes et par là, espérer atteindre une lucidité autrement prometteuse que nos métiers. Évidemment, la construction des maisons demeurent soumises à des principes rhétoriques qui garantissent que ce que nous avons construit est une maison et non pas autre chose qui échapperait du coup à notre entendement. Toute construction qui ne va pas plus loin que la construction est un triangle :

 

 

II-1

 

------------1 - Je fais l’inventaire des objets qui participent à ma construction, stade d’une réflexion intense qui propose des choix quelquefois douloureux en matière littéraire.

------------2 - Je décide de l’arrangement, stade où la construction apparaît dans ses grandes formes et est donc capable d’imposer, selon le bon sens ou tout autre critère, les conditions du stade suivant qui peut-être le dernier si l’on n’a pas l’intention de communiquer aux autres son "invention" ou sa "réalisation".

------------3 - Stade de la finition où se révèle en fait pour la première fois les talents de l’auteur pourtant déjà déclaré dans les deux premiers stades où la complexité des choix peut atteindre l’art et même le dépasser.

 

XIV

 

On ne va presque jamais plus loin que ce travail sommaire mais efficace puisqu’il garantit autant la pérennité des objets que leur invention et qu’il fait la preuve de son évidence. Mise entre les mains du commun des mortel, cette rhétorique peut aussi bien servir à se laver les dents qu’à préparer le repas familial, entre les mains de l’artisan c’est alors toute la complexité de sa matière de prédilection qui devient le secret de la transmission, et si c’est un fort en thèmes qui s’exprime, alors on est facilement en mesure de déceler les défauts de cette pratique et son incapacité à rendre compte le plus fidèlement possible de la pensée, de sa formation, de son milieu de croissance, de tout ce qui intéresse la curiosité scientifique, esthétique etc. Ce qui dénonce cette "méthode", c’est qu’elle ne rend pas possible les appronfondissements qui sont le propre de l’intelligence. Elle est aujourd’hui à ranger avec les encyclopédies : tout cela est bien utile, on peut même y fonder une pédagogie primaire mais ce ne sont pas les moyens de cultiver ce niveau minimum de capacité de penser qui décrit l’intelligence en opposition à l’ignorance (décrite supra). Un autre triangle est alors de rigueur :

 

 

II-2

 

Comme toutes les schématisations, cette mise à plat ne prétend rien d’autre que de paraître une visualisation plutôt qu’une représentation. On n’y trouvera donc pas l’expression d’une fonction démontrée avant toute interprétation. Mais le cadre de cet essai permet tout de même une certaine liberté de manoeuvre. Comme il n’est pas non plus question pour l’instant (cela viendra avec l’ajout d’une section de notes et d’un glossaire) de citer toutes les sources ni de suivre les fils sans en interrompre l’étirement, qu’il me suffise maintenant de constater que les régimes qui nous gouvernent ne se fondent pas sur le choix à faire, avec ce que cela suppose d’hésitation et de cruauté, entre les systèmes démocratiques et ceux qui ne le sont pas. Pour paraphraser Camus, je dirais que la seule question philosophique importante, c’est l’alternative qui est laissée aux hommes de pouvoir entre favoriser peu ou prou (limites obscènes) l’amélioration de la race ou "au contraire" assurer la continuité du pouvoir par filiation de droit (divin ou autre). Autrement dit, c’est notre disposition à la révolte, et la connaissance de ses techniques, qui nous préservent de cet avenir humiliant.

 

XV

 

Dans le premier cas, on peut enfin affirmer que la race humaine n’entre pas dans le calcul, ni a fortiori l’appartenance à une haute couche de la société. Cela paraît juste et ne l’est pas mais c’est utile au discours politique. Par contre, tout ce qui n’est pas doué, sans doute de façon innée, du minimum d’intelligence requis pour accéder à la connaissance, est versé au dossier de la pauvreté, de la chair à canon et des sujets d’expérience scientifique. Un clivage net s’opère dans la société, retour à des pratiques barbares mais cette fois avec un visage humain à la place des masques. Mais l’eugénisme ne condamne pas l’aristocratisme au silence. Au sein même de la société gérant ses choix avec méthode, la réaction vient des héritiers que la pratique sexuelle a transformés en géniteurs de ce qui est alors soumis au choix sans qu’il soit question d’accorder à ces nouveaux venus d’en haut une préférence qui mettrait en péril tout le système. L’équité consiste d’abord à parler de chance, pour préparer le terrain du discours égalitaire, et ensuite à donner cette chance à tous ceux qui arrivent d’en haut, d’en bas, et des marges. L’éducation primaire est donc donnée à tous sans distinction d’origine, à cela près que la réaction aristocratiste possède ses propres moyens et, sans les imposer à la majorité, elle en dispose en tout cas pour servir la chance de ses créatures, ce qui explique les retours provisoires au pouvoir des familles qui ont exercé ce pouvoir au moins une fois dans leur histoire généalogique. L’équilibre entre la grande force démocratique et eugéniste et la petite force aristocratiste et légaliste n’est peut-être pas trouvé mais il tend à l’être, il existe donc dans les actes qui se décident de part et d’autre. Enfin, la force de l’argent est telle que des accords tacites, sous le couvert de la transparence, tempère les exigences de chacun des camps mis en présence par ce qu’on attendait depuis longtemps en matière d’histoire. On ne redoute pas les conflits internes, par contre des guerres durables s’engagent entre ces deux types de sociétes pour nourrir à la fois les pratiques minutieuses des uns et les héritages solides des autres dont l’expérience de l’humain est aussi vieille que l’humain sur lequel elle s’exerce avec une connaissance croissante de l’humain. C’est dire si ces sociétés "retardataires" sont capables d’assimiler le savoir et la technologie des sociétés "avancées", tant l’intelligence n’est pas en relation avec la vérité mais peut tout aussi bien s’exercer efficacement sur le mensonge ou l’illusion. Il est donc pensable que l’intelligence forme la base de tout édifice social. C’est ce qui figure dans la représentation ci-dessus : le cerveau et les sciences du cerveau font l’objet de toutes les attentions et l’exploration de l’intelligence artificielle en est la meilleure promesse d’amélioration. Je ne pense pas qu’aucun démocrate ni aucun aristocrate se passera de favoriser la connaissance et l’usage de ce cyberespace. À ce niveau de ces deux systèmes pyramidaux, seules les sciences du cerveau ont droit de cité, étant entendu que la part des sciences humaines y décroît ou y est désormais totalement interdite de séjour. La cohabitation de l’homme avec l’ordinateur est universelle et c’est la base de la croissance de l’homme, qu’on cherche plutôt à donner le maximum de chance aux pratiques eugénistes ou qu’on s’échine à en réserver les résultats à un segment de la société qui hérite du pouvoir, ou qui le conquiert au lieu de laisser au futur la décision incalculable des choix à faire pour améliorer la race humaine au détriment des races et des familles. Vision d’Enfer.

 

À partir de là, plus aucun être humain autres que ceux qui ont été choisis sur des critères eugéniques ou selon ce que le droit leur donne, n’est invité à participer à l’aventure de la connaissance absolue ou à celle, si c’est encore une aventure, de la conservation ou de la conquête du pouvoir. Les sociétés eugénistes financeront plutôt la recherche fondamentale, les sociétés aristocratiques chercheront à s’accaparer les technologies leur permettant de faire face au danger de disparition qui les guettent depuis que leurs adversaires paraissent plus justement informés de ce qui est bon pour le peuple et de ce qui est mauvais. Le discours théocratique ne tient plus devant la théorie démocratique si l’auditeur connaît cette théorie etc., - je laisse au lecteur le soin d’achever cette invective.

 

XVI

 

Mais alors, et tout ce qui n’est pas considéré comme intelligent (pas suffisamment intelligent), tout ce qui, par filiation, ne reçoit pas le sceptre du pouvoir, tout ce qui ne possède pas la force de s’accaparer d’une miette si précieuse de ce pouvoir ? N’est-ce pas là un public tout trouvé à l’activité romanesque ? Quel besoin a-t-on de posséder un cerveau surdimensionné par la nature, la durée des études et des connexions fibreuses au cyberespace pour lire des romans qui servent à autre chose qu’à se hisser au (ou vers) le sommet de la pyramide idolâtrée ? Nous n’idolâtrons pas la pyramide, nous. Nous participons à son élévation spatiale et temporelle avec la même intelligence mais une intelligence moins poussée, moins précise, moins capable d’atteindre le but qu’on a fixé comme le seul valable pour l’existence. Nous lisons des romans si ça nous chante. Nous ne les lisons plus s’il est plus facile, et plus stimulant, de s’adonner à d’autres activités qui nous rapprochent sensiblement de nos modèles, par la technologie ou par la profondeur mystique. Nous voyons bien que l’avenirestsoitdanslesgreffes payées par les systèmes d’assurance sociale ou bien dans l’observance des rites qui ont fait la preuve de leur capacité à soulager l’âme en proie à ses désirs. Ne peut-on espérer une coexistence de la greffe et de la prière ? Nous promet-on une nouvelle religion qui serait un compromis en attendant d’être jugés ? Le roman veut-il bien avoir l’obligeance de communiquer ce souffle à nos succédanés ? Nous ne sommes pas dans les hauts-lieux mais nous avons aussi notre hiérarchie. Parlez à nos hiérarques. Que le roman, s’il se veut difficile, s’adresse à nos dignitaires, à nos meneurs, à nos grosses légumes. Nous ne savons pas faire, nous, la différence entre ceux qui appartiennent à la base de la pyramide et ceux qui ne lui appartiennent pas d’un cheveu. Comme l’existence est complexe quand on y réfléchit. Mettons un roman imitant parfaitement les bruits de l’existence (T.S. Eliot à propos de Djuna Barnes - nous avons des Lettres quelquefois) avec un peu de poésie aux entournures, de cette poésie des "maisons qui marchent" dont vous parle Jacques Bens. Nous ne sommes pas des chiens et nous avons encore le pouvoir de lire ou de ne pas lire pour verser nos oboles dans vos tiroirs à saucisses. - Non, décidément non, ce n’est pas à cet endroit de l’humanité que le roman peut se donner à l’existence avec toute la fraîcheur extatique de l’enfant que nous avons été avant d’être définitivement jugés. Nous sommes trop révolutionnaires pour ça.

 

XVII

 

Le deuxième étage de la pyramide, c’est l’homme ou plus exactement la présence de l’homme, l’homme constitué autour de son cerveau et surpris, ou observé, dans sa relation aux autres et avec les autres. Si vous demandez à n’importe qui ce qu’est un homme, il vous répond immanquablement que l’homme a un cerveau plus "développé" que les autres êtres vivants (il ne sait pas exactement pourquoi) et que ce qui le caractérise de façon incomparable, c’est sa langue, l’histoire de sa langue, les usages de sa langue et tout ce qu’on peut savoir, quand on n’est pas vraiment informé, de la langue qu’on parle, de celles dont on connaît l’existence et de celles qui peuvent exister malgré leur rareté. La langue sert à soi-même, pour mettre de l’ordre dans ses prores idées, elle sert à communiquer les idées et à comprendre les idées des autres, leurs états d’âmes, leurs désirs. La langue est vraiment le propre de l’homme, - le rire, on ne sait pas parce que des fois le chien familial a tellement l’air de s’amuser qu’on perçoit nettement les vibrations de son rire. Par contre, il est beaucoup plus clair que le chien a son caratère et, si l’on est un peu informé de la chose, il n’y a guère que les théories religieuses et l’existence de l’insconcient qui font la différence de l’homme avec le reste des créatures. Bien assis sur ce cerveau et sur ses excroissances prometteuses, l’homme apparaît ensuite avec sa langue et son langage (si l’on exclut Dieu de cette réflexion). Mais n’est-ce pas le cerveau lui même, tel qu’il est recherché dans la foule des cerveaux, qui appelle la langue et le langage ? Dans d’autres séjours plus tranquilles de l’humanité aux prises avec la vie quotidienne, la langue est le lieu des joliesses et des insultes, de la platitude et des fulgurations, et l’inconscient un autre monde auquel on se sent quelquefois appartenir en toute inquiétude. Ce qui se passe dans la pyramide n’a pas valeur universelle : c’est l’universalité des conditions optimums de la recherche cognitive. Ne nous y trompons pas.

 

À ce niveau de la pyramide, on n’est pas plus avancé que Platon et ses contemporains. Nous connaissons plus de langues, plus de détails sur les langues et les autres langages. Tout ce que nous savons en plus ou mieux de l’esprit et de ses à-côtés, nous ne le prouvons pas car à l’origine de toutes nos démonstrations, il y a un principe indiscutable, une conviction que la rhétorique passe sous silence, une intuition pas toujours facile à partager avec tout le monde sauf par l’abus de rites, abus dans le sens où la pensée n’abuse pas, elle demande. On se targue de faire sentir la distance, à défaut de la différence, qu’il y a de l’intuition à la foi, ou inversement. Nous nous remplissons des plans-masse des discours qui nous sont tombés dans l’oreille parce que nous appartenons au royaume que nous servons sous peine d’exclusion (et non pas de bannisement - encore une distance mise à la place des trop précises et trop exigentes différences qui se présentent à l’esprit quand on commet un moment de réflexion sinon pure du moins intense : extase dialectique...). Nous ne connaissons pas les unités, théoriques et provisoires, qui dimensionnent la langue et l’esprit dont elle est un produit. Nous tremblons à l’approche d’un moment métaphysique non pas seulement à cause de la complexité qu’il annonce d’emblée, mais parce que nous sommes sans cesse capables d’en dénoncer les insuffisances. Un monde fait d’insaisissable et d’indicible surmonte l’usage prévu de nos meilleurs cerveaux. Nous ne sommes pas vraiment concernés par le spectacle qu’il ne nous est guère possible de reproduire que dans la farce et la parodie (appel du pied au romancier). Mais est-il vraiment si important que ça qu’un cerveau de cette qualité si particulière ne s’encombre pas de fantasmagories apparemment si nuisibles au bon déroulement de la recherche ? - Un pragmatisme tolérant prévaut au discours qui va suivre. C’est ici qu’on l’installe et non pas un cran plus haut, à l’heure d’en venir au discours cohérent sur la physique. Il est imprudent de qualifier de "philosophie" un pragmatisme qui n’est que la préparation mentale et mythique (la langue est chargée de tous les mythes) du cerveau qui va plonger dans l’homogénéité du discours à donner (élocution) ou à inventer (terrain préparatoire des dispositions). Ce qui se passe à ce niveau pyramidal, c’est à la fois la poudre aux yeux jetée sur le public gourmant de nouvelles scientifiques et le conditionnement des cerveaux qui commencent alors à surnager la matière, car il n’est question que de matière au troisième niveau, de la matière et de son discours, du discours et de sa cohérence. Il n’y a pas vraiment de recherches dans les sciences aussi peu mesurables que la psychologie et la linguistique. On s’y livre plutôt à des travaux propédeutiques. C’est le lieu des diplômes, d’un premier état de la reconnaissance et d’un avenir livré aux nécessités découlant de l’objectif à atteindre.

 

XVIII

 

On peut ouvrir ici une courte parenthèse sur la méthode idéogrammatique. - L’homme communique par signes et il ne sait pas d’où lui viennent ces signes. L’étymologie ne lui est d’aucun secours pour donner un sens à l’apparence des mots. La rhétorique est trop arbitrairement conçue pour éclairer plus loin que le doute. La déconstruction déconstruit sans atteindre à aucun moment l’unité de mesure, tirée du calcul ou de l’expérience, qui fonde une science. Nous n’avons pour l’instant rien trouvé pour donner une explication convaincante. Seule cette partie ingrate de la science qui consiste à répertorier et à classer (et non pas à disposer) y trouve son pain quotidien. Nos langues perdent-elles en efficacité si c’est la rhétorique qui en assure la croissance ? Que gagnent-elles quand c’est l’analogie qui garantit sa pérennité, en admettant que la Tradition n’impose pas un contenu intouchable ? La question, au fond, est de savoir pourquoi nous ne réussisons pas à créer une langue artificielle. Qu’est-ce qui nous en empêche ? La grammaire ? La syntaxe ? L’impossibilité mentale de sortir d’un moule qui serait le nôtre définitivement ? La physique apparente du monde appelle une fragmentation au journal de bord soigneusement tenu par des capitaines vite dépassés par l’ampleur de la tâche mais la multiplication des sciences ne menace pas la compréhension qui s’acharne à réduire les extensions d’une immensité admise. Mais à l’inverse, dirions-nous, en profondeur comme disent les poètes, qu’est-ce qui s’annonce exactement ? Quelles sont toutes les raisons qui interposent le magma linguistico-psychologique entre la netteté des cerveaux recueillis à grands frais éducatifs et le discours qu’on attend de la science où l’esprit est réduit à une contrainte, celle qui lui coûte le moins en termes de sévices mentaux, la logique ? Là encore, le romancier un peu attaché à la poésie se détourne de cette nouvelle Tour de Babel et la méthode idéogrammatique est peut-être le meilleur moyen de ne pas s’enferrer dans les filets tendus pas les religions, les Églises.

 

XIX

 

C’est que chaque fois que l’homme s’organise en secte au lieu d’organiser la société toute entière, avec un but avoué qui propose et promet l’amélioration du genre de vie (un concept réputé aujourd’hui caduque mais dont il suffirait de revoir les fondements pour le remettre à flot) et un autre plus secrètement enfoui dans la complexité apparente de ses structures (amélioration du genre d’homme), des nécessités stratégiques et tactiques imposent des conduites fermement imposées à leur tour aux manouvriers dotés d’un cerveau remarquable et remarquablement connectés aux excroissances informatiques. Dans le feu de l’action (de la recherche ou de l’enseignement), il est toujours difficile de se rendre compte à quel point on n’est que le pion d’un autre pion. Le pragmatisme est toujours perçu comme la première des sagesses. C’est une sagesse d’ordre moral. Il est en effet nécessaire de moraliser l’homme cybernétique, ce moyen terme entre le robot impossible à fabriquer (sinon qu’adviendrait-il de l’homme face à un concurrent capable de s’améliorer à chaque génération ?) et l’homme tout aussi impossible à comprendre dans les méandres de la philosophie et des littératures. Moraliser ce cerveau greffé, c’est l’amener à croire que pour accéder au discours supérieur, il est d’abord nécessaire d’arrondir les angles de la découverte, ce qui revient à procéder par palier, sans aventures, et avec tout ce que cela suppose de relais avec les générations futures en instance de choix au moment où on s’efforce d’aller le plus loin possible, c’est-à-dire plus loin que la majorité des autres. Le principe fondateur de cette moralisation des cerveaux, c’est la clarté, autre principe pour le moins douteux, aussi frelaté que le sacré et la sainteté. Rien à voir avec l’évidence du champion qui, dopage ou pas, gagne ce qu’il gagne. Tout ce qui n’est pas clair, dans la langue et les langages, est soigneusement rangé avec les autres inconnues du cerveau qu’on a choisi selon d’autres critères provisoires et un tantinet empreints de la tremblante religiosité qui est le propre de l’homme pratique.

 

Encore plus haut, un cran de plus, presque au sommet, c’est le discours cognitif dont les vulgarisations font les choux gras des conversations. Ici, la clarté étant acquise à condition d’en connaître le jargon, c’est la profondeur qui prime. Les obscurités frappent le béotien mais ne font pas sourciller le connaisseur, ce qui est une preuve, s’il en faut, qu’on est en territoire cohérent, pour ne pas dire dans la cohérence même qui est comme une récompense de l’effort produit avant, plus bas, quand c’était encore possible. Chaque fois qu’on pense, et que les autres le confirment, avoir atteint une certaine cohérence et qu’on a fait la démonstration que les phénomènes mis à jour ont une existence réelle, qu’ils ne sont pas issus de la rêverie ou de la fantasmagorie, le sentiment le mieux partagé est alors celui d’une satisfaction facilement maîtrisée par les récompenses officielles dont le rôle modérateur n’est plus à démontrer. Les théoristes du discours cognitif assureraient en quelque sorte l’esthétique de la recherche alors que le pragmatiste en assumerait les erreurs, les abus, les détournements, les approximations, les errances, pour tout dire l’éthique. Et tandis que le pragmatiste est inspiré par les meilleures intentions qui soient en matière d’honnêteté intellectuelle, le théoriste en serait l’aventurier contraint à des stratégies du moment pour que le temps se mette enfin à exister quotidiennement et non plus dans l’espace étroit où l’exploration de la vie n’a pas de limites à observer.

 

XX

 

Un autre facteur important à prendre en considération à ce niveau de la pyramide, c’est qu’il n’y est plus question de métaphysique, comme cela pouvait encore être le cas dans l’espace intermédiaire où se joue le caractère et le langage de l’homme. Seule la physique est admise à alimenter le discours cognitif. Flanqué de l’autre côté de tous les principes logiques imaginables, le discours ne risque pas d’insuffler d’autres synthèses moins soumises aux exigences de la logique. Les choses, puisqu’ici ne subsistent que les choses, s’imposent à l’esprit sans l’homme qui les a découvertes. La langue, avec ses petites excroissances graphiques et ses raccourcis symboliques, trouve une espèce de pureté à devenir celle de la certitude et des bonnes questions sans réponses. De quoi rendre jaloux les juristes les plus fins ou leur servir d’exemple à la place de tout autre littérature aux ambitions universelles. Le discours cognitif est organisé en sonate, promoteur d’une triangulation nouvelle par le jeu des deux thèmes à ne pas dépasser sous peine de traces d’incohérence. Car deux faits sont avérés depuis longtemps :

------------- On ne peut communiquer que dans la cohérence ou l’équilibre (nuance à éclaircir).

------------- Seuls les phénomènes physiques sont vérifiables.

De cette axiomatique (il serait en effet intéressant de savoir ce que signifient ces axiomes) on tire deux corollaires :

------------- Les phénomènes psychiques ne sont que le spectacle d’une réalité qui ne laisse aucune place à la certitude. C’est le domaine de la clinique à exercer au premier étage de la pyramide.

------------- L’incohérence est avec le phénomène psychique dans un rapport impossible à exprimer clairement (condition pour sortir du pragmatisme en voix de résolution théoriste). On est ici en territoire poétique. La poésie est admise comme échantillon à observer, comme pratique exutoire et chaque fois qu’elle tend à devenir claire, on la salue sans se faire d’illusion sur sa capacité à aller au bout de cet effort incompatible avec sa profondeur. On assiste même à des cas de cohabitation, comme celui d’Aimée, chez Lacan (De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité). L’anecdote du praticien commentant, à la fois comme praticien et amateur des Lettres, les romans d’Aimée, qui fait preuve d’un réel talent de poétesse, nous renseignerait peut-être mieux, si ce n’est déjà fait, sur ce que le roman peut-être au fond. Il s’agit-là du premier cas de nouveau-roman avant Le cas Dominique. Du roman brut, pas involontairement inséré dans la matière d’une thèse, mais proposé à la réalité quotidienne, ce qui change l’internement en rencontre d’une manière qu’il n’est pas abusif de qualifier de romanesque. L’intrusion du roman dans le discours cybernétique (clinique) commence par ces atermoiements ou ces attentes. Et comme le discours se fonde sur des doctrines "que les travaux déjà entrepris permettent de hasarder sur ce sujet", ce n’est qu’en se passant des examens pragmatiques du deuxième étage qu’il influence le discours cognitif jusqu’à le rendre quelquefois peu compréhensible, en tout cas entaché d’un manque de cohérence. C’est à ce moment-là que l’équilibre du texte est proposé à la place de la cohérence exigée face à la primauté de la matière. La théorie perd en clarté ce qu’elle gagne, non pas en profondeur, mais en intégrité, nouvelle exigence venue non pas d’en bas, où l’on étudie le moteur de l’être et où l’homme savant est choisi dans l’homme intégral, mais du contact avec l’humanité elle-même, financière, lectrice, artiste, etc.

 

Le discours cognitif se heurte aux questions qui ne se posent plus pour lui. L’introduction, et la maîtrise, d’un peu de cette métaphysique du physique est une opération de communication. Elle marque aussi le retour des philosphes au plus haut degré accessible de la pyramide. Et avec les philosophes, toute cette part d’humanité qui signifie plus ou plus facilement que les autres, cette humanité en proie au langage et à ses mythes, mythes poseurs de questions qui, si elles ne remettent pas en cause la discours cognitif lui-même, en dénonce les conditions d’existence, la part trop gourmande d’existence au détriment de tout ce qui n’est pas propriétaire d’un cerveau à la hauteur de l’aventure cognitive. Cette activité purement sectaire, qui nourrit la technologie pour se financer, fait preuve de prudence quand elle reconsidère, à ce niveau de la pyramide, le cerveau humain pour le croire capable de penser efficacement sans les moyens de raisonnement ni les aptitudes à la recherche qui la fondent. Le partage consiste à améliorer le genre de vie des uns pour continuer d’améliorer le genre d’homme nécessaire à la poursuite des recherches. Un pacte qui se signe au détriment de ce qui n’y participe pas, nations des pauvres, espaces naturels, etc. Si la mesure du progrès ne tient pas compte ni du contenu de ce pacte ni de ses conséquences sur l’humanité, le progrès en question est un moyen de domination. L’Histoire ne se passe donc pas dans la lutte qui oppose les deux ou trois parties de l’Occident, ni dans ce que l’Orient retient de la leçon historique pour consolider ses structures sociales, mais dans la disparition des cultures qui ne jouent plus aucun rôle dans la croissance des connaisances. Car tout le discours résiduel est renvoyé, non pas sur cet écran des annexes de l’histoire, mais aux sciences du cerveau chargées de régler au moins cliniquement le problème posé par la folie considérée comme le miroir déformant de notre réalité. Moins il y aurait de folie pour confirmer les parasitages philosophiques et moins on aurait à se préoccuper de ce qui disparaît dans le néant de l’Histoire comme choses inutiles au but poursuivi. Mais de quel but s’agit-il ? Quelle intention s’annonce ici ? Quel désir menace encore la claire profondeur du discours tavelé des clignotements poétiques ? Car enfin, tous les meilleurs cerveaux ne servent pas la cause du discours cognitif. Il en est qui recherchent leur amélioration par d’autres voies sans doute moins secrètes mais tellement anonymes si elles ne servent réellement pas à tempérer, à humaniser la constance marmoréenne du discours cognitif.

 

XXI

 

Le sommet de cette pyramide forme un triangle qui vient bien à-propos pour achever notre démonstration, si c’est achever quelque chose que d’en trouver une nouvelle voix d’exploration. La question était, depuis le début : Alors, quoi, au-dessus du discours cognitif, quoi pour chapeauter ce discours qui ne tient qu’au fil de la révolte, ce discours au fond si complaisant avec les uns et les autres ?

 

II-3

 

N’est-ce pas là une manière à la fois jolie et exacte de représenter ce qui paraît constituer l’univers des Nombres ? Ce qui pourrait se traduire par le théorème suivant :

------------- Dieu existe parce que c’est une solution imaginaire, donc un problème bien réel.

C’est qu’à ce niveau de ce qui est organisé à partir du cerveau et de ses annexions, on n’est plus libre de penser comme on veut, c’est-à-dire qu’il est temps de tirer les conséquences de nos actes, si nous sommes concernés par l’inertie cognitive qui s’ensuit. N’importe quel concept peut-il être mis à la place de ce sommet tant convoité ? On voit bien que la base est mathématique mais ce n’est que la base. En voilà un enseignement qui ne prête pas à discussion. Tout ce qui se passe en-dessous, tous ces discours sérieux, attentifs, tolérants, aboutissent à cette exactitude tirée à la fois du réel et de l’imaginaire. L’abstraction la moins constestable est à l’origine, par influence descendante, de toutes les figurations connues et soupçonnées. Il faudrait accepter que notre plate pyramide (un triangle pour le géomètre) soit tronquée pour ressembler à un trapèze qui n’est peut-être qu’un vain rectangle. Et en effet, à l’endroit même où les représentations graphiques démontrent leur fragilité démonstratives, il n’est sans doute pas nécessaire d’aller plus loin. Mais se priver d’une ascencion supplémentaire est-il bien raisonnable ? N’est-ce pas un peu vite oublier ce qu’on est venu chercher ? Pouvons-nous croire une seule seconde que l’Occident croyant comme pas deux, en Dieu (le Bien et le Mal), en Jésus-Christ (les Riches et les Pauvres, n’en déplaise aux commentateurs un peu trop pressés de sauver l’âme des Riches : Sermon sur la Montagne) ou en Marx (En avoir ou pas), que l’Occident ait conçu une pareille organisation du savoir et de son discours continu pour simplement couronner ce fantastique artifice par cet univers si difficilement accessible qui englobe les nombres, leurs relations et leurs rhéologies compliquées de différences inconcevables avec un cerveau moyen ou inadapté ? Une couronne est surmontée par une pierre, un symbole. Quelque chose de si haut placé que c’est est une question, un abandon à la question, une foi sans limites.

 

Quel humanisme en effet ne couronne pas les bienfaiteurs de l’humanité ? Mon Dieu ! s’écrie-t-on alors : Le capitalisme est-il un humanisme ? Question qui revient à ne pas se demander ce qu’un humanisme peut apporter d’humanité à l’évolution. Nous savons trop retenir nos ardeurs au travail de la pensée dès qu’il s’agit de la partager ou de la mettre au service des autres, sans trop savoir d’ailleurs ce que c’est qu’un autre, on nous l’a bien expliqué mais de tant de façons que notre propension à en savoir plus finit par s’étioler, se contentant de la présence de l’autre et de son influence sur notre genre de vie plutôt que sur notre comportement. Un fait conclut à l’apparence : l’autre me ressemble, ce qui ne signifie pas que je suis ce qu’il est ni qu’il tend à le devenir. Tout discours extérieur au discours pyramidal est un discours pour rien relativement à la connaissance : c’est un discours adressé aux choix que nous avons faits pour survivre, un discours sur le destin, un instant du discours plus général qui limite notre existence à l’apparition et à la disparition, avec des promesses de prospérité qui ne retombent jamais sur nous quand elles prennent corps.

II-4

 

Nous placerons donc dans la formation de ce haut-triangle ce qu’il convient d’appeler le discours abstrait : théologie le plus souvent, ou plus prosaïquement l’analyse non pas des axiomes mais de ce que la pensée est capable d’en conclure. N’est-ce pas un chaos, cette réduction contrainte au point zéro ? Ou bien n’est-ce qu’une habile façon de débarrasser le discours cognitif des résidus imaginaires qui persistent à la surface de ses démonstrations ? Comment savoir où nous en sommes ? Question sans solution, mais si l’on considère que cette surface du possible est le terrain privé des cerveaux choisis pour alimenter le discours cognitif, alors nous n’en comprenons pas le secret, nous ne disposons pas des clés qui nous permettrait de vraiment comprendre le discours cognitif au lieu de n’en saisir que les aspects les plus visibles. Par la base ou par le sommet, nous ne réussissons pas à pénétrer cet enclos dont dépend pourtant notre existence et son devenir si flagrant. Si, comme nous le disions plus haut, ce ne sont pas tous les cerveaux les mieux dotés qui entrent dans l’enclos pour faire la bête, ces cerveaux extérieurs ont-ils quelque chance de renseigner ceux qui s’inquiètent de la présence d’un pareil titan au sein même de nos sociétés déjà percluses de spectacles sectaires ? Ces confréries aux rites de passage si ardus, alors qu’il est beaucoup plus simple de déclarer sa foi à n’importe quelle église, ne représentent-elles pas le seul danger crédible de sombrer dans l’ignorance la plus totale ? Prendre les armes contre l’intelligence ne paraît plus guère possible (messieurs les fascistes). Montrer patte blanche ne résout pas le problème de ne posséder que les défauts du cerveau au lieu d’être capable d’en affiner les qualités jusqu’à la découverte (messieurs les libéraux). Vivre quand même condamne à l’injustice affectant les moyens (messieurs les croyants).

 

II-5

 

Le discours physique est limité par l’impossible, limite de l’univers lui-même ; le métaphysique ne paraît pas avoir d’autres limites que le compréhensible et le crédible, limite que l’homme semble capable de dépasser par des techniques que les uns prétendent avoir acquises, d’en haut ou d’en bas, et que les autres recherchent avec des traces de fulgurations littéraires. Vous serez fou ou sage selon le choix que votre conscience ou le paroxisme de votre désir imposent à l’outrecuidance de vos jours. Envisager la pyramide selon cette élévation vous en exclut et vous condamne à ce choix ou à cette fatalité. Vous ne serez ni scientifique ni philosophe mais poète ou technicien. Votre existence ne sera pas changée d’un iota si vous n’avez pas cette espèce de prescience qui prélude à la recherche. Vous trouverez peut-être mais vous ne comprendrez pas. Vous perdrez votre temps à mémoriser au lieu de comprendre. On dit même que vous deviendrez vieux avant l’âge. Rien n’interdit de scinder ainsi le triangle voué à d’autres activités plus calculées, plus facile à mémoriser, si efficace en retombées autant internes qu’externes (à la pyramide) mais il est conseillé, en cas de fin de non-recevoir, de se contenter de la vie elle-même et de ses sectes moins exigentes en condition d’admissibilité. Vous serez admis au roman, à sa poésie, à sa dramaturgie innommable si vous acceptez l’inadmissibilité de votre candidature. Mais étiez-vous vraiment candidat ? N’avez-vous pas plutôt été attiré, vous ne savez plus dans quelles circonstances, par les possibilités cognitives d’un roman hors-cadre ? Il semble que l’exigence de matière grise est de moins en moins contextuelle face à la croissance de l’intelligence artificielle dont nous connaissons les limites. Des cerveaux moins probants seront-ils invités un jour à entrer dans le Saint des Saints ? C’est peut-être déja le cas. Il ne serait finalement plus question de capacité mais de quiddité. Vivrez-vous ce moment extrême qui définira la limite finissante d’une protohistoire ? Entrerez-vous dans cette nouvelle promesse d’Histoire avec la ferme certitude qu’il s’agit bien cette fois de l’Histoire et non plus de cette attente qui vous condamne au roman de l’Histoire au hasard des rencontres si limitées en termes de probabilité ?

Lire la troisième partie

Derniers textes publiés - 3e trimestre 2018 :

 Projet BABELIN - Branlettes de Patrick Cintas (pour LUCE et ses phénomérides)
 I - 6 personnages du Grand Voyage de Télévision - LOUIS MARETTE - Voyage au pays d’Hypocrinde (voir les images plus bas)
 Section II - Gloses - LORGNETTE à échelle humaine
 Chantier de Patrick Cintas - Personæ
 Extraits - Textes intégraux - Musique - Peinture - Musiques de Patrick CINTAS
      Mescaline 3
      Mescaline 2
 Romans de Patrick CINTAS - GOR UR - roman - version intégrale et révisée
Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2018 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

sarl unipersonnelle au capital de 2000 euros - 494926371 RCS FOIX

Direction: Patrick CINTAS

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs ou © Le chasseur abstrait (eurl). - Logiciel: © SPIP.


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -