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La Littérature à l'école
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 Article publié le 27 mars 2004.

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« ...la signification est[...]ma préoccupation essentielle[...]c’est-à-dire ni les formes ni les contenus, mais le procès qui va des sens aux autres ». 
Roland BARTHES, Essais critiques, Coll. points, Ed. du Seuil,  Paris, 1964, p. 155. 

La Littérature à l’école

 une visée humaniste incontournable

La Littérature, une discipline ?

Les nouveaux programmes parus en 2002 attestent l’introduction de la pratique littéraire en classe du primaire (France) et renforcent de facto l’idée que la Littérature joue un rôle formateur à tous les âges. (A quand dans l’ école italienne une orientation pareille ?). 
Un enseignement qui guide les jeunes à une approche précoce de la tradition et de la culture nationales afin de construire une identité culturelle par le biais des connaissances et des notions historiques mais aussi de favoriser l’acquisition de valeurs sociales fondamentales telles que l’ouverture à d’autres mondes et le respect des différences. 

Cette décision est également significative si l’on tient compte qu’il y a des années on célébrait la « mort » de la littérature (déscolariser la littérature, lisait-on) sous pretexte qu’elle était tout à fait inadéquate à suivre les évolutions sociales et de pensée. 

Maintenant l’insistance dans les nouveaux programmes de l’enseignement littéraire à l’école témoigne de la vitalité et du grand intérêt que suscite la lecture de « textes porteurs de références culturelles ». 
Ce qui est frappant c’est que la Littérature n’intervient pas marginalement ou à support de tel ou tel thème. Elle vient désormais considérée, et à juste raison,  une discipline qui en collaboration avec les autres matières contribue à la création d’une culture commune. 

Étant une discipline, elle a une démarche toute particulière à suivre et des objectifs précis à atteindre. Mais surtout, s’appuyant sur des textes écrits elle force l’élève consommateur à parfaire son habilité de lecture et à l’habituer à considérer non seulement le texte en soi , ce qui peut être apparemment simple, mais à y pénétrer pour s’approprier les intentions de son auteur-créateur et par là essayer de donner un sens profond à ce qu’il lit, ce qui s’avère une activité fine et complexe. 

Cela dit, il est de toute évidence que la pratique littéraire en classe est certainement efficace et profitable si l’élève-destinataire est mis à même d’établir avec le texte-produit une sorte de dialogue à partir des informations données explicitement, de mettre en dynamique des échanges/inférences multiples et pertinentes qui lui permettent d’entrer dans le tissu social et culturel de l’époque de référence. 

Mais surtout et préalablement, il faut réduire une première et naturelle attitude d’intimidation/étrangeté de l’élève face à ce système « redoutable » tant il riche de valeurs. Cette attitude de distance est d’ailleurs largement diffusée auprès des jeunes qui n’aiment pas s’identifier affectivement à tel ou tel héros (1), ce qui pourrait bloquer la capacité d’inférence et causer une forme d’indifférence, pis de rejet ou de détestation pour la culture scolaire. 

Le texte littéraire ou les possibles explorations. 

C’est pourquoi il faut bien choisir soit le dispositif d’approche que le groupement des textes à introduire dans la classe. Que ce choix soit défini en rapport aux centres d’intérêt individués à la suite de pratiques didactiques préparatoires, au niveau de difficultés linguistiques et lexicales des textes à étudier , aux compétences acquises par chaque élève ainsi qu’aux thématiques inscrites au programme individuel et d’établissement. 
C’est une phase extrêmement délicate qui exige du temps et de l’attention suivis car c’est d’elle que dépend la réussite de l’activité et la poursuite de tous les objectifs didactiques pré-définis (2). 
On peut trouver milles manières de traiter un texte littéraire. Le cinéma, la télé, le théâtre et la pub peuvent donner des pistes plus ou moins performantes utilisables en classe. Mais, à mon avis, rien ne sera possible si l’on reste à l’intérieur d’un rapport éducatif standardisé. Il faut faire travailler l’imagination de notre élève et faire en sorte qu’il soit capable d’opérer une réinterprétation, voire un changement de sens, ainsi que le motiver à se délivrer d’une vision conformiste du produit littéraire. 
Pour beaucoup de temps, en fait, les manuels scolaires ont abordé la Littérature comme histoire des genres. Maintenant il paraît plus juste et plus fructueux de considérer le texte littéraire comme un produit indépendant, un trait d’union entre le sujet et l’histoire, une sorte de texte-tremplin entre la culture du passé et celle de nos jours. Bref, un objet dont sa qualité vient de la pureté d’une vision qui dure, de sa force en soi capable de proposer quelque chose de personnel qui permette au lecteur d’intervenir dans la subjectivité du créateur. 
Incarnant une certaine conscience de la société le texte ne cesse de fonctionner parce que le sens est dans la forme toujours multiple et riche. 

Modalités d’aborder un texte littéraire. 

Pour faciliter l’entrée dans les textes littéraires on peut utiliser une variété de formes des plus simples aux plus complexes dont la paraphrase et le questionnaire qui semblent être les plus conventionnelles des activités adoptées. Pendant lesquelles l’élève comprend que le texte a une forme, répond à un genre et qu’il y a des motifs récurrents qui le traversent et le structurent. De plus, il disposera d’une série de questions qui , une fois acquises, le mettront en mesure d’exercer une attitude de lecteur actif, attentif, quelle que soit la nature du texte ciblé. 
Bien évidemment elles restent des activités reductrices si l’enseignant ne donne pas des informations supplémentaires. En fait , il aide l’élève à entreprendre un voyage vrai et assisté dans le labyrinthe du sens, de la parole, de ce qui n’est pas dit, de ce qui apparaît et disparaît, sans oublier que l’étude littéraire a comme but celui de l’accompagner dans la découverte de soi-même et du monde énigmatique et pluriel. 
La réussite de ces pratiques repose dans le fait que l’enseignant ait ou pas exercé sa capacité de persuasion et d’influence sur l’élève, ait bien mis en place la pédagogie du va- et- vient entre l’implication, la sensibilisation et la distanction, ce qui à la fin lui permettra de vaincre les résistances mentales de l’élève-interlocuteur. . 

Une autre pratique , à la mode dans les années 70 et aujourd’hui utilisée par une minorités d’élèves est le résumé. Elle ne répond qu’à l’exigence de raccourcir le texte de départ particulièrement long et très articulé afin de le rendre simple et essentiel. 
Il y a encore le Pastiche/parodie capable de stimuler l’activité imaginative et le Commentaire ou exposé oral ou écrit qui contribue à tester l’aptitude du lecteur à lire et à comprendre un texte et à en saisir les enjeux. 
Un dispositif innovant dans l’enseignement de la littérature semble aujourd’hui largement s’affirmer. Il porte sur l’intervention/implication des manifestations artistiques (images, photos, tableaux, théâtre, musique etc...) conçues pas plus comme corollaires mais comme des formes de travail décloisonné exploitables en classe en clé pédagogique (IDD-TPE-Parcours thématiques) aptes à susciter des suggestions , à formuler des hypothèses et à former l’autonomie. 
Cette sorte de transférabilité du domaine artistique (plastique et figuratif) en celui littéraire a origine assez récente. Il y a quelques années les matières artistiques étaient considérées au bas de la hiérarchie scolaire. Tout se passait comme si au déhors de la Littérature, domaine sage et noble, n’existait pas d’autres formes de culture savante. 

La médiation du prof entre l’auteur et l’élève-lecteur. 

Or, il n’est pas question d’indiquer une méthode efficace, de conseiller une démarche qui soit couronnée de succès. En pédagogie toutes les pratiques sont bonnes si le lecteur d’observation en observation se sentira en mesure de faire des découvertes aisées et précises , si sur la base des relevés effectués à l’intérieur d’un texte lors de la phase de lecture il n’hésitera pas à faire des interprétations et avancer des hipothèses. 

Certes, l’entrée de nos élèves en littérature n’est pas simple ni ne s’improvvise. 
C’est le fait d’une grande compétence professionnelle individuelle et aussi d’un travail d’équipe aussi continu que qualifié. 
Le goût de la littérature s’apprend en classe et s’appuie sur le plaisir de s’interroger et d’interroger-questionner les autres. Dans ce jeu de relation le prof y entre de plein pied. Il abandonne sa fonction de médiateur pour assumer une posture plus flexible et plus proche de ses élèves : il lit, il interrompt, il accepte les digressions, il pose et il ose . mais surtout il mène et relance le questionnement sur les textes. S’il faut, il prend en considération d’autres intermédiaires qui servent d’enrichissement et de focalisation de certains aspects de la discussion. Il y a là toute l’expertise des profs pour réduire les résistences qui viennent du texte proposant des interprétations susceptibles d’abattre n’importe quel énigme. 

L’étude du texte, on le sait, est un fait d’exploration d’un produit-moi distant et inconnu qui ne nous appartient pas mais pour autant suggestif et créatif. 
Un travail passionnant qui au travers d’une lecture d’implication laisse parler le texte sans aucune pression ni urgence, nous dévoilant comme dans un vase de Pandora tous ses secrets, ses mystères et ses vérités supposées. 

Prof. Raphaël FRANGIONE 

(1) Il serait très intéressant d’étudier, à cet égard,  cette forme de pudeur et de discretion qui la plupart des cas cache la volonté de ne pas se laisser impliquer. 
(2) Il devient évident que l’organisation du temps scolaire peut représenter un obstacle à l’acquisition par l’élève de son apprentissage. D’autre part, comment se peut-il que le professeur qui voit la classe trois heures par semaine puisse mobiliser ses élèves sur un projet à long terme ?

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Premisse. 
A titre d’exemple voici ce modèle séquentiel exploitable en classe de seconde(lycée) où l’intertextualité joue un rôle important. 
Je ne me suis pas posé l’objectif d’enrichir la culture scolaire de mes élèves, je ne sais pas ce qu’elle sera. Un tas de connaissances sur l’auteur ou sur une œuvre qui sombreront sans doute dans l’oubli ?
Ce que je sais c’est que la Littérature n’est pas indispensable à la vie même si elle joue une fonction incontestable dans la formation des valeurs humanistes. 
D’ailleurs, viser à une assimilation de toute la culture littéraire est une utopie. Rappelons-nous la « la tête bien faite » de Montaigne en opposition à la « tête bien pleine » de Rabelais. Je saisis l’occasion pour remarquer , si besoin en était encore, que du « primaire » au « secondaire » c’est à l’École comme institution de développer chez l’élève la capacité de compréhension et de réflexion sur les thèmes plus proches de son expérience et qu’il suffirait de lui proposer des passages peu connus tirés aussi des oeuvres« mineures » mais jugés significatifs parce qu’ils traduisent une pensée, un témoignage, car il ne faut pas imposer une certaine vision du monde, il est question d’amener l’élève à l’élaboration de son sens critique et l’étude textuel ne doit fournir que les outils lui permettant d’exprimer son adhésion ou rejet. 

Progression annuelle en seconde(3^B/C). Troisième séance. 
Année scolaire 2003-2004. 
Prof. Frangione Raphaël. 

Titre de la troisième séance/séquence : 
La Renaissance « heureuse » et la tentation de mourir. 

Objectifs culturels :
Par l’analyse/compréhension du texte poétique, porter l’attention de l’élève sur les intimes contradictions, joies et souffrances, de l’homme"nouveau", notamment en relation aux mentalités et à l’air du temps. 

Objectifs linguistiques :

- repérages des composantes linguistiques constitutives du texte-cible ;

- réactiver les connaissances de l’argumentation ;

- savoir classer les idées en vue d’un commentaire écrit ;

- découvrir les particularités du texte poétique. 

Perspective dominante :
Élaboration et singularité des textes et des images. (Vidéo:Hommage à Léonard de Vinci et à La Joconde). 

Perspectives associées :

- approche de l’histoire littéraire:Humanisme , Renaissance et Réformes protestantes. La fin des conflits des croisades et les nouvelles découvertes. L’affirmation de l’État royal(François 1er et Charles Quint) et de l’État-Nation(Édit de Villers-Côtteret) ;

- étude des genres et registres:le Sonnet, le Rondeau, l’Ode ;

- enrichissement de la Langue Française:l’œuvre de la Renaissance(Défense et Illustration de la Langue française(1549). 

Les étapes de la démarche :
1)Lecture cursive ou repérage des éléments en surface ;
2)Lecture analytique et comparée ;
3)Écriture fonctionnelle et commentaire ;
4)Oral:activité discursive et de confrontation ;
5)Étude de la langue ;
6)Lecture d’images. 

Groupement de textes :
1)Cl. MAROT, Dedans Paris, ;
2)Louise LABÉ, Sonnet XVIII, ;
3)Louise LABÉ, Sonnet XXIII, Reprenez, Dames..., ; 
4)Du BELLAY, Si notre vie. . . ;
5)Du BELLAY, Heureux qui comme Ulisse ;
6)P. de RONSARD, Quand vous serez. . . . 

Thématiques :

- la Poésie comme « jeu » ;

- l’Amour érotique ;

- les contradictions de la Vie ;

- vers l’Idéal ;

- si l’érudition pèse sur les sentiments ;

- le Thème du Temps et la joie de vivre.

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