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------------Patrick CINTAS
Carlos BARBARITO - Extrait de Radiación de fondo
traduit par Patrick CINTAS
© Article publié le 4 avril 2005.

 

 

Extrait de Radiación de fondo
publié dans la collection
Hors série

traduit par Patrick CINTAS

español

français

¿Y ahora qué hace ? Su duda

se anticipa a cualquier otra cosa.

Incluso hasta la propia muerte

debería, si se presentara, esperar.

¿Le da la razón a las cenizas

y se olvida que de algún modo,

por alguna vía, por quién sabe qué ardid,

pudo ser feliz y nada hizo al respecto ?

(El fuego, le dijeron, siempre tiene roto el extremo.

No lo entendió entonces, sigue sin entenderlo.)

¿Enfermo de un mar curable

y sin embargo mortal, plantará

un cyclamen en la estepa

sabiendo que no tardará en marchitarse ?

(Le dijeron : no tendrás nunca una casa,

cuando quieras ver el día será tarde, será de noche.)

Ecos remotos, cada vez más inaudibles :

Tigris y Eufrates, emenagogo,

creosota, Es como un alto en la vida,

un súbito miedo a despertar, Jeremías en San Vincenzo,

el Evangelio de Nicomedo, las flores

de Leonardo, virgen de oro, camafeo...

¿Se llama a sí mismo y no asiste,

yerra y todo renace, acierta

y todo sigue bajo el lodo,

se llama a si mismo y asiste, desnudo,

sucio de tiempo y cenizas ?

Hacia el fin del mundo,

a bordo de un tren inmóvil.

Polvo de tiza en los párpados,

en las manos. Hacia

el fin de lo conocido, medido y pesado,

ante un paisaje que miente

cielos de lluvia y luego cielos azules,

campos sembrados y luego baldíos.

¿De qué noche es esta falacia ?

¿De qué muerte se compone esta vida,

que no se refleja en espejo alguno,

fija en el centro de un ojo no humano,

de perro, oso, caballo ?

Qué espera, qué no espera,

empujado a otro destierro. El ojo

hacia alguna hora,

abierto a medias : cae,

al fondo de la escena,

un piano, en ralentí,

en un mar sin olas se hunde.

Qué vive, qué muere,

del lado ajeno, confuso,

un pez desgarra la superficie,

impide con su acto toda belleza.

Y no lo sabe. No sabe

cuanto arrastra la luna en su órbita,

hacia dónde se inclina

el relámpago cuando queda vacío,

si basta o no con encender un fuego

y arrojar al fuego el eco y la sombra.

Y está el tiempo, el óxido,

lo que despacio se deshace ;

un rato antes se desnudan,

por un instante son menos ásperos,

oyen una música, se huelen

entre sí y lo que huelen

se presenta ancho y verdadero.

Pero, ¿cuánto dura ? Enseguida

cruje la madera de la puerta,

se arruga la tela que cubre la tierra,

tercian el ganado,

el sismo, la malaria. Lo afín

se separa, se tuerce la plomada,

sólo huelen los perros

que buscan alimento

bajo montañas de hojas secas.


*

 

(Insecta)

 

Por el suelo, en el aire,

al borde de las grietas,

en las ramas de los árboles.

Solitarios, en colonias, livianos,

Pesados. Ablandan con jugos

lo duro o lo perforan,

aún en lo oscuro noche

ven las invisibles líneas de los pétalos.

Frotan sus alas, raspan sus patas traseras,

cantan, captan ese canto

desde muy lejos.

Vuelan, corren, saltan,

desaparecen en la arena,

caminan sobre el agua de los lagos,

patinan, se emparejan en pleno vuelo, de a dos,

unos con otros en nutridos enjambres.

Como nosotros, parecen

estar en todas partes,

da la impresión de que nada les es ajeno,

que todo les pertenece.

Pero, como nosotros,

no pueden respirar bajo el mar

y el fuego no tarda en abrasarlos.

 

*

 

(Modigliani)

 

Bebe porque tiene sed

y porque tiene sed se mancha.

Su dios es pequeño,

muere cada otoño antes que las hojas.

En cada tela, un desnudo.

La cabeza hacia un lado.

Golpea el vidrio un viento :

¿quién detendrá su furia,

quién acariciará la frente de ese potro,

quién tocará una a una las cuerdas,

un sonido en progreso

en dirección a cierto amor,

a cierta isla cimentada en calma ?

 

*

 

(A Denise Levertov)

 

Los animales vienen a su encuentro.

Le ladran, mugen, balan,

gruñen, pían, chillan.

Le lamen las manos y la cabeza.

Algunos, los que tienen brazos, la abrazan.

Otros le pasan sus lomos por las piernas.

Un sueño de niño, sin sobresalto.

La vida tal cual es, desnuda, sin artificio.

 

*

 

Es otra vida, temprana.

Es otra fruta, jugosa, ingrávida.

Desnuda, ágil,

en un amplio teatro de formas,

siempre la misma escena

nunca repetida.

--------------- No es idea,

es tal vez preludio,

perfil angélico,

un raro fulgor en los arbustos.

Y nueces, salmodia, oro entre nubes,

suave desmayo que deja estela.

Ahora la respiro,

bosque o limbo,

dejo sobre sus hombros

amoroso, inocente pasado,

tal vez Chardin, Watteau, Boucher...

 

français

español

 

Et maintenant, que fait-il ? Chez lui

le doute est primordial.

Même la mort, si elle venait,

devrait attendre.

Il donne raison aux cendres

et il oublie qu’en tout cas,

d’une manière ou d’une autre, par on ne sait quel stratagème,

il eût pu être heureux mais qu’il n’a rien fait pour que ça arrive ?

(Le feu, lui dirent-íls, est toujours cassé en son sommet.

Il ne l’entendit pas alors, et il continue de ne pas l’entendre.)

Malade d’un mal guérissable

et mortel cependant, il peut planter

un cyclamen dans la steppe

sachant pertinemment qu’il ne tardera pas à se flétrir ?

(Ils lui dirent : jamais tu n’auras de maison,

quand tu voudras voir le jour il sera tard, il fera nuit.)

Echos lointains, chaque fois plus inaudibles :

Tigre et Euphrate, emménagogue,

créosote, C’est comme un sommet dans la vie,

une peur subite de se réveiller, Jérémie à la saint-Vincent,

l’Évangile de Nicomède, les fleurs

de Léonard, vierge d’or, camée...

Se nomme-t-il lui-même sans répondre présent,

erre-t-il et tout renaît alors, a-t-il raison

et tout continue sous la boue,

se nomme-t-il lui-même et répond-il présent, nu,

sale de temps et de cendre ?

Jusqu’à la fin du monde,

dans un train immobile.

Poussière de craie sur les paupières,

sur les mains. Jusquà la fin

du connu, mesuré et pesé,

devant un paysage qui ment

ciels de pluie suivis de ciels bleus,

champs ensemencés et terrains vagues.

De quelle nuit est ce mensonge ?

De quelle mort se compose cette vie,

qu’aucun miroir ne réfléchit,

immobile au centre d’un oeil non humain,

de chien, d’ours, de cheval ?

Qu’attend-il, que n’attend-il pas,

poussé vers un autre exil. L’oeil

tourné vers certaine heure,

à moitié ouvert : tombe,

au fond de la scène,

un piano, au ralenti,

se noie dans une mer sans vagues.

Qu’il vive, qu’il meure,

de l’autre côté, confus,

un poisson frise la surface,

il empêche ainsi toute beauté.

Et il ne le sait pas. Il ne sait pas

tout ce que la lune attire dans son orbite,

jusqu’où se penche

l’éclair quand il devient vide,

s’il suffit ou non de mettre le feu

et d’y jeter l’ombre et l’écho.

Et voici le temps, la rouille,

ce qui lentement se défait ;

un instant plus tôt ils se dénudent,

pour un instant ils sont moins rugueux,

ils entendent une musique, ils se reniflent

et ce qu’ils sentent

paraît vaste et vrai.

Mais, combien de temps cela dure-t-il ?

Ensuite le bois la porte craque,

la toile qui couvre le monde se plisse,

arrivent les bêtes,

le séisme, la malaria. L’analogue

se sépare, s’emmêle la plombée,

seuls les chiens qui cherchent à manger

reniflent

sous les montagnes de feuilles sèches.

 

*

 

(Insecte)

 

Au sol, dans l’air,

au bord des fissures,

dans les branches des arbres.

Solitaires, en colonies, légers,

lourds. Ils attendrissent ce qui est dur

avec leur suc et ils le trouent,

et dans le noir de la nuit

ils voient les lignes invisibles des pétales.

Ils se frottents les ailes, raclent leurs pattes postérieures,

chantent, captent ce chant

de très loin.

Ils volent, ils courrent, ils sautent,

ils disparaissent dans le sable,

marchent sur les eaux des lacs,

patinent, s’accouplent en plein vol, deux à deux,

les uns avec les autres en essaim abondant.

Comme nous, ils semblent

être partout,

ils laissent penser que rien ne leur est étranger,

que tout leur appartient.

mais, comme nous,

ils ne peuvent respirer dans l’eau

et le feu finit par les détruire.

 

*

 

(Modigliani)

 

Il boit parce qu’il a soif

et parce qu’il a soif il se tache.

Petit est son dieu,

il meurt chaque automne avant les feuilles.

Sur chaque toile, un nu.

La tête penchée.

Un vent frappe le verre :

qui mettra fin à sa hâte,

qui caressera le front de ce poulain,

qui jouera une à une les cordes,

un son qui avance

vers cet amour,

vers cette île cimentée tranquillement.

 

*

 

(À Denise Levertov)

 

Les animaux viennent à sa rencontre.

Ils lui aboient, mugissent, bêlent,

grognent, pépient, piaillent.

Ils lui lèchent les mains et la tête.

Certains, ceux qui ont des bras, l’embrassent.

D’autres frottent leur dos sur ses jambes.

Un rêve d’enfant, sans soubresaut.

La vie telle quelle est, nue, sans artifice.

 

*

 

C’est une autre vie, jeune encore.

C’est un autre fruit, juteux, léger.

Nue, agile,

dans un grand théâtre de formes,

toujours la même scène

jamais répétée.

-----------Ce n’est pas une idée,

c’est peut-être un prélude,

profil angélique,

une rare lueur dans les arbustes.

Pommes d’Adam, psalmodie, or dans les nuages,

doux évanouissement qui laisse des traces.

Maintenant je la respire,

bois ou limbes,

je tombe amoureux

sur ses épaules, passé innocent,

peut-être Chardin, Watteau, Boucher...

 

 

© Article publié le 4 avril 2005.

 

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