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Prix Chasseur de roman 2011 Pascal LERAY pour son récit BOURREAU DE MERZIN
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 Article publié le 13 février 2011.

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Argument

À sa sortie de prison, Edmond Mauvais a un projet : retrouver les traces de la famille Merzin dispersée et en tirer la matière d’un best-seller qui le propulsera devant les caméras de la télévision (il rêve surtout de la présentatrice, en fait). Il entreprend donc de s’approprier une maison proche du quartier où vivait la famille et, très vite, récupère le fils et la fille chez un proxénète heureux de s’en débarrasser. Il espère prostituer la fille et faire du fils son nègre mais les enfants entretiennent entre eux une relation complexe, conflictuelle et incestueuse à la fois, au point qu’ils se mettent à fusionner. Ils finissent par ne former qu’un seul être bicéphale, aux organes à demi-liquéfiés, qui se répand en une flaque corrosive. Edmond entreprend alors de partir à la recherche de leur mère...



La magie n’existe pas. Enfin, on ne sait pas mais elle semble mal fonctionner pour certains. Si elle avait été efficace, Edmond n’aurait jamais fait de prison. Mais du jour au lendemain, il s’est retrouvé enfermé à cause d’un plan mal fagoté.
Tout semblait impeccablement rodé pourtant. Les calculs étaient sûrs, le magot à portée de la main. Mais il faut toujours que les gens se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Ils ont été dénoncés, ce n’est pas possible autrement. Toujours est-il qu’Edmond et ses complices ont vu la police arriver. Ils sont restés comme des idiots et la police les a " cueillis " sans difficulté. Ils n’étaient même pas armés.
Edmond a commencé à ruminer dans sa geôle. Il lui était difficile de se concentrer à cause de la promiscuité. Ils étaient six dans cette piaule de douze mètres carrés. Tous des phénomènes, qui plus est : un fou furieux, Argo, qui tabassait sans raison l’un ou l’autre de ses codétenus. Un autre, Philbert, restait des heures à balbutier des explications inaudibles ou incompréhensibles, même quand il parvenait à formuler des phrases complètes. Le troisième, qui se faisait appeler Chien, hurlait régulièrement la nuit. On en avait alors pour des heures, jusqu’au matin. Mais en journée, il était calme, posé. 
Le plus discret de tous était Maurice, un petit homme de quatre-vingt treize ans. Il avait passé trente-cinq ans en prison. Quand on lui demandait pourquoi, il disait avoir oublié. Il se souvenait simplement qu’il avait toujours clamé son innocence. Mais aujourd’hui, elle ne lui servait plus à rien, son innocence. Qu’aurait-il fait dehors ?
D’autres numéros se sont relayés dans la cellule : un Anglais, Sim ou Sam selon les jours, visiblement schizophrène, a succédé à l’Ancre, un gros bonhomme tatoué d’une ancre énorme sur la poitrine. Celui-là était un tueur impulsif. Ses codétenus ont tous craint pour leur vie, même Argo qui ne s’est jamais attaqué à l’Ancre. 
C’est un gardien qui a fini par faire les frais des impulsions de l’Ancre. Edmond et ses camarades n’ont pu que regarder le gardien se faire écrabouiller la poitrine, puis la tête, que l’Ancre a tenu à faire exploser au sol pour ses compagnons. Après cela, on ne l’a plus revu. Mais on a mieux apprécié Argo, dont les bastonnades n’étaient à côté des sévices de l’Ancre que d’inoffensifs enfantillages.
Sim ou Sam n’est pas resté longtemps, lui non plus. Il était drôle, à cause de ses deux personnalités qui se matérialisaient en deux noms distincts. On avait deux existences séparées en un seul être, chez lui. Sim était un grand joueur de poker, un homme habitué aux atmosphères liquoreuses et opaques des tripots. Il avait un rictus inquiétant quand il gagnait. Sam était un pasteur bouleversé par des visions obstinément obscènes, qu’il pourchassait à travers les douze mètres carrés de la geôle. C’est Sam qui avait fauté, pas Sim. Sim n’était pas au courant des activités de Sam. Il a été très contrarié de perdre ses partenaires habituels. On a fini par transférer Sam et Sim en hôpital psychiatrique. 
Il y a eu d’autres détenus de passage, ainsi. Mais Argo, Philbert, Chien et Maurice étaient là quand Edmond est arrivé. La plupart ne caressaient même pas l’espoir d’être libéré un jour. Cette résignation accablait Edmond, qui n’a jamais perdu l’espoir de sortir de là cependant.
Edmond s’est dit qu’il lui fallait tirer parti de sa situation. Ayant quelque prétention à la littérature, il se convainquait que l’expérience de la prison auréolerait sa gloire littéraire. " Il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur ", se disait-il. Il pensait à Jean Genet, au marquis de Sade ou encore à Théophile de Viaux, parmi tant d’autres ! Il se réjouissait parfois de son destin mais l’impatience le minait. Il ne voyait pas arriver le jour de sa libération.
Un certain nombre de choses l’en empêchent. [...]

à paraître bientôt chez Le chasseur abstrait

 

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