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Santiago MONTOBBIO - La poésie est un fond d'eau marine - note de lecture de Jean-Luc Breton.
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 Article publié le 20 avril 2011.

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Santiago MONTOBBIO, Donde tirita el nombre / Onde treme o nome, traductions de Fernando Fiorese, Sao Paulo, Claudio Giordano, 2010 ; <I>La poésie est un fond d’eau marine</I>, traductions de Jean Dif, Paris, Editions du Cygne, 2011.

Santiago Montobbio défend depuis longtemps la poésie la plus exigeante qui soit, celle qui dit le poète et son univers, physique, philosophique et métaphysique, avec l’exactitude la plus minutieuse. Le travail de sculpture qu’il accomplit sur sa langue, l’espagnol, a pour fonction de donner à son lecteur un portrait de l’homme qu’il est au quotidien, dans toutes ses dimensions, puisqu’il n’y a pas d’autre existence possible que celle qui se dit et se donne sur le papier (De tous mes amis / c’est moi qui ai eu la mort la plus étrange : / avec mon âme disloquée / j’ai été le silence sur la page). Comme un Sisyphe de la plume, il lui faut chaque jour s’écharper le cœur (le / seul moyen que j’ai de me supporter / est quand je me lacère) pour accomplir sa tâche d’écriture, de mise à nu des douleurs, des compromissions, des bassesses, pour s’endormir ensuite et rêver au pardon (Minutieusement je songe à Dieu pendant la journée / pour la nuit pouvoir croire qu’il me pardonne) ou à l’oubli, et pour pouvoir continuer tant bien que mal à vivre sous le « toit du mensonge », dans l’illusion que l’on continue à vivre.

Cette poésie sublime, que Montobbio nous livre depuis les années 80, est celle que le beau recueil brésilien des éditions Claudio Giordano choisit de nous livrer. La sélection de poèmes, effectuée par Montobbio et son traducteur Fernando Fiorese, ne cherche pas à rendre manifestes toutes les facettes du poète, mais à évoquer, poème après poème, cette quête d’identité et de sens, et le but est en tout point atteint, dans une confrontation séminale de l’espagnol et du portugais, où la poésie jaillit dans chaque poème des rythmes, des sons et des images. Montobbio est en effet, en poète exigeant et en lecteur curieux, toujours soucieux de faire entendre ses poèmes dans d’autres langues et avec la plus grande fidélité.

Ce recueil brésilien propose également quelques poèmes nouveaux, des années 80 mais inédits, ou quelques pièces plus récentes, datant de 2009.

En effet - et Montobbio l’évoque en introduction du recueil des Editions du Cygne - il n’a pas écrit de poésie pendant 20 longues années, jusqu’à ce qu’en 2009, par longs jaillissements auxquels rien ne pouvait s’opposer, des centaines de poèmes nouveaux s’imposent à lui, dont il nous propose une sélection dans le recueil français. Signe de l’époque sans doute, la poésie de 2009 a abandonné la posture ironico-métaphysique des années 80 pour se concentrer sur des évocations d’épisodes ou d’épiphanies du quotidien : prendre un taxi, regarder quelqu’un dormir sur une chaise, détailler la décoration d’une maison, marcher sur une branche morte, écrire des poèmes, bien sûr. Chacune de ces expériences est pesée, détaillée, réfléchie (Dans la poésie / je suis seul, je m’habite et je me palpe), puis placée comme au centre d’un vortex, pour pouvoir en exprimer l‘essentiel. Cette nouvelle poésie est répétitive, voire bavarde, mais elle n’a rien perdu de la force d’évocation des poèmes plus anciens. Comme eux, elle affirme l’impérieuse nécessité de l’écriture et cherche sans cesse à définir la nature du médium qui habite le poète et le fait exister : miroir évidemment, comme l’indique le titre du recueil, mais aussi liberté absolue (qui féconde la terre, l’air / indispensable) :

La poésie

est une brise qui de manière occulte

 se réveille à certains moments

dans les choses, les images, les scènes,

les personnes, une brise secrète

qui souffle parfois dans la vie.

 

Jean-Luc Breton

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