Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
Lettre à celle qui a l'âge que je veux
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 20 juin 2005.

oOo

Qu’est-ce que l’amour ?
Une maladie à laquelle l’homme est sujet à tout âge.
Casanova


Je trempe un croissant dans mon café crème. Quelques esprits sujets à l’heure s’engloutissent dans un magazine ou dans un quotidien. J’ai toujours un livre à pétrir, un chagrin à vivre, à revivre, à oublier. J’attends. Ce matin, j’ai glissé dans la poche gauche de mon duffel-coat anthracite Les Amours jaunes. J’ai souvenance de ces vers écrits pour le cent unième anniversaire de sa mort. Je lui devais. Tristan Corbière terriblement surnommé An Ankou - spectre de la Mort -

Elle est venue ton écuyère
Chiper ton mal et tes trente ans
Tu l’attendais triste Tristan
Avec des brassées de bruyère
Elle est venue ton écuyère
La froide Faucheuse d’Armor
Te faire l’Amour et la Mort

Te faire l’Amour et la Mort

Ton bout de cierge est sous la lame
Buona notte dors Tristan
Avec ta terre entre les dents
Va dors avec ta vague à l’âme

J’ai toujours des camelots à trucider pour un peigne, pour un mouchoir de Cholet, pour une figurine en biscuit, pour un verre bleuté de Gallé. Des bruits brefs, mats, martèlent le zinc. Dans son histoire, un jetteur de dés joue à abolir le hasard. Deux jeunes gens, les yeux rougis... Je les imagine fraîchement débarqués de leur province. Un meublé. Un nid provisoire. Une nouvelle lune de miel. Notre guéridon. Des bicyclettes s’envolent. " Les armées allemandes battent en retraite sur toute la largeur du front. Les armées soviétiques se sont emparées de Kischnar... " Théâtre Antoine, 1948. " Tu ne vas pas accepter de mourir pour rien ! " Théâtre Antoine, cinquante ans plus tard. L’enterrement de Jean-Paul Sartre. Dans la foule, de l’hôpital Broussais au cimetière du Montparnasse, 1980. 1998, Les mains sales " Non récupérable. " Le percolateur ponctue les conversations.

MON AME MON ARME MA LAME

JE ME LEVE AVEC LE JOUR
PARIS SORT SES ORDURES ET RAMASSE SES PEAUX

HELE-MOI JE VIENDRAI CLAPOTER DANS LES LARMES DE TES EAUX ET FORETS

Les passants griffonnés à la hâte sur la grisaille matutinale de l’automne suspendent leurs pas. Je pense à ce tableau de Georges Malkine : un homme, une femme se croisent dans la rue, indifférents l’un à l’autre... Ils ne sauront jamais que leurs ombres sur le mur se désirent.

A LA UNE LA CHAIR GUEULE

Le kiosque à journaux s’effeuille au vent.

JE SUIS LOUCHE A LA FRONTIERE SANS BAGAGE SANS BOUSSOLE SANS BONNE ETOILE

JE NE COMPTE JAMAIS LES ETOILES

JE VAIS LA OU VONT LES BETES ET JE PERDS MON REGARD MES POILS MA VOIX

Le lazarone encapuchonné - le lazarone, parce que nous avons parlé longuement de Naples - au large dans son pardingue de feuilles d’artichauts et dans les sandales d’Empédocle peine dans ses pensées.

J’AI L’ENCRE ET LE STYLE DU SALUT DES MOTS EMPENNES A GREFFER AUX EPAULES
DE QUELQUES-UNS DE QUELQUES-UNES DES MOTS ARCHITECTES POUR LES RUINES MODERNES DES MOTS A FAIRE LE POSSIBLE

Et ces soldats couleur de muraille avec leurs armes lourdes, avec leurs cors et leurs cris, avec leurs meutes...La guerre, toujours la guerre... Cet autre, blanchi sous le harnais, redingote verdâtre, une main au tricorne, vraisemblablement sa grammaire sous le bras, se laisse porter par une vague espiègle d’écoliers. Et ce marin d’eau-de-vie, à rames et à voiles dans le grain, en cherche d’un équipage.

HELE-MOI JE VIENDRAI VEILLER DANS TES ALARMES

J’AI PARIS DANS LA CARNE COMME JE T’AI DANS LE NOIR ET SUR LA BOUCHE QUAND TA BOUCHE ME REGARDE

Je t’appelle Automne. Tu passes dans ton surtout violine comme les capitons d’une boîte à mandoline. Je pense à la mendiante rousse, à la passante de Baudelaire.
Je t’appelle Automne. Je me pends à tes loques rouilleuses. Sous la doublure de panne de ta traîne feuille-morte, réduit à l’aumône, je bois tes gouttes de rousseurs.

MA LOUVE MA LOUPE

JE TEMPETE LA NUIT DANS LES DRAPS DE LA SEINE
ENFANT JE ME SOUCIE DES GUIGNES DE GUIGNOL
JE T’OUVRE LES PRISONS DU ZOO DE VINCENNES
AVEC LA CLEF DE FA DE MON VIEUX ROSSIGNOL

Le temps s’abeausit. Je fends ton étamine jusqu’à ta fleur profane. Les hirondelles virgulent tes printemps. Des bourrasques hochent et hachent les arbres. Les piafs et les pigeons piquent le bitume. Egaillez-vous, rassemblez-vous ! Une vieillarde cassée semble être chargée comme une mule. Des chiens se font mille civilités cependant que les maîtres jappent. Ce n’était qu’une embellie..

HELE-MOI JE VIENDRAI TE CHARMER SOUS LES CHARMES

J’AI MILLE ANS ET LE POUCE ET JE N’AI PAS FAIT MON TEMPS

LES POUMONS DU MISTRAL POUR ENGROSSER LA VOILE
DE TON RAFIOT EN RADE AVEC UN MATELOT
LES CHEVAUX DE LA MER POUR HENNIR A L’ETOILE
AVEC LA CARMAGNOLE AUX FERS DE LEUR GALOP

" Le poste à galène, le charbon, l’eau sur le palier... Ce n’est pas si loin. " " Et les chiottes au fond du jardin. Le loup, les fantômes dans la nuit noire. On ne jouait pas à avoir la trouille. Les gosses maintenant... " " Le seau de chambre, la rivière dans le plumard, la brique brûlante. Non, ce n’est pas si loin. " " Le cinéma muet, la famille Duraton, les chansonniers... C’est loin, et à la fois, c’est pas loin. " " Et le papier tue-mouches... Garçon, remettez ça ! " " On travaille pour une poignée de figues. C’est plus du boulot. On a tout reconstruit, nous autres. " " Pour les enfants ! Eux, ils sont nés ici. Le pays, c’est ici. Le pays...

TANT QUE LES BEQUILLARDS VENDRONT LE DERNIER CRI
SOUS LA MITRAILLE
EN DOUCE JE VENDRAI LA TOUR EIFFEL AU PRIX
DE LA FERRAILLE

Le fleuve. Les bouquinistes. Les ruines des visages de Paris. Des images de Sarajevo. J’irai jusqu’à Monceau, le Jardin de tous les temps, de tous les lieux. J’y entends les bals de la Révolution, Musset, ta voix... Je marcherai. Je marche. Le cornet de marrons... De la braise dans le creux des mains, sur les lèvres.

JE NE SORS PLUS
J’AI PARIS DANS LA TETE COMME UNE TUMEUR
LA SEINE EST BELLE MON AMOUR COMME UNE SOEUR QUI A L’AGE QUE JE VEUX

HELE-MOI JE VIENDRAI RELUQUER DE PLUS PRES LE FOUILLIS DE TES CHARMES

LES AMANTS PARIS VENISE

LES AMANTS DE PARIS SE MOQUENT DE VENISE
LES CHEVAUX DE MUSSET N’Y PIAFFERONT JAMAIS
DANS VENISE LA ROUGE UN POETE AGONISE
JE SERAI SON PENDANT O SI TU NE M’AIMAIS

JE T’AIME JE M’AIME

QU’EST-CE QUE L’AMOUR MON AMOUR

CET AMOUR QUE JE TIENS A VIF DANS LA POITRINE DE LA PASSAGERE DE MON VAPORETTO ET DE MON BATEAU-MOUCHE

CET AMOUR QUE JE TIENS SUR LE TINTAMARRE DES COLONNES MORRIS ET DANS LA RUE SAINT-VINCENT OU POUSSENT DES POULBOTS

CET AMOUR QUI ME TIENT DANS LA TOILE D’ARAGNE
D’UNE FILLE AUX DOIGTS DE FEE

CET AMOUR IMPARFAIT QUI FAIT ET QUI DEFAIT NOS PAILLASSES ET NOS TOMBEAUX

CET AMOUR C’EST L’AMOUR MON AMOUR

Colchiques dans les prés fleurissent, fleurissent... Tu te souviens ? Colchiques dans les prés : c’est la fin de l’été. C’est presque l’hiver. Les saisons...

L’AMOUR MON AMOUR C’EST TA GRAPPE DE CIGALES
QUI CHIPENT AUX CLAIRONS LEUR PART DE COURANT D’AIR
C’EST MON LORGNON-VOYEUR QUI LORGNE TON PIGALLE
C’EST SUR LE MIDI TON SEXE A PILE WONDER

Nous sommes en 1881. Que dit Manet : " Je ferai l’Automne d’après Mery Laurent. " Mery Laurent, inspiratrice d’Odette Swann, de Nana... Mery Laurent, égérie d’un grand nombre d’artistes de son siècle. Une pelisse de chez Worth, une pelisse d’un brun fauve avec une doublure vieil or. " Quand cette pelisse sera usée, vous me la laisserez. "

L’AMOUR MON AMOUR C’EST QUAND TU AS DIX ANS DE PLUS
L’AMOUR MON AMOUR C’EST QUAND TU AS DIX ANS DE MOINS
L’AMOUR MON AMOUR C’EST QUAND TU AS L’AGE QUE JE VEUX

HELE-MOI JE VIENDRAI ME TAIRE A TON VACARME

Après la marée, les autobus égrènent les passagers.

Robert VITTON

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2018 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

sarl unipersonnelle au capital de 2000 euros - 494926371 RCS FOIX

Direction: Patrick CINTAS

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs ou © Le chasseur abstrait (eurl). - Logiciel: © SPIP.


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -