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Jean-Luc Breton - Santiago MONTOBBIO, Absurdos principios verdaderos.
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 Article publié le 11 mai 2011.

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Santiago MONTOBBIO, Absurdos principios verdaderos, Barcelone, Editions March, 2011.

Une fois de plus, Santiago Montobbio fait, pour son dernier recueil, le choix d’un titre splendide, sonore et rond, percutant, intriguant et profondément juste. Et comme pour El anarquista de las bengalas, publié il y a six ans, les éditions March habillent ce nouveau livre d’une très belle couverture sobre et élégante.

Les poèmes de ce nouveau recueil possèdent une dimension plus intime peut-être que ceux des volumes précédents, en ce sens que Montobbio a davantage eu besoin de les situer dans des contextes quotidiens, comme des intérieurs ou des cafés (lieux d’errance, de questionnement et de rencontres par excellence) ou de les adresser à un amour, une compagne. Cela ne signifie pourtant pas que ces poèmes sont plus triviaux, moins philosophiques ou introspectifs, mais Montobbio prend d’autres itinéraires, plus en rapport avec notre vie et nos interrogations sur le monde, pour toucher ses lecteurs. Ce que les poèmes de Absurdos principios verdaderos perdent en lyrisme est gagné en connivence, en reconnaissance même parfois, tellement le poète sait mettre le doigt précisément sur les absurdités, les paradoxes, les jeux de miroir ou les fantasmagories dont nos vies s’habillent pour être plus supportables. Santiago Montobbio le disait dans un de ses poèmes précédents, « Non seulement les choses ne sont pas comme elles sont ni même comme elles semblent être ; les choses, en général, sont comme elles nous font mal ».

Ici, le poète nous rappelle que les choses nous font mal avant tout parce qu’elles nous mentent. Si lui ou ses narrateurs recherchent des principes de vérité, c’est parce qu’il n’y a pas d’autres outils pour dire la vérité que les mots de tout le monde, qui, justement parce qu’ils sont ceux des autres, « des mensonges qui ont pris la forme d’âmes », ne disent rien et sont de ce fait, pour reprendre le troisième terme du titre, absurdes. Le court poème intitulé Chut peint en trois vers et de manière frappante les hésitations (ou les repentirs) de la parole et de l’écriture : « Tu allais dire : aux rives du crépuscule. / Tu allais dire : dans le silence sans rives. / Tu allais ne pas dire, ou dire des mensonges ».

Le domaine de la poésie, c’est l’obligation de continuer à témoigner de cette absence de sens (« le jamais est mon domaine ») et des jeux et acrobaties que vivre nous force à accomplir. Les images de déserts ou de terres brisées sont nombreuses dans le recueil, comme celles de cheminements et de tunnels, mais l’ironie absurde est qu’au bout du tunnel, il n’y a pas, comme dans certaines mythologies, un paradis, mais la rumeur, en anglais évidemment, que le paradis est perdu. Et, dans un très beau et intense poème, Montobbio reprend le titre de son premier et si puissant recueil, Hospital de inocentes, pour révéler que ce lieu si triste, hospice, orphelinat, refuge, est aussi la page sur laquelle s’accomplit le poème, témoignage véridique, touchant, intime, de « la nuit et de l’exil », qui doit encore et toujours être porté, parce que, si le paradis s’est perdu, nous savons fort bien que l’enfer serait un univers où il n’y aurait plus de livres à écrire.

Jean-Luc Breton

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