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 Article publié le 27 mars 2004.

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Soif Gorge Sable

Soif d’orphelins hurlants
Soif de pluie dans l’horizon
Soif exil de l’infini
Hurlement dans le désert soif
Soif exil de rosée
Asthme de cristaux
Soif.
Soif Gorge Sable
Je meurs sans eau
Saigne en soif
Me noie en soif
Vibre en soif
Nais soif
Poésie
Soif


Semences

Prisonnières. On va nous emprisonner. Elles et moi
Elles. Des milliers plus des milles des âmes sveltes
qui avec moi sont des contrebandières
Des valeurs. Des utopies possibles. D’art.
Art. Négation de la fin des humains.
Vivre sans masque est un désir de beauté.
 

C’est mon rêve de toujours veille pour les rêves.
C’est soif de mains accueillantes.
Cette soif à moi si grande qui me noue.
Je veux que chaque fenêtre s’illumine au son d’un violon, d’un piano, d’une harpe.
Que sur toutes les avenues du monde
sculptures de Giacometti regardent avec plaisir La Pietá.
Je veux que dans tous les sièges de tous les gouvernements
un Christ du Velázquez avorte l’horreur.

Cette soif. Soif bénie qui gèle et reverdit l’âme.
Vie prodigieuse qui allonge le désir de la saisir. Toute.
Et la trêve qui survient à pas ralentis.
Je veux que Fra Angélico fuie Le Prado
et que son Annonciation parcourt le monde de sa Lumière.
Je veux que Redon et Mantegna, Uccello, Leonard et Monet
soient trace. Phare. Et ils dérogent des bourreaux pour que Jamais ils n’existent.

Je veux que nous sachions une bonne fois par Dieu qu’il est déjà l’heure
que dans l’amour nous retrouvions l’absolue certitude de la liberté.
Que chaque matin au lieu d’écouter des nouvelles d’âmes sans anges
Bach, Poulenc, Mahler, Di Lasso, Debussy, Schubert et Chopin,
éclatent sur un Rio de la Plata qui se change en mer.
Mer bleue d’amour que dans la nuit bercent des oreillers
Avec des madrigaux, adages et clairs de lune.

Je veux. Je veux et je sème. Je veux.
Que nous enseignions bonté sur bonté.
Que le ciel soit toujours piqué d’étoiles
Je veux des adultes aux rires vierges
et des anges que peignent des enfants
Que les impies respirent Blake.
Que Rilke exorcise l’évidence.
Que les vieillards vivent dans l’honneur.
Que le Pays le Continent le Monde, l’Univers
soient pour des égaux et sans discrimination.

Je veux. Qu’Eluard, Desnos et Rimbaud, Quasimodo. Yeats,
Lorca, Kavafis y Celan, dansent en poésie dans toutes les âmes.
Et puis que la Chanson de la Joie de Schiller
L’Ode à la Liberté, La Neuvième de Beethoven
soient l’Hymne de tous les Justes de la Terre.
Pour vivre avec la soif sacrée soif.
Pour que l’aube soit la veille.
Pour semer l’art et l’amour
Pour ne plus voir
Des masques.

Rien que la lumière rien que la vérité.


Le devoir de la Beauté

Nous ne sommes nés ni pour des fracas de missiles.
Ni pour des sons de voix non fraternelles.
Nous ne sommes nés ni pour des sommeils ravagés
Ni pour entendre des pleurs d’enfants ni ceux des vieillards.
Ni pour étouffer en larmes l’âme avec des pleurs vers l’intérieur.
Nous ne sommes pas nés pour suffoquer
l’abandon dans la gorge.
Nous sommes nés pour que la Vie soit éclat et non pas le vide.
Pour la soif et pour l’eau.

Les sons de la campagne
Ont permis à Mahler d’expliquer la polyphonie.
Il pleut sur Buenos Aires.
J’écoute quelques solos de piano de Debussy.
Des mains qui se transmuent en musique
Ou des papillons qui dansent sur le clavier ?
Musique d’eau cristalline dans le silence.
Malgré le gris malgré la bruine.
Et Girondo m’arrive.
Resurgi de l’abîme
Où le vécu l’a transformé en oubli.
Provisoire.
Provisoire.
Il me dit que
Personne n’a écouté comme Debussy avec autant de profit
Les arpèges que les mains translucides de la pluie
Improvisent contre le clavier des jalousies
La Beauté est debout.
Il pleut et se joignent à Debussy.
à la veille de cette nuit grise
Gabriel Faure et Saint Colombe.
Et avant et après
Di Lasso et Bach et Chopin.
Et avec la délicatesse d’un colibri
Qui danse sur les lavandes
La musique ébranle notre être
Comme des latences de la nature
Et de l’amour.  

Le Pouvoir nie la Musique
et l’Art.
Nul ne pourra tuer la musique
Ni la poésie.
Ni la peinture.
 Les artistes dans ce pays ?
Ils sont dans l’abandon
Comme nous tous abandonnés.
Sans art il n’y a pas de joie.
Sans art il n’y a pas de lumière.
Sans art il n’y pas de dignité.
Sans art il n’y a pas de vie.
Et le Pouvoir boit avec les larmes d’Orphée.
Mais il ne peut rien contre l’insaisissable
la musique et l’Art.

"Mon amour et mon coeur étaient de grands oiseaux qui
volaient parmi une multitude d’astres"
écrivait Robert Desnos.
Et si nous volons tous ainsi
Unis
Dieu
Unis dans le grand Tout
Personne ne tuera la musique
Personne ne tuera la vie.
J’éprouve de la honte et j’ai le spleen
Pour les sans-coeurs.
Mais la force de l’intérieur est plus forte.
J’ai Soif.
Bénite soif
Qui avance l’eau.
Eau. Musique. Art. Vie. Égalité. Justice. Liberté. République.
Transparence.
Soif.
Soif comme l’oiseau qui vole
parmi une multitude d’astres
Pour le devoir de la Beauté




Extraits de "Soif" © Cristina Castello 2004

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