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Dans la chambre
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 Article publié le 3 juillet 2011.

oOo

Il y a, je la devine, assise sur l’aube étroite, l’immensité d’un soupir qui tarde à se proférer. 

Moments de claire incertitude. 

Le clair-obscur de la scène qui se joue achève de rendre l’aube improbable.

Mais le voilà. 

Le soleil darde posément ses rayons, et d’aise, la terre s’ébroue, laisse échapper un soupir de délivrance dans le chant des oiseaux qui redouble d’intensité. 

L’œuf solaire, en sa blancheur de coquille, éclate, se brise, déverse lentement son jaune sur l’aube mourante. 

Instants d’appui durant lequel le jeu du ciel soutient la terre en son effort. 

Les fesses de la femme renversée sur le ventre, en leur pâle rondeur de lune fendue que prolonge la flèche des jambes, voilà qu’elles frissonnent. 

L’homme vient de pousser la porte de la chambre. 

Une vague de lumière douce donne naissance au creux des reins. 

La vague, en son ondulation, dévoile le triangle nerveux du dos. 

La barre des épaules, cachée par l’abondance blonde de la chevelure, laisse entrevoir une puissance au repos. 

Un léger souffle soulève continûment le corps endormi. 

Le visage qui respire est invisible. 

C’est comme si toute la couleur des lieux exsudait de la peau ; elle transpire dans l’air nomade, et se colore de nuances prises au merisier de la grande armoire, à la blancheur des draps froissés que tu as rejetés dans ton sommeil, à la grenade de la lampe de chevet. 

La vision s’empare des mots qui s’emparent de la vision. 

Bientôt, il sera temps de parler, mais l’homme s’attarde quelques instants - instants délicieux - dans l’embrasure de la porte. 

Et la femme goûte la chaleur des rayons civilisés par les rideaux de mousseline qui frissonnent.

Le regard de l’homme la réchauffe. 

La fraîcheur d’un baiser, bientôt, coulera de source, là, au creux de ses reins, avant que le visage de l’homme ne s’enfouisse doucement dans la fente sélène à la recherche du point d’oubli. 

Elle se laissera faire quelque temps, immobile, puis, n’y tenant plus, elle se retournera doucement pour offrir à l’homme sa nudité rayonnante. 

 

Jean-Michel Guyot
18 mai 2011

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