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nouveauté : N3
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 Article publié le 27 mars 2004.

oOo

Terre de l’asphodèle et du lièvre, terre de femme au travail
De l’enfant, terre des hommes cherchant des lois au partage
Et trouvant des raisons de hiérarchiser la possession,

Terre de l’enfance des arbres et de la mort des œuvres,
Terre de l’inhabité et des néoténies de la langue, terre
Du soir et des fenêtres, terre des transparences et des profondeurs,

Terre des jours circulaires et de la vie rectiligne, terre
De la fragmentation des textes, terre de l’existence de la mort,
Terre des preuves, des méthodes, des instincts, des orgasmes

Et de la foi, terre de l’assimilation et des conquêtes, terre
Trouvée sur terre en un moment de l’enfance, je n’ai hérité
Que de mon apparence et elle me rapproche de mon nom. Enfant

Sommaire apparue dès la première éjaculation, je te voyais
En haut des vignes, enfance toi aussi, prometteuse d’oubli
Instantané. Ils chargeaient tes épaules de la nourriture

Des hommes et, patiente ou soumise, je ne pouvais pas en juger
À cette distance, tu allumais le feu avec des branches d’oranger
Et d’amandier, tu installais le trépied et la gamelle, toujours

Avec cette lenteur reçue en héritage des femmes patientes ou soumises,
Et je te regardais touiller la mie et surveiller le lard,
Patiente si je rêvais de toi ou soumise si je te haïssais.

J’ai passé une grande partie de mon enfance à écouter de la musique
Et à regarder la télé. Ils désignaient une malformation intérieure
Si grave que j’avais du mal à me déplacer sans souffrir.

La nature est une question de dosage de la matière, une complexité
Chimique qui continue de se compliquer et l’enfance devient
Un problème d’adulte au travail de l’éducation. J’ai lu des livres

Où l’amour donnait le meilleur de l’expression, beaux livres
De lignes plus que de mots, de croissance plus que de présence.
Ochoa, me disais-tu, je ne suis pas faite pour toi et tu t’en allais.

Terre de l’attente d’un meilleur moment, terre de la croissance
Des précisions et du détail, terre de l’ouvrage et du spectacle,
Terre de cette enfant que tu éloignais de moi par principe,

La pluie venait avec un vent reconnaissable par sa douceur.
Nous pouvions voir la mer et ses partances, la plage noire
De monde, la terre descendant par la route goudronnée comme

Tout le monde. Je n’ai pas rêvé. Un concert traversait ma tête
Cernée d’écouteurs. Et je te proposais une vie sans réjouissance
À la place de l’espoir, une vie de terrien arracheur de terre

En exemple de la nécessité de ne plus revenir pour toucher sa part
D’héritage. Enfant des hommes et tristesse des femmes, je te voyais
T’incliner patiemment devant la lourdeur des travaux à exécuter

Sous peine d’exclusion. J’ai eu la chance de posséder des os
Fragiles et un père travailleur. Ma mère vous expliquait les os
Et la pathologie des os. Elle parlait sous le couvert de l’expérience.

Abeilles des vignes et des amandiers, abeilles des ressemblances
Exactes, abeilles de la tranquillité des après-midi de sommeil
Après l’abus de vin et de nourriture, tu visitais l’enfermement

De l’adolescence, l’enf ance en pleine croissance prise au piège
De l’avenir, terre des os et de la poussière des os, terre
De la nécessité de conserver le sang dans des corps fatigués

Par le travail et la protection des œuvres. Serpents des murettes,
Petites apparitions de la possibilité d’être plus rapide que l’œil,
Serpents et traces des animaux poursuivis par la nuit, possibilité

D’effacement de toute cette activité nocturne et peut-être intérieure.
Le matin, je te voyais porter le linge au lavoir, trottinant
Derrière les femmes, portant le linge et souffrant de n’être pas

Ailleurs, avec moi, avec un autre, loin de la terre et des os
Que la terre réduit à la terre, poussière de propriété, pluie fine
Des réveils. J’écoutais des concerts, je mesurais l’importance

De l’électronique et de la mémoire artificielle et ils rêvaient
De nouvelles nuits dans les jardins d’Espagne, partitions faciles
Du bonheur, enfouissement des trésors nationaux et érections des stèles

Exemplaires. Ochoa, me disais-tu, je ne suis pas faite pour toi
Et tu t’en allais. Tu glissais sur la nuit réduite à sa surface,
Tu ne revenais plus sans cette intuition de l’issue, sans cette

Connaissance de l’hypothèse la plus probable et je rêvais de toi.
Ochoa, me disais-tu, je ne suis pas faite pour toi et tu t’en allais
En laissant toutes les traces de ton passage sur ma nuit exemplaire.
 
Nuit noire et blanche, nuit des couleurs et de la perspective,
Nuit d’une terre à facettes, nuit sans présence, fil tendu
Entre le savoir-faire et la paresse, nuit d’Ochoa écorché

Et pendu (essai non concluant) à l’arbre fournisseur d’ombre
Dans les pires moments de la journée. Tu n’expliquais pas
La virginité. Tu servais le corps commun avec une application

De miroir. Je te reconnaissais dans l’écorce des branches.
Il n’y avait rien de plus ressemblant que ces greffes pratiquées
Dans l’écorce de l’arbre planté pour faire de l’ombre à mon immobilité.

Terriens des hameaux !¡Arrabaleros ! Je vous saluais depuis ma claustration.
Quelle déception pour vous, mes imitations et mes petites révoltes !
Même le guitariste n’y croyait plus. Et ma station verticale devenait

Impossible parmi vous. Je me couchais dans les toitures de bruyères
Pour échapper à vos visions. Toujours plus haut sur vos constructions
Traditionnelles, moins facile et plus proche de l’incompréhensible.

C’est dans ces conditions que j’abordais vos filles. Elles travaillaient
Pour ne pas subir vos critiques, elles se soumettaient ou cultivaient
Cette patience qui me laissait nostalgique au bord de leur regard.

Voici celle que j’avais choisie. Ochoa, me disait-elle en substance,
Je ne suis pas faite pour toi et elle s’en allait avec les autres,
Les autres continuaient d’agacer mon sens de la part qui me revenait.

Ochoa, elle ou une autre, ce n’est plus possible. Elles s’en allaient
Toutes ensemble, disparaissant progressivement dans le même chemin
De traverse, entre les prés et les vignes, le long des bois et des

Parois. Il n’y a pas d’autre nudité que ce cercle hérité du désir.
Rien d’autre que cette appropriation des choses. Et tu t’en allais
En prononçant le nom que je portais encore avant de le soustraire

Au cadastre. Dormant encore sur la fourrure des animaux, je rêvais.
Quel sens donner à ce désir de possession ? Quels noms portent
Ces nouveaux lieux de l’existence ? Quelles demeures pour les fous ?

Mais nous ne dormions pas ensemble. Bien qu’il m’arrivât de coucher nu
Sur tes planchers, seul et nu entre les tapis et les plafonds
De ton ciel de lit. J’inventais les topographies exemplaires de ma

Passion. Maintenant, voici les personnages. Il m’a suffi de descendre
Et d’imposer mon corps. Il fallait que cela se passât non pas ailleurs
Mais plus bas, plus proche des centres d’intérêts, presque au cœur

De la nouveauté. Je descendis un soir de pleine lune. Je n’oubliais pas
La cassette contenant le concert par quoi je comptais m’obséder.
Simplement, je ne pris pas de quoi écrire. J’ai dormi dans l’ombre

Induite d’un bassin d’alimentation. Les pompes ont investi mon sommeil
De pacotille. Je ne voyais plus nos façades ni nos arbres.
Je te retrouverai, répétai-je sans me fatiguer de n’en être plus aussi sûr.

Moment crucial. La terre devient le seul objet. Et le corps s’engage
Dans l’hiatus. Découverte alors purement vocale de la différence
Entre soi et ce qui se propose à la croissance. Resserrement de l’errance.

Par quoi remplacer ce qu’on vient de quitter ? Quelle sera ta nouvelle
Position, ton possible exercice de la trajectoire ? À quel nouveau
Moment tout cela s’arrêtera-t-il ? Guetter la méprise. Plus de mots.

Boire pour remplacer les mots, leur action de surface. Raïssa apparut
Dès le début. Il a fallu que je n’attendisse pas. Christ. Je suis
Cet homme. Une femme me nourrissait. Je cueillais pour elle les fruits

Qu’elle te demandait de porter jusqu’à elle. Ochoa, me disais-tu,
Nous sommes faits l’un pour l’autre et je te croyais, toi qui seule
Connaissait mon vocabulaire. Ils ne trouvaient pas mon lieu

De prédilection dans mes poches. Ils en oubliaient de t’interroger.
Voici l’herbe où tu t’es étendue pour regarder le ciel jusqu’à cécité.
Herbe de la première nuit passée avec un corps étranger à ma maladie.

Comment ne pas en laisser la trace ? Mais je n’avais rien pour écrire.
S’il en reste quelque chose, qu’en as-tu retenu ? Ochoa, me disais-tu,
Nous sommes faits l’un pour l’autre et je te croyais comme on croit

À l’existence de la terre. Nuit facile. Je giclais plus facilement
Dans cette nuit que dans toutes les autres. Je giclais par excès
De substance. Tu disais que nous étions comme le ciel et les étoiles,

Toi le ciel infiniment et moi les étoiles une à une. Ochoa, je ne sais
Plus si j’avais raison de m’abandonner, disais-tu. L’herbe noire
Nous entourait. Des lueurs traversaient les feuillages. Je ne sais

Plus ce que je t’ai demandé, me confiais-tu. Je ne sais plus si
Nous existions avant de nous retrouver. Catimini. Suspension des effets.
Le ruisseau naissait clandestinement des tranchées d’irrigation.

Christ. Et si elle avait raison ? Soyons discrets ou plutôt approchons-nous
Du silence de la voix. Rien pour écrire alors que tu parles de nous !
Ochoa, me disais-tu, nous sommes faits l’un pour l’autre et je te croyais.

Nous nous éloignâmes encore. La nuit devenait transparente et tu voulais
Voir. Qui étais-tu ? - J’étais la promesse de l’intelligence et je
Ne l’ai pas tenue. J’étais la preuve d’une égalité des chances

Et je n’ai saisi que des opportunités de poète. J’étais le pain
Et le vin de tous les repas et j’ai laissé brûler l’attente
Dans le fourneau. J’étais sur le point d’en savoir autant que les autres

Et je m’exprimais comme un voyant. Je n’étais pas celui qu’on attendait
Ni la fin de l’enfance. Ni Falla, ni Machado. Rien d’autre qu’un malade
Des os et par conséquent de l’existence. Ochoa, me disait-elle,

Je ne suis pas faite pour toi et elle s’en allait. Ochoa, me dis-tu,
Nous sommes faits l’un pour l’autre et je te crois. Toi le ciel
Infiniment et moi les étoiles une à une. Moi relatif de l’attente.

Couteaux de ma résurrection ! Forges des rhéologies du texte ! Instants
Favorables à une approche intentionnelle de l’arrêt sur l’infini !
Toponymie des familles de poètes ! Je croyais exister sans la nécessité

De me reproduire. Je croyais te déposséder de ton héritage. Je croyais
Que rien n’était possible sans une bonne connaissance de l’instant.
Et je voyais à quel point je m’étais éloigné de toute sympathie.

Ils nous cherchent. Ils connaissent les recoins de leur terre. Leurs chiens
Aboient dans le lointain de notre existence commune. Faits l’un pour
L’autre et défaits comme un nœud naïvement compliqué de graphes.

Comment imaginer cette morsure et la répétition des griefs ? Comment
Mesurer dès maintenant la durée conditionnée par les usages du droit ?
Il n’y a rien de plus exagéré que ces intrusions dans la vie privée.

Rien de plus démesuré. Couteaux de ma deuxième vie ! Ils traverseront
Une chair tétanisée par le désir d’éterniser l’instant exact du bonheur.
Ils fendront la surface d’un dernier recours à la voix. Couteaux des

Imbéciles. Je ne veux plus vivre la cohérence au prix de la paix
Extérieure. Je peux encore me tenir à distance. Je peux provoquer
Sans me soumettre à la jalousie des couteaux. Ochoa, me dis-tu,

Je t’accompagnerai jusqu’au bout de cette existence de patachon et
Je ne te crois plus. Tu es la terre qu’ils répandent sous leurs pieds
Quand l’arable vient à manquer. Je suis le prétexte des mises à mort.

Saignante joue des encornés, au mieux. Entrejambes des mutilés du combat.
Têtes cassées des lents. Traces du piétinement, au mieux. Ochoa,
Je ne comprends plus ce que tu veux de moi et je t’en voulais

De refuser la petite souffrance d’un attachement par l’épine. Couture
Des amants. Rien que cet étroit percement de la surface pour résister
À la séparation par capillarité. Raïssa, c’est la première fois

Que je te demande quelque chose. Toi le ciel infiniment et moi
Les étoiles une à une. Un peu de terre sur ta terre et la proie
De mon regard sur ta langue dialectale. Exercice de l’enjambement

À la césure. Ils pratiqueront l’exercice du couteau ordinaire réservé
Aux amants immobiles si tu n’es pas celle que je croyais. - Ochoa, dis-tu,
Christ en croix sur le corps de la femme, de quoi te plains-tu ?

- Je ne me plains que de m a solitude mais je l’ai bien cherchée !
Je t’ai trouvée parce que tu te laissais voir. Imagine le contraire.
La place déserte et la rumeur des rites de l’autre côté des murs.

Sale petite anarchiste en phase avec son époque ! Elle ouvrait la persienne
Et laissait entrer ma lumière dans son appartement sans se soucier
De ses colocataires. Elle apparaissait comme la réponse possible

À mon tourment. Beaux cheveux des filles qui savent se coiffer ! Belle
Apparence du bonheur. Racines des seins. Les bras formaient les deux côtés
Égaux d’un triangle isocèle. Elle arrosait négligemment des géraniums,

Éclats de verre de sang sur les vitres. Mon propre reflet se divisait
En lumière descriptive et en ombre suggestive. Poésie de mon apparence
Dans les miroirs tendus. Les battants se croisaient dans la profondeur

De la pièce qu’elle venait d’ouvrir. Depuis, nous nous sommes aimés,
Ayant attendu la nuit pour nous retrouver nus dans l’herbe noire.
La nuit est favorable aux rencontres comme résultat d’un calcul enfantin.

Voici les seins et la limite des épaules. Voici la fente et l’ouverture.
Quelle différence ! J’ai situé le plaisir au niveau du sternum, la première
Fois. La seconde il scia ma colonne vertébrale. La troisième mes bras

Ont éprouvé les limites de l’étreinte. Que veulent les couteaux
Savoir de mon plaisir ? Que veulent-ils de réellement écrit sur le plaisir
Qu’on éprouve à la surface des femmes ? Je sais ce que vous ne savez pas.

La pénétration de l’acier jusqu’à l’organe vital n’est que la conséquence
De votre ignorance. Sinon vous apprécieriez la justesse de la métrique
Et des autres composantes d’une poésie digne d’existence publique.

Du pied vous écrasez les médiums. De la tête vous n’imaginez plus.
Votre sexe est une fleur arrachée à la terre. Pauvre fleur arrachée
À l’existence des fleurs ! Traversez mes sarcasmes de joue en joue

Si vous ne possédez que les couteaux de l’existence du genre humain.
Qu’allez vous faire de cet autre corps ? Effacez mes traces ? Entrer en lui
Jusqu’à la racine de ma semence ? Le diviser pour mieux régner sur lui ?

Ma quantité de sang s’amenuise. Je ne pouvais pas mourir d’autre chose
Que d’une hémorragie carabinée. Ochoa, me disais-tu, nous sommes la proie
Des couteaux et tu ne sens pas la douleur ! Raïssa mon amour de femme !

Fin du règne d’Ochoa sur la pensée des hommes. Une flaque de sang
Éclairée par les lampes torches. Un visage qui s’éteint. Mes mains !
Je vous avais oubliées, vous porteuses des traces de la femme

Que je suis venu chercher et que j’ai trouvée dans une fenêtre !
Vous, exploratrices de mes obscurités textuelles. Prenez ma tête
Et tournez-la du côté de la femme qu’on emporte loin de moi,

À une éternité de ce que j’en sais maintenant définitivement.



Chant neuf et premier de la Nuit - Chanson d’Ochoa


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