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 Article publié le 29 janvier 2012.

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Un beau volume de 280 pages au format 20x25 cm.

>>en librairie<<

Un choix a été fait parmi les nombreuses propositions afin de ne pas dépasser le volume que nous impose la publication "papier".

Sommaire

Yves Patrick Augustin - Nicole Coppey - Caroline Cranskens - Claudio Curutchet - Paul Fenoult - David Gallon - Salvatore Gucciardo - Miloud Halbouche - Yusuf Kadel - Noureddine Mhakkak - Santiago Montobbio - Monsif Ouadai Saleh - Iléus Papillon - Orphée Procida - Gethro Rancy - Johnny Rasco - Guy Savel - Claudine Thibout-Pivert - Mario Urbanet - Françoise Urban-Menninger.

Le lauréat du prix Chasseur de poésie 2012 sera choisi parmi les participants à cette anthologie.

 

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La poésie de langue française se porte bien, notamment quand elle vient d’ailleurs. Notre RAL,M, « revue d’art et de littérature, musique », en témoigne depuis huit ans déjà.

Ce qui va moins bien, c’est le panier de crabes. Il est toujours en place, avec ses parasites profiteurs et médiocres écrivains. Il n’y a aucune raison pour qu’il n’existe pas. À l’image du CAC 40 dont les conseils d’administration partagent à peu près les mêmes administrateurs, nos communes et autres territoires abritent ces crabes sans trop de critiques. Du coup, les sectes vont bon train, et les donneurs de leçons morales et esthétiques ne manquent pas de se manifester quand l’occasion leur est donnée. Et tout ceci, à droite comme à gauche. Les deux grands principes mérovingiens ont la peau dure : le privilège et la recommandation… Nous en avons hérité, hélas, mais nous n’en profitons pas tous avec la même chance.

Mais les temps sont modernes, n’est-ce pas ? Et par des moyens qui leur appartiennent, on publie. Sur la Toile et même en librairie. La RAL,M et Le chasseur abstrait relèvent ensemble de cette expérience moderne et vivifiante. La RAL,M comme manifestation extérieure de notre activité, dynamique et généreuse, et Le chasseur abstrait, comme il peut, dans une jungle hérissée de livres comme autant de chevaux de frise.

Entre les vulgaires commerçants du livre et les cow-boys municipaux, entre cette droite et cette gauche, le passage est si étroit qu’on craint de se laisser contaminer. Pas facile, dans ce pays, de demeurer indépendant et d’exister quand même. La percée du Chasseur abstrait dans ce gâteau truqué par l’économie et pollué par les zorros est un fait que personne ne discute. Comme me le conseillait Josaphat-Robert Large : « Kenbe fèm ».

Le premier (dans l’ordre alphabétique) des poètes ayant souhaité jouer le jeu d’une anthologie « à compte d’auteur » est d’ailleurs un Haïtien.

Yves Patrick Augustin

La RAL,M a déjà salué ce jeune poète dans son numéro 77 de novembre 2011. La rubrique qu’il y entretient rend parfaitement compte de sa voix et de ses possibilités. Ce n’est pas si rare chez les poètes haïtiens, mais celle-ci est particulièrement propice à la formation du vers et du poème qui finit par en découler. On est vite séduit par cette coulée familière. Et peu à peu se cristallise une sensibilité croissante qui promet sans jamais décevoir. La parole exacerbée y est moins présente que chez d’autres poètes de cette île chaotique et puissante, comme si Yves Patrick Augustin nous ouvrait la porte des maisons même.

Nicole Coppey

Avec cette graphiste de l’écriture, le calligramme est un acte. La coulée verbale n’est pas linéaire comme un récit ni descriptive comme une image simplement donnée à voir. Cette recherche chorégraphique contient difficilement dans un livre. Il lui faut de l’espace. Et peut-être aussi celui du son que semble proférer ces tourbillons de choses communes à tous ceux qui prennent la parole. Une poésie franchement organique et sans fioritures.

Caroline Cranskens

« Prêter aux mourants notre jeunesse, » dit fortement Caroline Cranskens pour nous avertir, pour nous placer dans son chemin, devant elle, comme si elle avait trouvé un témoin et qu’elle ne veut s’en séparer à aucun prix. « Je n’ai aucune idée de ce que je suis en train de faire et pourtant je suis là. » Cette poésie, loin de la confidence, donne plus qu’elle reçoit. C’est étonnamment bien écrit et bien vu.

Claudio Curutchet

Voilà un poète qui n’y va pas par quatre chemins : « Demeurent les restes, ce qui ne marche pas, ce qui n’est pas convaincant. » De là, un autre poète, moins poète, se serait plaint des autres. Claudio Curutchet plaint les autres, mais non pas pour les éloigner de son influence. Il possède l’art d’approcher les autres. « Moi, j’ai cessé d’être celui-là. » Il n’en faut pas plus pour que le poème existe.

Paul Fenoult

Prolixe jusqu’à la narration ou incisif et précis avec trois coups de pinceau dans le vide ou le silence, Paul Fenoult donne le vertige. On ne comprend pas ou on comprend tout. Sans doute parce que « le temps n’est qu’un épiphénomène des lois de la physique. » À ce moment-là, le poète est en arrêt, plus critique que visiteur, sans ombre portée sur ce qui le fascine.

David Gallon

« Sauver l’art… » « la difficulté… » « L’art me sauve car je sauve l’art. » On ne peut pas vivre plus près de l’objet. Ce risque métaphysique, David Gallon le prend à bras-le-corps. Il en a les moyens. Il connaît la langue. Il sait trouver ce qui n’appartient qu’à lui. Une pareille voix détonne. Elle s’écrit aussi, prend forme. On assiste rarement à un tel déploiement de curiosité. Ce sont ces approches qui refondent l’objet.

Salvatore Gucciardo

« Le souffle gravitationnel donne naissance au chant grégorien, » écrit Salvatore Gucciardo, situant ainsi le poème entre ce qui est et ce qui peut être, entre le mystère et le merveilleux qu’il se garde bien de confondre. C’est un art que de faire tourner une figure, surtout avec des mots. Du coup, la voix même de ce poète presque mystique devient familière et même naturelle. C’est un écho où nous reconnaissons finalement notre propre voix.

Miloud Halbouche

Il y a de la distinction dans l’humour constant que Miloud Halbouche sème dans ses poèmes. Ce qui n’en occulte toutefois pas la bouffonnerie. On reconnaît là une terre et ses habitants. Poésie du voyage par attirance réciproque, elle nous fonde tous au moins un peu et refonde aussi la pratique du vers par l’usage de l’allitération qui crée toujours la surprise, peut-être mieux que la rime.

Yusuf Kadel

Poésie du vrai sans mentir. Yusuf Kadel nous accompagne, mais comme s’il n’était pas l’initiateur de ce voyage. Le roman n’est pas loin. Encore un pas et ce poète franchit la limite qui sépare la poésie de la prose. Avec les moyens d’un fin observateur de la chose qui bouge encore malgré le temps qu’il fait dehors. C’est d’un humour sacralisant et ce n’est pas peu dire.

Noureddine Mhakkak

« De l’amour nous sommes issus. Selon l’amour nous sommes faits. C’est vers l’amour que nous tendons. À l’amour nous nous adonnons. » Cette parole du grand, très grand ibn Arabi, résume plutôt bien toute l’intention poétique de Noureddine Mhakkak. La confidence se fait par l’intermédiaire du sentiment poétique inspiré par l’existence la plus probable. C’est clair comme de l’eau de roche, de cette eau qui s’ajoute quelquefois à l’amour pour nous donner une idée du bonheur.

Santiago Montobbio

Cette poésie est d’abord une expérience de la poésie, avec ce que cela suppose de connaissance et de pratique. Mais c’est aussi le roman de la vie passée dans la plus grande proximité avec les autres, ces personnages qui traversent et accompagnent et qui finissent par devenir familiers. Quelle coulée ! Cela vient à la bouche du lecteur comme s’il y était.

Monsif Ouadai Saleh

« La confidence du vide… » Le poète s’observe. « Désir qui ne triomphe pas. » Le poème intitulé L’eau est très beau, simplement. Il déroute, mais revient. Il attend. Monsif Ouadai Saleh pratique la longue impatience dont nous parlait Paul Valéry. C’est une poésie éminemment orientale. Elle sent l’Atlas et les jardins de l’ombre. Puis le silence s’impose, « métèque des volcans […] quand la parole est le mot après la voix. »

Iléus Papillon

Qui suis-je ? La question hante l’esprit depuis toujours. Iléus Papillon la pose encore, mais cette fois il s’agit de Haïti. Terre qu’il connaît pour en être l’inventeur. Rarement la poésie va droit au but. C’est le cas de celle-ci. Elle y gagne une forme qui lui appartient et qui agit de l’intérieur. Et ce chant s’étend à l’infini d’un autre chant qui serait celui d’une patrie retrouvée. Poignant, certes, mais aussi et surtout à la hauteur de la nécessaire exigence de bonheur.

Orphée Procida

Le monstre n’est pas une création, mais une imitation. Les vers d’Orphée Procida semblent parcourir ce chemin ardu. Question après question, on suit sans perdre de vue la réalité ou plutôt le triomphe du vulgaire que la réalité impose à l’esprit qui ne veut pas s’endormir simplement par lassitude. La lutte est interminable par définition, mais le poète nous dit qu’elle vaut le coup d’être entreprise avec les moyens d’une poésie qui n’oublie pas une seconde qu’elle est née de la terre et que cette terre a un nom.

Gethro Rancy

« Tout cela s’accroupit doucement sous les plumes de Rimbaud et Verlaine. » Les images fusent. Elles sont d’un monde où rien ne communique vraiment. Le créole prend la parole à l’endroit même où la langue française s’abandonne au chaos. Le poème implose. On est loin du silence et des contrées limpides où le sens a un sens. Peut-être la colère, une colère que la poésie est à peine capable d’assumer.

Johnny Rasco

Perdu au fin fond de la ruralité la plus électorale qui soit, Johnny Rasco, qui exerce une profession reconnaissante, se livre à un portrait véridique. Rappeur de village, il nomme les édiles par leur nom et s’en prend à leurs petits travers.

Guy Savel

Fabuliste amusé et portraitiste vigoureux vont de pair chez ce poète qui pratique aussi les arts plastiques avec le même bonheur. « C’est alors que mon cri m’éveilla... » Guy Savel ne dort que d’un œil. Personne ne le surprendra. Par contre, il a l’art du cheveu dans la soupe, qu’il joue à merveille. Et avec toute la poésie qu’on peut attendre de quelqu’un qui sait de quoi il parle.

Claudine Thibout-Pivert

La chanson, dit-on, inspire les meilleurs poèmes. Claudine Thibout-Pivert a le sens du rythme. Son inspiration cueille ce qui passe à proximité ou bien elle regarde par la fenêtre ou se promène dans Toulouse. Coulant cette poésie dans la versification, elle cherche une conclusion à ses tranquilles observations et la trouve toujours, comme par hasard. Mais c’est plutôt du bonheur.

Mario Urbanet

« Empreintes nues que la marée effacera avec la nuit… » Telle est cette poésie. Car elle raconte. Et ce qui s’est alors passé peut, non pas s’effacer comme on change de trottoir, mais se laisser emporter par ce qui est voué à d’autres réminiscences. Ainsi, le poète est toujours prêt à paraître. « Pas chien le Pierrot. Des fois il régale. » L’attente n’a pas de fin, comme c’est d’usage, mais elle s’interrompt très bien quand on a ce talent particulier.

Françoise Urban-Menninger

« Ronde de lumière où vivants et morts me parlent en silence... » La poésie remet à jour, sans cesse. Elle y trouve une certaine sérénité, laquelle se retrouve dans la facilité rompue au vers qui file son poème. « J’écris entre les lignes, car ma mort n’est jamais loin et plante ses épines dans ma rime. » Renaître et faire renaître. C’est une poésie qui fait de la poésie, une poésie-personnage qui ressemble à son auteur, infatigable et déjà ailleurs, là même où « l’âme de ma mère m’offre sa lumière. »

Patrick Cintas

 

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