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Poésie
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Rodica DRAGHINCESCU
Fragment d’ombre
© Article publié le 30 juin 2004.
Fragment d’ombre Entre l’espace et le temps, brune déshabillée, seins en plastique noir, corps jeune paré des micros. À côté, un écran blanc, des rythmes intergalactiques, prêts à l’avaler. L’ombre danseuse grandit et diminue, commandée par un projecteur vidéo. Chaque mouvement dans l’ombre décompose un fragment d’ombre. L’ombre du corps est lancée en lambeaux. La fille se précipite, court vers l’écran, regarde son ombre massacrée, gémit, pleurniche. Son désespoir est faconné, interprété, reproduit, restitué, rendu en échos. Intergalactiques, à travers ce noir aménagé, les spectateurs restent le nez collé contre les jambes de l’image, léchant le mouvement. Cette interprétation du temps et de l’espace finit par des applaudissements.
Il fait jour. Le jour est la nuit vue de dos. Sur le seuil de ma porte, la photographie d’une oreille. " Où es-tu ? " Une signature trop courte. Le reste du premier cadre est un visage absent.
Note : Au Japon, Izanagi, ayant quitté les régions infernales, voulut se purifier. Il alla se baigner dans une petite rivière. De son œil gauche surgit la déesse Amaterasu. ----------------- M yosotis
Ne couche pas avec toi-même,
L’herbe s’allongera,
De ce côté-ci : " OUI ! " Ce que tu vois là
Hé toi ! Toi-sans-toi, viens à toi !
(TOUT EST ENTROUVERT ET FUME)
Stutgart, le 20 mars 2002 ----------------------------
Mélancolie sans rendement ELLE chargeait l’avenir avec les lèvres. Ainsi (...). Avec les lèvres. Ainsi (...). Tel un moulin à vent. Elle renouvelait l’avenir. La partie supérieure recouverte de la partie inférieure, vite, tel un moulin à vent, à ce que la bouche réchauffe la seconde et refroidisse la minute. Des plaintes sous des rires dans des plaintes, en train de rire ou de pleurer. Non-stop. Apportant la minute au ventre de la seconde, jusqu’à l’explosion finale. Un mécanisme divisé, tel un premier accouchement. Vite. Sans crier. Négligeant le cri, la plainte, le halètement. Vite. À la place du fœtus, le sang vidé, manqué de contenu et d’importance, le sang trop simple, vite, le sang de qui ? Mais qui puisse naître ou mourir, s’il n’y a personne de ce côté-ci, ni de ce côté-là ? Vite. À la place du fœtus ou du mort, la substance marron, rouge-marron, tel un gâteau aux myrtilles, au chocolat et à la crème Chantilly. Vite. Ses dents coupaient des mots trop longs, comme un appareil électrique ou comme un système à mâcher ce qu’on lui donne à mâcher : objets, phénomènes oubliés, délicats, duveteux, moelleux, histoires, poèmes en action. À l’aube j’entendais ses slogans pessimistes. Au coucher du soleil, les mêmes slogans devenus optimistes : " Le présent est olfactif, l’avenir du futur existe, mais on ne connaît pas sa raison. Le passé n’est que l’horloge en retard de dire l’heure exacte. Tout regard fixe du tic-tac cherche un endroit meilleur pour ses aiguilles mortes ". Elle flairait chaque objet, chaque trépidation d’objet, fermait et ouvrait les yeux , pêchait des riens dynamiques, vents légers, couleurs criardes, sons forts, échappés de leur propre sens ou de leur propre source. Elle mettait la main dans la bouche, mordait son identité, en la relâchant, afin qu’elle tombe tâchée de sang sur la feuille enceinte. La main tombait, comme une grosse pierre. Boum ! Et le sang s’écoulait , écrivant des histoires rouges. J’ai toujours associés ses petits yeux d’automne au jaune d’œuf. Une écrivaine aux yeux-jaune-d’œuf c’est moi torturée par la langue ou par la lampe. Oui et non. Qui ? Son écriture rouge. Elle m’expliquait des bizarreries, sur la vue et l’odorat des sons, sur l’ouïe des couleurs, insistant sur (...) et justifiant les (...) champs du cœur dont les racines étranglaient la conscience d’un homme heureux. Tirets et groupes de tirets, tirets et groupes de tirets, elle parlait des tirets et des groupes de tirets qui séparent les couples de mots, surgissant quand il n’y a plus rien à dire, comme les amants pervers ou bien comme les insectes d’un sens malade. Chaque jour. Chaque jour. Elle parlait à tort et à travers, s’absentait de soi-même. Sa folie égalisait mon manque de courage. Elle était LUI. Lui, il était le fou de celui qui n’existait pas, mais qui faisait tout le temps entendre ses cris : " Moi, à cause de toi et de vous ! " J’ai eu et j’ai encore de bonnes intentions, comme celles d’écrire un poème pur, pour vous, vite, vite, pur et pour, purement et simplement pour vous, mais chaque poème commence pour lui et devient elle. Ca détruit le lecteur, l’auditeur, l’intermédiaire. J’ai associé ses yeux verts, automnales, au jaune d’œuf. Une écrivaine aux yeux jaune d’œuf c’est quoi ? La métaphore en chair et en os ? Contrainte et forcée, avouerait-elle son sort ? J’écris des mots sur elle-à-lui. Il pipe les mots. Il triche les mots, il fausse les mots. J’ai eu et j’ai encore de bonnes intentions, comme celles d’écrire un poème pur, pour vous, vite, vite, vite, purement et simplement pur et pour vous, mais chaque poème commence pour lui et ca détruit le lecteur, l’auditeur, l’intermédiaire. ? J’avais entendu toutes ces aberrations, telles la prise de conscience noire, la feinte du bonheur, le purgatoire de la mélancolie. Vite. Chaque jour. J’écris des mots à travers lui, pour elle. ELLE pipe mes mots, elle triche, elle fausse, elle ment. Contrainte et forcée, elle regrette d’être un poème nu face à son maître ou à sa maîtresse. Pourriez-vous dire que ce que vous aimez chez moi n’a pas été longuement torturé par ce bourreau d’identité ? Post scriptum : 1. Je dédie le reste du (...) que je n’attends plus, à tous ceux qui ne comprennent rien de ce communiqué de (...). 2. Ensuite, je ( ... ). Gardez le secret. Merci. --------------------- comme le poète de la poétesse
mon écrit ne rit pas vos noms mettez-les dans ma paume
tire au clair vos anges perdus
n’ai ni le plaisir ni le temps de bailler cher lecteur Stuttgart, le 26 mars 2003
© Article publié le 30 juin 2004.
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2004/2013 Revue
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littérature,
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