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 Article publié le 31 octobre 2012.

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Le plus souvent, au cœur de la musique, qu’elle soit fournaise ou mer d’huile étale, le son manque, ou, pour le dire autrement, le grain, le timbre, une texture que je reconnais immédiatement comme me convenant.

Elles sont bien rares, les musiques qui ne font pas que flatter mon oreille. Au fond, l’accord inconditionnel - inconditionné ? - ne dépend ni du style musical abordé ni de l’organisation plus ou moins complexe de la matière sonore, mais purement et simplement du grain sonore et du geste musical qui l’accompagne comme son ombre.

Le son d’abord, après seulement - ah âpre après ! - le geste musical qui ordonne et exécute tout à la fois. Et soit la musique semble faire corps avec une pensée en acte qui rayonne dans le son, soit le corps du musicien fait corps avec la musique : Hendrix ou Boulez, Joy Division ou Debussy pour moi…

Cette perception étroite laisse peu de place au joli son, j’en conviens. Ce qui flatte l’oreille m’ennuie.

La joliesse des mélodies, la construction raffinée, tout cela est bien beau mais me laisse de marbre, sans parler des musiques-prétextes, grossières ou raffinées, qui s’effacent devant le texte, les paroles, surtout quand la voix est quelconque.

L’opéra, c’est autre chose : une ampleur, la dramaturgie, la présence des corps dans l’espace : jubilation !

Ce fut le bonheur à l’écoute de For all and none du groupe The Passage : impression de basculer dans un monde aux secrets tantôt murmurés tantôt éructés servis par une voix sarcastique envers elle-même, comme détachée de son propos, mais tenant à le tenir, pour faire face au mystère de vivre.

Hendrix… L’écoute de Hear my train a-comin’ interprété à Berkeley en mai 70 fut décisive : des images, encore des images charriées par le grain de la musique. Une déferlante électro-acoustique.

Puis vint Joy Division : des images encore, en noir et blanc, incisives, fugitives. L’accord, enfin : une basse lente, très fluide, très en avant, masse énorme de son que vient déchiqueter la guitare éparse qui tranche dans le vif du son en expansion dans lequel se débat la voix de Ian, le tout littéralement propulsé par une batterie sans équivalent connu. Quelques notes de piano en ruine, ça et là ou de synthétiseur exsangue, et c’est tout un monde lointain qui approche.

Throbbing Gristle, Second Annual Report

Ce qui unit la perception de ces musiques si différentes, c’est le dynamisme, une urgence à dire, une prise de position radicale, une jubilation.

 

Jean-Michel Guyot

22 octobre 2012

 

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