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Extrait de Odes,odes en finir avec ce livre encore possible alba serena ****
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 Article publié le 6 décembre 2005.

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Je vis Dieu.
Je vis un homme qui se disait tel.
Il me le disait. Il se le disait.
Il était seul à parler.
Il parlait de Dieu. Il parlait de lui.
Enfin il parla de moi.

Il me parla du mal, bien du mal,
aussi bien du bien, mais je n’en juge pas ;
je ne suis pas assez bien pour ça.

"Parlons du mal, de mon mal,
celui dont je peux parler car j’en ai l’expérience.
Est -ce une faute, ce mal ? dis -je.

- Est -ce un mal de fauter,
car vous fautâtes, puisque c’est faux. Si c’était exact, il n’y aurait pas de mal.
Où avez -vous mal ?

- Là, docteur.

- Appelez -moi : "mon père".

Je vis Dieu.
J’eus beaucoup de mal à le voir,
mais je voyais bien que c’était lui.
Il était comme je me l’imaginais quand j’étais un enfant.
J’avais beaucoup d’imagination
comme tous les enfants qui ont un père.
J’avais moins de raison cependant
que les enfants qui n’ont pas de père,
et avec beaucoup d’imagination, et un peu de raison,
j’ai grandi, j’ai poussé,
je me suis cultivé, je me suis arraché à la terre,
et Dieu m’est apparu,
flattant mon imagination, consolant ma raison.
Et d’un petit mal que j’avais,
il en fit tout un monde,
et j’en vis alors l’importance, la coupable importance.

"Que de mal, dis -je, j’ai !

- C’est un monde, dit -il, et vous ne le saviez pas.
Vous avez trop donné à l’imagination,
et pas assez à la raison.
Tenez, vous êtes comme ces poètes...

- Mais, mon père, je suis poète.

- Alors tout s’explique, dit -il.
Si vous êtes poète, ce que je crois,
vous êtes normal.

- Mais c’est que j’ai très mal.

- C’est normal.

- Mais c’est anormal d’avoir mal.

- Pas pour un poète.

- Mais c’est mal et pas normal.

- La vie est ainsi faite. Je n’y peux rien. Pas même Dieu."

J’ai vu Dieu, mais ce n’était pas Dieu.
C’était un homme comme les autres.
Il n’avait mal nulle part.
Il n’avait pas d’imagination,
et toute sa raison.

***

Le soleil comme le clou du spectacle,
là -haut vivace et clair.
Rien moins qu’un rite païen,
par exemple pour les vendanges,
ou la messe des fous donnée par des sots.
Ceux qui sortent du temple ont les cuisses chaudes,
et la gargouille décrochée est un superbe diable
ou l’athanor secret de ceux qui sont restés.

"En bref le cheval avançant porte sur lui le tronc d’un homme,
et la première date avancée pour la guerre est une erreur,
non pas qu’on exagère maintenant le nombre des désertions.
Rien n’est mieux prévu que la façon de le réduire
dans des proportions raisonnables
pour le maintien de la république.
La désertion ne fausse pas les dates,
mais on ne peut évaluer l’exacte participation
de l’homme de la rue au conflit rituel
qui aura lieu sans qu’on puisse en fixer la date."

Ce rite nécessitait la présence d’un cheval et d’un homme armé,
et le soleil est une façon comme une autre
de regarder la mort en face.
Sa vivacité est un signe du déclin de la lumière.
Je veux dire de sa clarté.

Ce que je vois de cette clarté qui m’aveugle
au moment que je ne sais plus qui se bat et pourquoi,
c’est l’athanor toujours secret de ceux
que la vie a cloîtrés dans les murs d’une prière
aussi vieille que le monde,
c’est à dire avant qu’un rite païen
se retrempe aux sources du vin
et du blé qui le dore
avant qu’un diable arrêté dans la pierre
cesse de cracher l’eau
qui le justifiait aux yeux du passant ;
et celui -ci devra se battre pour sauver sa peau,
et un moment son geste de défense est suspendu
dans l’éclat de verre d’un soleil déchaîné
qui l’éclaire et l’innerve,
et la mort n’est plus une certitude,
tout au plus une probabilité qu’un homme seul
et par conséquent sans défense
a le droit de jouer contre sa propre existence.
Certes un déserteur ne tient pas compte
du parallélisme de la lumière ainsi déjetée,
mais parce que son éclairage est un feu d’artifice
dont la postérité seule dira la hauteur
dans la nuit de l’histoire passée
et vécue par d’autres qui ont légué ce qu’ils ont pu,
athanor hermétique de pierre en pierre
où le diable s’accroche dans les postures les plus anciennes,
les membres soudés à la mémoire de ce qu’ils ont embrassé de nouveau,
par exemple aux vendanges,
avec un fer à cheval pour conjurer le mauvais sort
dans le moindre millésime,
aux sources du vin que la terre n’a pas nourri
sont les pluies et le soleil qui les ravale ;
aux sources du pain que la terre n’a pas enfanté
sinon le soleil et les pluies qui le secrètent,
à l’athanor voyageur dans la terre impure
et sur les eaux purificatrices ;
et à sa fumée aux yeux de l’homme de la rue
qui vient de rater le dernier omnibus
à l’heure de la pluie et du soleil,
au moment que le voyage annonce une fin mémorable.
Enfin, ce que la mémoire d’un homme usé par le sang
peut retenir de la trajectoire de l’éclat
du point de chute à l’homme en guerre.

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