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Roman, nouvelle
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Giovanna MULAS
El Tiempo de un Verano
Le temps d’un été © Article publié le 7 décembre 2005.
traduit en français par Patrick CINTAS Vendredi 4 mai « (...) Je fais souvent ce rêve, toujours le même jusque dans les moindres détails. Mon âme vagabonde dans une épaisse forêt d’arbres hauts et obscurs, où ne pénètre pas même un rayon de lumière, et je cours entre les fûts et je me heurte sans trouver aucune issue quand soudain j’atteins une clairière. Les arbres forment un cercle autour d’un autre arbre, le plus haut de tous, arbre séculaire au tronc rugueux et noueux dont l’épaisse frondaison coupe la lumière et retombe à peine, suffisamment pour la voir et la toucher, ou seulement désirer la toucher. Et mon âme égarée s’assied au pied de cet arbre, entre les racines. Elle s’assoit, enfin en paix. Elle sait qu’au-dessus d’elle le soleil continue de briller, peu importe si elle ne peut le voir : elle sait qu’il existe. « Je suis prêt à partir, » écrivait Gibran, « et mon désir fou de mettre les voiles n’attend que le vent ». Et il ajoute : « Si vous pouviez entendre le murmure de ce rêve, vous n’entendriez rien d’autre. » Et il serait infiniment beau, je crois, de se laisser bercer par la musique d’un bon rêve ; se laisser aller à la rencontre de sa destinée sans le vouloir vraiment, sachant bien que, de toute manière, elle arrive quand même ; ainsi que le soleil, qu’on ne voit pas, existe bel et bien. S’il était seulement possible de revenir dans le temps pour éviter les erreurs, les regards qu’on s’est interdits et ceux qu’on a offerts à ceux qui le méritaient. S’il était possible de tout supprimer, tout sauf mes enfants, et recommencer depuis le début. Mais y réussirais-tu vraiment ? Parviendrais-tu à abandonner la richesse et le confort, le nom des Pedrini ? Je ne sais pas. Alfiero m’a accusée de ne pas avoir le courage d’affronter le monde. Il dit que lui, pendant ces années de vie commune, il n’a pas cessé de me protéger, sans rien faire d’autre. C’est peut-être vrai. Mais un poisson peut-il vivre hors de l’eau ? Un rossignol hors de sa cage ? Hier, après une énième discussion avec mon mari, j’ai monté les escaliers en courant et je me suis enfermée à clé dans ma chambre. Haletante, je me suis approchée de la cage des canaris, là, près de la fenêtre, et sur un coup de colère je leur ai rendu la liberté. À tous, sauf un. Le pauvre petit oiseau s’est posé dans l’embrasure de la fenêtre puis il a fait quelques pas. Il est retourné dans sa cage. Seul. Agnese
Giovanna Mulas
Viernes 4 de mayo “ (...) A menudo tengo un sueño, que siempre es igual hasta en los menores detalles. Está mi alma vagando por un bosque espeso de árboles altos y oscuros, donde no se filtra ni un rayo de luz, y yo corro entre los troncos y tropiezo sin divisar salida alguna hasta que llego a un claro. Los árboles forman un círculo en torno a uno solo, el más alto de todos, de grueso y nudoso tronco secular y amplias frondas que impiden penetrar a la luz y caen un poco hacia abajo, pero sólo un poco, lo suficiente para verlas y rozarlas o solamente desear rozarlas. Y mi alma perdida se sienta al pie de ese tronco, entre una raíz y otra. Se sienta y por fin está en paz. Sabe que sobre ella está el sol, poco importa si no puede verlo : sabe que está. “Estoy listo para partir” escribía Gibran “y mi anhelo de desplegar las velas está en espera del viento“ Y añade. “Si pudiérais oír el murmullo de aquel sueño no oiríais otro sonido.” Y sería infinitamente hermoso, me parece, acunarse en las notas de un buen sueño ; dejarse ir al encuentro del propio hado sin hacer nada por encontrarlo, bien sabiendo que, de todas maneras, viene por su cuenta ; que así es, que, aunque no se vea, el sol está allí. Si sólo fuera posible volver atrás en el tiempo y evitar los errores, las miradas que no se dieron y las que se regalaron a quien no las merecía. Si fuese posible anular todo, todo salvo mis hijos, y recomenzar desde el principio. Pero ¿lo conseguiría de veras ? ¿Lograría separarme de la riqueza y de la vida cómoda, del nombre de los Pedrini ? No lo sé. Alfiero me ha acusado de no tener la valentía de enfrentarme con el mundo. Que él, durante todos estos años de matrimonio, no ha hecho otra cosa que protegerme del mundo. Y tal vez sea cierto. Tal vez es así. Pero ¿puede vivir un pez fuera de su mar ? ¿Y un ruiseñor fuera de su jaula ? Ayer, después de una enésima discusión con mi marido, subí corriendo las escaleras y me metí en mi dormitorio cerrando con un portazo. Con el aliento entrecortado caminé hasta la jaula de los canarios, allí, junto a la ventana, y en un arrebato de ira los puse en libertad a todos. Excepto uno. El pajarito escuálido se posó en el alfeizar de la ventana y dio unos pasos. Volvió dentro de la jaula. Solo.” Agnese Giovanna Mulas
© Article publié le 7 décembre 2005.
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2004/2013 Revue
d'art et de
littérature,
musique
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