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Mathias Richard et Nikola Akileus Machine dans tête Sonopsies
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 Article publié le 1er juillet 2013.

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LIENS :
machine-dans-tete.blogspot.fr/" - MACHINE DANS TÊTE
camerasanimales.com/label/CAMAN001/ - SONOPSIES

Patrick Cintas —Précisons, Mathias Richard, pour pallier toute critique molle, que Machine dans tête[1] n’est pas un coup d’essai. Depuis Musiques de la révolte maudite[2], en passant par Anaérobiose[3] et le Manifeste mutantiste 1.1[4], vous avez fait du chemin sur le terrain de l’écriture et par là du langage. En général, et quand on n’a pas trop envie de se la fouler, on demande à l’écrivain : « Qui êtes-vous ? » et il répond en brandissant sa dernière trouvaille. Vous, on est plutôt tenté de vous torturer avec les armes ou les outils de l’intelligence : « D’où venez-vous ? » et « Où allez-vous ? » Un petit mot de Nikola Akileus à ce sujet ne serait pas en trop…

Mathias Richard — Merci, Patrick Cintas, de mentionner que mon travail d’écriture (et la réflexion -et la vie, la position- qui va avec) s’inscrit dans une durée longue, avec plusieurs périodes différentes. J’écris depuis plus de vingt ans (c’est un mouvement qui s’origine dans l’adolescence), quatre livres ont paru à ce jour lors des dix dernières années, et aussi une quinzaine (majoritairement dans les années 90) sont restés dans les tiroirs mais comptent autant -pour certains- à mes yeux puisque j’ai toujours mis beaucoup en jeu dans la création de chaque texte.

Malgré cela, peut-être parce que j’ai un parcours hors des circuits battus qui ne permet pas de rabattre trop vite vers des tendances connues (ni les gros éditeurs commerciaux ni le versant institutionnel), peut-être parce que je n’ai pas connu la fortune et la gloire, je suis encore souvent abordé aujourd’hui sous l’angle « jeune auteur prometteur », ce qui me semble une facilité, une paresse de jugement. Il y a une œuvre qui est là, on en pense ce qu’on en veut, mais elle est bien là, elle est faite. Avant de considérer ce qui pourrait être dans un avenir hypothétique, ce serait bien que les vivants, à commencer par les critiques, sortent de leur torpeur et posent leur regard sur ce qui existe. Tout comme la beauté est dans le regard, le néant est dans le regard de certains ; leur non-regard témoigne d’abord leur incapacité à voir. Dans toutes sortes de domaines je constate un déficit dans l’attention à l’autre, ainsi qu’un déficit d’esprit critique, un routinisme et un suivisme ovin. Le plus court chemin pour être vraiment lu reste de mourir ; être vivant est plutôt un obstacle à cet égard !

Ça, c’est le Mathias qui écrit qui vient d’ouvrir sa gueule. Mais il y a le Mathias-R3PLYc4N qui braille du rock électronique qui aimerait bien avoir son mot à dire. Et y a MR des éditions Caméras Animales. Et Mathias Richard qui fait des performances (il trépigne). Il y a « Monsieur Mutantisme », et un autre, saihtaM, organisateur de carnavals. Celui (Monsieur Richard) qui fut prof de Lettres-Anglais en Lycée professionnel en banlieue. Un autre qui a bossé des années dans la politique et le show-biz et l’organisation de spectacles et concerts et festivals. A côté le pogoteur qui n’aime que les émeutes. Celui qui aime voyager, errer, et être hors de tout. Et l’amoureux.. Et tous les autres qui se taisent ou protestent ! C’est un brouhaha, ils ont du mal à se mettre d’accord pour répondre, y a des débats sans fin pour savoir qui prendra la parole. C’est encore l’écrivant qui l’a fait, normal il est là pour défendre son steak Machine dans tête. Mais peut-être faudrait-il en réveiller d’autres pour parler du disque Sonopsies ?

A la base il y a sans doute un type qui a trop de filtres ouverts et laisse entrer toutes sortes de perceptions et sensations, et cherche à les communiquer et les partager (voire s’en débarrasser) par toutes sortes de gestes. Regardez, aujourd’hui je vis à Marseille je sais même pas pourquoi. J’ai fait des choix bizarres... Pourquoi pas en même temps. « Qui veut jouer avec moi ? » est une phrase que je me dis souvent. Et il y a un rapport au rock qui est central dans ma vie, c’est ce que j’ai trouvé de plus proche de la religion, et de la poésie vécue telle que je l’imagine, et je suis fait pour être un religieux fervent, un mystique s’abandonnant ! Je ne parle pas ici de superstitions, de croyance en des forces surnaturelles ; un certain rationalisme extrême, un goût de la réalité nue, peut mener au sentiment du sacré.

Nikola Akileus — D’où je viens ?... Assurément : de l’écriture. Une écriture qui s’est vue peu à peu contaminée par des affinités avec les outils informatiques et vraisemblablement la déformation professionnelle d’un métier technico-scientifique. Une écriture qui s’est muée en recherches et expérimentations, laissant de fait s’ouvrir le champ des créations (possibles ?) à d’autres médias : vidéo, graphisme, webdesign et musique. Cette évolution est palpable à travers mes propres contributions au blog collectif Invidation (que j’ai créé il y a une bonne dizaine d’années maintenant et qui s’est vu décliner en 5 versions depuis lors : invidation.net/voidgalore/ et invidation.net/v/), mais aussi à travers l’orientation que j’ai essayé de lui donner, à savoir plus comme laboratoire de créations que comme réceptacle et écrin ultime de celles-ci. Au sein de cette mixité de médias, il s’agissait (du moins pour ma part) de mettre à nu l’acte de création, de le décortiquer pour mieux le théoriser, le comprendre (il y aurait encore tant à dire sur les potentialités du "flux" web). Tout occupé à cette gageure, faite néanmoins d’hybridations concrètes, je n’ai pas vraiment pris et trouvé le temps alors de sanctionner mes travaux par des publications régulières. C’est pourtant à la suite d’une de ces démarches que j’ai fait la connaissance de Mathias (et de son frère François), avec qui le courant est très vite bien passé. Mathias a rejoint activement Invidation, y faisant d’ailleurs incuber les prolégomènes (contagieuses) du mutantisme, tandis que je me suis vu confier de plus en plus de responsabilités au sein de Caméras Animales. Enfin, focalisé (sans doute parce que finalement, mes plus grandes influences littéraires sont musicales...) ces 2 dernières années sur mon projet musical Ichtyor Tides et naviguant dès lors dans les sphères musicales underground des petits labels et autres net-labels, j’ai décidé qu’il était temps d’ajouter une nouvelle corde à l’arc créatif de Caméras Animales avec l’ouverture d’un label musical au sein de la structure. Il faut savoir tout de même que c’est un projet qui nous trottait dans la tête depuis quelques années déjà. Et nous voici donc, avec la compilation Sonopsies !

Où vais-je ?... Certainement poursuivre sur cette sympathique lancée. D’une certaine manière, en y songeant avec un peu de recul, je réalise que je poursuis au sein de Caméras Animales ce que je faisais déjà avec Invidation, c’est-à-dire créer des vecteurs, des supports d’expression –je serais tenté de dire : un « terreau » d’hybridations et d’émulations – pour les artistes dont je trouve les travaux pertinents. Puis, revigoré par la publication prochaine (aux éditions Vermifuge) de Ereintique, livre-somme et épuisement de poésie totale (à mon humble échelle), il me semble que je vais prendre le temps de revenir tout de même à ce dont je suis venu : l’écriture. Une écriture à prendre au sens large, car elle inclut aussi la poursuite du travail sur un scénario de bande dessinée, voire de film d’animation, au sein du projet __/FORME__ (actuellement en phase de ré-activation) que je partage avec l’artiste graphique g.cl4renko.

PC —« …mettre à nu l’acte de création, le décortiquer pour mieux le théoriser, le comprendre… » Sonopsies est une anthologie, comme l’est Raison basse dans le domaine de la narration, publié aussi chez Caméras animales. En quoi cette pratique, somme toute ordinaire, vous permet d’atteindre la compréhension qui ne va pas, chez vous, sans une certaine dose de pertinence ? Qu’est-ce que ça peut bien être, la pertinence ?

NA — Cette pertinence est à comprendre davantage comme une résonnance. Celle de fréquences émanant d’univers créants et créatifs. Le mien d’un côté, et, de l’autre côté, ceux d’artistes dont je me permets d’analyser le travail. Par « univers », j’entends la démarche, la mise en œuvre de la recherche artistique, et, tout à la fois, le contexte (incluant l’état d’esprit de l’artiste) où elle se déroule et l’atmosphère prégnante ou cénesthésique qu’elle génère, qu’elle soit achevée ou non, chez le spectateur. La pertinence que j’invoquais, c’est donc et tout simplement la découverte de points d’achoppement entre mon propre univers artistique et celui d’un autre artiste. Pour moi, l’existence d’un tel univers est un préalable à toute collusion artistique. Si je ne peux pas tracer un trait entre les œuvres d’un artiste, en dégager et synthétiser une vision, les contours d’une recherche au long cours, alors je suis seulement en train de contempler son catalogue d’objets, de peaux mortes : ce n’est alors plus de l’art à mes yeux, mais de la production.

Je reconnais que c’est en tant qu’artiste qu’il m’est possible d’en coopter d’autres et d’invoquer cette pertinence, laquelle, finalement, n’est pas autre chose qu’une certaine forme d’empathie, de compréhension internalisée (ou du moins sa tentative, à l’aune et la mesure de mes facultés) de l’œuvre de l’autre, où j’y retrouve, sans les projeter bien sûr, mes propres motivations et élans artistiques. M’y inscrivant dès lors, m’y moulant, il m’est possible d’accéder, de par la vision singulière et autre de l’artiste, à une compréhension élargie (expanded) de mes propres desseins créatifs. Et d’enrichir ma recherche par cette émulation. Répéter ce processus, fédérer d’autres artistes de la même façon, et l’on conçoit cette notion d’hybridation concrète que je mentionnais précédemment.

Pour en revenir à la pratique de l’anthologie, même si je n’aime pas vraiment ce mot car je l’associe à une vitrine de rebuts et de vieilleries poussiéreuses (à rapprocher du « catalogue d’objets » susnommé et tant redouté), ce n’est alors pas tant la pertinence, que l’urgence qui en régit la direction. L’urgence d’unir et de synthétiser des éléments, des découvertes artistiques qui ont fait mouche, l’urgence de leur donner un exutoire, l’urgence de faire connaître. Ces anthologies, ce sont des raccourcis, des échangeurs, des ébauches de cartes que l’on transmet aux lecteurs ou aux auditeurs pour qu’ensuite ils aillent eux-mêmes, on l’espère, découvrir et parcourir le pendant immergé des univers de chacun des artistes impliqués. Une maison d’édition ou un label musical ont pour mission de défricher (et non d’être les déversoirs confortables d’artistes installés), c’est une évidence. Dans ces entreprises de défrichage, les contingences matérielles de publication imposent souvent la patience et parfois la résignation : ces anthologies sont des alternatives à ces états de fait, ce sont des défouloirs et des accélérations. Je parle essentiellement en connaissance de cause pour Sonopsies, mais Mathias me corrigera ou complètera mon point de vue pour ce qui est de Raison Basse.

Sonopsies fut d’abord une équation difficile à résoudre. Celle qui consiste à initialiser un label musical au sein d’une structure d’édition comme Caméras Animales. Quelle orientation lui donner au moment de choisir le contenu du premier objet ? Fallait-il établir une connexion évidente avec la littérature en proposant de la poésie sonore ou alors faire d’emblée le grand écart vers de la musique à part entière ? Et dans ce dernier cas, vers quel « genre musical » s’orienter, au risque de se voir affubler illico une étiquette vraisemblablement trop restrictive par public et critiques ? A côté de ces questionnements bêtement stratégiques, se bousculaient alors à nos oreilles une foule de projets musicaux enthousiasmants, ceux-là même qui, en premier lieu, furent le catalyseur de toutes ces interrogations. C’est en effet à leur écoute que Mathias et moi jugeâmes qu’il était temps de mettre en place ce label musical qui ne pouvait que faire sens au regard des origines, de l’histoire et de l’idéologie « Caméras Animales ». Oui, encore une fois, il était urgent de donner un exutoire à toutes ces expressions musicales, de les faire coïncider avec l’élan de Caméras Animales. Ainsi, acculés par cette urgence, la convocation de tous ces artistes et la mise en place de ce joyeux bordel furent la solution la plus pertinente à nos yeux. La plus excitante aussi.

PC — « …un certain rationalisme extrême, un goût de la réalité nue, peut mener au sentiment du sacré. » J’tourne en rond, ainsi commence Machine dans Tête, qui est un roman d’un genre qui vous est propre. Une invention. Une façon de gueuler : « Non ! Je ne resterai pas en place ! Au moins ça ! » Chez les surréalistes, la pratique de l’inconscient ne va pas sans au moins une certaine attirance pour la divination, la magie, la piquouse... Comment conciliez-vous l’exigence de réalité, qui a un sens presque trivial, et l’approche de ce qui ressemble à une hallucination, sorte de repoussoir des superstitions selon vous ?

MR — Je récuse le mot « roman » et je refuse le droit à ce mot de se coller sur toute chose écrite sous prétexte qu’elle comporte des éléments narratifs. Le mot roman c’est comme le mot schtroumpf, ça veut tout et rien dire. Hé bien le schtroumpf est mort. Le champ littéraire a évolué et il ne faut pas l’enfermer dans des mots anciens et mal adaptés.

Le mieux à mon avis :

- soit on évite de nommer un texte de création par un genre (ainsi sur la plupart de mes livres publiés j’ai obtenu de mes éditeurs qu’aucun « genre » ne soit mentionné ; les éditions du Grand Souffle voulaient au début indiquer « roman » sur la couverture d’Anaérobiose, j’ai obtenu qu’ils se contentent du mot « littérature ») et on garde simplement la catégorie « texte » ;

- soit on crée des nouveaux mots, genres, catégories,on redécoupe le langage pour l’enrichir (et du coup enrichir toute la réalité, puisque le langage structure notre vision du monde), y créer de nouveaux plis, tout comme le propose le Manifeste mutantiste (ainsi mon prochain livre, amatemp, en cours de finition, est un ensemble d’un genre inventé appelé « syntexte »).

Effectivement Machine dans tête commence par « J’tourne en rond », une expression-explosion d’énergie éperdue et comprimée, et le texte -à travers son protagoniste Dorian Durand- va décrire de vastes cercles concentriques, une onde de plus en plus ample, une trajectoire dans le monde physique effectuée de façon frénétique jusqu’au mécanisme, le récit du trip d’une boîte crânienne à travers la France et la Croatie, et à nouveau en France. La tête est ici utilisée comme simple témoin, une sorte de boîte noire, et la littérature considérée comme outil neurobiologique et éthologique de témoignage de conscience et système nerveux des grands singes, une notation, un relevé sismique d’intensités (hautes, basses, médiums...).

La notation de percepts, affects, perceptions met en avant le filtre de la boîte crânienne, les yeux sont des vitraux, le crâne est un vitrail, il filtre avec ses motifs et couleurs le monde qui l’environne, la lumière qui lui arrive. La fatigue atténue le filtrage.

J’ai voulu rendre le côté incessant de ce qu’il y a dans une tête, des pensées, des sensations, l’expérience intérieure, montrer cela comme une mécanique quasi-robotique, tout en montrant simultanément une mécanique tout aussi incessante du voyage dans le monde "extérieur", une mécanique du mouvement perpétuel, jusqu’au télescopage final de toutes les pensées, tous les espaces et toutes les temporalités du narrateur.

En effet, au butoir d’un certain moment-clé, ce mouvement centrifuge, ce mouvement toujours plus follement, furieusement poussé vers l’extérieur (et les déplacements sont plus souvent des courbes que des lignes droites), s’interrompt soudain pour se démantibuler en une implosion centripète (vers l’intérieur) : il est des (m-)ondes qui commencent dehors et qui vont croître dedans. Ce n’est pas pour rien que ça se passe principalement en Croatie (et autour), « croître » sonne un peu comme « croate » ! Il s’agit de croyance, de croissance, de cervo-croîte, ça croât croît croâ !

Dans cette recherche de mouvement, il y a une recherche de remède. Je me demande si j’ai raison de parler d’une alternance de centrifuge et centripète, d’un grand mouvement centrifuge qui s’achève en implosion centripète (au moment où le mouvement du narrateur s’arrête, toute sa force emmagasinée revient en ressort-boomerang à l’intérieur de sa tête, au point de reconfigurer l’écriture), car au fond je dirais que ce mouvement va dans plusieurs directions en même temps, qu’il est simultanément vers l’intérieur et vers l’extérieur, dans le présent et dans la mémoire et dans la projection future, dans le dehors et dans l’intime - un mouvement qui pourrait être défini comme le mouvement de se débattre.

Cet état permanent de déplacement vers l’inconnu esquisse la figure dynamique de l’entre, qui se nourrit de l’intervalle, du moment d’hésitation, du non fini, du transport, de l’indéterminé.

Le protagoniste se déplace sans arrêt, prend des bus, cars, voitures, bateaux, trams, téléphériques, avions, trains... il marche, nage... Quand il tape en un certain point para-épiphanique s’opère une sorte de vertige, d’approfondissement interne, c’est comme si en boomerang tout le schéma des déplacements se répercutait dans la tête, l’intrication des diagonales, des lignes, des tournants, se transformait en pensées imprévues, se développant, se ramifiant en cavités dans la tête, derrière l’œil, en un voyage intérieur, incontrôlé, en miroir du voyage extérieur, un mass-reverse-chaotic-shuffle, comme si le mouvement en spirale de faire des spirales toujours plus larges et éloignées, se transformait en mouvement de spirales inversées, un retournement, un retentissement interne, un renversement, un approfondissement, un sillon que l’on creuse.

Le désir sous-jacent à tout ça est parti d’une « extrêmisation » de la logique de « verrous ouverts », l’une des parties du livre Anaérobiose, dont Machine dans tête constitue la suite, tout en étant un texte à part et indépendant.

Et les vingt-cinq dernières pages (l’implosion intérieure où a lieu une densification de langage -un trou noir-, son atomisation puis sa compression) préfigurent la forme "syntexte" que l’on trouvera dans Réplicants (in Manifeste mutantiste) et amatemp (texte que je travaille depuis des années et actuellement en cours de finition).

En nos temps de relativisme, il est toujours délicat voire disqualifiant de parler de recherche de vérité (non de « la » Vérité au singulier et avec une majuscule !) - de ce que serait la réalité – de rechercher une netteté – même du tremblé et du mouvant. La fatigue joue un rôle important ici, dans cette approche. Parce qu’il faut soustraire, désapprendre (se déconditionner), et donc affaiblir nos propres garde-fous mentaux.

Il y a une construction de profondeur et vertige par accumulation : telle ou telle phrase séparée du contexte n’est peut-être pas terrible, mais leur accumulation, leur insistance, la recherche d’expression d’un moment précis sur des pages et des pages, leur persistance, tente de faire approcher le lecteur via cet artifice de la sensation de l’expérience même.

Cela demande à celui-ci de tenir le fil en s’arrêtant le moins possible. Le sens s’opère par construction, dynamisme, accumulation, mouvement en avant, plutôt que bloc mallarméen "parfait".

Certains passages, séparés, pourraient être jugés faibles, mais le sens est construction et la sensation se crée ici par accumulation, et ces passages permettent par leur longueur et leur détail et leur accumulation incessante même l’approfondissement de la tentative de transmission de sensation, d’expérience intérieure

L’aspect bloc (sans paragraphes sans sauts de ligne) est voulu et inséparable de la structure et de la façon dont a été pensé ce livre (mis à part le début : ce sont souvent des phrases évitant les points, l’interruption, et courant sur des dizaines de pages - il y a une phrase qui doit faire 30 pages). Je dois être un peu bizarre, mais j’aime bien visuellement les blocs d’écriture, intimidant mais aussi invitant à se plonger sans concession dans une pensée, une expérience, comme des shoots, des téléchargements de tête, une plongée dans la nuit. J’ai un peu compensé la difficulté de lecture par un format court et un dynamisme narratif (sauf le final), avec un présent de l’indicatif comparable à celui qu’utilisent les commentateurs sportifs.

Cette "forme-voyage (voyages intérieur et extérieur) cherche à mettre à nu d’une "machinerie" du cerveau, des sensations, des pensées.

Accumuler, faire durer, pour faire RENTRER le lecteur dans la sensation de vertige, de fatigue, d’ivresse, par construction du sens, transmettre l’incessant, le non-sommeil, la longueur des choses, l’enchaînement permanent, continu, des pensées et des visions et des rencontres, pour ainsi par empilement de moments "faibles" (même si ça se veut tout sauf chiant) émerger de cette fatigue pour accéder à des pics d’enthousiasme-maniaquerie délirante : encore une fois, tentative de transmission de sensation, d’expérience intérieure. Exprimer des riffs massifs de pensée. Transmettre la fatigue du voyage et du manque de sommeil au lecteur, non pour le rejeter mais pour lui faire vivre quelque chose, quitte à le mettre à l’épreuve (à mettre à l’épreuve sa patience). Il faut mettre le lecteur à l’épreuve, condition pour qu’il vive une expérience. Je dis cela, et même temps je suis obsédé par le côté FUN. Vous l’aurez compris, je crois que pour toucher à une forme de précision (cherchant à contourner les apparentes contradictions de la pensée découpée dans le moule du langage humain et les catégories figées qu’il propose), il faut pouvoir dire plusieurs choses et directions en même temps. D’où l’intérêt scientifique de la spécificité littéraire !

PC — Quelque part dans le foisonnement des écritures contemporaines, Valère Novarina dit à peu près que plus on a de moyens de communiquer et moins on communique, ce qui se vérifie tous les jours, me semble-t-il. De même, les moyens de création sont presque à la portée de tous. On s’amuse beaucoup dans cette société. Ou le contraire. Je veux dire qu’on peut aussi s’y emmerder sacrément, voire éprouver le désir d’en finir avec soi-même. J’aimerais donc revenir sur un fait inadmissible : les tenants de la Littérature et de la Musique ne vous prennent pas au sérieux. Ils vous marginalisent, peut-être en attendant de vous instrumentaliser. Est-ce que cette attente est « merveilleuse » comme dit le poète ?

NA — Il n’y a pas d’attente. La création artistique ne saurait souffrir des tergiversations et autres caprices de ces « tenants » dont vous parlez. C’est à un niveau plus intime que doutes et frustrations entachent parfois la continuité du flux créatif. Et malheureusement tout un tas de contingences matérielles et chronophages. Quant aux « tenants », cela fait déjà quelque temps que j’ai compris qu’il était inutile de gesticuler afin de capter (mendier) leur attention. A quoi bon ? Il faut se rendre à l’évidence lorsque les logiques diffèrent. L’entêtement doit servir un achèvement et non pas une soumission. Être pris au sérieux ? Je dirais dommage pour ces « tenants » de ne pas appréhender tout le sérieux de nos créations.

Je pense que les moyens de création ont toujours été à la portée de tous. En revanche, du fait de la facilité d’accès à des outils de communication, c’est désormais la diffusion des créations qui est à la portée de tous. Et voilà qui vient faire la nique aux « tenants ». On pourra arguer de la légitimité qui reste encore à gagner, celle que, justement, ces fameux « tenants » seraient les seuls à pouvoir donner. Concevoir ce genre d’adoubement est un tantinet ridicule, n’est-ce pas ?

Ce constat que vous faites, c’est un peu un de ceux d’où s’extrait le mutantisme. Localisé dans ces marges, le mutantiste s’en nourrit et prolifère. Ces marges sont un grouillement de créativités. Dans cette intangibilité foisonnante, les petits éditeurs, les labels musicaux indépendants sont les tenants lucides de la Littérature et de la Musique. Il n’est dès lors pas lieu de passer par les fourches caudines des « tenants » (à force de répéter ce mot, faute et flemme d’en trouver un autre, il en devient littéralement grotesque) pour accéder à un public : celui-ci est déjà là, artistes, amis, déviants et inconnus ayant accompli la démarche salutaire de nous dénicher. Et de façon complémentaire, nous sommes aussi le public de nos tenants marginaux et amis, ces autres structures qui irriguent, brassent et bordélisent les territoires créatifs à l’extérieur du temple-supermarché des tenanciers de la culture. Il y a là deux paradigmes bien distincts.

MR — Je comprends ce dont vous parlez quand vous dites : « l’envie d’en finir ». Quand cette envie vient, je me mets au travail.

La création artistique est une membrane qui peut aider à s’ajuster (toujours temporairement, toujours à reprendre) à la violence du monde, à la douleur de vivre, la douleur d’être vivant au sein d’une civilisation humaine et de la fausseté et cruauté et manque d’amour qui y ont souvent cours.

Le mouvement de création, si difficile qu’il soit, est une façon d’ouvrir, de différer du consensus de la conscience collective tout en lui restant relié, en la déviant, la contaminant, l’endionysant, la réorientant par une conscience différante, de la mettre sur des rails plus intéressants, moins mortifères, rendre le monde un instant habitable, habiter la réalité autrement, non pas comme évasion ou fuite mais recherche de vérité, bassesse, justesse, dureté, essence, proposition, mise en relation, intensification, témoignage, expérience, affirmation, enthousiasme, extase, conscience, impact, communication.

(Relier les choses, assembler le chaos, ordonner le chaos en formes, voire s’y fondre et l’épouser en la chaosmose dont parlait Guattari.)

Les gens qui t’ignorent, t’excluent, te laissent sur le côté, médisent, trahissent, qui ne t’aident pas quand ils le pourraient : je mentirais si je disais que cela ne m’affecte pas.

Moi le manque de retour, l’indifférence, l’hostilité, la bêtise, la faiblesse, m’atteignent en plein coeur. Et l’inverse me grandit et me donne de la force, voici pourquoi ma manière d’être est une manière d’être en recherche de communication avec l’autre. Mais au fond ce qui affaiblit donne un autre type de force, plus durable ; parfois le succès est une fausse chance ; l’isolement, la difficulté poussent à aller chercher toujours plus loin, se dépasser, ne pas se contenter de, pour taper toujours plus fort, plus juste, plus absolu.

Il n’y a pas le choix, quels que soient les retours extérieurs, ou leur absence : il faut y aller à fond.

PC — Vous me faites penser à Unamuno qui inventa le genre nivola[5] pour échapper aux contraintes (et aux critiques) éditoriales portant à son époque sur le roman (à peu près les mêmes qu’aujourd’hui). Du coup, il n’y a plus périphérisation. Parlez-nous de cette conation : ces créateurs, éditeurs, producteurs, courants…

MR — Je peux vous parler du mutantisme, qui se donne entre autres pour objectif de créer des formes et des genres, avec en particulier la production de machines abstraites. Chaque machine abstraite est un protocole, un programme mental d’actes et/ou de pensées, un format, un micro-genre. Certaines sont imaginaires, d’autres opérationnelles (directement applicables). Il en existe pour l’instant « officiellement » 41 et pas mal d’autres existent ou sont en préparation, chacun pouvant créer sa ou ses machines, son outil, son format, et ainsi se placer au centre de sa propre création en faisant fi d’un certain découpage fermé, figé, conformiste et ennuyeux des genres. Quelques exemples de machines mutantistes : syntexte, syntexte vocal, synthimage, instableur, tag invisible, schéma cognitif, écriture GPS, mélangeur de têtes, Écriture Sous Musique (ESM), graff vidéo, voyage mutantiste, film mutantiste, tableau mouvant, audioguide psychogéographique, mélangeur de films, peintures réactives... Avec dans le futur, je l’espère, beaucoup de machines comportementales (un ensemble d’attitudes, gestes, actions, pensées, à adopter pour une durée donnée – rêvons par exemple d’une combinaison dans un village de 50 personnes ayant chacune tiré au hasard une machine comportementale de 3h, ou plusieurs machines comportementales à enchaîner toutes les 30mn, cette combinaison de machines lâchées dans le monde à travers des humains pourrait être une expérience excitante - sinon intéressante).

Au passage, l’écriture (la description) de machine devient elle-même un genre, entre notice, essai et poésie. Machinographie. (Parfois la machine compte plus que son écriture, parfois l’écriture de la machine compte plus que la réalisation effective de celle-ci).

Tout ceci s’invente et s’organise sous forme de discussions privées et informelles, ainsi que sur une liste de discussion sur internet, et sur un blog collectif, sur lequel sont invités, ou s’invitent, pas mal de gens, y compris des demi-mutantistes ou non-mutantistes, car si le concept de machine (et sa création, machinogénèse) est crucial pour le mutantisme  c’en est en effet l’une des applications les plus participatives et qui génère le plus de conséquences en cascades –, ses protagonistes ne voudraient cependant pas arrêter le mutantisme à la création de machines et sont toujours à l’affût de nouvelles pistes pertinentes et fertiles pour ce mouvement-aggrégat, d’où l’aspect ouvert et « impur » (dogmatiquement parlant) car c’est le mélange des explorations et univers et essais qui crée un terreau, une masse critique pour des idées et créations (1+1=3).

Les éditeurs publiant du mutantisme revendiqué comme tel sont pour l’instant peu nombreux, il y a bien sûr Caméras Animales, et cela bouge un peu du côté des éditions Vermifuge à Dijon (celles-ci vont publier pas mal de personnes liées au mutantisme au cours des prochaines années). Pour l’écrit, si l’on peut bien sûr nous classer en poésie/littérature contemporaines, il est amusant de découvrir que certains libraires éclairés ont plutôt créé un rayon spécial « mutantisme ». C’est ainsi le cas de la Librairie Obliques à Auxerre !

NA — Pourquoi, Patrick Cintas, créer dans les formes et les structures mille fois éprouvées, étriquées de codifications, du roman ? Pourquoi ainsi dompter sa créativité pour qu’elle s’insère dans un tel carcan ? Pour aller briguer quelque reconnaissance et venir flatter la critique orthodoxe ? Curieux, de la part d’une population (les écrivains) qui prétend généralement penser et créer contre l’ordre établi et toutes les formes d’aliénation, n’est-ce pas ? Vous tenez décidément à nous faire passer pour des originaux, mais je vous assure que notre démarche est pourtant on ne peut plus logique et naturelle. Nos formes, alternatives, sont telles qu’inspirées par l’élan créatif primal. Effectivement, ce faisant, on se heurte à la doxa normative et ronronnante des « tenants ». Alors, plutôt que d’accepter cet état de fait (plutôt que de se résigner donc), des petites structures tentent de privilégier la rencontre. Celle d’œuvres, d’univers, d’artistes, en phase : car nous ne sommes pas seuls ! Puis lorsque la rencontre devient attroupement, elle se montre au monde, jusqu’à ce que se créée éventuellement un nouveau réseau trophique, singulier et autonome, à l’écart du système central. Je reste très théorique en vous parlant de ces réseaux, ne voulant pas être lapidaire là où il faudrait être exhaustif pour rendre justice. Je ne suis pas le mieux placé pour me livrer à un tel exercice, car malgré mon investissement au sein de Caméras Animales, manque de temps et énergies mal canalisées m’empêchent de m’immerger comme je le souhaiterais dans ces courants dont je perçois néanmoins le rayonnement. J’entretiens d’ailleurs plus d’affinités avec le pendant musical de ces réseaux. A ce titre, il me semble que, d’emblée, la musique se situe dans un contexte moins élitiste et centralisé. Les niches indépendantes qui se sont créées ont plus de facilité à trouver leur public et à faire perdurer leurs microcosmes, sans un quelconque ombrage de potentats et d’une critique coincée. Il n’y pas non plus, je trouve, cet éventuel mal-être de la non-reconnaissance, l’auto-production n’y est pas mal vue, etc. De multiples facteurs peuvent expliquer cela et il ne s’agit pas de se livrer à une comparaison simpliste des sphères littéraire et musicale. Mais tout de même, en faisant converger les deux démarches, celle de la petite structure d’édition de littérature contemporaine et celle du label musical défricheur d’expérimentations sonores, il s’agissait de faire entrer une spontanéité et une énergie supplémentaires, propres au second univers, dans le premier. En outre, l’universalité accrue du médium musical a permis naturellement une ouverture internationale des plus enrichissantes (me concernant, ce fut d’ailleurs une des motivations premières, contractée via ces petits labels que j’ai pu côtoyer avec mon projet musical Ichtyor Tides). Ce fut même l’occasion de concrétiser des points d’achoppement avec des univers artistiques protéiformes et surprenants, je pense notamment à celui de Jamie Guggino, créateur métamorphe basé en Californie, ex-batteur reconverti dans la musique noise voire post-psychédélique (cyberdélique) (cf. respectivement Awkwardist et M. Savant Stifleson sur la compilation Sonopsies), et surtout véritable machine mutantiste incarnée (et précurtrice), génératrice compulsive de milliers de collages littéraires et graphiques, lardés de databending et de transmissions extraterrestres.

PC — Ma référence à la nivola porte sur son anecdote : au début du XXe siècle, en Espagne, il était impossible de publier un roman qui ne répondît pas à des critères stricts (à la fois commerciaux et culturels), comme c’est le cas aujourd’hui en France. Unamuno, qui hésitait à publier Niebla, se souvint d’une autre anecdote : Manuel Machado[6] avait soumis un sonnet à un grand poète ; celui-ci le lui retourna en disant : « Ce n’est pas un sonnet (soneto) ! » Et Machado répondit : « Évidemment, puisque c’est un sineto ! » Ainsi, Unamuno a nommé SA forme nivola… Il y a d’ailleurs belle lurette que les écrivains ne se conforment pas. Et ils ne sont pas originaux en cela. Au contraire, comme vous dites, ils créent, tout simplement. Je ne connais aucun écrivain de poids qui ne se soit pas distingué (et non pas originalisé) par ses inventions. Vous inventez — ce qui n’est pas très original, me l’accorderez-vous ? — mais vous ne tombez pas dans le panneau des conventions et du psittacisme. Il est important que les lecteurs de la RAL,M sachent OÙ trouver ces nouvelles voies, le mutantisme prenant de l’ampleur pour de bonnes raisons sans doute et dépassant largement le cadre de ma petite observation. Ce n’est d’ailleurs pas la question des genres qui m’intéresse dans le mutantisme, mais la machine. Et le dernier livre de Mathias Richard répond à mon entêtement rimbaldien… comme le souligne non moins judicieusement François Richard[7].

Pour terminer cet entretien, j’aimerais savoir qu’elle la question qui vous turlupine le plus : Qui je hante ? Qui j’aime ? Qui je hais ? (Trilogie de l’angoisse qui remplacera avantageusement la très usée « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? »)

MR — Pourquoi si peu d’amour au sein de l’humanité alors que c’est tout ce dont nous avons besoin ? Pourquoi la haine plutôt que l’amour ?

Assumant cette naïveté de simple d’esprit, malgré ou au-delà de Sade, Machiavel et Nietzsche, ainsi que certaines théories psychanalytiques, et bien d’autres, c’est sans doute la première des interrogations qui me vient. L’amour paraît la meilleure solution aux problèmes humains, que la raison ne peut résoudre.

Je considère la capacité d’amour, d’attention, de bonté, de sensibilité, d’empathie, comme la forme d’intelligence la plus supérieure et avancée.

C’est peut-être pour cela, par la bande, que mes créations sont travaillées par les rapports entre intelligence artificielle, singularité technologique, et capacité à éprouver des sentiments et de l’empathie (choses qui sont le plus souvent opposées dans la pensée courante : moi-même j’ai pu, je peux, jalouser « l’insensibilité des machines »), ce qui s’est cristallisé autour de la figure du réplicant, de machines abstraites, de caméras animales...

En énonçant cela, je n’oublie pas qu’une part de chacun d’entre nous jouit, peut jouir, de la souffrance et de l’oppression d’autrui. Mais ce fait, cette réalité sadienne, doit être non pas un programme à appliquer, mais une conscience, une connaissance de nous-mêmes, pour justement savoir l’éviter, jouer avec, voire en rire. Ceux qui ont conscience de leur violence sont moins dangereux que ceux qui ne la pensent pas et se laissent surprendre par celle-ci. Les musiques les plus violentes sont celles qui procurent le plus de quiétude car plus proches de la nature de la vie.

Je crois que l’humanité ne sait pas encore véritablement vivre et qu’elle n’est que balbutiante. Affirmation sans doute excessivement optimiste puisqu’elle ne ferme pas totalement le futur. (Fermeture que la raison serait tentée d’opérer).

NA — Assurément la première question de votre trilogie. Puisque c’est la seule dont je ne suis pas dépositaire de la réponse. Sous cette forme ou sous d’autres approchantes, je pense qu’il s’agit là d’une question que se posent la plupart des artistes (et de façon plus large, tous les individus dont les actions et les interventions ont pour dessein de se diffuser dans la sphère publique) sans pour autant en connaître la réponse. Le genre de question qui vous « hante » également en retour. Les musiciens ont la chance, lorsqu’ils se produisent en live, de rencontrer ceux qu’ils « hantent ». En revanche, pour les écrivains, c’est une autre paire de manches. Au-delà de l’indicateur des ventes, comment appréhender l’impact d’un livre sur les esprits de ses lecteurs ? Comment mesurer jusqu’à quel point l’univers créé, l’intensité du message et de l’énergie créatrice sous-jacente, ont imprégné l’être du lecteur ? Pragmatiquement, les réseaux sociaux permettent désormais à l’auteur de côtoyer ses lecteurs, mais la superficialité qui prévaut au sein du web 2.0 vient fausser la sincérité, voire même l’intérêt (cela génère une forme de brouillage), de ces retours et ne fait au final que d’augmenter la frustration initiale. Personnellement, je n’en suis pas là. Le nombre de mes créations diffusées publiquement reste très faible, aussi j’en suis toujours à tenter d’allumer le feu, plutôt que de quantifier l’étendue de l’embrasement. En fait, je mesure la portée de mon « hantabilité » avec cette capacité à établir des synergies avec d’autres créateurs, que ce soit pour m’associer avec eux ou bien pour produire et diffuser leurs travaux au sein de Caméras Animales ou d’Invidation. Rendez-vous dans quelques années pour refaire un point sur cette question et tenter cette fois de mesurer la « hantise » générée par mon œuvre !


1. Éditions Vermifuge - 2013

2. Caméras animales - 2004

3. Le Grand Souffle - 2009

4. Caméras animales - 2011

5. En commençant par Niebla.

6. Le frère d’Antonio…

7. « Machine dans tête, trip magnétique par excellence, c’est un très grand texte qui touche au vertige et au dérèglement des sens… » - François Richard.

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