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 Article publié le 6 octobre 2013.

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Evoquer le Panthéon pour un écrivain novateur … n’est-ce pas joliment surprenant ?

 

 L’étranger, une figure paradoxalement héroïque pour la France ?

 

 Alors, au bout du compte, maintes manifestations institutionnelles et diverses contributions plutôt qu’un divin tombeau.

 L’occasion de reparler de ce cher Meursault, né il y a un siècle, déjà, un personnage qui continue de diffuser un flux narratif intrigant à travers les générations.

 Emergeant dans le chaos européen, en 1942, ce personnage devient assez vite connu des Français au sortir de la guerre, pour devenir un succès commercial. L’Education nationale l’intègre rapidement dans ses programmes, les universités américaines l’accueillent avec enthousiasme … des millions d’exemplaires vendus à ce jour, et plusieurs centaines de milliers chaque année, la preuve concrète que la recherche ou l’innovation littéraire peuvent engendrer de belles noces. Simultanément ou presque sortent « Le mythe de Sisyphe » et « Caligula », refermant la trilogie de l’essence camusienne avec d’une part un essai philosophique limpide ou épuré, d’autre part une pièce de théâtre étonnante de maîtrise et de vitalité. La remise en question de la subjectivité, la place du narrateur dans la fiction et celle de l’auteur dans le monde, le rapport au divin, le cœur du pouvoir, le cours de l’Histoire ... en trois livres tout est posé, d’emblée, et demeure encore soumis à l’interprétation.

 « Caligula » regorge d’événements ou de questionnements camusiens, avec des réponses contredites ou tempérées par la réalité.

 Exemple 1, acte 1, scène 1 :

 Premier patricien : Vous voyez bien. Tenez, j’ai perdu ma femme, l’an passé. J’ai beaucoup pleuré et puis j’ai oublié. De temps en temps, j’ai de la peine. Mais, en somme, ce n’est rien.

 Le vieux patricien : La nature fait bien les choses.

  Cet extrait ne renvoie-t-il pas à la nonchalance de Meursault sur l’intérêt du mariage ? Comme s’il s’agissait d’un acte ou d’un engagement banal ?

 Un peu plus loin, acte 1, scène 2 :

 Cherea : Un empereur artiste, ce n’est pas convenable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout. Mais les autres ont eu le bon goût de rester des fonctionnaires.

  Un quart de siècle après la sortie de la pièce, un certain Georges Pompidou devient Président de la République, un homme aussi à l’aise en littérature – agrégation de lettres classiques, anthologie de la poésie française - , qu’en économie – Directeur de la banque Rothschild …

 Au début des années 50, Meursault écrit une synthèse sur la colère transversale, avec « L’Homme révolté ». Le clivage droite/gauche est molesté, les contempteurs étant a priori des amis, et inversement. C’est toujours le cas aujourd’hui : Michel Onfray écrit sur Albert Camus, Henri Guaino écrit sur Albert Camus, Alain Finkielkraut écrit sur Albert Camus ... Chacun puise à la source, pour sa propre pensée, pour sa propre vie privée ou l’intérêt de la littérature. L’expression « intellectuel de gauche », que l’on pourrait qualifier de pléonasme, est aussi battue en brèche par cet artiste dont le mémoire de philosophie, « Les rapports du néoplatonisme et de la métaphysique chrétienne », n’est sans doute pas étranger à sa vision globale et son art de la synthèse.

 Dans les années 70, période riche de polémiques et d’inventions – avec notamment la reconnaissance du Nouveau roman - , le critique Jean-Jacques Brochier considère Albert Camus comme « philosophe pour classes terminales ». Ce à quoi réplique vivement Alain Robbe-Grillet, mettant l’accent, au contraire, sur l’évolution littéraire fondamentale apportée par les premiers livres du Méditerranéen, qu’il croise, d’ailleurs, dans les années 50 … Meursault ayant même encouragé le futur Pape du Nouveau roman ( Meursault visionnaire ? ) .

 Quelque temps plus tard, Jean-Jacques Brochier fait son mea culpa, oui, Albert Camus est un auteur subtil, inclassable, et ce en dépit de toutes ses déclarations plus ou moins orientées.

 L’absurde, la révolte, l’amour … les trois axes d’une œuvre en cours qui reçoit déjà, au deuxième chapitre, les lauriers suprêmes. Lors de son discours à Stockholm, en 1957, Meursault insiste notamment sur la primauté d’une certaine l’unité du monde. Plutôt que faire le monde, éviter qu’il « se défasse ». Une lucidité plus que jamais, semble-t-il, d’actualité.

 Caligula, Sisyphe, Meursault … il faut découvrir ces personnages, soutenus par une prose fluide et épurée. Un plaisir de lecture avant tout, ce fameux plaisir dont parlait Roland Barthes.

 Pour découvrir et peut-être saisir le monde, par soi-même.

 Et si Meursault était en chacun de nous ?

 

 Suggestions :

 

  • œuvre de Camus
  •  L’Etranger » de Luchino Visconti ( 1967 )
  • « Caligula » de Tinto Brass ( 1980 )

 

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