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 Article publié le 17 novembre 2013.

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Tout artiste porte un monde en lui.

 Un monde qui est une mise en abîme, puisque l’artiste, c’est d’abord une partie du monde.
 C’est d’abord un atome.
 Quel que soit le domaine de l’art, c’est une forme subjective qui apparaît. Et à travers cette forme, ce sont tous les qualificatifs possibles qui ont un potentiel d’émergence, pour souligner le transfert entre l’oeuvre du créateur et le cortex du spectateur ou lecteur.
 Lorsque nous l’écoutons, où nous emmène Jean-Sébastien Bach ? Nulle part, sinon dans un monde suspendu qui se suffit à lui-même, un monde fait d’impressions, de sensations, un monde d’émotions dont la structure est à suivre par l’oreille attentive, une oreille bientôt submergée par l’amplitude du mouvement, par la simplicité d’une richesse tonale inédite. Jean-Sébastien Bach, c’est le transport.
 Dans les tableaux de Piet Mondrian, l’horizon de l’architecture moderne, notamment américaine, se dessine. Les formes géométriques, simples et pures, ont successivement absorbé les mouvements précédents que sont l’impressionnisme, le fauvisme et le cubisme, pour engendrer, à travers une seule et unique subjectivité, la peinture abstraite. C’est en quelque sorte la nudité de la peinture qui apparaît avec ce peintre, comme si le soleil se trouvait en face de nous, un soleil dont l’indicible mobilité nous maintient dans un étonnement constant.
 Que nous dit William Shakespeare dans ses pièces totémiques ? La reprise du classicisme dans un début de modernité ? Sans doute. Les contradictions des personnages en proie à l’Histoire ? Aussi. L’univers des possibles humains, ainsi que l’inscription comme éternelle de certaines subjectivités telles que Jules César dont la renaissance, sous la plume du dramaturge anglais, se poursuit de nos jours.
 La narration proustienne, elle, se déploie en de multiples directions, qu’il s’agisse de la description des corps mondains, des intérieurs, des préparations culinaires, qu’il s’agisse, encore, de l’écho du souvenir dont l’entremêlement avec le présent donne toute sa démesure à la fameuse madeleine. En un geste, un coup d’oeil, une respiration, une parole … c’est le monde qui afflue, un monde tout entier retenu par la plume du narrateur, un narrateur qui semble tout puissant. Marcel Proust veut saisir le monde dans une tentative ontologique.
 La succession des plans, en couleur ou en noir et blanc, montre un mouvement indolent que le spectateur doit s’approprier lorsqu’il pénètre dans l’univers de Jean-Luc Godart. Les hommes et les femmes sont des êtres d’incertitude qui jouent à se connaître, dans un monde étrange ou joyeux, un monde métaphysique. Parfois, seule la partie inférieure du corps apparaît, des silhouettes volontairement tronquées, tandis que la parole, plus ou moins improvisée, jaillit de toutes parts.
 Les formes animales du sculpteur Antoine-Louis Barye font ressortir la saillie, la puissance du corps toujours prêt à se mouvoir. Nuque de taureau, squelette de félin … raidie ou relâché … debout ou couché. La force de ce réalisme révèle l’état brut de la vie organique, une vie en posture. Une vitalité esthétique se dégage avec une certaine évidence, travaillée la plupart du temps dans un matériau sombre et dur, le bronze. L’animal est partout, en toute liberté. Il est à chaque fois une masse volumique statique éminemment présente. Ou une photographie.
 Le metteur en scène Stanley Kubrick, justement, commence par cette discipline, avec pour objet, notamment, les rues de New-York. Noir et blanc. Clair-obscur. Qui nous ramène à Rembrandt. Jeux d’ombres et de lumières. Puissance diffuse. L’émotion dans sa netteté ou crudité. Jeux avec les angles, jeux avec les formes géométriques. A travers la perspective, l’on entrevoit, déjà, la vision du cinéaste … 
 Cognition, esthétisme, sensation, révélation … et bien d’autres substantifs engendrés par le matériau ou l’oeuvre. Des substantifs qui finalement se dissolvent pour laisser le spectateur avec lui-même. Avec son propre miroir …

 

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