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de la RALM.
Six poèmes
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 Article publié le 12 janvier 2014.

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LE NÉANT

 

Le néant rachète son temps,
Du même tissu sont faits les langes et les linceuls.
Du même bois sont faits le berceau et le cercueil,
De la même pelote sont tissés le bonheur et le malheur,
Du même feu sont issus la flamme et la cendre,
Sous la même peau, multipliés à l’infini,
Se terrent la soif de vie et le désir de mort.

oOo

 

JE DISPARAIS

 

Sur le visage

De la tranquillité,

Je porte

Comme un signe

Le pardon de toute brutalité.

Tombé des herbes

Sur l’autel de l’éternel sacrifice

Comme une sagesse antique,

Le monde insoupçonné

Paisiblement

Disparaît avec moi.

oOo

 

QUAND UN ENFANT MEURT

 

Pour Nikola

 

Quand un enfant meurt,
On a tort de pleurer.
Chaque sanglot,
Chaque larme
Sont bien trop lourds
Pour les entrailles
Où il s’est blotti.

Quand un enfant meurt,
Aucune étoile ne tombe,
Elle monte plus haut,
Monte toujours
Sur sa maudite
Voie étoilée.

oOo

 

PAUSE À LJUBLJANA

Le soir tout entier est entré dans la chambre
Et a fermé la porte.
La pluie dévale la fenêtre en chantant
Et sent le froid du Nord.

Hôtel Tourist, chambre 525,

Sur un oreiller, mes yeux ensommeillés
Et mes pensées mélancoliques,
Sur l’autre, Burich et moi.

 

Je mets lentementde l’ordre

Dans les masques de ma vie
Et range les images de ma rencontre avec toi
Sur l’oreiller blanc céruse.

Une pauseà Ljubljana,
Un pause dans ma vie

Et la crainte d’un retour.

Le soir tout entier est entré dans la chambre
Et a fermé la porte.
La pluie dévale la fenêtre en chantant
Et sent le froid du Nord.

Je ne pense à rien.
La nuit faiblit,
Le matin tarde à venir.

Lentement, je mets de l’ordre dans
Les masques de ma vie
Et range les images de ma rencontre avec toi
Sur l’oreille couleur blanc céruse.

oOo

 

LES POÈTES

 

Les poètes sont une bande

De prétendus nomades,

Interprètes hésitants

Des banalités du monde et de l’éternité.

Ils sont des explorateurs inutiles,

Des amants effrenés,

Des chasseurs de mots perdus,

Les espions des routes et des mers.

 

Les poètes sont les vains horticulteurs

De luxuriants jardins royaux,

Les avant-gardes des étoiles sorties de leur orbite,

Des messagers de bateaux engloutis,

Des profanateurs de chemins secrets,

Des réparateurs doués de la Grande

Et de la Petite Ourse,

Collectionneurs de poussière astrale.

 

Les poètes sont des voleurs d’illusions,

Des troubadours d’utopies avortées,

Des séducteurs de toute espèce,

Des goûteurs de mets empoisonnés,

Fils prodigues et charmeurs professionnels,

Héros qui mettent spontanément

Leurs têtes sous la lame de la guillotine

Qu’ils font ensuite eux-mêmes tomber.

 

Les poètes sont des veilleurs couronnés

De la pureté de la langue,

Des amateurs de mystères insolubles,

Des charlatans et des souteneurs.

Ils sont les favoris des dieux,

Les premiers buveurs de potions magiques,

Des dissipateurs fous de leur propre vie.

 

Les poètes sont les derniers surgeons

Du plus délicat des êtres cosmiques,

Des cultivateurs des fleurs blanches de l’âme,

Des créateurs inconstants de mondes indéfendables.

Les poètes sont les herméneutes des signes perdus,

Des porteurs de messages importants,

Des hérauts qui clament que laVie est infinie

Et que l’Univers est un projet sans fin.

 

Les poètes sont des lucioles posées sur la décharge du Cosmos,

Des conquérants de la ceinture multicolore de l’arc-en-ciel,

Des interprètes de la musique sacrée

De la naissance cosmique.

Les poètes sont des compagnons cachés

Dans le silence des sens et l’absurdité

De tout ce qui est visible et invisible.

Les poètes sont mes seuls, mes vrais frères.

oOo

 

ISIDORA

 

Voilà cinquante ans, voilà cinquante étés
Que vous dormez ici, mon Isidora,
Tricotant les rayons de lune au cimetière de Topčider,
Vos bras pleins de pluies,
Votre visage couvert de poignées de terre,
Entouré d’essaims de vers luisants,
Miroitant gardiens de la lumière crucifiée.

Vous gisez toujours, seule, rêvant
D’une chambre blanche et d’un lit 
Trop large pour votre corps,
Trop étroit pour vos désirs ardents.

Je vous rends souvent visite en ce lieu
Afin de vous témoigner, de loin, mon respect,
Sans déranger les ailes de l’hirondelle
Perchée sur votre épaule.

C’est la fin de l’après-midi,
Le temps
Où nous chancelons d’épuisement
Et rendons l’âme.

Je vous vois passer
Sur le dallage en pierre
En bas du chemin sinueux
Du dernier rayon de lumière.

Un instant, comme par hasard,
Vous vous retournez et jetez un coup d’œil en arrière :
Les Serbes n’aiment pas les femmes intelligentes.
Ils les respectent, mais ne les aiment pas.

Voilà cinquante ans, voilà cinquante étés,
Que vous reposez ici, mon Isidora,
Tricotant les rayons de lune au cimetière de Topčider,
Vos compagnons de voyage
Traversent la chambre où j’écris
Pour toucher mon front d’une main froide,
Et s’arrêtent pour gribouiller, sur la même ordonnance,
Leur remède pour la fièvre, leur poison pour l’âme.

 

Traduit en français par Athanase Vantchev de Thracy

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