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L’état critique
Ce qui compte

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 Article publié le 4 octobre 2008.

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Evidemment, ce qui se passait dans des temps autres, ce qui se passe ou s’est passé ailleurs, eh bien ! Nous n’y reviendrons pas, n’y irons pas non plus, nous sommes ici et c’est ce qui emmerde : on manque de perspective. Néanmoins il faut suivre le mot de Celan : « On ne sait pas / Ce qui compte ». Il convient en effet de distinguer ce qui compte de ce qui distrait (je sais : on passe de Celan à Pascal, ce n’est pas très orthodoxe).

En temps de crise économique, c’est pire encore. On ne sait toujours pas ce qui compte mais chacun compte ses sous, ce qui n’est pas très propice du point de vue de la création artistique et littéraire. Il est possible qu’une situation ait atteint son seuil de saturation. Comment y remédier ?

Il n’est pas douteux qu’un nombre considérable (et difficilement estimable) d’oeuvres ont été perdues ces trente dernières années. Le principe de coopation a vite viré au copinage, à ce qu’il semble. Les arts plastiques et la littérature ont suivi des voies voisines. La musique (savante, j’entends) n’est pas indemne du constat mais la technicité de l’art semble en avoir minoré l’impact. Nous avons une excellente école de musique contemporaine. Autant le dire, l’Ircam nous apparaît le symbole de cette excellence.

Dans le domaine littéraire, quelques figures isolées émergent. On craint toujours de les voir sombrer au spectacle. Dans le domaine artistique, l’activité réelle du pays est presque entièrement souterraine ! Il y a un travail d’indépendance critique qui ne s’opère pas.

Vient l’heure où la technologie déborde les cadres de la production littéraire et artistique – mais aussi musicale, pour le coup. La dynamique fluide qui caractérise l’espace numérique – tant du point de vue de l’internet que sur le plan des supports texte, audio, vidéo, multimédia – remet en question la géographie physique de l’autorat. Pas plus que notre corps, notre parole ne nous appartient et d’une certaine façon, le numérique réduit à néant la fiction autorale née au XIXe siècle.

De la parole comme propriété privée. L’absurdité étant que, devant la progression fluide de nos modes de communication, la, réaction première relève de la crispation : les auteurs réclament des droits d’auteur, les éditeurs des droits d’éditeur, les imprimeurs des droits d’imprimeur, etc. Il faudrait peut-être que le lecteur, à son tour, se lève et réclame son dû : il est bien des livres dont la lecture mériterait rénumération !

Dans l’attente, il convient de profiter au maximum de la liberté de cette époque qu’on pourrait dire « de transition » si elles ne l’étaient toutes et avancer ce qui compte, à savoir : un travail productif, le geste de Picasso (1946-48) qui était de répondre à Lascaux.

L’espace fluide du net donne voix à des millions de voix, des milliards même. On peut s’effrayer de tant de vacarme ! Il reste que la parole n’est pas autre chose qu’une pièce du jeune Steve Reich, quand il usait de phase patterns. La singularité est rare. Et chère. Mais cette singularité ne peut plus être tue. A elle de convaincre désormais.

Il est assez heureux de savoir que nous pourrons tenir, désormais, de façon illimitée et incontestable, un Salon des refusés – refusés pour leur refus ? A-t-on tenté de taire le mot « non » ? Non. C’est pire.

C’est l’affirmation même qui fut écrouée. Réduite aux galeries souterraines des terres infertiles. Je ne crains pas la multiplicité des voix qui bégaient le peu de leur pensée, pour ma part. Je cherche ce qui compte.

PL

 

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