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 Article publié le 6 octobre 2008.

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Eh oui ! Les hasards de l’existence tissent le plus beau roman du monde. On connaît ses instants gore. Il faut aussi pointer certaines coincidences qui sont peut-être à la source de bien des bévues, dans l’espace littéraire de la narration (mais pas seulement : on pense aussi à la politique, à l’histoire et à la philosophie qui est toujours riche en anecdotes rustiques).

Le Salon de la revue sera, on le sait, l’occasion de produire un cahier en cadeau à la série. Le cahier de la Ral,m n°9, "ceci n’est pas une série", sera disponible ainsi qu’un Portable, ni téléphone ni ordinateur mais fascicule, où une sériographie - la mienne - bénéficiera d’une présentation d’ensemble.

Le tricentenaire de la série se prépare comme un moment inaugural : "Ceci n’est pas une série" n’est pas un livre, pas un cahier, pas une exposition, pas même un espace web... et tient tient entre toutes ces formes. "Ceci n’est pas une série" est bien une série, pouvait-il en être autrement ? Son devenir appartient désormais à ses contributeurs autant qu’à moi : les amis du Chasseur abstrait, ceux de L’établi, les amis de longue date, les alliés substanciels... Tous sont invités à prolonger l’expérience qui revient à ne pas définir la série.

L’aspect cocasse des choses étant que, comme dans un tableau de l’ancien temps où la scène figée déroulait un récit dans le temps, le Salon de la revue produira en marge de notre petite célébration sérique un enchaînement de tables rondes, dont l’une consacrée à Quignard et l’autre... à Meschonnic !

De 13h à 15h, la salle Noël Arnaud sera donc investie par le meschonnicisme en armes. J’aurais aimé que l’instant soit aux retrouvailles. Bien du temps a passé depuis l’époque où je me grisais des vertiges du rythme ! De déconvenue en déconvenue, j’ai assisté à une dégradation prodigieuse de la théorie en dogme. Aujourd’hui, de loin en loin, j’entends les voix des sectateurs et elle m’effraie.

M’effraie la tentation partisane de cette poétique. "Pour un parti du rythme", sorte de manifeste produit par le maître aux environs de l’an 2000, était une blague paraît-il. Mais où commence et où s’arrête la plaisanterie ? Je lis le descrptif de la table ronde qui précède celle consacrée à Meschonnic. Les auteurs invités, nous dit-on, "parient que le poème parce qu’il est une aventure éthique dans et par le langage, oblige à engager une anthropologie relationnelle : Cette politique du poème demande une poétique à la hauteur de son engagement éthique. Une telle aventure qui passe toujours par l’empirique des expériences plurielles conteste les postures actuelles qui esthétisent ou « poéthisent » sans rompre avec les académismes de l’époque". De loin, on peut acquiécer ou non, cela importe peu. Ce qui est fascinant, c’est que ces mots ne sont rien autre que la reprise littérale de la parole du maître, confondues avec la réalité elle-même. Ce n’est pas seulement "aventure éthique", "dans et par le langage", "politique du poème", grands classiques de la thématique meschonnicienne ! C’est même le mot "parier" (le maître dit parfois "gager"). C’est encore "académismes de l’époque", fascinante mise en accusation provenant du pire des académismes : celui qui a remplacé le stock de la langue par un stock infiniment plus limité, celui d’un seul discours. Le "dans et par" de Benveniste n’a plus de sens ici, autre que celui d’un signal de meschonnicisme. Pour comparaison, j’invite le lecteur à découvrir l’article "Meschonnic" de Wikipedia.

Quel malheur. Alors que tant de choses étaient possibles. Nous avions en nos mains des trésors : Saussure, Jakobson, Benveniste, Tynianov, Lotman, Claudel... Tout était là, sous nos yeux, il n’y avait qu’à lire et à "rêver [notre] révolution", pour reprendre le mot de Boulez. Quelles conditions sociales sont à l’origine d’une telle détérioration de la pensée ? Nous sommes réduits aux conjectures.

J’ai assez confiance qu’un certain nombre de passages intellectuels absolument nécessaires à notre temps et qui auraient pu bénéficier de la synthèse meschonnicienne ne seront guère que différés par l’incident épistémologique qui prend l’absurde forme d’une idéologie quasi religieuse Je m’inquiète cependant de voir un système d’idées s’installer dans le paysage littéraire à la façon d’une guérilla, dans une logique d’alliances (pas au sens que donnait à ce mot René Char), une guerre de positions qui se fantasme bien comme une "guerre" (on reste enfant toute sa vie...) et qui exclut par principe la discussion, le sens des mots ayant été bridé a priori, dans une classification qui détermine d’avance le bon (le rythme, le sujet, la sémantique, la respiration, la politique du poème...) et le mauvais (le signe, la rhétorique, la sémiotique...)

Fixations linguistiques qui ne sont pas la spécialisation d’un discours scientifique mais la rhétorique massue du militantisme politique. Rendons hommage à Roman Jakobson.

 

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