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L’état critique
Trouble dans la série

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 Article publié le 15 octobre 2008.

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Monsieur Martin, une des grandes figures du postmeschonnicisme, nous répond ce matin.

Après quelques jours de réflexion (j’avais signalé sur Polart.net l’existence de ce billet d’humeur), Serge Martin revient donc sur « Faire salon avec », petite réflexion nostalgique qu’avait provoquée la lecture du programme du Salon de la revue. Voici ce que nous dit l’enseignant :

Vous parlez de discussion et on ne vous a pas vus… pas plus que vous ne nommez ceux que vous vilipendez. Mais il est vrai que vous êtes pris par le sens des mots et que vous en oubliez la force : vous montrez bel et bien que c’est le mépris, la vengeance, la course aux lauriers (?) qui vous agitent le clavier… Merci pour la belle photo d’HM penché sur votre stand pour apercevoir le haut niveau d’analyse (bien/mal) que vous entretenez. Bonne série dans le dualisme !… mais elle dure depuis des siècles et vous en êtes réduits à la religion sérielle en oubliant que le divin sérialisme est l’invention de sorties du signe communicationnel. Préférez les fonctions aux relations, les structures aux mouvements, nous préférons résonner non le “meschonnicisme” mais un chantier ouvert par Henri Meschonnic qui demande autre chose que l’invective ou les allusions polémiques, autre chose que des élèves, bons ou mauvais. Desnos parlait de “poètes libres” ! Nous travaillons horriblement à notre liberté. Votre déchaînement montre trop les chaînes…

Je tenais à la fois à répondre à M. Martin et à le remercier parce qu’enfin, il n’est pas si fréquent d’obtenir des réponses de la part des zélateurs du grand Henri. Quant au Maître lui-même, il ne répond pas aux courriers qu’on lui fait, quand ils comportent des interrogations précises. Je veux également présenter mes excuses à la bande meschonnicienne pour mon absence aux deux tables rondes (mais je crois qu’elle a été largement compensée par l’énième accrochage entre Michel Deguy, qui devait s’ennuyer ce jour-là, et Meschonnic). Je suis surpris qu’un lettré tel que M. Martin ne conçoive pas qu’une discussion ait lieu par la voie de l’écrit, même s’il s’y est engagé (ce dont je le remercie à nouveau).

Une difficulté où je me trouve pour répondre est de déjouer la stérilité d’un échange d’invectives : je parlerai de religion du rythme, M. Martin rétorquera par une attaque sur la religion sérielle, etc. Je voudrais échapper aux discussions en vase clos. Pour autant, je ne puis manquer de relever dans la réponse de M. Martin certains propres au clan tout entier.

  1. La mythologie du rythme. Une mythologie guerrière, un récit fondateur se rejoue indéfiniment. Je suis du côté du « sens », du « signe », le « dualisme ». Autrement dit : mon discours est marqué du seau du Mal absolu. Viendra-t-il à l’esprit d’un meschonnicien quelconque qu’on ne pourra jamais penser le continu sans le discontinu, que la notion de sens, si elle ne recouvre pas toute l’activité linguistique d’un sujet donné, en est une relation constante et universelle, que le dualisme est une structure anthropologique fondamentale, quand bien même elle doit être nécessairement complétée par... la série  ? Faites de la phonologie sans dualisme, monsieur Martin, je doute que vous arriviez à une description acceptable de ces phénomènes ! Et comment ne pas être dans le dualisme quand on oppose sans cesse le rythme et le signe, le sémantique et le sémiotique, etc. ?

  1. La figure paranoïaque. Elle passe notamment par la surinterprétation : ici, d’une photo qui montrait M. Meschonnic penché non pas sur « notre » stand mais sur le stand d’une revue amie. Je ne gagerais pas, pour ma part, que M. Meschonnic ait visité d’autres revues que celles qui lui sont acquises. Il est frappant de voir l’autodescription d’un cercle de « pensée » s’assimiler à une héroïque résistance de parias sans attaches alors que la meschonniquerie est quasi toute entière institutionnelle, scolaire ou universitaire ! Qui d’autre qu’un universitaire en fin de cycle pourrait absorber une seule des phrases de l’article « Meschonnic » de Wikipedia, pour ne prendre que cet exemple croustillant !

  2. Le renversement des rôles. L’invective et l’allusion, n’est-ce pas là deux des traits qui caractérisent « Célébration de la poésie » ? Dois-je rappeler l’excellente relation que fit JM Maulpoix de ce cambouis textuel ? Vous me reprochez de ne pas citer de noms. J’ai en effet la décence de n’attaquer que la personnalité confirmée de M.  Meschonnic et non les essayants. Il serait trop facile de dépiauter un travail d’étudiant, qui ne sait pas même pourquoi il dit « dans et par le langage ». Sous la plume du maître, de telles plaisanteries sont drôles, n’est-ce pas ? Même les allusions les plus odieuses, comme le « Toute théorie est un autoportrait », lâché à l’endroit de Barthes et de sa théorie de « l’écrivain est toujours pervers » * Meschonnic serait-il homophobe ?

Si vous lisiez ce que j’écris de façon un peu distanciée, monsieur Martin, vous ne verriez pas la caricature inutile que vous donnez. Vous verriez peut-être un garçon injustement méchant, mais aux interrogations réelles et précises, un homme sans religion (et surtout pas celle de la série), qui ne comprend toujours pas pourquoi le maître n’a pas adhéré au mot d’ordre de Pierre Boulez, le seul qui vaille à mon avis : A bas les disciples !

* Henri Meschonnic in Pour une anthropologie des voix, "L’oralité, poétique de la voix", L’Harmattan, 1993.

 

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