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Politique intérieure
Une arrivée en ville

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 Article publié le 2 janvier 2010.

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Variante. Fragment du Sens des réalités, parution imminente.

Nous sommes arrivés en ville, accueillis tristement par une pluie rigide qui tombait discontinument depuis la veille. Les rues étaient désertes. Nous avons marché, nous avons remonté la grande rue qui mène à la chapelle et nous avons prié, peut-être une heure, peut-être deux, avant de repartir : on venait de nous prévenir que la milice allait cerner la ville, que le gouvernement – on sait qu’il a ses yeux – avait fini par décider que notre opposition était intolérable. « Il faut un consensus réalitaire », affirmait-on dans les milieux autorisés.

Un pareil consensus, pourtant, n’était guère qu’improbable. C’est du moins ce qu’il nous semblait. C’était surtout un mensonge permanent. Le but de toute civilisation ? Alors, nous étions des barbares. Est-il possible pour une âme quiète d’imaginer une révolution par la prière ? C’est-à-dire sans le moindre coup de force ? La désobéissance civile, avec ceci de terrifiant qu’arrivés à nos fin, nous aurions aboli toute forme de communication. La liberté, nous l’avions définitivement gagnée. « Alors ? », diraient les nôtres, effrayés, « que faire ? » On peut imaginer qu’ils l’auraient répudiée. Il est si astreignant de vivre libre ! Si hasardeux, même, de se libérer ! Il faut se bannir de soi-même, se multiplier, il faut se tuer et encore se naître. Enfin, il faut sans cesse s’inquiéter parce que tout cela, qui n’implique que soi, est illégal et criminel. La police est devenue furieuse brusquement, quand le gouvernement a su que la réalité, c’était aussi bien de sa faute, n’avait plus cours. Les gens n’y croyaient plus. On pourrait dire, dès lors, ce qu’on voudrait : on pourrait expier en direct sur les téléviseurs du monde entier ! Rien ne pourrait rendre au peuple la croyance que le monde existe, qu’au-dehors de soi, aussi, on vit.

Pour autant, les gens, on sait qu’ils n’obéissent à aucune certitude, s’astreignant à gravir leur quotidien et vivotant dans l’impossible. Et l’impossible survenait, vous en souvenez-vous ? C’était des rues qui vieillissaient au rythme de saisons instantanées, qui ne duraient pas pus d’une heure, tandis que tout le quartier est de la capitale subissait un hiver torride, épouvantable. Ou alors, tout ceci n’a jamais existé. Des maisons évanouies, des incendies soudains qui ne se propageaient qu’en apparence, qui se promenaient plutôt, semblables à des nuages bas, et qui laisaient tout miraculeusement intact derrière eux. Et tout cela, pour quelques âmes, n’avait jamais eu lieu. La communication n’avait plus lieu. On ne s’entendait plus. On entendait tout autre chose. On entendait d’incandescentes harmonies. On n’écoutait plus qu’elles. Le bruit des villes, des mécaniques vrombissantes, du métal qui se cogne, se déchire, sur un tissu défilé d’aboiements. Et tout cela, qui résonnait ou brusquement faisait silence, se propageait en soi par le biais de l’ouïe – il n’y avait plus lieu de prêter attention à la véléité qu’on a de vivre. Qui geignait, dans un coin sombre, dans le tréfonds de nos âmes.

Plus rien n’existait, alors, que le jeu pur de la conscience, qui menait selon la fantaisie de l’heure à perceboir et à créer selon ces fragments impossibles du réel un univers nouveau, intérieur, sans accès. Je crois que c’est vraiment ainsi qu’on aurait dû le prendre. Tout se serait passé autrement, c’est certain « On se serait laissé mourir de faim ! » Mais qui vous parle de la faim ? Je ne crois pas avoir jamais ressenti la faim, la soif ni aucun autre des besoins qui nous tenaillent ici. Je les voyais, je pouvais même les toucher parfois, mais surtout – je les entendais. Je pouvais les nourrir ou bien les affamer. Je pouvais aussi bien les tracasser, m’en amuser. Ce n’était pas très drôle. Je les reléguais vite au second plan. J’avais tant d’autres choses à découvrir !

(...)

 

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