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Le ciel du gore

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 Article publié le 9 janvier 2010.

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Une série « gore ». Une première. Des souvenirs.

Une liste. Les livres que j’ai lus. Une autre, pour les autres que j’ai rêvés.*

Rêve gore. Il faut imaginer un triptyque : livre, film, rêve. Images mouvantes, images fixes (ou dopnc : tableaux). Scènes, séquences.

  • le flou et le distinct

  • l’indéterminé et le déterminé.

Ce qui se passe.

Bandes dessinées de série, elles aussi : horreur, terreur, suspense.

Gore.

Ignominie. Ce roman est ignoble, bravo ! Vous avez atteint à l’horreur pure !

L’horreur, pas la terreur. La terreur n’est que le résultat de toute cette horreur. On y croira – ou non – et la croyance engendre la terreur (croit-on).

On croit. C’est autre chose que de croire, tout de même !

Bizarre, même, de pouvoir croire croire quand on traverse des séquences portées par le sentiment de l’irréalité !

Un sentiment perçant. Est-ce d’être percé qui vous emplit de terreur ? Elle serait dans ses fuites ?

Horreur, donc. L’un des volumes de la série s’appelait L’état des plaies. Il y a eu, dans quelques cas, des titres dotés d’une mystérieuse puissance, tel que celui-ci. Et l’on a rarement été déçus !

Pourquoi donc dire « série » là où il y a collection ? C’est une provocation, n’est-ce pas ?

Mais au contraire (de la série) la collection est désormais éteinte, voyez-vous ?

La collection éteinte, demeure la série, est-elle pour autant immatérielle (comme serait l’âme) ?

Il faudra dégager les termes de cette série gore, non comme collection mais comme « registre » (« registre gore », par exemple). En dégager :

  • déclinaisons et

  • articulations

  • incarnations et

  • désincarnation

Le gore désincarné aurait une drôle de gueule. On ira tronçonner des corps immatériels, des corps fantomatiques, des écrans de tissu ! Et l’on aura encore l’air ridicule.

Pas grave : le ridicule ne tue pas, dit-on. Il faudrait voir, pourtant, ce qu’il en est réellement. « C’est ridiculement gore », dit cette jeune femme pourtant d’habitude réservée quand elle aperçoit les flaques de sang laissées par son mari. »Il a tout découpé » : les invités, les meubles, la moquette au sol. Elle se reprend : « C’est gore mais c’est tout de même un peu ridicule, chéri. » Le mari est en fuite.

Un homme (ou une femme) qui découpe ses invités en morceaux, c’est en effet une proposition typiquement gore. Encore faut-il insister sur les éléments sanglants de la scène. Voyons comme l’homme s’y est pris. Il nous faut des détails organiques. Mais encore.

Le ciel du gore a trois voies : l’une n’est que perte, destruction, déploration. L’autre est celle de l’échappatoire, c’est la plus méprisable, c’est un peu du « salut méprisable » de René Char.

La troisième voie céleste est la plus cruelle : elle confond le bourreau et la victime en un même et unique système, elle renverse les rôles, elle confond le salut et la perte en une même fin, qu’on peut alors imaginer grotesque. On peut même trancher dans le vif.

Est-ce que les deux premières voies – la perte et le salut – relèvent effectivement du gore ? C’est douteux.

Les deux voies qui s’offrent à nous en premier examen se révèlent des culs-de-sac, conduisent au thriller ! Or, le thriller peut être bien sanglant, il nous ennuie avec ses personnages de misère, attachants comme une graisse fétide laisssée trop longtemps au sol fragile !

Vos personnages de thriller seront jeunes, pas trop tout de même, vous les ferez vivre en famille dans le Maine, ils faut de vraies éponges ! Le gore est d’un autre ordre. Votre petite famille du Maine, elle ne résistera pas longtemps à l’horreur, à la terreur. Il faudra trois ou quatre mille signes pour la décimer.

Le registre du gore est un registre sexuel. On peut badiner sur ce point, le rôle de l’élément sexuel est, dans le gore, structurel.

Ou alors : on pourra invoquer des justifications ou des contre-justifications sur des dizaines de pages. Le sous-registre sexuel du registre gore ne devrait pas même faire l’objet d’aucune justification. Nos personnages ne sont pas là pour fainéanter !

Ils se disloquent. Le gore est une pornographie, c’est toute sa puissance sociale.

 

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