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Le rêve de l'homme-poisson
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 Article publié le 29 décembre 2010.

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C’est le regard de cet homme-poisson qui pose problème, si l’on observait le rituel de son rapport au monde dans son ensemble. Il n’y a pas cette dualité que l’on pourrait attendre d’un être tel que lui, c’est-à-dire archaïque (ou fantastique, ce qui, étant donné un certain degré de civilisation, semble s’y fondre). Envisager chacun de ses organes dans leur plus pure spiritualité ne nous satisfait pas non plus, dès lors que tout est un et se répète, en des faisceaux qui plus est inexistants. Ombre, lumière sur une même rive, inespérée : on a quand même bien du mal à y croire, car la rive est elle aussi inapparente. Et pour ainsi dire, nous gardons de nos doigts la sensation multiple.

Le tableau vivant, sur lequel on se crée pour épier l’homme-poisson, le grandissant, avec une rougeur de teinte mêlée de non-teinte, glissant isolément sur la toile tandis que l’autre tourbillonne et nous distrait, a aussi pour fonction de nous rendre à mourir, et si possible avec passion, avec véracité.

Ce qui demeure, c’est que cet autre n’est pas autre. On le rapproche et il s’éteint, c’est tout : il se dilue ; ou on l’éloigne, on le bannit. Pourquoi ? Et la figure du poisson se divise. Elle n’est pas créée, ou transmise, pensons-nous alors le plus souvent, mais avérée, puis ingérée. Soit, mais que ces formes diverses, toutes révélatrices par ailleurs (sinon que l’on ne sait de quoi), aient comme une désuète parenté — ce qui revient à voir de beaux tableaux d’orgasmes dans l’œil du poisson-mort ou homme ---, il ne sera plus guère possible de croire ou de ne pas, ou de juger ou d’estimer. Ce sont les muscles qu’il aurait fallu trancher : rien d’autre que l’ébauche de leur propre inanité. Est-ce autre chose, un tel tableau ?

Il faut parfois adopter un regard scientifique sur le monde, à savoir ce qu’il est exactement, et surtout dans quelles limites. Il est aussi une question qui est de se méprendre quant aux termes de la réalité. Est-ce moi, tout d’abord ou le monde ?

Le regard de l’homme-poisson ne suffit plus. L’alchimie qu’il a cru contracter était vaine. Ce regard se soumettait, au fur et à mesure, à l’usure et à l’air. Donc, il ne resterait rien : une icône, et cela seul braverait notre soif. Les signaux qu’on reçoit, qui sont de l’air, de l’eau mais aussi notre chair, se rencontrent, se fondent presque. Cependant, tout se défait bientôt, et ce qui reste fonde. C’est le système nerveux qu’il faut tenir pour responsable. Une moelle épinière, un dogme. A travers le système nerveux, en son enceinte par exemple, se joue un ballet (et il est anonyme, égarant plus qu’il ne soutient) ; le rythme dont la pulsation émane et ne reconnaît rien, la sensation de ces multiples pôles ou doigts, la lointaine source, tout concourt à ce que cette intrigue, purement musicale déjà, n’aboutisse en rien. Et c’est le tissu nerveux même, c’est ce sur quoi on se greffe, de part et d’autre, qui est en cause. Le reste n’a pas d’importance. Le rêve-de-l’homme, poisson par exemple, dont les yeux exorbités ne contemplent pas, mais approuvent, ce qui pour l’heure nous paraît navrant, cet archaïsme comme nous en avons convenu, et combien millénaire ! n’existerait pas non. C’est là pourtant que l’on a du mal à comprendre ce qui vit sous le tissu. On peut admettre qu’il s’agisse d’une chambre dont la porte entrebâillée nous laisse percevoir la draperie, comme s’il y avait à lire, et qui plus est secrètement. Mais on ne parvient pas à lire. L’obscurité est trop mouvante, comme si deux verbes collaient l’un à l’autre. Finalement, on s’apercevrait qu’il y en a bien plus, et l’on se dépêcherait de ramasser les bris de voix. Au bout d’un certain temps peut-être l’on s’apercevrait que tout cela est aussi vain, risible et il faudrait chercher ailleurs. On a souvent, à des moments approximatifs, la nostalgie de l’homme poisson. On le méprise et il y a de quoi le vénérer car il survit et il génère, ce à quoi notre bonheur ne peut atteindre.

Ramasser les éclats de l’homme-poisson ne servira à rien. On sait d’avance qu’il faudra composer avec une masse infime, une autre plutôt vaste, similaire en toute autre chose, mais qui ne formeront jamais un ensemble uni, homogène. C’est ce qui donne cette impression, que tout est morcelé et que soi-même, on tremble. Au contraire, il semble qu’il faille vraiment composer avec, ce qui reviendrait, semble-t-il, à ne pas composer, sinon à titre fraternel et dans une totale équivalence. Mais voyez : votre regard n’est plus celui du spécialiste, celui du savant. — Qu’avez-vous fait de votre sexualité ?

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