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Le don d

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 Article publié le 7 mars 2011.

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Un militant néantiste (de quelle obédience ?) tue son psychanalyste. Par strangulation.

Le psychanalyste (Igmur Mohor) avait, il faut le dire, une conception particulière de la psychothérapie.

Dès qu’il sentait chez son patient le frémissement du désespoir moqueur (le plus cruel), il ouvrait un tiroir de son bureau et en extitpait un revolver flambant neuf.

- Tenez !, disait-il enthousiaste. Ceci devrait bien vous aider !

Il était convaincu de l’efficacité de sa thérapie puisque, selon lui, la vie se résume toute entière à deux questions :

- Pourquoi vivre, demande le désespoir moqueur.

- Pourquoi mourir ?, riposte la conscience désoeuvrée mais entièrement désaxée.

Dès lors, le don d’Igmur Mohor devait produire l’effet d’un électrochoc qui permettait à l’une des deux voix de prendre le dessus de façon décisive et sans délai.

Igmur Mohor avait été influencé par les traitements radicaux du docteur Terence Todd, qu’il avait connu alors que tous deux n’étaient que des étudiants pauvres et peu motivés par leurs études.

Il n’aurait jamais dû accepter de suivre ce jeune militant névrosé et dogmatique. Igmur Mohor était convaincu d’avoir percé le mystère du psychisme à travers ce test révolutionnaire, qui n’avait qu’un défaut : le coût exorbitant des armes qu’il devait se procurer pour mettre au point sa thérapie.

Certains de ses patients s’étaient sentis libérés de toutes leurs angoisses après cette proposition insolite. D’autres avaient accepté le don d’Igmur Mohor et avaient réglé leur note avant de mettre fin à leurs jours.

Igmur Mohor a sans doute été présomptueux en acceptant de suivre le jeune freluquet qui haïssait plus que tout l’appareil d’État mais que les fluctuations de son propre esprit révoltaient tout autant.

S’il avait eu le loisir de revenir sur son erreur, Igmur Mohor aurait sans doute reconnu dans le jeune homme des éléments d’analyse qui auraient pu l’inciter à la prudence : le révolutionnaire fébrile avait eu bien des occasions de manier des armes, en particulier. Le don de son psychanalyste ne pouvait avoir sur lui le même impact que sur l’ordinaire des patients de Mohor qui touchaient bien souvent pour la première fois de leur douloureuse existence une arme à feu.

Quant à la possibilité qu’un patient retourne le revolver contre son généreux donateur, Igmur Mohor estimait que le risque en était nul.

Il faut bien lui accorder sur ce point au moins une certaine justesse de vue puisque le jeune hpmme déboussolé, recevant le cadeau mortel d’Igmur Mohor, s’est abstenu de l’employer pour

en finir avec son psychanalyste. C’est à mains nues qu’il l’a tué.

Si la fin du psychanalystee est tragique, c’est moins le fait de son existence écourtée pourtant que de l’impossibilité technique, pour lui, de tirer les enseignements de cette thérapie à l’issue imprévisible.

Il n’y avait rien de banal en effet à ce que le jeune criminel fasse usage de ses mains pour tuer son psychanalyste plutôt que de recourir à l’arme à feu qu’il avait à sa disposition.

Par ailleurs, Mohor aurait pu observer que la conclusion abrupte de sa thérapie n’a eu qu’un impact limité sur le psychisme du jeune révolutionnaire qui est ressorti en panique du cabinet de son psychanalyste pour se ruer chez un couple d’amis qui, bien qu’engagés eux aussi dans une lutte à mort contre le pouvoir en place, étaient affectés du même genre de désarroi inextricable et compulsif.

Une visite impromptue qui a surtout eu l’art d’agacer ses camarades, particulièrement fébriles à ce moment-là.

Il pleuvait. Lucie était en train de perdre la boussole.

Elle restait dans le lit, balbutiant de temps à autre des mots sans suite.

Quant à John, il a été profondément exaspéré par la visite de son ami. Il s’attendait à une descente de la police. Au lieu de quoi un imbécile venait l’importuner pour une histoire confuse et déprimante. Il a laissé l’importun avec sa bien-aimée dont la raison n’était plus qu’une passoire incapable de retenir aucune bribe de réalité.

Ce qu’Igmur Mohor n’a jamais pu constater, c’est donc l’état moral de son patient qui, s’il était saisi de panique, restait surtout englué dans des questions métaphysiques qui le conduisaient à se haïr à peine moins qu’il ne détestait l’État et ses nervis recrutés parmi une population assoiffée de sang, avide de crime.

La thérapie d’Igmur Mohor n’aura eu qu’un impact minime sur le jeune homme. Son influence sur le cours des choses s’est cantonnée à l’amplification de la confusion politique et tactique de ce militant qui, à vrai dire, n’avait pas besoin de cela.

Igmur Mohor, s’il s’était survécu, aurait-il pris conscience qu’il n’avait été qu’un jouet entre les mains des services spéciaux ? C’est difficile à dire, d’autant que l’assertion elle-même est sujette à caution.

La dogmatique néantiste pouvait bien parvenir à une telle conclusion. On sait que les services spéciaux ne connaissaient rien à la psychanalyse et n’avaient jamais eu l’occasion d’approcher Igmur.

Ainsi la sédition allait-elle poursuivre de se dissoudre dans l’air du temps avec la même volatilité que l’oppression totalitaire mais de plus en plus aveugle de l’appareil d’État...

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