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 Article publié le 17 avril 2011.

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C’est peu de dire que j’ai été choqué (je suis excessivement sensible, faut-il croire) d’entendre Candlemass interpréter "Don’t fear (the reaper)" de Blue Oyster Cult.

Rétrospectivement, il y a pourtant là une sorte d’évidence paradoxale (ce qu’on appelle "évidence après-coup"). Tout de même, il fallait imaginer l’impensable doublement imprévisible. C’est ce que le groupe de Doom metal suédois a entrepris avec brio.


Ce qui m’inquiète dans le Doom metal, c’est l’absence d’humour. C’est pathétique. Déjà, en son temps, Goethe a fait des émules de façon désastreuse avec "Les souffrances du jeune Werther". Une cinquantaine de jeunes gens se sont suicidés avec le gilet jaune du jeune Werther. A notre époque, on aurait mis Goethe en prison.

On ne mettra pas Candlemass en prison parce que les gens qui ont subi le choc frontal de l’ Epicus Doomicus Metallicus ne se sont pas suicidés mais se sont rués dans de petits studios gothiques pour enregistrer du métal funéraire. Je passe sur les connexions crypto-fascistes de certains - plus crétins que les autres - de ces musiciens gorgés d’amateurisme et frappés d’incapacité mentale.

On pourra souligner au contraire que Candlemass, contrairement à ses émules, a un humour certain. Mais si l’on veut en faire la démonstration, il faut revenir à la chanson originelle.

Nous sommes en 1976. Aux Etats-Unis, le nom de Blue Oyster Cult commence à être connu. Ils intriguent, du fait de ce mélange trouble de musique rock vraiment très rock, de science-fiction, d’activisme politique aux fondements troubles, d’occultisme enfin... sans parler de l’éclectisme savamment entretenu d’un groupe qui peut aussi bien défier le mur du son qu’écrire des bluettes idéales pour draguer les jeunes filles avides de frissons nocturnes.

"Don’t fear (the reaper)" offre la parfaite synthèse de ces éléments composites. C’est une chanson morbide ! Et même très morbide ! Une chanson d’amour morbide ! Le gars propose à la fille de mourir avec lui. Il lui explique notamment que le soleil, la pluie et le vent n’ont pas peur de mourir et qu’au bout du compte, Romeo et Juliette sont les amants les plus hype de l’histoire du rock’n’roll.


La chanson est une ballade charmante. Si vous ne comprenez pas l’anglais, vous croirez qu’il lui propose un restaurant ou un voyage en Suède (en admettant que la jolie ne sache pas que c’est le pays d’origine de Candlemass).

Une chanson déchirante qui plus est. Après trois couplets, la chanson s’interrompt pour laisser place à un petit motif guitaristique tout ce qu’il y a d’émouvant et de nostalgique. La fille est dans vos bras, vous pouvez lui pincez les muscles des bras et le nez à votre guise.

Mais si elle comprend l’anglais, elle pensera que vous allez la tuer. Et ce sera d’autant plus horrible que vous garderez un sourire enjôleur en approchant d’elle qui recule. C’est pourquoi les plus grands réalisateurs de films d’horreur aiment à évoquer cette chanson, comme l’a fait Rob Zombie dans son Halloween un peu raté, il y a quelques années (mais la première partie du film reste excellente).

Candlemass, on le sait, a inventé le "doom metal". La particularité du doom tient pour beaucoup dans la lenteur. Le style est lourd, pesant. Les guitares électriques retentissent avec fracas mais la grosse caisse marque un tempo sépulcral.

La mort, le désespoir, l’enfer, les tourments passagers de l’existence qui ne l’est pas moins (passagère), sont au menu. Mais aussi toute une mythologie médiévale très en vogue chez les musiciens gothiques. Grand bien leur fasse. Le renouveau celtique a mille visages mais ça revient toujours un peu aux mêmes histoires.

En reprenant "Don’t fear (the reaper)", Candlemass a appliqué sa méthode lente. Et c’est bouleversant d’entendre cette version ralentie à l’extrême d’une chanson qui se caractérisait par des arpèges presque guillerets ! Le contraste entre les paroles morbides et l’allure légère de la chanson faisait son sens devant l’histoire du rock’n’roll. Candlemass la pervertit à nouveau ! On devient fou en l’écoutant.

Du rythme presque sautillant, il demeure l’écho lointain de nos danses oubliées. Les deux amants ont des visages livides. Tout se passe comme si, morts ensemble une première fois, ils se retrouvaient dans un purgatoire de demi-teintes à devoir se suicider indéfiniment, toujours plus livides et décomposés.


Quant à Blue Oyster Cult... Leur carrière a la forme d’une scie avec de grande dents. Il faut croire que leurs producteurs ont tout fait pour renouveler le hit radiophonique qu’a été "Don’t fear (the reaper)" sans grand succès. Mais ils ont gardé jusqu’à aujourd’hui une inventivité imprévisible car on ne sait jamais à quel moment ils réinventeront le rock comme ils l’ont fait avec "Cultosaurus Erectus" ou quand ils se perdront dans une ultime tentative de séduire les grandes stations FM comme ce fut le cas, deux ans plus tard, avec "The revolution by night". Méfions-nous des trompe-l’oeil.

Même dans leurs pires dérives sentimentales, Blue Oyster Cult est une valise à double-fond.

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