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Les courbes bleues
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 Article publié le 23 mars 2014.

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Les courbes bleues épousaient amoureusement l’élan des vagues.
La nageuse ne faisait qu’un avec l’onde.
Elle ondulait gracieusement à la surface du lac bleu. Une rêverie l’accompagnait. Un homme de haute stature l’observait en souriant du haut de la falaise.
Agiles les courbes bleues, fermes et ductiles comme cette argile généreusequ’est un corps de femme nue qui s’adonne au plaisir qu’on dit à tort solitaire, tant il se peuple de figures mouvantes-émouvantes qu’accompagnent des gestes d’une folle indécence.
Dans la vague, le flou et l’humide, elle traquait la folie douce.
Portée par la vague saline ou par les eaux lustrales d’un lac de montagne, allongée sur son lit ou assise nue sur son canapé, elle était le monde qui ondulait à la surface de son corps roidi par les plaisirsconjugués de la nage et de la rage, sœurs jumelles enfantées par son désir.
Rage écumante, sans objet, sans méchanceté, animée d’une farouche volonté de vaincre le sort en défiant la mort.
L’enfantement préparait un enchantement plus rude, une fois trouvées les forces complices de la marne associée à la silice, ses compagnes obligées pour devenir enfin cette pâte à modeler appelée à durcir sous le feu.
Dans les mains humides de son amant, l’argile de ses courbes bleues prenait forme, devenait grège.
La girelle de l’ardent potier se fichait au plus profond d’elle, entamait une révolution rapide et féconde qui ne devait cesser qu’une fois atteinte la perfection de formes rêvées.
La sirène, alors, ne charmait plus. Elle devenait violoncelle chantant à la recherche du chant, argile légère et ferme sous des mains habiles, courbes bleues ascendantes et descendantes, ondulations sereines ou nerveuses de la nageuse éprise de liberté, que sais-je encore ?
Elle passait ainsi par des extases : magie des images qui enfantent des images, toutes à la recherche de la forme ultime qui ne vient pas.
Circulation en tous sens des sens à la recherche d’un sens.
Giration, révolution et allant allaient de pair dans ce voyage des corps.
Le grain de sa peau lustrée attendait l’heure favorable pour devenir ce feu grégeois qui brûle sur les eaux primordiales.
L’ardent potier pétrissait l’argile noble, devenant peu à peu les formes savantes qu’il imprimait à l’argile, comme si ses doigts naissaient de la pâte docile, en extrayait délicatement les formes inventives amoureuses de la matière première.
Dans la vague, le flou et l’humide, en tous lieux, il dressait son atelier, posait son tour et s’activait au bord du néant.
Le potier emporté par sa création en venait à confondreses mouvements avec les formes qui en résultaient.
Il devenait créature pantelante enfantée-enchantée par cette femme docile aux prises avec les formes vivantes de l’amour réalisé.
Il était aussi bien l’homme juché sur la falaise.
L’amant entreprenant.
La marne à la silice associée.
Dans une tension d’abandon sans pareille.

Jean-Michel Guyot
4 mars 2014

 

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