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 Article publié le 24 mai 2014.

oOo

Ne jamais revenir sur les pas de papa :

ni sur ceux de qui que ce soit : connu :

ou inconnu : de sexe : mâle ou femelle :

 

Seul l’enfant revient sans passé : mort :

ou vivant : on le voit revenir : il est temps :

d’y penser : en retenir les mots : comme :

 

ils viennent : sont venus : possession des :

possédés : un roman ne s’achève pas sans :

cette sensation : de recommencement : nous

étions seuls à présent : secret des chambres :

des draps : une fenêtre donne ce qu’elle peut :

et tu noies le poisson : en attendant que rien :

n’arrive : de ce que tu sais : qu’elle savait avant

toi :

 

« trois femmes ! s’écria paterson sans cesser

de me regarder (c’est moi qui parle) trois ! »

 

moi :

 je n’ai plus ce temps : pas même

le regard qui : attendait : rideau bouge :

selon les embarcations de l’horizon : le front

de mer est immobile de bleu : vitesse d’une :

femme qui crie qu’elle n’est pas seule : et :

qu’elle veut : encore : connaître ce : plaisir :

 

papa ne revient jamais sans de bonnes nouvelles

de l’autre bout : ou côté : du Monde : revisité

sous l’angle : des promesses tenues 20 ans :

après : alors que plus rien ne s’y oppose : la main :

entre les passagers qui revenaient eux aussi :

 

« je ne peux rien dire papa terson !

et je ne dirai rien papa personne ! »

 

.sous les chambres le bruit incessant des chariots qui déplacent nos aliments. elle colle son oreille sur le plancher. tu es un enfant. il ne se passe rien. ce n’est pas elle. mais toi qui es-tu. en quelle langue faut-il te parler. recolle une oreille mais cette fois sur le mur. on entend le souffle d’une récitation. ils sont deux et se parlent. entends. un seul mot me revient : étoile. mais c’était tout simplement parce qu’elle avait trouvé une étoile de mer et qu’elle s’imaginait qu’on n’en trouvait pas facilement à cette époque de l’année.

 

« je t’écoute, dit paterson. je ne

fais que ça. un gosse lui a piqué sa

raquette. une raquette historique, vieux.

c’est son papa qui la lui a donnée.

avoir un papa à cet âge. avec de si belles

jambes. ah si les raquettes et moi. mais

continue de m’expliquer ce que j’ai

déjà compris. mec. mon pote. un gosse. »

 

Gilette cherchait le gosse et s’adressait au personnel sans ménager leur patience, habituée qu’elle était à poser les questions pour qu’on y réponde et non pas :

 

oui oui je l’avoue j’ai un peu péché

mais est-ce pécher que de ne pécher que peu

oh monsieur qui ne dites rien quand

j’ai fini de pécher avec la dame de votre jeu

 

les femmes ne portent pas chance aux hommes

qui reviennent de loin et pensent pouvoir exercer

leur pouvoir de sorcier des mers sur leurs rêves

les mieux expédiés dans la poubelle des sens

 

je confesse que j’ai vécu comme témoin

et que la mort me fait peur

 

Tsoin ! Tsoin ! Joli sdf de mon cœur

On voit venir ta prière ô petit maître !

Ne me dis pas que tu as tout vu

et que tu as les moyens de fermer les yeux…

 

Gilette avait trouvé un gosse, mais c’était celui d’un majordome et ce n’était pas le bon. On se regardait en coin chez les domestiques. « Mais où était passée la rara la raquette de Gigi de Gilette ? » fit Paterson sans cesser d’observer le jeu de mes mains avec son esprit aux aguets.

 

« Vous l’avez fait parler finalement, ce pauvre

ce pauvre pauvre mais pauvre type ? »

 

.Ce soir je t’en écrirai plus long à propos de qui tu sais. J’ai passé un mauvais moment avec lui, dans cette maison qui sentait le feu de bois et la moisissure des pierres. Quand tu sauras ce qu’il m’a demandé… Je n’ai pas dormi la première nuit. Il attendait lui aussi. Et rien ne s’est passé. Au matin, j’ai pensé à toi en pleurant. J’aurais dû t’écouter, ne pas le suivre, ou revenir avant de ne plus pouvoir y penser. Comme la vie est triste sans le rêve ! J’ai plongé mon nez dans les hortensias de l’allée, juste pour habiter avec eux. Devenir folle ne se fait pas en un instant. Il faut du temps à la folie pour se trouver une raison. Et c’était ce que j’attendais, impuissante et silencieuse. Veux-tu que nous revenions ? J’ai préparé les lieux. Je sais que tu aimes les bonnes odeurs. Celles de la cuisine et du jardin. Un petit paradis avec des chats sur les murs. Et de temps en temps, un oiseau qui chante.

 

Gilette revenait avec une autre raquette. Ses cuisses se reflétaient dans les miroirs des portes. Paterson gémit. Il se gratta patiemment l’entrejambe avant d’en allumer une. Où en étais-je ?

 

« Ce clodo, dit paterson, en sait plus que moi

ou bien il faut que je le questionne pour en savoir

plus que tu veux en dire… ? »

 

des témoins mais madame j’en ai !

des témoins qui savent qui je suis

et de quoi je peux filer le temps

si le temps est de l’argent madame !

 

« Il a dit ça ? » fit paterson.

 

Ça et d’autres choses.

 

Gilette éprouva la tension des cordes avec le bout des ongles. « Ils ont tout plein de raquettes à l’office. Vous inquiétez pas, ma bonne dame ! On a des raquettes pour tous les goûts. Aucun gosse ne vous empêchera de jouer à votre sport préféré. Dieu me damne si ça arrive dans cet établissement qui a tout prévu pour que ça n’arrive pas aux jolies dames comme vous, que si j’avais vingt ans de moins, ah mes aïeux, je dirais pas non à un set ou deux ! »

 

Ceci pour le côté réaliste du poème.

 

Sinon, Paterson réfléchissait. Il n’avait pas cessé de réfléchir une seule seconde malgré les provocations de Gilette qui avait vraiment les jambes les plus merveilleuses du monde. « Mais ça dépend ce qu’on en fait, » conclut-il avant de se coucher.

 

do ré mi fa sol la si do

Bébé crevé va fair’ dodo

Et si jamais tu n’es pas là

de toi ma belle il en rêv’ra

 

(là dessus tu peux compter sur moi)

 

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