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 Article publié le 17 septembre 2017.

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POCHADES

 


L’art n’est pas un amour légitime ;
on ne l’épouse pas,
on le viole.
Edgar DEGAS

 

Je peins les vues de ma fenêtre
Les enchevêtrements des toits
Tout ce qui chante dans mon être
Une vague musique à naître
Le temps qui file entre mes doigts

Sous la verrière de Lalique
Je laisse au hasard quelques dés
Un violon désaccordé
Des fruits des fleurs mélancoliques
Des napperons amidonnés

Je peins ô ma Seine ô ma Loire
sabliers Vos clepsydres vos
Vos tumultes vos nonchaloirs
Je peins vos ciels couverts de gloire
Et ma voisine de palier

Il pleut sur Paris Caillebotte
Marchons sur des caillebotis
Sur mes taches mes confetti
Sur ce poème que rabotent
Mille passants appesantis

Poulbot je dors dans ta baraque
Tous les enfants portent ton nom
Je vis d’amour de vin de craques
J’empile les cubes de Braque
Je donne ma langue aux minons

Je bois les rouges de Van Dyck
Les murailles sont mon papier
J’y peins j’y peins comme un pompier
Dans la grisaille je claudique
Comme un mètre de onze pieds

Ma neuille étire des rengaines
Jusqu’aux bruits des rideaux de fer
J’arrache les bas et les gaines
Des femmes de Kees Van Dongen
Qui refleurissent mes enfers

Je ne peins pas des cathédrales
Je peins des yeux des pieds des mains
L’odeur du lilas du jasmin
Je peins des forêts septembrales
Et je m’y fraie mille chemins

J’en tiens ma lyre une sévère
Et je titube entre deux gars
C’est la saison des primevères
Jambe de bois et œil de verre
L’un c’est Manet l’autre Degas

Je brise mes vieux paysages
Dans les carrières les ruisseaux
Dans les allées du parc Monceau
La porcelaine des visages
Craquelle sous mes fins pinceaux

Je traverse des magazines
Les glaces des Grands-Magasins
Je trempe mes sorties d’usines
Dans le cambouis dans la benzine
Je suis fidèle au grand raisin

Je bois le jaune de Van Gogh
Quand s’égaillent les corbillots
Je bâille comme un godillot
Tantôt je repeindrai mes gogues
A la manière d’Utrillo

Dans mes tragédies à machines
Je rehausse tous mes crayons
D’aquarelle ou d’encre de Chine
Mille décors sur mon échine
Je peine à trois lieues de rayon

Je peins des rues des voies ferrées
Les chants des chantiers de la mer
Les cris des poupées de Bellmer
La pluie sur des toiles cirées
Le vrai le faux le doux l’amer

Je vais dans la lumière sombre
Au gré des gouaches de la nuit
Les gens passent comme des ombres
La Nave Notre-Dame sombre
Dans le flot noir et dans l’ennui

Quand les marteaux-piqueurs dépavent
Les musiques de la cité
Sur les bords calmes du Léthé
Où le Temps sculpte des épaves
Ma muse et moi prenons le thé

Mes toiles des cartes postales
J’ai les laveuses de Renoir
J’ai les footballeurs de de Staël
Que dire à mon heure fatale
Le blanc c’est le pain Et le noir

Quand Montmartre sur ses palettes
Dilue le sang de ses coteaux
Que la Mort m’ouvre son manteau
Semé de perles violettes
De soupirs je peins au couteau

2005

 

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