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 Article publié le 17 septembre 2017.

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LA TERRE BOIT

 

La Terre s’est carré du pernod dans la goule
Assassinée au zinc d’un café Vendredi
Ça devait être un treize où le destin s’aboule
La Terre est soûle et prend son pied dedans mon lit
Léo FERRE

 

La Terre boit la Terre est soûle
La Terre ne tourne pas rond
Avec ses fous avec ses foules
Avec ses dieux ses saints patrons

La Terre est dans les brindezingues
La Terre a perdu la raison
J’étame je cuivre je zingue
Et je redore ses blasons

Terre je mets du plomb dans l’aile
Des plumeurs et des plumassiers
Je décroise tes parallèles
Et dans tes touffes je m’assieds

Terre ô Terre tu perds la boule
Terre ô Terre tu perds le nord
Et ces titans qui se saboulent
Pour ton pétrole pour ton or

La Terre boit la Terre est vaine
On dit qu’elle ne vaut plus rien
Qu’elle nous saigne aux quatre veines
J’entends d’ici les historiens

Tu bois les morves les salives
Les larmes les menstrues des mers
J’attends sur ma plage déclive
Je suce des galets amers

La Terre boit tous nos vignobles
Jusqu’à la lie jusqu’au dégoût
Nectars et piquettes ignobles
Fleurissent ses plus bas bagous

Ô Terre tu prends la cocarde
Tu pars en jaja en java
Pas étonnant qu’ils te brocardent
Tes gueux tes rince-pintes va

La Terre boit sève semence
Sueur sang pisse avidement
Nous nous joutons dans ses démences
Dans ses raz dans ses tremblements

La Terre boit rus étangs mares
Rivières fleuves océans
Les gens de l’eau dans le salmare
La vase sont sur le séant

La Terre boit la Terre est ronde
Printemps été automne hiver
Que viennent qu’aillent les arondes
Dans les ciels de mes univers

La Terre boit la Terre est plate
On dirait un microsillon
Semeurs et faucheurs me relatent
L’enterrement de Crébillon

La cueillette des Hespérides
M’outrent le rôle de Roland
Donnent des voix aux homérides
Et des nuées à Magellan

La Terre boit la Terre écluse
Je flâne le long d’un canal
Et toujours la même vielle use
Mes vers sous le même fanal

La Terre boit la Terre est grise
La Terre n’a pas le moral
Cognac Napoléon Je prise
Et je fume du Caporal

Bonne mère la Terre est basse
Et dure pour les laboureurs
L’eau des puits et des calebasses
N’abreuve plus les discoureurs

Tu recommences de plus belle
Vents rots toux crachats et hoquets
Est-ce un tour des anges rebelles
Ou Dieu qui joue au bilboquet

La Terre est bleue comme une orange
J’épluche ses filles ses fruits
Dans les besognes dans les granges
Dans les moissons et dans les bruits

La Terre boit la Terre est noire
Ses esclaves sont au charbon
De la suie dans la comprenoire
Priant dans l’enfer floribond

La Terre boit ses enfants trinquent
Ne voient-ils pas des éléphants
Gris-rose des delphinorrhinques
Et des épouvantails bouffants

Terre je cours tes cours tes routes
Je trime comme un trimardeur
Au diable je casse ta croûte
Ici je goûte tes splendeurs

Que de monts de mâts de cocagne
Que de climats que de saisons
Je délie ma rosse et mes cagnes
Je recule tes horizons

Terre ô Terre j’ai beau maudire
Mes vies tordre mon méridien
Et me vêtir d’une grande ire
Je ne sors plus du quotidien

Ô Terre sur tes bancs de glace
Sur tes banquises les banquiers
Misent sur la Misère lasse
Et veillent sur les échiquiers

Sous tes soleils dans la fournaise
Tueries maladies pauvreté
Peuple écrasé comme punaise
Ne rêve plus de liberté


Terre ô Terre tu te coltines
La dérive des continents
Les négociateurs patinent
Bon jorne bon borgnon bon an

Terre ô Terre dans tes entrailles
Je te le demande à genoux
Longtemps après les funérailles
Dis Terre que devenons-nous

Terre ô Terre grande horlogère
Je cherche l’heure du berger
Je vis je meurs à la légère
Je ne suis qu’un cri passager

La Terre boit la Terre fume
Ses éponges sont mal en point
Dans mes jardins qui l’emparfument
Le sommeil me serre les poings

Terre ô Terre sur mon échine
Je porte un monde merveilleux
Plus de loi de foi de machines
Plus de pointillés pointilleux

Une croix au bout d’une friche
Une épitaphe Troubadour
Ce dénicheur de rimes riches
Souvent jurait comme un pandour

Elle tourne sur elle-même
En peinant comme un vieux toton
Elle se dit Les hommes m’aiment
Malgré les mines le coton

Elle tourne comme un manège
Elle tourne comme un sabot
Du temps j’en ai Du temps en ai-je
Mes vers n’auront pas les pieds bots

Miracle Elle tourne la Terre
Elle tourne Galiléo
Il paraît qu’un triste Christ erre
Qu’elle tourne sans nous Léo

2006

 

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