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 Article publié le 16 avril 2017.

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Tout doux, tout doux, matelot baptisé à l’eau de morue… Tout doux, tout doux, entre deux vins, entre deux vagues… Tout doux, tout doux, les rues ne sont plus assez larges dans le quartier des filles d’amadou… Tout doux, tout doux, les façades ont du guingois dans l’architecture… Tout doux, tout doux, les murs rouscaillent bigorne… Tout doux, tout doux… Je bois amer, je crache doux ! Tout doux, tout doux ! Tout doux, tout doux !

Quand finirais-je de m’élancer des monts chenus pour rejoindre les bigorneaux ailés et les coquecigrues de la marée, de trousser les meneuses d’oies pour entendre le jars, de préparer des plates excuses et d’enfoncer en maître des portes et des fenêtres feintes, de sécher des hanaps sur les nappes des tavernes du coup de pied au cul, de jouer à saute-mouton, à saute-bergeronnette, de boire à la jarre des ogres, des mâcheurs à vide, des gouliafres pour connaître leurs pensées, de prêcher le vrai pour savoir le faux, de voltiger de nécromant en nécromant, de braconner sur des terres vaines et vagues qui dévorent leurs morts et leurs vivants, d’arpenter, tête à l’évent, des pays tondus, de tourner et virer les anciens, de sortir des lisiers et des lisières, de me livrer langue et doigts liés, de m’escamper comme un échappé par les broussailles, de tailler en marbre, en bronze, en bois, en glace, en pièces nos illustres devanciers, de balocher dans des omnibus, de prendre mon coeur à deux mains et de le noyer de Rivesaltes, de clabauder contre les dresseurs de chiens, de tenir à longueur de gaffe la vieille Médaille chicandarde du quai de Conti, de haricoter les camelots, de battre la berloque, de déguiser mes voix, d’attendre le retour des arondes, de m’empêtrer des Andersen, des Grimm, des Perrault, des Boccace…

Débarrassez-moi de ma vareuse, de mon tapabor, de ma misaine, de mon gamelon et de mon quart cabossés, de ma marinette déboussolée, et de tout le barda.

Gabier, que vois-tu de tes mâts de cocagne ? Je vois des cavalcades d’écume et de sel estrapassées, des impétueuses cavaleries émoulues, des manèges et des trombes de violettes, des insoutenables estrapades, des barcasses de cris et de blasphèmes dans des brises carabinées, des blanches moutonnades, des attirantes virevaudes, des oiseaux de pierre… Mais encore ? Je vois des faucheuses cassées sur les lavandes, des cueilleuses de bleuets, des lessivières passer des tonnes de linge au bleu, des machines à tisser dans les champs de lin… Je vois des côtes accores, des côtes tourmenteuses, des côtes antiques, des côtes barbares… Mais… Mais encore ? Je vois l’épouvantable Protée, le vieux pasteur des troupeaux de Neptune. Je vois les cinquante filles de Nérée accrochées au bastingage… Je vois…

Gabier, qu’entends-tu de tes hunes ? J’entends les sirènes des ports, les sirènes d’Andersen, les sirènes d’Ulysse, les sirènes de Debussy… J’entends les plaintes pointues des mouettes… J’entends des symphonies abyssales, les péans et le blues des galériens… J’entends les fabliaux et les antiennes des ramendeuses de filets… J’entends…

Navire ! Navire !

Débarrassez-moi de mon bonnet à grelots, de ma marotte, de ma crécelle, de ma baguette divinatoire, de mes tracas et de toute la carambole.

Le vieux marchand de sable d’ordinaire si prompt à l’ouvrage, passablement éméché, se rompt le cou, les reins, l’échine. Sa volante machine n’est qu’un sinistre engin qui n’a plus de gingin.

Débarrassez-moi de mon Auge, de ma truelle, de mon échelle, de mon fil à plomb, de mes habits de plâtre et de tout le saint-frusquin.

La pocharde, une cocarde républicaine sur l’œil, un sigisbée, bouche bée, imbu de sa personne, à califourchon sur son tarin à porter lunettes, sur son tarin de pompette en trompette…

Débarrassez-moi  de mon tablier, de ma toque, de mon trident, de ma cuillère à pot, de mon tranchelard et de tout mon latin de cuisine.

Pour faire une bonne salade, un sage ânier de salmar, un pissevinaigre, une huile de la paroisse, des vieux croûtons frottés d’ail, des filets d’une figure d’anchois et une jeunotte pour la retourner avec les doigts. Je me servirai le dernier, le meilleur est au fond du saladier.

De l’ample gueuleton de Platon aux noces de Canna, je ne fis qu’un somme. Etaient à la franche lippée, le roi de la fève, les marchands du temple de Cypris, Jean Farine, Luigi Macaroni, William Pouding, les fantômes du violoniste Brillat-Savarin, du cuistot Vatel, du colporteur de conserves Appert, du pharmacopole Parmentier, du poète, gastronome et grand voyageur grec Archestrate et du moine entripaillé Sidoine Benoît, quarante et quelques récitateurs et lecturiers, deux ou trois félibres, saint Roch et son chien, un philosophâtre, un artificier, une maquignonne d’amour, une mendiante rousse, ma muse clairvoyante, et tutti quanti.

Débarrassez-moi de mon casque, de mon treillis, de mes godillots, de mon tromblon, et de tout le fourniment, je vous rapporte ma peau des guerres puniques, des croisades, des pluies de Gravelotte, de Sedan, des campagnes de Russie, des tranchées et des trous d’obus de Verdun, des camps d’hier et d’aujourd’hui, des ratonnades de Charonne… Ça s’est passé un dimanche, le 27 juillet 1214… Un dimanche à Bouvine… N’est-ce pas vous, Horace Vernet, militaire à la Grand croix de la Légion d’honneur, qui fîtes de la peinture ?

Le roi a déféqué ! Pour un bel étron, c’est un bel étron ! Porte-coton, torche l’œil de bronze du monarque ! On lit sur la caricature, de la main du dessinateur : Le porte-coton du Roi Louis XVIII, fait par Horace Vernet chez nous, le 20 décembre 1816.

Ma geôlière m’envoie amadouer des pelotes d’épingles, rouler des mécaniques aux tralalas des faubourgeois, me détendre dans le peautre de Procuste, piquer une ronflette sur les roses de Subaris et de Bagatelle, jouer à tourne et retourne sur les vergers des prêtresses de Vénus, planter des choux à la mode de chez nous, paître sur les champs de Bellone, vélocipéder dans une autre époque, pousser un cerceau dans les venelles de mon enfance, mugueter les mijaurées, charader au petit bonheur la chance, charbonner mes énigmes sur les monuments aux morts, remuer les cendres et les débris des villes canonnées, prendre la température et le pouls de la province, rebondir dans les célestes pourpris, me désheurer au fin fond d’une suave contrée, jeter son trousseau de clefs par-dessus le moulin de Daudet...

Ecoutez, plein de soupe à l’ail et de vin à faire danser les cabres, gobe-Dieu sujets à la cloche, gobe-goujons, godelureaux, rodomonts, trancheurs de monts… Ecoutez, minus habens qui partez en brouet d’andouille, écoutez chercheurs de midi à toutes les heures, gueux de l’austière, écoutez rogers-bontemps, écoutez, vous qui faites trophée de toutes choses… Ecoutez, béjaunes, coqueplumets, éphèbes, élégants bipèdes vous, frais sortis de la coquille, vous qui n’étiez pas encore aux prunes, écoutez, mirliflores qui suez d’ahan dans des musiques enragées, écoutez, écoutez la vieillesse geignante et radoteuse conteuse de fagots au coin du feu, de sornettes, de fleurettes… Ecoutez la vieillesse reverdie à l’eau de Cologne qui se forge des verges de fer et des épouvantails à chènevière pour les combattre, écoutez la vieillesse, occupée qu’à des broutilles, imbibée d’une bruyante gaîté de Champagne, de clairette de Die, de Marsala, de Romanée-Saint-Vivant… Ecoutez, écoutez-la, un pied dans la nacelle à Caron ou les deux au bord des puits de l’abîme éternel… Ecoutez la vieillesse pleurnicharde dans ses langes breneuses, dans ses jeux de béquilles, dans les limbes du sommeil…

Ecoutez la vieillesse résignée, dans sa mauvaise ouate, qui se prépare à se rendre corps et âme à la douce Fossoyeuse sans attendre son reste. Ecoutez, écoutez-la ! Je vous préviens, il n’y aura pas à s’esclaffer comme des gobelins, ni à chialer pour toute la galerie.

Je prends la plus belle plume de mon aile, tant que je suis encore de mesure à baguenauder dans les ténèbres d’Homère, à charpenter des sagas ,à échaffauder des feuilletons, à fagoter des rondels et des virelais, à métrer les chants de Neptune, à dérimer d’interminables odes, à mettre au goût de notre époque un lot d’épîtres farcies, à m’atteler à mon fiacre, à ma charrue, à mon corbillard, à noircir des pages et des pages, des tapages, des ombres, des lieux, des temps…

Débarrassez-moi de mon calicot, de mon porte-voix, de mon paveton, de mes sarabandes, de mes aminches et de tout le bastringue.

Un carrosse tiré par quatre chevaux pomponnés sur un chemin plein de cahots… Hope-là ! Hope-là ! Le peuple est la cinquième roue de la citrouille. A vrai dire, à dire le vrai, le roi n’est pas mon cousin, ni de près ni de loin. Tant pis pour lui ! Qu’on lui tranche le col ! Il pleut ! Il pleut, il pleut, bergère ! Vive la pluie ! Sa tête au bout d’une pique grimace dans les beaux quartiers. Battez tambours, flambez fanfares vert-de-grisées empêtrées dans les guirlandes, éclatez choeurs égosillés, entonnez voix égueulées, carmagnoles et lampons, sous les lampions.

Débarrassez-moi de mon suaire, de mon memento mori, des voceri, du Requiem de Mozart, des glas des Notre-Dame, de mes gais De profundis, des rondes macabres, de mes propos enfunestés, de mes fringants écheveaux, des semeurs de funérailles qui pourrissent jusqu’à la moelle de la terre, de mes héritiers, et de toute ma morgue.

J’ameute les violes du diocèse, je fourbis des orphéons, je retape des taroles, je raccommode les fifres et les tambourins, je requinque et m’entête des quintettes, j’attroupe les trompettes et les saxophones de la réclame, je débusque les cors, dans les fourrés… De quels contes, ma mère, ai-je été bercé ?

A ton âge, tu suces encore Tom Pouce ?

Débarrassez-moi de ma gratte chatouilleuse, de ma grosse caisse sourdingue, de mon violon dingue, de mon ruine babines, de mes cymbales cinglées, et de toute la musiquerie.

Ma plume va plus vite que la scie municipale.

Au temps où les bêtes et les choses parlaient, deux chevaliers s’ estramaçonnaient pour les yeux et tout le reste d’une princesse, faite dans un pot à part, qui en pinçait pour un porteur de rogatons encensé par tous les vassaux. Tandis que la demoiselle roulait carosse à travers le royaume, le ménestrel s’allait de château en château dans la voiture de saint Crépin ou dans le char à foin d’un brave paysan. Holà ! Holà ! Toujours est-il, ils eurent six rejetons qui trépassèrent tous avant que de voir le jour. Ainsi finit l’histoire.

Débarrassez-moi de mon destrier, de ma cotte de mailles, de ma colichemarde et de tout le bataclan.

Croc ! Croc ! Toujours les criques et les croque-mitaines ont croqué les enfants, les loups, dévoré en un tour de gueule, les grand-mères. Croc ! Croc ! Du plus loin que je me souvienne, c’était ainsi. Croc ! Croc ! Ni une, ni deux ! Croc ! Croc !

Il était une fois une fée de Foix qui prenait tout pour article de foi, qui parfumait ses lettres et sa motte à la bergamote…

Avez-vous vu mon âne ? Tu es dessus, les arpions dans les sacoches. Que je suis bête, Je me disais… Cette manie de s’enquadrupéder !

Débarrassez-moi de mon manteau d’Arlequin, de mes masques, de mes mélopées, de mes canevas, de ma claque, de mon ustensilier, de mon souffleur, de mon Eschyle brodequiné, de ma Melpomène cothurnée et de toute la compagnie.

Arlequin, ton maître… Mon maître… Mon maître… Pour trente-six raisons, il ne peut être au rencard. La première… La première est qu’il dort sous quatre pieds d’argile. Mort… Mort et enterré. Et les trente-cinq autres ?

Passez-moi votre barbe, je vous passerai mon faux nez. Mes contes ont toutes sortes de barbes, des longues barbes de capucin, des barbasses savonnées tirant sur le bleu, des barbes en broussaille d’un roux méphistophélesques, des barbes jaunâtres taillées à la serpe, des barbes buissonneuses de barbacole, des barbes chinoises par petits épis, des barbes barbelées, des barbes barbaresques, des barbes mangées aux mites, des barbes fleuries, des barbes griffaignes, des barbes follettes, des barbes de verre, des barbes de bronze, des barbiches puantes de bouc, des barbes baveuses de sermonneur, des barbes en pointe de vin, des barbes à la bon-papa, des barbes touffues de sucre… Et caetera pantoufle. La barbe !

Mes contes ont toutes sortes de nez, des nez de bois, de fer, de cuir, de carton, de papier mâché… Des nez de fraise, de patate, de betterave… Des nez de Cléopâtre, des plus ou moins longs qui ne changent rien à rien, des nez néophytes, des nez à ne pas mettre dehors, des nez tournés vers les parfums et les charivaris boulevardiers, des nez bourgeonnés, bourboniens, véreux, morveux, cassés, crochus, creux… Des nez… Des nez qui mentent comme ils respirent, des nez curieux comme des pies-grièches, des nez qui ne savent plus où se mettre… Des pifs pafs, des tarbouif fourrés de malice, des nases camards qui jactent canard, des pitons dépités… Et de ricaner comme un coffre-fort vide au nez et à la barbe d’un caroubleur.

Un régiment de toupies d’Allemagne, une escouade de totons persifleurs, un quatuor de toupins, sourd à n’entendre pas tonner le canon, un quadrille de sabots… Trois petits tours et puis s’en vont.

A cause des mouches, je n’ai pas toujours été aux rendez-vous des pécheresses et des prêcheresses endiablées, de la servante à Pilate, de la femme à Job, des sœurs filandreuses, des racoleuses de gare-terminus, des filles d’enfer montées sur des échasses, des dames damées aux lèvres cadenassées, de sainte Estelle, patronne des félibres…

Un écuyer cavalcadour, une cucendron, une diseuse de bonnes aventures, un rêveur de lune, un regretteur du temps où Berthe filait, un carême-prenant, un capitaine de voleurs d’âmes, un marquis de Carabas à trente-sept carats, une apprentie sorcière tout juste bonne à bouillir du lait et à rôtir son balai de piassava, une mère Nique…

Où trouvez-vous tout cela ? Sous le pas des trimardeurs et des forains, sous les fers de mes fantasias, sous les dentelles de la folle de ma comprenette, au-dessus des nues, dans les joyeusetés et les amusettes de la province, dans les folies et les amusoires de la capitale, dans les viles campagnes de propagande, aux angles obtus de ma rue, dans le cœur aigri des pitres, aux chapitres des chats, des pots, des chapeaux, dans les bric-à-brac, dans les bazars, dans les caves, dans les greniers… Tout ça ? Dans les aventures des emballeurs de refroidis, dans l’odyssée des gardiens de phare, de square, de surtouts… Dans les songes des garces assises au chevet de ma paillasse, le long des rives cotonneuses du Permesse, sur les grèves noires de l’Achéron, sur les îles de mes robinsonnades, dans les retours de manivelle des turlutaines…

Tout ça ? Dans les coquilles de la mer, par monts et par vaux, au fil de l’aigue, au gré du vent… Tout ça ? Tout ça ? Tout ça !

Si l’on n’t’l’avait pas souffler au cul,

Eugène, Eugène…

Si l’on n’t’l’avait pas souffler au cul,

Eugèn’, tu n’l’aurais pas su.

Je suis là pour vous ahurir, pour faire les cornes et la figue à ceux qui ne veulent pas voir, à ceux qui ont l’œil mort ; là pour chanter pouilles à ceux qui font la sourde esgourde, à ceux qui ont de l’étoupe dans leurs entonnoirs à romance ; là pour dégingander les marionnettes cachetées à la cire ; là pour réparer le temps perdu sous les pas épars des dimanchiers ; là pour faire durer la peine et le plaisir ; là pour enfler les moindres gestes et les moindres faits des contes à la cigogne, et de ma mère l’oie ; là pour étourdir vos faims et vos soifs ; là pour faire de deux coups, six trous dans une citrouille…

On voit le fétu, le brin de paille dans l’œil des voisins, mais on ne voit pas la poutre qu’on a dans le, dans le, dans le…

Je croyais avoir fait mon temps en vous rabâchant bredi-breda les aventures du roitelet Guillemot, du roi Dagobert, du régule Pétaud, de la reine Pédauque, de la reine Mab, des têtes coties, tarées, tiarées, calotté, ceintes de lis ou d’iris, laurées, heaumées, encapuchonnées…

Je croyais avoir tout réduit en poudre d’or, en poudre à canon, en poudre aux yeux, en poudre de perlimpinpin, en poudre d’escopette, en poudre d’escampette, en poudre…

Le mal vient sur ses grands coursiers et s’en va clopin-clopant, claudiquant, rampant… A force de mal aller, tout va vers le mieux.

Asseyez-vous en rond. Je bourre ma pipe d’écume et je vous débonde mon palpitant.

Donnez-moi des bâtons de sucre d’orge dans les roues d’une berline sans ailes et sans capot, une pesante couronne dans un panier de son, une enclume qui rêve de devenir marteau, les sacs de ferraille du gus, du gusse, du gugusse, du Tave, du Tatave, du Gustave Eiffel…

Plan-plan… Les sénateurs, on dirait qu’ils portent de la verroterie.

Donnez-moi un pachyderme cacochyme, les rocks des mille et une nuits, une souris verte, le chien de Nivelle, un corbeau perché, le chat de la mère Michel, un hareng saur, une fourmi de dix-huit mètres…

Houp, houp, houp ! Riquet à la Houppe ! Qu’as-tu dans ta bosse toujours à la rigolade ?

Donnez-moi les posters corrompus d’un bureaucrate, le dos d’une écuyère, un postérieur bouché à l’émeri, mais néanmoins rieur, les fesses et la face de requiem d’une veuve joyeuse, les abajoues d’une cheffesse à biser à la pincette, un derrière qui prend les devants, un derche foireux qui se magne, un troufignard paré comme une châsse, un cul qui ne manque pas de culot…

Au cas que Lucas en eût trois, sa femme aurait épousé un triorchide.

Donnez-moi quatre recrues et un caporal, un avaleur de chars à bancs et de couleuvres, un fredon tarisseur de barriques, un ecclésiastique aux orties, un pourfendeur de moulins à café, un vieux valet valétudinaire, un piqueur d’escabelles, un fabricant de carcasses de modes, un zéro en chiffre, une touche-à-tout, une maîtresse de bazar, une boulangère qui gagne sa croûte à la sueur de ses miches, une sénile rate qui n’a plus que le chas d’une aiguille dans une botte de foin pour se cacher, quarante savants vert cadavre, mastiqueurs de bréviaires, avachis sous la coupole de l’Institut, une noce qui, à peine essuyée d’une averse de confetti et de grains de riz, s’écharpille sous les crincrinades, des enfançons trouvés sous des choux et des roses, des dépuceleurs de nourrices, des baiseurs de crucifix, une foule de pauvres de dehors, de tâteurs de pavé, de Barabas à la passion, de gens des évangiles , des cités englouties, des banlieues bâclées, des zones usinières, mais pas plus que ce que la louche papale ne peut en bénir et…

Asseyez-vous en rang d’oignons.

Mes pérégrinations, mes divagations, mes randonnées, mes tournées, mes appareillages, mes allées, mes venues… Plus personne n’en donne un cœur d’artichaut, un trognon de pomme, un clou de girofle, une coquille de noix, un patard, un rouge liard, une pistole de mistouflard, un pet de nonne…

Je n’aurai pas toujours quelqu’un ou quelque chose à asseoir sur la sellette. Enfin, ne plus parer au plus pressé, ne plus vaquer à mes usantes contemplations. Mon pays, mes paysages, mes parlers… Que plus rien ne me tienne en laisse, enfin ! Mes forêts, les gibets, dont on fait les charrettes les flûtes, les mandolines, les gondoles, les coches, les barques, les cercueils… Plus rien. Enfin sans échelle au bas de la muraille. Enfin, marcher piane-piane, rien dans les pognes, dans les profondes, dans la tignasse, dans le ciboulot, dans la musette…

Enfin, ne plus changer d’idée comme de camisole ou de sarrau, ne plus dégoter l’enthousiasme pour la nouveauté ! Enfin dans ma peau.

J’irai vendre des bilboquets, des diabolos, des bulles de savon de Marseille, des étincelles de la Fée Electricité, des farces, des attrapes, des passe-temps, des casse-tête… J’irai Vendre des bibelots dans un parapluie, des images d’Epinal et des cartes postales de Tendre sur le carreau de la gare montparnassienne.

Robert VITTTON, 2014

 

Marinette, ancien nom de la boussole.

Le porte-coton était un laquais employé au service des latrines.

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