mensuel

tous les 15 du mois

samedi 13 mars 2010
Revue d’art et de littérature, musique
Directeur: Patrick CINTAS
Éditeur: Le chasseur abstrait
Pascal Leray

Publications
    Chez Le chasseur abstrait
Introduction
    Sériographie
    Entretien avec Pascal Leray
Pascal Leray à l'ouvrage
    1. Avec l'arc noir
    2. Musiques et chants
    3. Anthologies sérielles
    4. Critique

 

Commençons par l'extraordinaire chantier protéiforme entrepris par Pascal Leray tant sur le site de la RAL,M que dans les collections du Chasseur abstrait. De quoi en inspirer plus d'un. Définition :

Sériographie [nf] 1. En médecine, examen de différentes pathologies à l'aide de radiographies à cadences rapides ; 2. En peinture, organisation sérielle d'un ensemble d'oeuvres picturales [chez Rafael Soto, en particulier] ; 3. Sur le modèle de « bibliographie, filmographie », liste des séries télévisées ou cinématographiques d'un réalisateur, d'un acteur ou d'un agent de l'économie audiovisuelle ; 4. En littérature, sur le modèle de « polygraphie », écriture des séries, par séries ou mode d'organisation sérielle d'une oeuvre littéraire. Se dit particulièrement des textes relevant de la thématique sérielle, quand ils présentent des réseaux de relations sémantiques transversales. Cette sériographie est un foutoir global ! [un grand désordre] PAR. : sériosphère, sériologie. ▪ Assemblage d'un mot latin et d'une racine grecque, ce mot est un barbarisme. [P.L.]

Tant que l'oeuvre de Pascal Leray demeurait inédite à cause d'un monde éditorial voué au commerce et à ses usages, on ne pouvait guère en mesurer l'ampleur qu'en se rendant sur l'Internet pour explorer les "forums" où cet excellent écrivain allait jusqu'à manger de l'homme. Puis il se mit à développer dans la RAL,M une activité créatrice originale et d'une exceptionnelle maîtrise. Depuis peu, Le chasseur abstrait a entrepris de publier ces livres tous hors du commun et surtout capables d'explorer le langage sous toutes ses formes: roman, poésie, théâtre, musique, chant, peinture, critique, etc. Un pareil effort sur le Monde est autre chose qu'une simple palette. C'est une oeuvre. Et comme cet homme sait jouer de son visage et de son rire, ces textes proposent une sérieuse physionomie de la littérature avec des échappées d'un humour parfaitement ravigotant.

 

Pascal LERAY
Portrait de la série en jeune mot

À quel moment de ton existence Pierre BOULEZ fait irruption ? Je veux dire : après quoi ?

L’irruption de Pierre Boulez dans mon existence, je m’en souviens précisément. J’étais dans ma première année d’université. Je me réfugiais souvent au rayon « musique » de la bibliothèque universitaire (l’équipement était trop petit, on devait souvent s’asseoir par terre : je restais près du rayonnage et recopiais ce qui m’intéressait). J’ai compulsé des livres sur le jazz, sur la musique indienne, sur la musique contemporaine. - J’ai fini par tomber sur les Relevés d’apprentis de Pierre Boulez. J’étais fasciné par les tableaux de série, par cette notion de série appliquée à la musique. Sur France musique(s), j’écoutais des oeuvres en m’interrogeant : « Est-ce sériel, cela ? Et où est la série ? ». J’ai fini par m’arrêter sur la conclusion de l’article « Éventuellement » : « affirmons, à notre tour, que tout musicien qui n’a pas ressenti – nous ne disons pas compris, mais bien ressenti – la nécessité du langage dodécaphonique est INUTILE. Car toute son œuvre se place en deçà des nécessités de son époque. » Dans la marge, un étudiant avait inscrit au crayon, très lisiblement, une inscription jaillie du fond du coeur  : « Connard ! » Mais l’expérience dont je revenais à peine moi-même – un rejet brutal et inexpliqué de toutes les musiques que j’avais aimées jusqu’alors, le besoin sans possible contredit d’aller à autre chose – me paraissait trouver ici une réponse satisfaisante. Je n’ai pu vraiment écouter la musique de Pierre Boulez que quelques mois plus tard, à travers une gravure du Marteau sans maître. Peu après, je faisais l’acquisition de l’oeuvre complète de Webern. Cette musique est devenue pour moi comme une montagne à gravir. Peu à peu, j’ai appris à l’entendre. Tout ce temps, son existence a exercé sur moi une pression extrême. Rappelons que Pierre Boulez s’est régulièrement appuyé sur l’injonction d’Artaud : « Organiser le chaos ». C’est, je crois, cette visée qui m’est la plus précieuse, dans la démarche sérielle.


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Présentation : Une épopée psychique

Le commentaire d’une oeuvre est un miroir d’Alice. Mais le poème « Avec l’arc noir » est-il un commentaire du tableau de Kandinsky. Le titre désigne un point d’impact, assurément. Il faut croire que le projet est né d’une faille initiale. Le jour où j’allais à Beaubourg, tremblant sous l’impact de perturbations psychiques, traversant les salles à grandes enjambées pour me planter devant la toile en constant mouvement... où je voyaiss, assez stupidement, se dessiner, au coeur de la matière abstraite de Kandinsky, un joueur de hockey sur glace ! Ridicule, vraiment. Il est donc possible qu’Avec l’arc noir se rapporte plutot à un tremblement psychique qu’à une oeuvre picturale elle-même. Pourtant l’oeuvre est bien là et elle exerce son rôle tutélaire.

« Conglomérat vs poème ». Le projet (une épopée psychique) résulte d’une lutte irrésolue entre les différentes dimensions de l’écriture : celles qui ferment le poème ; celles qui l’ouvrent, sinon l’éventrent, pour en faire jaillir comme du sang mille bris de récits amorcés, nés dans la toile, accidentellement pour la plupart, et voués à se combiner infinissablement entre eux. Pourtant, le texte est aussi le rêve - l’utopie ! - d’une synthèse. Et puisque nous n’en sommes pas à une contradiction près, l’hommage se transforme. La logique sérielle qui conduit le poème, ou sa structuration, ne renvoie plus tant au lyrisme abstrait de Vassili Kandinsky, en effet, ni même à la dodécaphonie pas encore née en 1912 de son ami Schoënberge qu’à la tabula rasa opérée, après le choc webernien, par l’école de Darmstadt : Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Bruno Maderna, Luciano Berio et Luigi Nono en première ligne.


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Avec l’arc noir - dessins


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Avec l’arc noir - hiver 13

Le commentaire d’une oeuvre est un miroir d’Alice. L’arborescence de la prosodie compose tel visage de telle structure.

La vectorisation.

Près de l’arc, l’arbre. Le "vecteur infaillible", la souche. Sommeil temporaire. Dialogue avec le t1 humain centenaire et le t0 terrestre millénaire. L’arbre qui détient les cartes de nos heures, l’histoire dans le doigté de ses branches.

Je te regarde structure et réseau. Oh mon visage de société !

Dans la simultanéité de deux idées abstraites. Raison et coïncidence.

Une pièce historique. Le monde devait basculer. La guerre. Les révolutions. Le journalisme.


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Epopée jardinale, 1

Il y aurait à sortir pas

un pas

ne nous serait

offert

 

plongés dans un bouillonnement de demi-pas

traverserions les

steppes en train

 

épique épique nous

dirions-nous


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Dans un arc noir

Dans un arc noir on voit l’arc noir

je vois un arc dans une noirceur absolue

et je l’appelle noirceur absolue de l’arc

partant de l’arc je plie le noir qui reste

non couvert de la noirceur de l’arc

je me ments. Je poursuis ce que je n’ai pas à poursuivre. --------


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Tous participeront

Tous participeront

de glace devant une

toile qui en réjouirait quelques-uns

marchant


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Epopée jardinale, 2

le temps de l’érosion n’étant pas temps

du geste mais temps

dans le geste aux bestioles temporaires :

le geste temps — elles te firent

ke dépositaire du temps

que tu déposes le temps sur l’érosion

et l’érosion — avec


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Un temps de réflexion

Prendre le temps de réfléchir à ce qu’on fait pour saisir le moment. — Cet effort demande non seulement de la sagacité mais encore une perte que l’on qualifie autrement ouverture.

 

Tu parcours le secteur crétinisme de l’envers de lire

et lire à ta portée tu crèves le déjà creux qui pend

de sa poche malaisée de chemin de terre boue

sous le rouge de crevasses que te creusent tes pieds

énergiquement incrustés où se solidifient

des larves à tes traces

 

rame --------------------------------------------------------------------


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Ecrire en omettant des pages

Je me place dans la perspective de savoir si une écriture journaliste peut contribuer à rendre compte de ce qu’on appelle "happening", "performance". — On a bien raison de vouloir jouer sur l’immédiateté de tel ou tel événement — une prise de parole, un geste comme "action" — et de se mettre à réfléchir sur les conditions de pareilles expériences.

Donc.. Je voudrais réfléchir au café que je bois. Une psychologie, une sociologie de ce café seraient les bienvenus, vraiment. Un état relatif à la noyade. J’avais dit en m’éveillant et après un reste, rien qu’un reste, de rêve, "je ne ferai rien" : j’écris.

 

*

 

J’écris en omettant des pages


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Sit-Com

C’est un peu comme dans ces comics publiés dans les années cinquante, soixante. Les uns consacrés à "l’horreur". Les autres à la "terreur".Des histoires pleines surtout de ces "détails horribles" et drôles qui plaisaient. Une série "Suspense". Mais toutes les histoires se ressemblaient.

 

Il y avait des policiers dans la série "suspense".


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JEU CONCOURS AVEC L’ARC NOIR

Montrez que vous avez bien compris le poème incompréhensible (incompressible).

 

I - Lisez cet extrait :

autour des

flaques que sillonnent des

tendons - comme un affront contraint

la roche dissociée s’est faite meuble

et de ce meuble tu fis ton sanctuaire

tu saches que tu saches !

 

Où se trouve le « tu » en question et en cause ? (Plusieurs réponses possibles.)


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Un espace kantien

Où veux-tu t’engager, toi qui as la ressource de nos engagements ? Nous retournons au brinde-zingue, au seuil, où Kant nous y laissait, dans son isolement.

Dans l’espace-temps. Et ce serait d’une amertume sans précédent que je te paverais. Ma peau n’a pas de direction, offrir, mais pour dire vers, que faut-il démonter — à toi d’user les cordes maintenant, les cordes qui nous tiennent.

Comme corps. Dans l’avertissement, dans un paysage furieux. Ce n’était plus le même, plus le même.


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Replis

Choses du repli
IMG/mp3_choses_du_repli.mp3

 

Dans le chaos
IMG/mp3_dans_le_chaos.mp3

 

eo song
IMG/mp3_eo_song.mp3

 

L’étang
IMG/mp3_l_etang.mp3

 

Le jour s’écoule sur ta gorge
IMG/mp3_le_jour_s_ecoule_sur_ta_gorge.mp3

 

Ouverture
IMG/mp3_ouverture.mp3

 

Refuge
IMG/mp3_refuge.mp3


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L’araignée

Comme tu
revenais
à une heure
inégale
les gens remarquaient tes pas
et ta démarche tordue


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Enfer

Tranquillement tu t’installes
dans un fauteuil armé
et ta tête s’est armée
au sang -----au sol
ta tête voit dessous le sol
le sol se répand sur tes mains
et tes mains s’entrouvrent
dehors -----dehors


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Yse

Yse a...
Yse b...
Yse c...
Yse d...


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Irpli


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Iglotoir

Nous sommes-nous connus ?

vous venez d’Iglotoir

eh bien moi justement

je vais en Iglotoir


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Invitation en Iglotoir

Venez en Iglotoir, venez en Iglotoir

Il n’y a rien à voir, il n’y a rien à faire

les gens sans voix d’ici

appartiennent à Iglotoir

les gens sans yeux là-bas

appartiennent à Iglotoir


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Tu disparais dans la nuit

tu disparais dans la nuit

je ne peux plus voir qu’une ombre, la tienne

tu disparais dans la nuit

la nuit la peau se fait si brune

je ne te trouverai plus


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Jazz

Jazz, 1.

Sinon ne pas écrire, du moins anticiper. Et écrire, un roman d’anticipation.

 

De participation. La participation doit être collective. « Quelque chose de bien gore » — et avec tous.

 

Tous participeront. Et tous seront participés. Une entreprise gigantesque.


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Anthologies sérielles

Consulter l’anthologie sérielle

 

Dans le développement historique de la composition avec douze sons la série est apparue, dans les mots de Boulez, comme une sorte "d’infrathème" ou de "suprathème". Plusieurs compositeurs de Schoenberg à Webern et aux compositeurs de la génération suivante l’ont écrit : la série n’est pas un thème, à la fois plus et moins.

Plus parce qu’il y a une foule de thèmes virtuels dans une série. Mais ils sont "empêchés" de se développer par la loi de non répétition qui implique qu’aucune note ne doit être jouée avant que les onze autres ne se soient écoulées.

Moins parce que la série, précisément, ne peut pas se développer comme un thème. Chacune de ses reformulations la montre différente d’elle-même et elle doit exister, c’est-à-dire offrir un visage, dans ce flot de transformations parfois radicales.

Ainsi du rêve et de la vie aussi. Mais du rêve, de la façon la plus manifeste. Il n’y a jamais "un" récit de rêve mais un conglomérat indescriptible d’impressions et de pensée. Alors le thème, celui que je préfère, ce n’est pas "la" série. C’est une série

Pascal LERAY


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Tristesse de la série

Anthologies sérielles
Pascal LERAY
Espace d’auteurs : Anthologies sérielles

Tristesse de la série

 

Tel n’est pas le journal de ce soir. Pas un assemblage.

Par l’inconscient de l’assemblage ! qui excède le « journal ».

Journal de peu de chose en vérité. De peu de vérité de peu de jours.

Et je regarde le journal. Je l’ai sali.

Il y a un parallèle à faire entre le moteur et mes ongles. Mes ongles sont ronds : le moteur tourne. Je me coupe les ongles. Je les taille, je force : le moteur tourne à vide. Efforts inutiles.

Ce journal n’est pas celui de la fatalité mais la fatalité ressemble à l’aléa et l’aléa à la fatalité. Voici le jeu de ce journal.

Journal de la soirée, journal du jour. Mais j’écris au matin.

Dans une série statistique. Vous pouvez toujours faire une statistique de votre vie.

A commencer par les chaussures : plutôt neuves, plutôt anciennes ; plutôt bonnes ou crevées, ou résistantes à la pluie ou peu étanches ; plutôt noires, plutôt claires. Je sais ce que je fais : je parle de chaussures.

Pour une statistique — des nuances de votre existence.

Ou une balistique, pour reprendre le mot de Pierre Boulez. De la nuance.


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Voir La chronique de Charles Hectorne.

 
À propos de Henri Meschonnic
Derrick et la critique de la poétique
Pascal LERAY

Voir La chronique de Charles Hectorne sur notre site ICI.

Quand on parle de « mots-valeurs », il faut se poser la question de savoir s’il n’y a pas là tout simplement un pléonasme, étant donné qu’un mot est obligatoirement une valeur. Il faudrait donc dire « mot-valeur + », afin de désigner une intensité particulièrement. Encore que le risque ne serait pas mince de voir alors une ambiguité se créer, du fait que le signe + ne signifie pas simplement un degré sur une échelle d’intensité mais comporte un élément de positivité, sur une échelle « axiologique », distinguant comme à la racine du psychisme les « bonnes » et les « mauvaises » choses.

Néanmoins, l’intensité d’un mot dans un discours est une chose qu’il est absolument nécessaire de prendre en compte, si l’on tient à dégager une plastique du rythme discursif, qui soit autre chose que l’incantation quasi religieuse à laquelle on nous a trop habitué, sur la question du rythme. Précisément, dans le discours de type incantatoire, ces valeurs intensives se laissent lire aisément. J’avais, en d’autre temps, souligné la « charge psychique » que soulevait le mot « littérature » dans la parole d’Henri Meschonnic, prenant appui sur un entretien accordé par le poéticien sur internet (Littérature sérielle, Po&sie n°101). Je voudrais aujourd’hui rapprocher cette intensité particulière d’un signifiant, intensité de type dramatique, d’une construction autrement riche. Celle de la série Derrick.


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Des gens disparaisssent
Deux livres de Claude Mouchard
Pascal LERAY

Claude Mouchard - Papiers ! Pamphlet-poème - Qui si je criais, Oeuvres témoignages au XXe siècle - Editions Laurence Tepper, 2007

Dans ce pays, littérature et témoignage sont deux choses distinctes. L’espace littéraire français est bien tranché. Certes, il arrive encore que le roman dise quelque chose de la réalité mais cette ultime coquetterie n’a pas grand-chose à voir, par exemple, avec la tradition russe où le témoignage, l’ouvrage de portée documentaire, a un sens littéraire fort. La voie ayant été ouverte par Dostoïevski, les circonstances historiques ont certes eu leur part dans le phénomène qui a vu naître, au XXe siècle, tant Varlam Chalamov qu’aujourd’hui Svetlana Alexeievitch. Mais enfin, ce n’est pas seulement une question de structures sociales. La France aussi a sa part d’histoire i- et de présent - ndicible.

Si le romancier n’a qu’un souvenir très lointain de ce que pouvait un Zola, on attend moins encore du poète. La tendance est au lyrisme et la préférence va au lyrisme rentré, un parc est réservé au laborantins du langage, bref : pas de réalité, pas d’espace social, dans le poème contemporain. Ou si peu. Et sous quelle forme ? L’expression, pas le document. Là encore, le lyrisme l’emporte. Et la violence sociale n’est pas un thème parmi d’autres. Il engage une responsabilité. Pour un auteur, la responsabilité repose sur la pensée.

Ce n’est pas Claude Mouchard que la question du sujet, qui travaille une part importante de la critique littéraire d’aujourd’hui, rend aveugle à son temps. On voudrait revenir ici sur les deux ouvrages parus l’année dernière aux éditions Laurence Teper, deux textes qui se répondent et se lisent ensemble : Qui si je criais, un important volume consacré aux « oeuvres-témoignages dans les tourmentes du Xxe siècle » et un « pamphlet-poème » initulé Papiers ! Le caractère simultané des deux parutions n’a rien de fortuit et le double événement doit être deux fois salué.


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>>English version

Une pluie d’hommages s’abat sur Henri Meschonnic. Vient-il de publier un volume particulièrement significatif ? Vient-il d’ajouter une pierre décisive à l’édifice de sa théorie ? Non : il vient de mourir. Autrement dit, le voici enfin inoffensif. Il ne suscitera plus le rejet craintif dont il faisait l’objet, voici encore quelques semaines. Par contre, l’idolâtrie qui s’est agglomérée autour de son personnage ces dernières années devrait, très logiquement, s’en trouver renforcée. Et, en ces temps critiques de LRU, il ne fait aucun doute qu’une église devrait se remplir de pieux paroissiens : nous l’appellerons, à défaut de mieux, l’église de la poésie universitaire. Henri Meschonnic appartient à l’histoire de la littérature, il marque un temps de cette histoire et il nous apparaît nécessaire, plutôt que de nous mettre au diapason des formules convenues, de poursuivre dans un esprit voisin de celui qu’il promut, à la mort de Roman Jakobson, un questionnement sur la signification de ce parcours peut-être difficile à situer, car la vie littéraire d’aujourd’hui se lit dans ses silences plus que dans ses manifestations positives.


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Tributes rain over french poet Henri Meschonnic. Did he publish some new and especially significant volume ? Did he add a stone on the edifice of his own theory ? No. He just died. In other words, he is now harmless. He shall not be fearfully rejected anymore, as he has been, as long as he lived, even in the latest weeks. On the other side, the furious idolatry which surrounded him since several years should get even stronger. And, in these critical times (french university is the object of important changes), there is no doubt a church could get new faithful members : we shall call it (we have no better words) the Church of University Poetry. Henri Meschonnic belongs to the History of french literature. His death closes a time of this History and it seems to us necessary, better than joining the concert of polite formulas, to pursue (on a mode which seems not far from the critics he promoted himself, when linguist Roman Jakobson died) the questioning of what his career meant, as it seems hard to define because nowadays french literature is more readable in its silences than in its positive existence.


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Pascal Leray propose en avant-première

L'ODEUR DES NÉONS

Dépêchez-vous de le lire! Le livre va bientôt paraître chez Le chasseur abstrait et alors il ne sera plus disponible en version numérique.

 

Pascal Leray publie chez Le chasseur abstrait

 
 Le sens des réalités

Roman

Le sens des réalités est un bien précieux qu'il faut savoir garder en toute occasion. Je connais des gens de différents milieux qui l'ont perdu récemment. Et pas des gens fragiles ! Des gens respectables, en pleine possession de leurs moyens. Sans doute ces gens pensaient-ils exercer un contrôle infaillible sur chaque parcelle de leurs esprits. Ce temps est fini pour eux en tout cas. Ils ne savent plus même l'heure qu'il est, le temps qu'il fait : l'esprit constamment orageux, la pensée ne fait que bégayer. Ils ne parviennent plus à articuler les termes d'une réalité constante, persistante, durable et cohérente, leur rêve d'autrefois. Parfois, je me dis que tout pourrait peut-être s'arranger avec le temps mais l'exode de la raison se poursuit. La perte de la raison est un voyage qui se prolonge indéfiniment et qui amène sa clientèle abusée en divers points qui se ressemblent tous sans se rejoindre de façon convenable. Personne ne les rejoindra, ce qui me rend triste. Acheter

 
 Cahiers de la RAL,M - Nº 11 - Une sériographie de Pascal LERAY

Revue

Parfois, il semble que toute l’expérience d’une vie se résorbe dans un mot. S’agissant de Pascal Leray, le principe de série se comporte un peu comme une éponge qui absorberait toute l’eau du texte. L’auteur rechigne à parler d’écriture « sérielle », se refuse même à se dire « sérialiste ». Pourtant, du Portrait de la série en jeune mot aux Perspectives sérielles en passant par le premier livre de Réflexe, « Cahiers d’études sérielles », une constante préoccupation traverse son travail. Soulignons ce qu’il doit au sérialisme musical, même si c’est pour nous étonner que l’auteur soit aussi responsable de « chansons pauvres » semi-improvisées et quasi brutes, aussi éloignées de la dodécaphonie que des approches « savantes » qui caractérisent la musique contemporaine. Pascal Leray se définit lui-même comme un « rustre », une « cognée ». Il ne fournira guère d’explications supplémentaires et préfère inviter le lecteur à pénétrer un labyrinthe à la fois narratif, poétique, musical et pictural. Ce Cahier est accompagné d’un CD audio contenant Jazz (18mn 30) et Portrait de la série (38mn). Composition et interprétation de Pascal Leray. Acheter

 
 Cahiers de la RAL,M - Nº 9 - Ceci n’est pas une série

Revue

L’analyse grammaticale, obligeant l’enfant à faire travailler son cerveau gauche, l’ amenant à rendre conscientes les séries linguistiques inconscientes montées dans son cerveau, à les préciser et à les enrichir, procurait un certain équilibre entre ses deux hémisphères. Il sortait du domaine de l’intuition pour accéder au domaine de la réflexion ; il passait d’un état de conscience dominé par l’affectivité à un état de conscience dominé par l’intelligence, toutes choses qui ont un fondement linguistique et permettent de s’exprimer avec finesse et exactitude, mais qui dépassent de beaucoup en importance, la seule capacité langagière, aidant l’individu acquérir, peu à peu, la capacité de faire des choix raisonnés, d’envisager leurs conséquences et de maitriser ses pulsions. Souhaitons au numéro de la Revue d’Art, de Littérature,et de Musique (RALM) sur la notion de “série”, un succès suffisant pour qu’elle contribue à réhabiliter une pédagogie qui, sous son apparence modeste et quelque peu austère, n’est autre qu’un apprentissage de la liberté. Jacqueline PICOCHE. Préface de Jacqueline Picoche - Postface de Jean-Yves Bosseur - Avec Pascal Leray - Guillaume Balzarini - Jean-Claude Cintas - Robert Vitton - Jean-Luc Vertut - Patrick Cintas - Georges Ayvayan - Valérie Constantin - Pierre-Joseph Proudhon- Julien Gasco - Kwizera. Ce Cahier est accompagné d’un DVD - Paillasson de vie - un film de Valérie Constantin sur un texte de Jean-Claude Cintas et une musique de Patrick Cintas. Acheter

 
 Émilie Guermynthe

Roman

Madame Guermynthe ne revenait pas. Dans le parc, les arbres décharnés regardaient Emilie avec des airs de suppliciés. Sur tout l’espace environnant, l’eau paraissait avoir déserté lair. Aimable Paul travaillait sans relâche. Il malmenait chaque parcelle du terrain et la maison (qui n’avait pas de fondations) dérivait doucement sur la terre poudreuse. Si la gouvernante saffairait encore à des occupations régulières, cherchant à restaurer l’autorité perdue, elle désespérait tout à fait de sa situation à présent. Les deux fils restaient immobiles tout le jour, l’oeil rivé au carreau de la fenêtre, à regarder le pénible travail d’Aimable, l’assèchement du parc par asphyxie du lac. Plus personne n’ennuyait Emilie à présent. Seulement, la nuit, elle allait retrouver l’ouvrier qui la sillonnait de son membre fin et dentelé pour ravir à sa peau les reflets d’eau qu’il ne supportait plus de voir se former sur son corps. Broché : 126 pages Acheter

 
 Portrait de la série en jeune mot

Essai

Parfois tu passes les bornes. Et moi, tu me transperces. Je te critiquerai de part en part, en chaque point de mon corps. Ta répartition par époques. Les grands secteurs d’activités sociales. Tes fixations inexplicables dans la langue. Toi, tu es ici (où je ne te vois pas) mais tu fus là (où je ne te vois plus). Oiseau de bon et de mauvais augure ; L’arbre et l’oiseau ne voient que par tes yeux. Je crie : tu étais là, où étais-tu ? Mais tu n’y parais plus. Même si je te rencontre, c’est en l’absence de toi-même, pour ainsi dire. Tu n’es pas là où tu es, es-tu où tu nes pas ? Mais je compulse. L’absence de la série est un cercle vicieux. Broché : 276 pages Acheter

 
 Réflexe, 1

Poésie

Je me place dans la perspective de savoir si une écriture journaliste peut contribuer à rendre compte de ce qu’on appelle « happening », « performance ». — On a bien raison de vouloir jouer sur l’immédiateté de tel ou tel événement — une prise de parole, un geste comme « action » — et de se mettre à réfléchir sur les conditions de pareilles expériences. Alors, je voudrais réfléchir au café que je bois. Une psychologie, une sociologie de ce café seraient les bienvenues, vraiment. Un état relatif à la noyade. J’avais dit en m’éveillant et après un reste, rien qu’un reste, de rêve, « je ne ferai rien » : j’écris. J’écris en omettant des pages. (Pascal Leray) Broché : 184 pages Acheter

 
 Avec l’arc noir

Poésie

« Le commentaire d’une oeuvre est un miroir d’Alice ». Ainsi Pascal Leray emprunte-t-il la silhouette de la jeune héroïne de Lewis Carroll pour traverser l’espace d’une oeuvre phare de la modernité, Avec l’arc noir de Vassili Kandinsky. Le résultat est un « poème fleuve », dont Le Chasseur abstrait publie pour la première fois le texte « quasi intégral ». Loin d’être une simple application de l’antique principe « ut pictura poesis », Avec l’arc noir se construit comme un drame tentaculaire, autobiographique, psychique, où le tableau, comme un trauma sur lequel indéfi niment on revient, a d’abord vocation à éviter (ou augmenter ? le « risque de noyade ». Un dossier documentaire accompagne le texte, par ailleurs illustré de quarante pages de « griffons ». Broché : 440 pages Acheter

 
 L’intérieur extérieur

Roman

Qu’on soit un tueur à gages cloîtré dans un hôtel fantasque, un photographe en mal d’érotisme ou un agriculteur esseulé, qu’on veuille tuer le président de la république ou simplement rester enfermé chez soi parce que le dimanche est un « lourd couvercle sur le bouillonnement du sang », qu’on se retrouve embarqué en enfer à cause d’une cervelle trouvée dans la rue ou qu’on se plaigne de ne plus pouvoir se soulager sur les charniers d’une guerre civile, on traverse parfois de sévères états de confusion (mais d’une confusion quelconque). Il faut se réveiller pourtant ! Il n’y aura pas toujours le jumbo-jet dont vous rêviez ! Personne ne viendra vous libérer. Et comment feriez-vous, si vous étiez comme eux sans le sens des réalités ? Broché : 150 pages Acheter

 
 L’odeur des néons

Roman

L'interrogatoire est minutieux, méticuleux. Il draine une énergie invraisemblable. À des moments, le meurtrier ne s'entend plus répondre. Il prononce des mots réflexes aux questions des policiers qui ne comprennent pas grand-chose à ses réponses. Il ne sait pas combien de jours il a déjà passé dans cet hôtel mais, dit-il, il y a eu « plusieurs nuits par jour » et il essaie peut-être d'expliquer ces nuits multiples à son auditoire mais les deux hommes de loi ne comprennent rien à rien et agitent les bras régulièrement, quand ils entendent des paroles aberrantes et suspectes. Le meurtrier s'égare dans le détail des nuits liquides, sinon des pluies de nuit, de ces autres qu'on dit pulvérines, qui peuvent causer des asphyxies momentanées et des décharges d'hallucinations, sans même parler des nuits acides, corrosives pour la peau. « Est-ce là la raison de cette altération constante mais irrégulière de votre visage ? » Acheter

 
 Réflexe, 2 - Sériettes oubliées

Poésie

C'est dans des pyramides urbaines et dans des cinémas antiques qu'on a éprouvé les premiers syndromes de mort. Je hurlais au-dehors de toute lumière à cette heure et j'avais presque perdu le sens des réalités. Je me disais : « Dévaste, dévaste et tout ira mieux ». Le huitième cercle de l'enfer m'ouvrait les bras. [ ... ] Ce n'était que le prélude à d'autres catastrophes : j'avais un cou curieux qui me rendait furieux et fou, j'étais partagé entre le cholère et la colère, je devais encore prendre un train pour Iglotoir ! Train qui est devenu mon offertoire. J'entrais dans le treizième hiver du tableau qui m'avait frappé, bouleversé, Avec l'arc noir. Ses images n'en finissaient pas de muter, esquissait des bestiaires et des pastorales obscènes. Un calibrage complet de ma machine mentale me semblait nécessaire. Je prenais des notes mais elles n'avanceraient en rien. Un carnet aphasique, au final, résulterait de ces essais institués à la lumière de l'abat-jour. Une tonne de nuit s'est abattue sur moi. Acheter

 

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