ART & THÉRAPIE
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Benoît PIVERT VERTUS & LIMITES DE L’ART

Image : L’infini 15 Patrick CINTAS
En 1974, le professeur Tomatis, spécialiste en oto-rhino-laryngologie, créait la surprise en déclarant lors d’un colloque à Paris[1] que l’audition régulière de concertos pour violon de Mozart était propre à soulager troubles du sommeil et dépression. La voie était ouverte à « l’audio-psycho-phonologie ». Le professeur Tomatis affirmait, en effet, que la musique de Mozart comportait des fréquences extraordinairement aiguës, bénéfiques pour le cerveau humain et qu’elle reproduisait dans ses rythmes les battements du fœtus dans le ventre de sa mère. Se fondant sur ces études[2], des scientifiques ne tardèrent pas à s’engouffrer dans la brèche et c’est ainsi que virent le jour aussi bien le Mozart Brain Lab de Saint-Trond en Belgique que des unités de soins diffusant des concertos de Mozart aux patients dans le coma ou encore aux femmes enceintes. A côté de ces « sonates sur ordonnance »[3], il semble qu’il soit aujourd’hui possible de prescrire dans le registre des médecines alternatives des cures de peinture et sculpture à consommer en musée. En octobre 2005, une étude publiée par la scientifique suédoise Britt-Maj Wikström du Karolinska Institutet de Stockolm[4] révélait, en effet, que « la contemplation régulière d’œuvres d’art dans des musées et les discussions qui s’ensuivaient avaient eu pour effet chez un échantillon de femmes septuagénaires de diminuer notablement la constipation et l’hypertension artérielle. » Au fil des mois, « leur état d’esprit devenait plus positif, plus créatif, leur tension repartait dans la bonne direction et elles prenaient moins de laxatifs[5] ». A titre de comparaison, cet effet était absent chez un autre groupe de dames d’âge tout aussi respectable qui s’étaient contentées de discuter de leurs passe-temps, et la scientifique de constater admirative : « la différence entre les groupes est vraiment considérable[6]. » De quoi relancer la discussion sur les vertus thérapeutiques de l’art qui, si elle n’est pas aussi ancienne que l’art lui-même, peut néanmoins se flatter d’avoir accaparé des philosophes et penseurs de renom. Parce que la liste serait trop longue, nous avons décidé de nous arrêter ici à Schopenhauer et Cioran qui ont fait des vertus de l’art l’un de leurs sujets de méditation favoris.
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Valérie CONSTANTIN Questions de Benoît PIVERT
Sortir du milieu traumatisant, s’échapper et devenir soi-même.
Image : Aquarelle Valérie CONSTANTIN
Benoît PIVERT. Vous avez écrit : « l’art-thérapie a répondu à mes attentes et m’a réconciliée avec mon histoire, avec ma vie et avec moi-même ». Est-ce à dire que c’est la souffrance qui vous a conduite à l’art ?
Valérie CONSTANTIN. Peut-être pas la souffrance, mais un besoin impérieux de m’exprimer, de dire mon histoire... Sans doute ce besoin d’expression nié durant mon enfance et mon adolescence, dû à une histoire banale mais particulière.
Quand on nie la parole pour les choses importantes.
Quand on est pris en otage, en quelque sorte.
Dire l’indicible.
Sortir du milieu traumatisant, s’échapper et devenir soi-même.
Les arts plastiques se sont-ils immédiatement imposés à vous ou avez-vous cherché votre voie entre dessin, écriture et peut-être musique ?
Passion des mots, mais trop grande difficulté à mettre des mots à jouer avec les mots. À m’exprimer convenablement avec eux. Cette impossibilité, toute personnelle et donc totalement subjective, ne me permet pas de dire ce que je veux dire. Je ne peux l’exprimer.
Les arts plastiques me laissent une liberté que les mots me refusent. Me cacher tout en disant, en montrant. Un médium qui laisse à chacun la liberté de voir de choisir ce qu’il veut, ce qu’il sent. Un médium qui donne à chacun la liberté de comprendre et d’entendre, qui renvoie à sa propre image.
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Joanna RAJKUMAR ÉCRIRE & GUÉRIR
Les signes de la libération chez Henri Michaux

Combler le vide : connaître et renaître
L’élan premier de l’œuvre d’Henri Michaux est condensé dans ces quelques lignes recueillies par Robert Bréchon. La préoccupation initiale de Michaux est la survie : avant tout le reste, il y a la quête de guérison. Dans la postface de Mes Propriétés, il dit écrire « par hygiène », pour
sa santé, et « sans doute » n’écrit-on et ne pense-t-on « pas pour autre chose ». Dans la citation, le passage du verbe« guérir » au verbe « savoir » marque cette évidence que finalement, il y a quelque chose d’absolument inguérissable. Le premier secret est celui du mal. Corps, mal et savoir sont donc intimement liés chez H.M. Le corps est l’image de « l’espace du dedans » qu’il va falloir parcourir pour accéder à des « miettes » de savoir, ce savoir ne pouvant mener au mieux qu’à ce qui en dernière instance ne peut « être comblé ». Le savoir pour H.M. est, comme le corps, d’abord une voie négative, par défaut en quelque sorte. D’ailleurs, le mot « savoir » appelle immédiatement le mot « vide », puisqu’il est pour Michaux un moyen d’approcher l’ultime réalité du vide. Ici apparaît l’image du corps de l’univers de H.M., une image fantomatique, une présence de l’absence.
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Isabelle MAYER ARCHAMBAULT
art-thérapeute
MASSAGE SENSITIF & CRÉATIVITÉ PAR LA PEINTURE
L’art de l’expression est art thérapeutique.

Ma démarche : Voici mon cheminement : au cours d’un travail psychothérapeutique, je me suis retrouvée bloquée au niveau de la parole. Le psychothérapeute m’a proposé de peindre. J’ai tracé une ligne rouge sur une feuille blanche, la sensation perçue à ce moment précis m’a donner l’envie de peindre, et depuis ce jour la peinture et la création font partie de ma vie.
J’ai poursuivi ma thérapie auprès d’une psychanalyste jungienne à partir de l’analyse de mes rêves. J’ai senti assez rapidement que je devais accompagner ce travail par une thérapie corporelle. Le Massage Sensitif® et l’Analyse Jungienne m’ont permis de trouver mon propre contenant et de me révéler.
Je me suis ensuite formée à la Somatothérapie en Massage Sensitif® auprès de Claude Camilli puis à l’Art-thérapie auprès de Nicole Weil.
Au cours de ma pratique, la juxtaposition de la thérapie corporelle et l’art-thérapie s’est faite naturellement.
Le terme de somato-art-thérapie traduit l’association de ces deux méthodes qui se complètent.
Par la libre expression corporelle et la libre expression picturale spontanée, la personne chemine vers son individuation.
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Muriel CAYET
art-thérapeute
UNE RÉFLEXION SUR LE DÉSENCHANTEMENT
L’art-thérapie ou ré-enchanter sa vie !
Image : Illustration pour Fables de Daniela HUREZANUPatrick CINTAS
Le désenchantement comme point de départ à la création : Dans un premier temps, il est utile de définir le désenchantement. Désillusion, perte de l’idéal, de l’harmonie, de la confiance en soi, dans ses idées, dans ses choix ; c’est tout cela le désenchantement.
Il existe plusieurs attitudes que chacun peut adopter face au désenchantement : le repli, le recul, la réflexion, la prise de conscience vers de nouveaux choix et un nouvel élan, le désenchantement comme tremplin vers une nouvelle donne ce qui est une issue plutôt positive au désenchantement, mais aussi la chute, la dépression, la mélancolie ou la nostalgie maladive qui pourraient constituer le versant négatif de la perte des illusions.
La création littéraire peut certainement mettre fin au désenchantement, en privilégiant l’action, dans l’acte créatif, et une satisfaction, un plaisir esthétique.
Le désenchantement ou la perte des illusions : « J’ai perdu ma force et ma vie ». Musset
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Rodica DRAGHINCESCU À VAU-L’EAU
roman
Éditions ARHSENS
Le « dit thérapeutique » par Patrick CINTAS

Il y a des écrivains qui dépassent les autres d’une tête. Et si l’on « regarde » l’écriture, comme le propose l’héroïne de « À vau-l’eau », on comprend « comment ». Certes, il y a un « pourquoi » dans ce roman, une effervescence même de la narration et de l’information romanesque, une aventure des personnages et une croissance mythique des lieux. Tout y est et il n’est pas difficile de penser que le lecteur s’en délectera et qu’il aura sans doute tort de se fier au choix de la Critique pour établir le sien « avant la rentrée », foi de connaisseur.
« Madame Ovary » est une autre proposition de l’héroïne et narratrice dont le nom de personnage est un anagramme bien visible de celui de l’auteure, Cadiro Ghindraduces. Rodica DRAGHINCESCU, qui s’y connaît en piste des déserts de l’amour et en traverse des champs matrimoniaux, n’explique pas mieux cet « à vau-l’eau » que par cet autre titre qui eût mieux convenu à son roman, mais qui en aurait peut-être d’emblée limité la portée « sentimentale ».
Il faut plonger dans le texte, d’ailleurs guidé par d’incessantes considérations hors du champ romanesque à proprement parler (oui, je songe à Robbe-Grillet) pour rencontrer enfin une solution pratique à tant d’attentes et de péripéties dévoreuses d’attentes.
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Ratimir PAVLOVIC ENTRETIEN AVEC HENRI LABORIT
Qu’est-ce que la pathologie ?

Henri LABORIT, savant et philosophe, est un contemporain d’Alain
ROBBE-GRILLET et de Marguerite DURAS. On en appréciera d’autant ses effets de
surface, par rapport à la finesse romanesque du premier et aux profondeurs
ératiques de la seconde. Extrait du livre de Ratimir PAVLOVIC ("La pensée créative et scientifique contemporaine" MELIS éditions), ce dialogue
"socratique" est révélateur d’une époque et de ses prolongements
contemporains. Poser un problème, c’est le poser avant de le résoudre ou de
tenter d’en trouver les données exactes. Ratimir PAVLOVIC, avec son talent de
prisme, y vérifie ses théories. Nous parlerons ici du livre (à succès)
d’Eduardo PUNSET, "Cara a cara con la vida, la mente y el Universo",
qui aborde si différemment le dialogue avec la science. Il y est notamment
question d’un animalcule qui se sert de son cerveau uniquemement pour se fixer
à son lieu d’existence et qui s’en sépare quand il est fixé. L’irritation
salutaire d’Henri LABORIT est productive si elle n’est pas créative. Mais elle
l’est.
Patrick CINTAS.
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Henri Laborit apporte à la Médecine la dimension supplémentaire que Gaston Bachelard a apportée à la Philosophie. Médecin, chercheur, psychiatre et sociologue médical, il est aussi un excellent écrivain. Quel
meilleur hommage pourrait-on lui rendre que ce témoignage de Shlomo Bracha, médecin et neuropsychiatre à Tel Aviv (Israël), de réputation internationale : « J’ai beaucoup de respect pour ce grand savant. Je m’étonne que quelqu’un comme lui, qui a révolutionné le traitement psychiatrique dans le monde, n’ait pas encore eu le Prix Nobel. »
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María José PALMA BORREGO BLESSURES ET ÉCRITURE-FARMAKON
Écrire la déchirure
L’impondérable de la déchirure, et tout de suite, même pas une seconde après, la séparation corporelle de la mère, la blessure archaïque, sanglante, charnelle pour toujours et à tout jamais. Pour cela, il n’y a pas de thérapie ou, en tout cas, la seule thérapie possible c’est de mettre dans les discours collectifs la mère sexuée. L’art et l’écriture nous conduisent à mener à bout ce désir, un désir de mère visible, en dehors de toute conception religieuse, comme un être-femme sexué.
Dans son article Blessures et littératures (2005), Gaëtan Brulotte signale la blessure comme une composante de la condition humaine et comme le fait le plus privé au point d`être refoulé, et le plus universel.
Or bien, cette blessure, cette déchirure archaïque et séparation corporelle de la mère, ne sont pas spécifique de l’écrivain homme ou femme, mais ceux-ci ou celles-ci ont la particularité de conférer à cette expérience anonyme (le mot est ici pris dans le sens étymologique du terme, c’est-à-dire, dans celui de la méconnaissance du nom, d’avant le nom propre), une singularité et une manière qui rend la blessure ou la déchirure, dans ce sens les deux mots sont synonymes, partageables, visibles et toutefois lisibles.
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Patrick CINTAS MICROBE-THÉRAPIE
Art-thérapie & artiste-thérapie

Au risque de paraître complètement idiot, j’avoue n’avoir jamais envisagé l’art, que je pratique depuis toujours avec un bonheur de voyageur démuni, sous l’angle de la thérapie, du mieux-être, voire de la réinsertion sociale. Bien au contraire, je n’y ai jamais vu, si jamais il s’agit de cela, voir, autre chose qu’un combat pacifique contre des hommes et même quelquefois contre la nature, celle de l’homme, qui explique l’homme et lui appartient quelquefois à l’issu d’autres combats auxquels il me semble ne pas participer. J’ai pensé que l’art pouvait conduire dans l’impasse du silence, de l’incompréhensible et de l’incommunicable. J’y pressens encore un danger éminent et de cette éminence noire je me nourris au bord d’un trou que je n’ai pas creusé et qui m’appelle, je l’avoue, si souvent que je me demande si je suis bien moi et non pas quelque invention diabolique qui n’aurait de merveilleux que sa possibilité. L’idiotie, c’est aussi cela, - l’insensé, c’est peut-être moi et non pas ces bigarrures d’un autre temps que l’épreuve du mal et l’exercice du plaisir me poussent à fouailler de mon écriture quand justement le temps ne presse pas, sinon je déserte mon propre combat pour me livrer à des attentes pour le moins sagaces et perverses d’un point de vue notamment intellectuel. Guérir, mais de quoi, si je suis malade, ce qui m’étonnerait, ou plus exactement de qui, si ce sont les autres qui me rendent malades à force d’écoeurement et de prises de bec sur le fil des conversations et des pratiques communautaires. Mais s’il ne s’agit pas de moi, s’il est question de celui ou celle qu’on peut encore sauver du désastre ontologique qui fabrique des bombes atomiques et le chômage, alors ma main peut exercer une influence peut-être bénéfique. Comme le goupillon. Comme un boutiquier. Mais à quel prix ?
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