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Revue d’art et de littérature, musique
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jeudi 23 mai 2013
Directeur: Patrick CINTAS
Éditeur: Le chasseur abstrait
12 rue du docteur Jean Sérié
09270 Mazères
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William Burroughs - Image de Patrick Cintas

Dans la série [presse-livres]...

L'univers de la drogue ressemble à une pyramide dont chaque étage grignoterait celui d'en dessous [...], et ainsi de suite jusqu'au sommet – ou plutôt : aux sommets, car il existe de nombreuses pyramides de cames qui écrasent des milliers de gens de par le monde, et elles sont toutes fondées sur les principes de base du monopole :

1° Ne jamais rien donner gratis,

2° Ne jamais donner plus que le strict minimum,

3° Ne jamais hésiter à tout reprendre si l'occasion se présente.

Contact | Plan du site Articles les + lus  ||  La RAL,M in progress - avril/juin 2013 - nº 83 Blog de la RAL,M Espaces d'auteurs Chasseur abstrait  || 
 
juillet/septembre 2012 - nº 80

Sommaire
 

 

Apologie systématique des sociétés détruites par l'impérialisme

ou La littérature a-t-elle fait sa révolution ? (II)

ou de la déshumanisation progressive

 

« Tout révolté est, chez nous, plus ou moins, un soldat qui a manqué sa vocation, un être fait pour la vie héroïque, et que vous appliquez à une besogne contraire à sa race, mauvais ouvrier, trop bon soldat. Or, la vie qui révolte nos travailleurs rendrait heureux un Chinois, un fellah, êtres qui ne sont nullement militaires. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait, et tout ira bien. » Hitler ? Rosenberg ? Non, Renan. *

Nº 80

nº 81 le 1er octobre

 

Toutes les idées qui triomphent courent à leur perte. Il faut absolument convaincre l'homme qu'une fois acquis le consentement général sur un sujet, la résistance individuelle est la seule clé de la prison. André Breton.

 

 
PRIX CHASSEUR DE NOUVELLES 2012

Règlement

Le chasseur abstrait éditeur organise un concours de nouvelles.

LONGUEUR
1. Les nouvelles ne devront pas dépasser 10.000 mots.

MANUSCRIT
2. Chaque auteur peut concourir avec autant de nouvelles qu'il le souhaite, éventuellement avec un recueil composé ou un landscape qui sera alors également soumis au comité de lecture du Chasseur abstrait..

DATE LIMITE
3. La date limite d'envoi est le 31 juillet 2012.


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L'Urine et le Métal

J'ai pissé un jour dans un creuset. J'ai jamais eu aussi chaud de ma vie. Autour de moi, des types hurlaient en se pelotant les couilles à travers leurs tabliers protège-couilles. J'étais apprenti et en plus j'avais des idées politiques. On me demandait pas grand-chose, je peux le dire maintenant que je suis retraité et que les gosses savent même plus de quoi je parle quand j'évoque le four et ce que j'y ai vécu. Des pognes que j'avais serrées avant d'entrer dans cet enfer. Des doigts syndiqués au rouge avec des traces de poison algomaniaque. J'en ai eu marre dès le premier jour. J'avais un balai dans les mains et je suivais le fil rouge parterre. Pire ! Je courais après ! Et j'y arrivais pas, bien sûr. Personne n'arrive le premier jour. On vous refile un balai en acier trempé et on vous montre le fil à suivre, des fois que vous auriez pas compris que c'est tout ce qu'on peut espérer de l'existence si on a pas fait des études. J'en avais fait, mais j'avais besoin d'une expérience pour renouer avec mes origines. J'ai ramassé le balai et les sabots et j'ai suivi le peloton des nouveaux qui se tenaient les couilles en espérant que ça n'irait pas aussi loin qu'on le disait, la stérilité. Y avait pas autre chose à faire que de balayer.


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« On s'étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C'est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c'est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c'est du nazisme, oui, mais qu'avant d'en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l'a supporté avant de le subir, on l'a absous, on a fermé l'oeil là-dessus, on l'a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s'était appliqué qu'à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l'a cultivé, on en est responsable, et qu'il sourd, qu'il perce, qu’il goutte, avant de l'engloutir dans ses eaux rougies, de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne. » *

 

 

Gilbert Bourson

Poésies complètes

« Le géant a planté son doigt dans un grand navire qui doit passer le lac de son empire. Son doigt est le mât du navire. » Ayant relu hier, ou peu s'en faut, les poésies complètes de Gilbert Bourson, il m'a semblé que ces vers d'Alfred Jarry les 'introduisaient' parfaitement. Le voyage érectile (strigide), partant de ces sonates qui sont comme son port d'attache, de congrès en joies rouges, s'achève, veut nous faire croire le poète, avec cet insight, cet intérieur enfin investi après tant d'extérieurs en tout genre. C'est une sacrée fresque ce poème, d'un bout à l'autre incessant et coriace. « Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idumée ! » reprend Gilbert Bourson avec ce que cela suppose de souffle créateur physiquement ressenti... (Patrick Cintas)

 

Gilbert Bourson :

« Le je, est multitude, la poésie est habitable par tous, c'est un logis où il n'est pas nécessaire de relever les compteurs, mais d'en ressentir l'énergie. Comment présenter une œuvre à laquelle on n'a pas consacré sa vie, mais à laquelle on l'a confiée ? La poésie est pour moi comme un journal. Loin de moi ce sens du sacré dont on nous rebat les oreilles. J'ai fait chanter la couleur des mots, la ductilité de la langue, aimanté la limaille du sens, fait bourdonner les mouches de la sensualité, quelque soit sa « bassesse », j'ai noté des évidences qui ne l'étaient pas, inventé des rapports improbables, déjoué les ruses du je et du moi, chatouillé des prédicats trop rigides. Enfin, j'ai peint des paysages, qui parfois étaient paysages de pensée, comme dit Coleridge. »

 

Quand je me retourne sur ma poésie

 

Gilbert Bourson

Quand je me retourne sur ma poésie, je m’aperçois que chaque poème est une sorte de tableau, et que j’écris un peu comme un peintre. J’ai toujours été passionné par la peinture, et mon écriture est influencée par des artistes comme Willem de Kooning, notamment. La musique est tout aussi prégnante pour moi, et j’accorde aux rythmes, aux scansions du poème une importance toute particulière. J’essaie de restituer au monde qui m’entoure, sa résonance en moi. Les lecteurs trop intellectuels trouvent parfois ma lecture difficile, cherchant à comprendre le sens dont elle est porteuse, alors que des personnes plus requises par le sensible, ne la trouve ni simple ni complexe, mais pleine de sensations et d’imagination. On me parle souvent de surprise, d’étonnement, devant ma poésie et justement, de couleurs. Ces paysages que sont chacun de mes poèmes, sont proposés au lecteur, non pour être déchiffrés, mais pou être habités. « Se faire un lieu » est le titre de mon dernier et ultime livre de poésie, avant de ne me consacrer qu’à la prose. Il s’agit bien de cela, se faire un lieu, selon la belle expression de Joubert. Je ne suis pas un théoricien de la littérature, ni un philosophe mais un artiste des mots, qui me proposent des instantanés du monde qui est hors de moi et en moi. Je me sens très proche de la phénoménologie et de la philosophie de Merleau-Ponty dans « le visible et l’invisible », « la prose du monde »et, « phénoménologie de la perception » Chercher le sens du poème, c’est oublier que la poésie est une traversée des sens possibles, la traversée de la galaxie de sens qui nous bombardent à chaque instants. Un poème doit crépiter, faire entendre et voir, mais non deviner la clef d’une énigme, qui, remercions les dieux, doit rester énigme. Un caillou, dont nous requièrent la beauté des formes, la couleur et la texture n’est-il pas lui-même une énigme ? Cela en amoindrit-il la beauté, ou l’évocation qu’il provoque en nous, d’un lointain et cependant tout proche univers ? C’est moins de la beauté (je n’ai jamais bien compris ce concept platonicien), que de l’inattendu, du surprenant, que je veux déclencher chez le lecteur, et pour bien dire, en moi. Mes poèmes me surprennent, parce qu’est surprenante notre imagination et la poussière de sens qu’elle fait voltiger dans son espace langagier personnel et universel. Les scientifiques ne trouvent pas l’objet de leur recherche compliqué, illisible, mais complexe et toujours surprenant, passionnant, et dont le sens est mouvement, force et énergie. Je comprends et ne comprends pas la théorie des quanta, ni la loi des fractales, et cependant la poésie, la mienne comme celle des autres poètes, n’est que ça. Si j’ai du mal à la lecture de Hegel, c’est qu’il nous impose un sens par la synthèse, et qu’il met en place un vouloir dire, qui bloque les contradictions, le flux de la pensée. Je voudrais qu’on me lût comme on découvre un caillou sur la plage ou une image insolite d’un rêve, le rêve étant une partie de la réalité : Du dehors informant du dedans matériel et que l’on peut nommer si l’on veut, l’âme, en la plaçant dans le corps comme le fit Descartes, mais pas au même endroit, et inspirée non par un dieu mais par ce qui lui vient du monde du dehors. La poésie est simplement ce va et vient par le langage, de l’âme et du monde, leur libidinal congrès perpétuel. Congrès est un de mes titres, entendu dans l’ancienne acception de copulation. Il y a un texte  chez Borges qui évoque ce sens dans un de ses recueils. C’est un autre aspect de ma poétique, l’érotisation de la nature à travers la langue. que je veux la plus choquante, non au sens d’une quelconque provocation à la moraline, mais au sens du choc de deux matérialités qui se pensent. Plus difficile à comprendre ce discours sur la poésie, que la poésie elle-même, qui est souvent réputée difficile à cause justement des propos qu’on tient sur elle. Là-dessus, je rejoins Dylan Thomas, qui répondait aux gens : pourquoi j’écris de si beaux poèmes ?, je n’ai pas les mots nécessaires pour répondre correctement, préconisant : de jeter un os aux critiques, et encore : pourquoi je bois comme un trou ? à cette question, beaucoup de psy auront une réponse en kit : il écrit comme un alcoolique. Ma recherche poétique consiste, non à trouver, mais à découvrir. En fait je ne recherche rien, je tente. Je suis le premier lecteur de mes poèmes, lesquels me placent devant des possibles de ce moi qui écrit. Il m’arrive en les relisant, d’être étonné, que l’on ait pu produire un tel appareil de mots et d’images. De « sonates » à « se faire un lieu » (auquel je fais suivre « insight ») je n’ai cessé de me déplacer dans différentes corporalités, vibrant toutes à travers différentes approches du monde, différentes approches du temps. Mes lieux sont autant des morceaux de nature que de morceaux de villes, me situant toujours dans un instant découvert. Pas d’arrières-mondes dans mes écrits, mais des possibles de ce monde. Tout mon univers est matériel pour ne pas dire matérialiste au sens philosophique du terme. Un poète n’est pas obligatoirement un « intellectuel » au sens où l’on peut tout expliquer et tout commenter. Il y a des poètes comme ça, tellement intelligents qu’ils le montrent en croyant faire de la poésie. Quant à la compréhension, il existe des œuvres qui sont essentielles et qui font écrire, sans qu’on les ait comprises entièrement, telles pour moi « The waste land » de T.S.Eliot et « Une nuit avec Hamlet » de V. Holan, deux œuvres parmi les plus inspirantes pour moi. Il y a d’autres œuvres que j’admire et qui ne me sont pas aussi problématiques que celles-ci, que je lis avec ravissement, mais qui ne m’incitent pas autant à l’écriture. Je n’ai jamais cherché l’obscurité pour l’obscurité, mais il faut traverser la nuit des choses avec la lumière des mots qui sont comme des piles rechargeables. De plus, la poésie moderne, n’est pas cet étalage des sentiments personnels, vieux reste du romantisme attardé qu’on trouve dans les paroles de chansons, mais une exploration des façons de parler le monde.  Le je, est multitude, la poésie est habitable par tous, c’est un logis où il n’est pas nécessaire de relever les compteurs, mais d’en ressentir l’énergie. Comment présenter une œuvre à laquelle on n’a pas consacré sa vie, mais à laquelle on l’a confiée ? La poésie est pour moi comme un journal. Loin de moi ce sens du sacré dont on nous rebat les oreilles. J’ai fait chanter la couleur des mots, la ductilité de la langue, aimanté la limaille du sens, fait bourdonner les mouches de la sensualité, quelque soit sa « bassesse », j’ai noté des évidences qui ne l’étaient pas, inventé des rapports improbables, déjoué les ruses du je et du moi, chatouillé des prédicats trop rigides. Enfin, j’ai peint des paysages, qui parfois étaient paysages de pensée, comme dit Coleridge. Je voudrais que le lecteur de ma poésie abandonne son bagage et son parapluie sur le quai comme le K de Kafka dans l’Amérique, et navigue un temps délesté. Ce n’est pas le poème qui est « compliqué » c’est le lecteur qui cherche à retrouver son bagage et son parapluie, une fois embarqué vers du nouveau. Il y a des gens qui parlent savamment de la poésie, j’en ai lu, et n’ai jamais compris grand-chose à ce qu’ils disaient si peu poétiquement. J’ai lu quelque part, sous la plume d’un écrivain plus que talentueux, qu’il ne comprenait rien à Spinoza, ce qui n’est pas mon cas. Mallarmé, c’est Hegel qui lui tombait des mains. Beckett trouvait la prose de Mallarmé trop obscure, je la trouve éclairante. Pourquoi la trouvé je éclairante ? C’est parce qu’elle est poésie qui parle poésie. Beckett est un immense et génial poète, le plus radicalement poète qui soit et pourtant, voilà, rien à dire. C’est le fade, le redondant, le répétitif, le banal, l’intelligent, le trop humain, (au sens Nietzschéen), le trop performatif, le trop digérable, le trop confortable, le trop commenté, le trop projeté à tue-la-société, le QI à trois chiffres, le discours sur, la théorie du théorique rhétorique, et cetera en français dans la formule, de ce temps qui chantonne à deux sous, que ça mouille les jours de pluie, qui met la poésie au rang de ces engeances qui prennent trop la tête sans savoir vraiment où se situe l’organe. Voyez, à trop vouloir en dire on se fâche, on n’importe quoi, on déblatère, on tort ou raison, alors que je voulais parler de ma poéterie bien sûr pas trop bêtement mais surtout pas trop intelligemment car elle fait ça beaucoup mieux que moi, croyez moi, étant plus intelligente que son scribe et plus courtoise et plus savante. Elle est remplie d’oiseaux, de gasoil, et de sueur. Dans mes derniers poèmes (Vingt deux) intitulés « insight » il y a, je le pense, une virtualité chantable. C’est la dernière œuvre poétique, avant la prose, d’un poète qui court vers ces quatre vingt ans. Facilement vôtre.

 

Lisez moi pleure la poésie

 

Je fais autant que possible des lectures de mes textes, et je sens le public heureux de les entendre. Il n’est, miraculeusement, plus question d’avoir compris ou non. On me dit souvent, vos images sont fortes, ou parfois étonnantes, On y entend le corps parler, la chair s’exprimer, on voit les couleurs, on sent les odeurs. Quelqu’un m’a dit, lors d’une lecture, je ne suis pas savant mais j’ai compris que vous voulez typographier le monde. Oh merci cher pas savant, de m’avoir tellement compris et surtout entendu. Moi non plus je ne suis pas savant, malgré une culture assez étendue que j’avoue inviter parfois dans mes poèmes. Mais si je convoque, arbres, autoroutes, tout ce qui m’entoure, me ravit, me peine, m’excite, me rêve, me choque, pourquoi ne pas évoquer mes livres préférés, mes auteurs préférés, mes peintres, mes musiciens autant que les oiseaux, les chiens, la pluie, la neige etc. Peut-être que la poésie, la vraie, celle qui ne fait plus rimer le rimmel du chichi sentimental, ni entourer trois mots de blanc métaphysique doit donner de la voix. Quant à moi, je préfère la lecture silencieuse (bien sûr, elle ne l’est jamais, pas plus que noire et blanche, bien que noir sur blanc). Puisque j’ai mis un terme à l’écriture poétique, ayant bâti mon édifice, je vais le plus possible en faire résonner les murs, avec ma voix. Ne pas oublier quand même, que celle du poème est plusieurs comme un chœur. La poésie ne doit pas pleurer de n’être pas lue, elle se fera entendre pour couvrir la voix des niais et des savants glossateurs de ce dont parlait Reverdy : Quant à la poésie qui ne veut rien dire de particulier à personne, qui est et qui n’est que le résidu externe d’un mouvement intérieur et parfaitement gratuit, désintéressé, voire absolument vain, elle ne comporte aucune obscurité.

 

I

SONATES

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Dans  « Sonates », les poèmes ne sont pas organisés autour d’un thème, pas plus qu’ils ne baignent dans un climat unique, chaque texte est autonome, ce sont des moments d’émotion devant une scène entrevue, une lecture, un paysage ou un tableau. Certains partent d’une réflexion, d’une idée dont se sert le poème comme d’un clavecin. Je veux placer le lecteur face au spectacle des mots jouant le texte du monde et des choses qui le constituent. Il ne s’agit pas de comprendre ce que  le poème veut dire mais d’entendre ce qu’il dit, d’habiter le lieu qu’il est devenu. Ce n’est pas le poème qui est énigme, c’est le monde. Il faut aimer l’énigme qui permet de rêver chaque instant de sa vie. Sauver l’énigme c’est sauvegarder l’émotion qui seule est émeute. La plupart des poèmes qui composent l’ouvrage sont des paysages. Non des descriptions de paysages, pris sur le motif en quelque sorte, mais des images de pensée, des paysages mentaux qui sont tout aussi réels que les naturels, puisque ceux-ci n’existent qu’appréhendés par un observateur à qui ils renvoient son langage, son imagerie, en un mot sa propre libido. D’autant qu’après un certain temps, je suis moi-même devant ces textes, comme devant des paysages rencontrés au détour d’un chemin. Bien entendu, Sonates contient aussi des textes plus « narratifs » d’autres plus « réflexifs » avec parfois certaines scènes humoristiques. Le quotidien y est présent partout, mais sous l’angle de l’insolite, parfois de l’inquiétant. Evidemment, la partie Autres sonates qui contient les derniers poèmes du livre, est la plus « difficile » en ce sens qu’elle est la plus méta-poétique, la plus référentielle du recueil. Toutefois, si on se laisse aller du coté du rêve, on se trouve transportés sur des quais insolites ou pris dans des enquêtes linguistico-burlesques où le sens est lui-même son propre enquêteur. Une des références du livre Sonates, est Jacob Böhme le philosophe cordonnier de la renaissance qui a écrit entre autres un livre intitulé, « la signature des choses ». Les choses nous parlent à travers le langage que nous utilisons pour les nommer, le chargeant de toute une symbolique à la fois universelle et subjective. Un poème n’est pas à comprendre mais à appréhender comme quelque chose qui s’ajoute au monde et non comme son commentaire. Sonates contient aussi des poèmes sur des lectures : Kafka, la Bible, Dante, Virgile, ainsi que des scènes de la vie quotidienne. Mais tous ces sonnets privilégient le rythme, la sonorité, la scansion et des jeux sémantiques facilement repérables. Les références en sont quelque part secondaires. Ce livre est en fait le plus immédiat que j’ai écrit en ce sens qu’il repose essentiellement sur des épiphanies, ces instants privilégiés où nous sommes requis par cela qui précède la pensée et qui la place en porte à faux avec son prédicat. Appréhender un poème de Sonates, c’est se placer devant les incertitudes du sens qui replacent le langage du coté des émotions qui en furent l’origine. Si nous pouvions nous tenir sur toute la surface du monde elle se réduirait à l’exiguïté de notre propriété intérieure, ce qui nous renseignerait moins sur le sens du monde, que sur notre façon de l’appréhender et sur notre petit jardinage existentiel. Ces poèmes sont des rêves éveillés, des rencontres fortuites entre les mots et les choses qui forment le fond de mon imaginaire, et Sonates en expose de petits blocs comme autant de précipités au sens alchimique du terme. Je considère chacune de ces sonates comme des approches sous tous les angles possibles du visible, du lisible et du pensable, un peu à la façon d’un peintre, couche sur couche et pli sur pli. Sonates est un livre aussi lisible qu’une hache de silex, une haie de jardin, un arrosoir au clair de lune, un géranium sous la pluie, et surtout moins illisible que les fausses évidences énoncées clairement à longueur de ce temps qui les conçoit si bien, lequel ne sait plus lire, dès que la pensée sort des sentiers battus, et que la langue qui la risque se pense autrement. Je voudrais insister sur la musicalité de ces textes. La poésie est musique, l’image est musicale, elle s’impose en premier par la sonorité, le rythme, la cadence. La langue doit faire entendre ce qu’on voit, qu’on a vu, imaginé, et pensé. La pensée est matérielle, elle se prononce, se vit dans le corps, se danse comme disait Rimbaud. Contrairement à mes autres livres, celui-ci contient des poèmes écrits au jour le jour sans souci de construction. C’est un peu comme un journal. La première partie est la plus ancienne, elle formait à l’origine un recueil à part, mais les poèmes ont paru dans différentes revues un peu dans le désordre.

 

II

CONGRÉS

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Congrès est une suite de pièces se répondant les unes aux autres pour former une sorte de cycle. Le titre est à multiples entrées de sens. Il signifie que tout se concerte, les choses, la nature, les êtres, pour faire comme on dit un monde. Il signifie comme à son origine l’acte sexuel, nous rappelle Borges. Dans mes livres, il ya toujours une érotisation des paysages, une exacerbation des sensations, une réponse libidinale intense aux injonctions de la nature la plus sauvage et la plus féminine, propre à libérer les mots de la langue démoralisée. La culture (il ya beaucoup de références, avec par ci par là quelques latinismes dans Congrès) est très sollicitée, mais je dirais d’une façon ludique. Comme lorsque dans un poème où je raconte, que lisant le livre de Catulle,  je suis distrait par le passage d’une fille rousse qui marche sur une allée goudronnée de frais, et que j’évoque la cadence de ses pas en citant un vers du poète latin, transformant ainsi la perturbatrice en mini-jupe de ma lecture, en Lesbia, la maîtresse chantée dans son livre. Il y a une dimension fantastique, dans le baroque à la fois de la langue et des images. Dans sa postface, Pascal Boulanger dit que : « Cette écriture baroque résonne dans les profondeurs musicales des choses vues, dans leurs incessantes métamorphoses… »  

 

III

JOIE ROUGE

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Joie rouge est le livre des oppositions entre joie et bonheur. Il est le plus « philosophique » de mes autres ouvrages. J’ai voulu marquer le passage de ces instants fugaces où l’existence arrive à son exultation, à des instants pléniers de la vie, renvoyant cette idée du bonheur dans les fonds opiacés des sacristies. Des colères parfois devant des incuries menant aux barbaries, des attendrissements aussi qui sont armés parce que l’on voit rouge quand on voit le sang, le soleil et la mort. Ce livre est composé de soixante sonnets dialoguant entre eux. La joie est un sentiment lié à un moment et à une situation donnée, il ne peut durer mais il peut se répéter selon le change de son objet. Les moines Bouddhistes ignorent le bonheur mais exaltent la joie. L’écriture est une opération matérielle en ce sens qu’elle consiste à bâtir avec des sons, des formes, du cerveau, des constructions où circule le sens dans toutes les directions y compris jusqu’au crash. J’aime les compressions que Valérie Constantin à faites de ces blocs de mots, en en accusant du coup la matérialité. On peut, lire les compressions, comme les poèmes, « en cours de lecture ».

 

IV

VOIERIES ET AUTRES CIELS

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Voieries et autres ciels, est le plus situé, le plus « dans l’époque » de mes livres. Je suis ce qu’on appelle un vrai Parisien, y étant né, de parents parisiens depuis des lustres. Cependant j’ai plutôt un imaginaire campagnard, j’adore les prés, les champs, les forêts tout ce qu’il est convenu d’appeler abusivement « la nature ». C’est la mer qui me hante, ses falbalas Vénusiens avec leur odeur, ses récits à foison, ses toisons d’or volées, ses « en allées » vers des soleils des Hespérides, ses bateaux pirates et ses archipels. Je peux être le plus intarissable Ulysse et comme lui avoir du sel sur la langue,  (qui comme on le sait est la queue des sirènes).Néanmoins, ce livre est un livre de ville, un livre sur la ville et la mienne, Paris.

J’y poursuis mes déambulations anciennes, mes regrets d’y voir s’abîmer les belles promenades en des lèche-vitrines de singeries « modernes » et à l’encan des marches, le marché ouvert à toutes turpitudes, à toutes plus values qui dévaluent la vie. Mais si parfois on sent planer la nostalgie, c’est l’ironie qui prend le pas. Le spleen Baudelairien m’est totalement étranger, bien que Baudelaire soit évoqué souvent dans ces textes. La lecture de Benjamin a été déterminante pour l’écriture de cet opus. Elle m’a donné le goût de ces explorations urbaines que j’avais déjà senti à la lecture du « paysan de Paris » d’Aragon, surtout que ce livre magistral évoque les buttes Chaumont, endroit que j’ai fréquenté dans ma jeunesse. La lecture d’ « enfance berlinoise », de « sens unique » et surtout de « Paris capitale du XIX° siècle » de Walter Benjamin a réveillé certains souvenirs de ma prime enfance et plus tard, de mes premières amours adolescentes. En fait, la ville  est celle de mes rêves, celle que j’ai du mal à retrouver dans ma vie diurne. Le surréalisme, dont je n’ai pas subi consciemment l’influence, via Benjamin, a peut-être été pour quelque chose dans mon inspiration au cours de l’écriture de voieries. Ce livre est le seul dont je suis le héros nostalgique et le passant fantôme.

Il est le plus chargé d’éléments autobiographiques et où les références littéraires sentent le parfum passé des bouquinistes en même temps qu’elles confortent cette idée que notre temps présent s’aliène la mémoire de ce qui fonde en propre sa modernité.

 

V

LA TOURNÉE DU BARMAN

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La tournée du barman, c’est en quelque sorte le come bak de ce personnage qui apparaît deux fois dans « Congrès » où il raconte à ses clients, un passage de sa vie et cite Ovide en remplissant les verres. Relisant ces deux poèmes, j’ai pensé que ce curieux bonhomme, avec son récit d’exil amoureux, méritait de réapparaître dans un livre. Il m’attirait, avec son mélange de culture et de vulgarité, son humanisme un tantinet romantique, sa prédilection pour la parole et son penchant pour la poésie, fût-elle de bistro. Il me semblait qu’avec lui, je pouvais en quelque sorte donner une suite plus romanesque à ma pérégrination dans « Voieries et autres ciels », pour en faire l’anabase du poète-barman à travers un Paris enneigé une veille de Noël et qui suit l’étoile morte parmi les guirlandes, les murs de sapins et tous les mécanismes qui meuvent la foule affairée aux achats dans un monde perdu par la consommation, la technique avancée, le vide sidérant du plein écran HD, et bien évidemment la sainte moraline à ne pas prendre à jeun. Mon barman ne caresse pas dans sa poche un objet froid de communication au forfait, mais une étoffe d’un rose angélique qui ne sent ni l’or ni l’encens mais la chair désirante d’un être désiré, donc pleinement sauvé. Les illustrations qu’en fit Francine Sidou, donnent tout son rythme, toute sa vitesse au texte, et au personnage, tout son humour, son empressement amoureux et son étonnement face à tout ce qui est étranger à son étoile. Elles font marcher le poème en accompagnant son « héros ». La poésie est un travail, un faire, selon l’étymon, une action sur le monde, un « en marche » selon l’expression de Rimbaud. J’aime cette parole de Reverdy, poète dont l’influence est des plus importantes dans mon travail : La poésie n’est ni dans la vie ni dans les choses- c’est ce que vous en faites et ce que vous y ajoutez.

 

VI

PARKING BLANC

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Parking blanc est un livre « Adressé » plus directement, à la fois au lecteur et à la poésie. Contrairement à mes précédents ouvrages, où les poèmes étaient de forme courte, ceux de Parking sont plus étendus et de facture différente. J’y fais moins appel à la citation, ils sont aussi plus libres de ton. Le fait qu’ils soient pour la plupart au vocatif leur donne un air d’intimité avec le lecteur qui se sent apostrophé à propos de telle ou telle situation dans laquelle le poème l’imagine. La peinture est très présente dans ce livre, elle est évoquée dans plusieurs chapitres, notamment dans celui dédié à Willem de Kooning. Le poème rappelle parfois la prose. Le ton prend souvent l’allure d’une conversation, d’un colloque. D’autres fois, semble s’ébaucher un récit, mais où toujours le lecteur est le héros. Les paysages évoqués, pour ne pas dire peints, sont ce que j’appelle des « relevés excessifs » ils relèvent des mots. L’ombre de Raymond Roussel plane sur tout le livre. Le titre s’est imposé à moi, m’évoquant toute place vacante pour y garer nos véhicules langagiers, nos rêves, comme nos encombrements existentiels. Tous les textes de Parking blanc…Font passer de l’air sur les machines d’aube/qui sont à l’affût de toutes nos éclipses…Est-ce notre arrivée est-ce notre départ/ mais sur la même ligne au moment où nous sommes/ où nous nous attendons. Toute ma réflexion sur l’acte d’écrire, sur le je du poème, sur la forme pronominale qui rend très souvent l’adresse indéterminée (On ne sait pas qui parle et qui dit je à qui) donne au livre un coté essai.

 

VII

SE FAIRE UN LIEU

à
paraître

Se faire un lieu, est en quelque sorte la suite de Parking, mais où je fais un retour sur mes anciennes recherches. Je fais pour ainsi dire la somme de mon travail poétique. C’est le plus important de mes livres et le plus copieux. Prenant pour titre l’aphorisme de Joubert :

« Il faut se faire un lieu », j’insiste sur le fait que nous devons construire le monde, notre monde, avec les matériaux, non de l’imagination consciente, mais de celle qui nous fait surgir à nous même, celle qui est notre météorologie sans cesse perturbée par notre situation ambiante. Les mots ne sont pas ce qui désigne ce lieu, ils sont le lieu même que nous nous construisons. Souvent le poème renforce la trivialité d’un fait, d’une situation. Loin de les embellir, il en renforce la singularité. Les paysages se font de plus en plus baroques mais aussi plus lyriques, d’une façon moderne, en ne s’adressant à personne en particulier et comme de profil. Je ne comprends pas trop cette description que je fais de ce livre, n’étant pas un critique de poésie mais un poète qui fait se critiquer la poésie en la faisant. Ce livre est de loin mon préféré, le plus proche de celui que je rêvais d’écrire. Il ya des traversées de villes, de villages, où l’histoire a laissé des hiéroglyphes invisibles dans les choses qui se donnent à voir, en exhibant leurs charmes de façon perverse, inventant la beauté qu’il nous faut saluer d’une façon nouvelle, car elle est mortelle et hors de jugement. J’ai voulu porter la métaphore au plus haut degré d’intensité, car le corps est présent partout dans ce livre. C’est peut-être que celui qui en est le scribe est un vieil artisan de son monde. C’est aussi un livre d’adieu à ce qu’on appelle la poésie en vers. Je pratiquerai désormais ce qu’on appelle la prose, qui est une poésie plus élastique selon le terme de Cendrars. Le barman des précédents ouvrages, réapparaît dans celui-ci. On le retrouve dans un de ces abris-bus qui terminent presque tous mes livres, et son attente du prochain 140 lui fait voir des instants et entendre la musique non pas des sphères mais du monde. Il  montera avec la foule dans le bus et disparaitra avec la poésie bien sûr, un jour de pluie. Si je n’avais eu à publier qu’un seul de mes livres, c’est Se faire un lieu que j’aurais choisi. Je peux affirmer que c’est le plus construit de tous mes ouvrages.

 

 

 

 

 

 

Margo Ohayon

Grand Format - 176x250 - 374 pages

Poésies I

Avec un peu de retard, voici le premier volume des Poésies de Margo Ohayon. Un volume d'Autofictions paraîtra en septembre ainsi qu'un premier volume de Correspondances-Essais à la fin de l'année. L'œuvre complète continuera d'être publiée dans les prochaines années, à raison d'un ou plusieurs volumes par an. Ainsi, le public pourra apprécier un travail littéraire d'importance resté presque inédit malgré son excellence.

La collection Œuvres complètes chez Le chasseur abstrait vient de naître. Son objectif est de pallier le manque d'appréciation et de pertinence qui affecte notre temps.

Pour en savoir plus sur le travail de Margo Ohayon, consultez le [nº 70 de la RAL,M : SPIRALE].

Catalogue du chasseur abstrait : [Margo Ohayon].

 

 

 

 

« Et Isidore Ducasse, comte de Lautréamont ! A ce sujet, il est grand temps de dissiper l'atmosphère de scandale qui a été créée autour des Chants de Maldoror. Monstruosité ? Aérolithe littéraire ? Délire d'une imagination malade ? Allons donc ! Comme c’est commode ! La vérité est que Lautréamont n'a eu qu'à regarder, les yeux dans les yeux, l'homme de fer forgé par la société capitaliste, pour appréhender le monstre, le monstre quotidien son héros. » *

3ème épisode de Gor Ur III  [MARVEL II - Poursuite rémémorée]

— Vous dormirez, dit une voix.

— J’crois qu’j’en ai pris assez.

— Encore. Regardez ! Il en reste.

— C’est vrai ! Pourtant, j’ai cru…

Elle en rajoutait dans les intervalles, pendant qu’il avalait celles qu’il avait trouvées. Et il se laissait faire, s’étonnant de n’être pas capable de les trouver comme il aurait dû, d’un passage de main sur la surface lisse et tiède de la table de chevet. Il avait tellement besoin de ce sommeil ! Il en avait tellement rêvé toute la journée. Il ne se rappelait même plus le film qu’il avait vu. Il pouvait se souvenir des toutes les scènes qui avaient documenté son enfance. Mais impossible de dire quoi que soit d’intelligent et d’opportun à propos d’un film qui était de Spielberg, comme tous les films qu’on leur imposait, mais qui était maintenant vide de contenu.

— Je ne sortirai pas d’ici tant qu’il en restera, dit-elle.

Putain ! Le trip ! songea-t-il une seconde avant de perdre pied.

 

Dans la nuit, la vigilance des systèmes devenait moins analytique. Des hommes chargés d’intervenir s’assoupissaient dans les angles sous les extincteurs. Plus personne ne jetait un œil idoine dans les cours où frémissait une végétation tropicale qui trempait ses racines dans la rigole résiduelle des pavillons expérimentaux. Frank descendit sur la pointe des pieds. Il avait promis de pas faire d’histoire, sinon on le virerait sans ménagement. Il s’était entretenu longuement avec ces protecteurs de la paix sociale. Il avait même mangé avec eux à leur invitation. Roger Russel aussi avait été clair :

— Vous enquêtez en douceur, Frank. Pas de dépassement de soi, pas de hors-piste, rien que de la douceur et j’veux voir les réactions en chaîne se dérouler comme si rien ne se passait.

— Pigé, patron !


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Pour en savoir plus, visitez aussi TÉLÉVISION le  [site perso de Patrick Cintas]

 

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Nouveautés chez :

 

 

Nº 80

113 articles publiés.

 

 oOo

Programme de la RAL,M 2012 

Nº 81 en octobre

 


 

* Discours sur le colonialisme

La bourgeoisie, en tant que classe, est condamnée, qu'on le veuille ou non, à prendre en charge toute la barbarie de l'histoire, les tortures du Moyen-Age comme l'inquisition, la raison d'état comme le bellicisme, le racisme comme l'esclavagisme, bref, tout ce contre quoi elle a protesté et en termes inoubliables, du temps que, classe à l'attaque, elle incarnait le progrès humain. Les moralistes n'y peuvent rien. Il y a une loi de déshumanisation progressive en vertu de quoi désormais, à l'ordre du jour de la bourgeoisie, il n'y a, il ne peut y avoir maintenant que la violence, la corruption et la barbarie.

Éditions PRÉSENCE AFRICAINE

Aimé Césaire a bientôt 100 ans.

 


 

« Pour respecter l'idiosyncrasie de chacun... » André Gide - Paludes.

Page
editoriale

 

2013
 Nº 83 - avril 2013 - Pétainistes endormis - Prologue des Huniers - Patrick Cintas
 Nº 82 - janvier 2013 - Tradition et Modernité - projets pour la RAL,M - Patrick Cintas

 

2012
 Nº 81 - octobre 2012 - L’Etat, la poésie, la société... - Pascal Leray
 Nº 80 - juillet 2012 - L’Urine et le Métal - Roger Russel
 Nº 79 - avril 2012 - La série selon Mel Bochner - Pascal Leray
 Nº 78 - janvier 2012 - Aux sources du sens (de la réalité) - Pascal Leray

 

2011
 Nº 77-bis - décembre 2011 - La relation auteur-éditeur - Patrick Cintas
 Nº 77 - novembre 2011 - Manifeste mutantiste - Mathias Richard
 Nº 76 - octobre 2011 - Un puits dû au silence - Patrick Cintas
 Nº 75 - septembre 2011 - Commencement de la fin - Roland Nadaus
 Nº 73-74 - juillet-août 2011 - Rêve et poésie - Serge Meitinger
 Nº 72 - juin 2011 - La ré-invention du corps chez Rimbaud - Gilbert Bourson
 Nº 71 - mai 2011 - Figure de l’écrivain et cancans - Patrick Cintas
 Nº 70 - ANALECTIC SONG - Trois personnages au carré
 Nº 69 - PRINTEMPS DES POÈTES - Intellos & populo
 Nº 68-2 - ANALECTIC SONG
 Nº 68-1 - Vive le pouvoir judiciaire !
 Nº 67 - Le SLAM de la RAL,M !

 

2010
 Nº 66-bis - Projets ralmiques
 Nº 66.2 - Éloge du terrorisme.
 Nº 66.1 - La condition textuelle - de Pascal Leray
 Nº 64-65 - juillet-août 2010 - L’été des poètes !
 Nº 63 - Pas de printemps pour les poètes ?
 Nº 62 - SCUM
 Nº 61 - Cinéma-roman & Roman-cinéma
 Nº 60 - La poésie, Rougerie...
 Nº 59 - Identité nationale
 Nº 58 - Camus... j’aurais aimé la France...

 

2009
 Nº 57 - Salon du livre de Paris 2009.
 Nº 56 - Les poètes - Novembre 2009.
 Nº 55 - L’auteur chez Le chasseur abstrait.
 Nº 54 - Textes et Prétextes - La revue du site.
 Nº 52-52 - <I>Etoile de l’Aube - Délégation Haute-Garonne/Midi-Pyrénées de la Société des Poètes Français.
 Nº 51 - L’auteur et son libraire.
 Nº 49 - Meschonnic maintenant.
 Nº 47 - Collectif ALM.
 Nº 46 - Une année de plus.

 

2007
 Nº 33 - Antimesse pour Karlheinz Stockhausen.
 Nº 32 - Lettre ouverte à monsieur Azouz BEGAG : celle que j’aurais dû vous envoyer…
 Nº 30 - Entretien avec Luciano MELIS, éditeur.
 Nº28/29 - Douche it again !
 Nº27 - Poésie & Religion.
 Nº26 - Hommage à ROSTROPOVITCH.
 Nº 25 - D’un coup de dés, l’espace du poème depuis Mallarmé - avec Ann-Sarah Laroche - Bibliothèque de Toulouse.
 Nº 24 - Du chômage.
 Nº 22-23 - Le droit de choquer.

 

2006
 Nº 21 - Vallejo y Neruda - Entre classique et romantique.
 Nº 20 - À propos de Robert REDEKER.
 Nº 19 - Désespère !
 Nº 18 - FEMME(S) & CRÉATIVITÉ.
 Nº 16-17 ART & THÉRAPIE.
 Nº 15 - Espace de Valérie CONSTANTIN - Livres d’artistes.
 Nº 14 - Onuma Némon - Julie-la-fête.
 Nº 13 - Jean ORIZET, le duende.
 Nº 12 - COMBAT CONTRE LE PÈRE - Tractatus ologicus III.
 Nº 11 - SPÉCIAL ROBERT VITTON - Un aléa d’îles.
 Nº 10 - Féminité et créativité : créer ou ne pas être.

 

2005
 Nº 9 - La poésie, déesse cachée du désir quand le silence se brise.
 Nº 8 - Tractatus ologicus.
 Nº 7 - Jouir de sa douleur.
 Nº 6 - Le droit à la nuance.
 Nº 5 - León FERRARI - L’Église catholique et la peur de la Beauté.
 Nº4 - Derrida made in America.

 

2004
 Nº 3 - En vue de notre mondialité.
 Nº 2 - Écrire, pourquoi faire ?
 Nº 1 : Écrivez pour empêcher les autres d’écrire.

 

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Que publions-nous ? Des livres traditionnels « en papier » destinés à la librairie et, pour les auteurs qui le souhaitent, leurs versions numériques au format Kindle d’Amazon.

Qui publions-nous ? Des écrivains, pourvu que, dans le « créneau » où ils ont choisi de s’exprimer, ils excellent : de la chanson à la poésie la plus difficile d’accès, du roman traditionnel aux compositions complexes de la modernité, de la réflexion pragmatique aux pensées les plus aventureuses - nous n’avons de limites que le talent et l’honnêteté intellectuelle.

 Vous souhaitez proposer un manuscrit au Chasseur abstrait :

1º) Veuillez indiquer clairement dans quelle collection.
2º) Le manuscrit doit être joint à votre email au format Word ou équivalent. Si vous préférez l’envoi postal : 12 rue du docteur Jean Sérié 09270 Mazères.
3º) N’oubliez pas d’indiquer vos coordonnées.
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Nous vous proposons un contrat d’édition stipulant notamment :

CESSION - La cession qui engage tant l’auteur que ses ayants droit est consentie pour la durée de la propriété littéraire d’après les lois françaises et étrangères et les conventions internationales, actuelles et futures. Cette autorisation prendra effet dans tous les pays du monde. 

DROITS - Pour prix de l’autorisation de publier l’ouvrage dans l’édition courante décrite ci-dessus, l’éditeur versera à l’auteur un droit correspondant à  ... % du prix de vente public hors taxe.

TIRAGE - Le chiffre des tirages sera fixé par l’éditeur dans le cadre d’une production à la demande.

Voir le Contrat A.

2º) CONTRAT B - Vous n’êtes pas un auteur confirmé et vous n’avez pas créé un ESPACE D’AUTEUR sur le site de la RAL,M. Nous vous proposons un contrat B. Il diffère du contrat A sur deux points :

CESSION - Elle est limitée à un an ou deux maximum.

ACHAT D’EXEMPLAIRES PAR L’AUTEUR - L’auteur s’engage à acheter un certain nombre d’exemplaires de son livre.

Voir le Contrat B.

Inutile donc de nous proposer un manuscrit en espérant décrocher un Contrat A si vous n’êtes pas un auteur confirmé ou si vous ne participez pas à nos ESPACES D’AUTEUR.

3º) La plupart des manuscrits que nous recevons sont médiocres et ne méritent évidemment pas d’être publiés chez un éditeur. Nous vous adressons alors une lettre de refus type, car nous n’avons pas le temps d’entrer dans des détails que vous pourrez mieux régler chez un prestaire tels que Publibook, Manuscrit.com, L’Harmattan, Lulu.com, etc., chez qui vous pourrez librement pratiquer l’autoédition (vous serez alors à la fois auteur et éditeur).

Pour plus d’informations, écrire  :

ou : Le chasseur abstrait éditeur -12 rue du docteur Jean Sérié - 09270 Mazères

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Numéros de la RAL,M
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Numéros spéciaux

 

 

  Actor - Le livre des lectures documentées - de Patrick Cintas

Il n’y a rien d’autre à faire, pour commencer, que de s’expliquer du mieux qu’on peut. Ainsi, la matière initiale est soumise à des contraintes venant de l’extérieur comme de l’intérieur. Qu’il y ait des lois à cela n’est pas impossible. Est-il toujours assez tard pour s’en inquiéter ? Les premiers personnages sont nés dans des récits de lecture.[...] Ceci est donc la narration de faits, vrais et imaginaires, à opposer aux choses — faits soumis à l’étude de leur déformation et de leur écoulement sous l’effet des contraintes de l’existence. On peut appeler ces faits de la poésie.

 

  Gor Ur - Le Gorille Urinant - de Patrick Cintas

Les lecteurs d’ ANAÏS K. connaissent déjà GOR UR, le Gorille Urinant. Le voici de nouveau dans un contexte bien différent, celui d’un feuilleton. La littérature en prend un coup, sans doute, mais le ton y est. L’Urine divine est toujours en lutte contre le Métal gothique. Et l’inspecteur Frank Chercos suit les pistes, épaulé par la Sibylle et l’astronaute John Cicada. La parodie grotesque de ce Monde continue sur le ton du récit le plus vernaculaire qui soit, en proie à l’infantilisation de l’Homme plus destiné à arracher les pattes de l’insecte qu’à en envisager la cohabitation émerveillée d’un côté comme de l’autre. Ici, peu de schizophrènes, beaucoup de paranos et surtout énormément de cons. Les prévisions de cyberespace et autres uchronies de la technologie sont tombées en désuétude : l’existence de l’Homme se continue en dehors des grands récits qui forment autant de possibilités d’Histoire : la Philosophie, la Poésie, la Poétique. Avec ce roman obstiné, Patrick Cintas décrit la gangue politico-religieuse qui écrase ou réduit celle ou celui qui se définit d’abord par la pratique d’un art. Art conçu comme l’antipode exact du jeu et par conséquent proposition d’une redéfinition du Travail. Hélas, Gor Ur sort toujours vainqueur de ces joutes et son Urine jaillit alors comme l’eau bénite des doigts trop enclins à la fabrication du Bonheur au détriment de l’explosion de la Joie.

 

  Robert Vitton - Thaumaturgie vernaculaire

L’existence serait composée de miracles, prodiges du quotidien, phénomènes sujets à émerveillement, et cela n’aurait de cesse si les mots continuaient d’appartenir à une langue propice à la poésie parce qu’elle est toujours en quête de l’heure dérobée, concept purement poétique dont Robert VITTON, poète et prosateur, est l’inventeur. La particularité de l’homme tiendrait à la proximité de cette langue, à sa familiarité, et à la multiplicité des détails de l’heure. En vers ou en prose, c’est bien l’existence qui est cernée dans un chant poétique continûment inventeur de ses découvertes que le poète ne cherche pas à posséder tant il a conscience d’être possédé par elles.

 

  Serge Meitinger - Autoscannographie

Nous n’avons que notre corps, mais son monde - le nôtre - ne s’arrête pas à la surface de l’épiderme. Nous n’y sommes pas enfermés comme en une outre chaude et molle ou en une cuirasse bardée de muscles. Sans cesse nous rayonnons et recevons les impulsions de tout le dehors, proche et lointain, dans toutes les gammes sensibles, conscientes, inconscientes, préconscientes comme si notre peau était tambour et tamis, interface diaphane et protecteur à la fois. Nos sens sont des émetteurs, des vecteurs et des récepteurs ; notre esprit un convecteur, ordonnateur et disséminateur. De fait un halo nous entoure et forme notre avant-corps, une aura qui nous rend sensibles à ce qui est et à autrui. Ainsi nous pouvons appréhender le monde en ses qualités propres, les autres en leur singularité sans avoir à toucher ni à être touchés. En avant des corps, les avant-corps se connaissent et s’éprouvent ; si ces derniers ne se conviennent pas, les choses et les êtres, les corps et les esprits ne communieront jamais et iront même jusqu’au rejet. Socialement et culturellement, certaines lois dites de « proxémique » règlent une bonne part de ces rapports (possibles et souhaitables) et les tolérances sont variables selon les latitudes, les cultures et les groupes sociaux. Plus intimement l’on parlera d’aimantations et de « tropismes » : des polarisations, parfois infinitésimales et affectant tous les sens à la fois, nous situent par rapport à tel ou tel autre, telle ou telle réalité plus ou moins prochaine. Et si nous ne pouvons pas « les sentir » c’est que quelques-unes des particules sensibles et olfactives émises en leurs avant-corps nous répugnent particulièrement. S.M.

 

  Pascal LERAY - Une sériographie

Tant que l’oeuvre de Pascal Leray demeurait inédite à cause d’un monde éditorial voué au commerce et à ses usages, on ne pouvait guère en mesurer l’ampleur qu’en se rendant sur l’Internet pour explorer les "forums" où cet excellent écrivain allait jusqu’à manger de l’homme. Puis il se mit à développer dans la RAL,M une activité créatrice originale et d’une exceptionnelle maîtrise. Depuis peu, Le chasseur abstrait a entrepris de publier ces livres tous hors du commun et surtout capables d’explorer le langage sous toutes ses formes : roman, poésie, théâtre, musique, chant, peinture, critique, etc. Un pareil effort sur le Monde est autre chose qu’une simple palette. C’est une oeuvre. Et comme cet homme sait jouer de son visage et de son rire, ces textes proposent une sérieuse physionomie de la littérature avec des échappées d’un humour parfaitement ravigotant.

 

  RAL,M & L’ANCRAGE : L’étranger

Voici donc un ticket aller simple. Nous ne garantissons pas les retours. C’est notre première et dernière exigence. Ramer à la force du poignet. Audaces fortuna juvat. L’idée d’un tel rapprochement, un précédent entre deux revues des deux côtés de l’Atlantique, peut sembler étrange. Et bien justement. Nous traitons ici de l’étrange, de l’étranger. (Victor Grauer et Patrick Cintas opteront pour l’idée d’Aliens.)

De sorte que le moment ne pouvait pas être plus propice à l’aventure. ¡La aventura comienza con el hombre !

Peu à peu l’oiseau n’a pas fait que son nid ; il s’installe tout doucement. La collaboration avec la RAL,M nous a tous rajeunis. L’Ancrage a vu le jour il y a de cela quatre années et la RAL,M a un an ; tandis qu’aujourd’hui RAL,M & ANCRAGE ensemble, le temps d’une escale sont en train de naître sous vos yeux. On a toute la vie pour apprendre. Nacer Khelouz.

 

  BRUITS de Valérie Constantin

Les lecteurs de la RAL,M ont pu explorer depuis plusieurs années l’univers pictural de Valérie Constantin qui exerce son influence sur l’esthétique de cette revue et des ouvrages publiés par Le chasseur abstrait. Les « bruits » constituent une partie seulement de son œuvre plastique, mais ils ont une importance nouvelle. Ce sont ces « bruits » qui forment en ce moment l’essentiel du contenu proposé par l’artiste aux internautes. Exposition qu’on peut visiter sur son site :

 valerieconstantin.ral-m.com

Les bruits y sont déclinés en trois mouvements ou phases qu’il convient de commenter. Une unité s’en dégage, uniquement plastique, avec ce que cela impose de retentissements intérieurs.

 

  SPIRALE de Margo Ohayon

Ce nouveau spleen, ce mal de la vacance, cet exil le projettent dans des terres glaciales aux tonalités froides que cernent maints régions forestières, où des futaies d’indifférence s’étalent à perte de vue, n’offrant pour tout bruissement qu’un silence d’une profondeur tellurique, angoissant par son éloignement des frontières supportables de la perception humaine. Il entend jusqu’à la surdité. Le silence lui crève les tympans. Il apprend à reconnaître ce réel sans altruisme d’une matérialité incontournable, qui dresse devant son envergure de fourmi les murailles d’un monde géant souterrain, citadelle fortifiée d’un envers. Le retour de vagues prêt à l’immerger durant ce rêve reflue pour venir se mettre à niveau du rivage, la chaleur l’immobilise en un bien-être soudainement. Les souffles viennent à lui en sens inverse.

 

  Les poètes du chasseur abstrait

Poésie... « projet d’ordre esthétique consistant à mettre en question toute représentation du réel effectif et de faire accomplir à la langue, jusque là médiatrice entre exprimable et exprimé, un saut radical qui la fait changer de statut à l’intérieur de son propre code », écrit Gilbert Bourson à propos de Rimbaud.

Pour Jacques Roubaud, « la poésie s’adresse particulièrement à ceux qui la reçoivent [...] elle n’a pas une intention de récit ou de pensée. »

On n’en finit pas de gloser sur la pertinence des propos et du propos. Certes, mais la poésie ne peut pas se passer de commentaires. Sans eux, elle perd non pas son sens, mais le sens de ses chemins. Entre autres, ceux que nous empruntons ici, au coeur même du catalogue du Chasseur abstrait.

Notez l’adresse Internet de cette page spéciale
car la liste s’allonge au fil du temps.

 poetes.ral-m.com

 

  Les narrateurs du Chasseur abstrait

 

 

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Espaces d'auteurs

 

 

  Espace de Patrick Cintas

Patrick Cintas dirige la RAL,M depuis avril 2004.

 

  Espace de Valérie CONSTANTIN

La peinture nous force au silence pour nous rendre capable d’entendre sa rumeur. La poésie propose sa rumeur pour nous rendre sensibles aux couleurs du silence. Michel Butor

 

  Side effects de Nacer KHELOUZ

Le théâtre de ma souffrance d’humain est d’abord un théâtre, c’est-à-dire un spectacle. Et comme tel, j’exige de lui qu’il aille au-delà du supplice.

 

  Lèvres du silence de Marie SAGAIE-DOUVE

Née en 1949, j’appartiens à la génération du baby-boom. Issue d’une famille qui allie l’aristocratie à la paysannerie, laquelle évolue vers la bourgeoisie, j’hérite d’une culture où la liberté de penser se heurte aux dogmes d’une religion, dont les interdits rythment les gestes quotidiens. Au centre se noie mon désir.

 

  Lettres vagabondes de Benoît PIVERT

Lettres vagabondes... comme une imagination capricieuse et paresseuse, comme les zigzags du désir qui s’envole et retombe, imprévisibles comme ces rencontres que l’on fait au hasard des chemins de traverse de la littérature. Lettres d’ici et d’ailleurs. Lettres libres comme l’air d’un vagabond solitaire en quête de sens.

 

  Línea de sombra de Oscar PORTELA

Literatura. Filosofía. Cine...

Né dans la province de Corrientes (Argentine) en 1950. Important écrivain argentin, il a publié de nombreux livres de poésie : Senderos en el Bosque, Los Nuevos Asilos, Memorial de Corrientes, La Memoria de Láquesis, etc) et d’essais sur la pensée philosophique contemporaine comme Nietzsche sonámbulo del día. Ses livres sont publiés en Espagne, au Mexique, Venezuela, Paraguay. Il est aussi critique de cinéma et compositeur.

 

  Interlope de Andy VÉROL

Créé en 1997, Interlope était un projet à l’initiative d’Arturo B. Vidal, 6Mic et Andy Vérol. Revue confidentielle papier, Interlope ne vécut que deux numéros avant de croupir dans l’oubli.

C’est en 2007 qu’Andy Vérol décide de reprendre l’initiative, avec une façon toute artisanale de fabriquer cette revue devenue, depuis, post-culturelle… Les années 2000 ont révélé l’inutilité des combats, des luttes. Tout est « révolution » ou « révolutionnaire ». Les nouvelles technologies, une « révolution ». Le pouvoir d’achat, une « lutte ». Si l’on dit du mal des patrons, on est taxé de « réactionnaire ». Si l’on fait remarquer la vie misérable de 80% de l’Humanité, on passe une page pub.

Interlope est la revue de ceux qui considèrent l’Occident comme un espace prédateur, un pays pour les dominants, tels les zombies dans les films de Romero, poussant leurs caddies, de façon mécanique, dans des centres commerciaux rutilants, derniers espaces de communication, de savoir-faire, de bien-être, de labeur et de spiritualité…

Interlope laisse donc la place aux écrits de ceux qui considèrent un suicide violent et vomitif, comme un acte de libération ultime… Ou peut-être l’écriture. L’alcool. Les drogues. Le sexe sans limite… L’abstinence… La dépendance à tout autre chose qu’à l’économie, la morale et l’idée d’un possible…

 

  Produire du sens de Stéphane Pucheu

C’est à la fin des années 1970 qu’il devient lecteur, de par l’intérêt de ses parents pour le livre. " On n’est pas sérieux quand on a huit ans " . Dès cet âge, les romans d’aventure, ceux de Jack London ( " Croc-Blanc " ), Rosny l’aîné ( " La Guerre du Feu " ) et Michel Peyramaure ( " La Vallée des Mammouths " ) notamment vont développer son imagination et lui apprendre à connaître l’homme. Puis, adolescent, la tragédie grecque et les romans policiers seront ses principaux univers, à travers les oeuvres de Sophocle ( " Antigone " ), d’Euripide et d’Agatha Christie, une période au cours de laquelle il découvre le théâtre contemporain avec Cocteau ( " L’Aigle à deux Têtes " ) qui marquera sa mémoire. Quelques années plus tard, il abordera avec passion les grands classiques du XVIIIe et XIXe siècles comme Laclos, Stendhal ou Flaubert. La littérature contemporaine s’impose, en parallèle, avec Gide, Proust, Mauriac, Saint-Exupéry ou encore Sartre et Camus. Les écrivains américains ont aussi leur place dans son parcours de lecteur éclectique et exigeant, tels que Henry James, John Steinbeck, Hemingway ou Charles Bukowski. L’un des auteurs les plus récents et importants - disparu l’année dernière - est sans nul doute Alain Robbe-Grillet dont il admire le style, la pugnacité et la liberté de ton, un écrivain à ses yeux incontournable. En résumé, un ensemble de lectures classiques et modernes, académiques et originales dont certaines, comme Molière ou La Fontaine, conservent toute la puissance de leur singularité. A la fois proche du XVIIe siècle - le siècle de la révolution formelle - et du XXIe, marqué par l’impact toujours aussi grand du Nouveau Roman, c’est de cette manière qu’il s’accorde avec la littérature et le temps.

 

  Chantpoésie de Jean-Claude CINTAS

 

  L’inconnu sans ami de Jean-Michel GUYOT

L’impuissance de toute littérature, le dégoût qu’elle inspire, et dans le même temps la nécessité d’écrire et de travailler, voilà l’arc bandé par Georges Bataille et quelques autres.

Entre tous, Bataille aura permis de décocher quelques flèches vénéneuses qui ont volé loin.

Elles n’ont pas encore touché leur cible. Elles vibrent dans la solitude des œuvres.

Mais les œuvres, qui s’en soucie ?

J’aurai écrit pour rejoindre les autres, avec souvent l’espoir de changer un peu la donne, avec l’ambition de dévier le malheur vers des eaux plus claires.

Je n’y suis pas entièrement parvenu.

Le malheur est coriace. Il est vrai qu’il a de nombreux alliés et qu’il sait trouver des appuis jusque chez ceux et celles qu’il tourmente…

Restent - subsistent ? - alors des textes, nombreux, très nombreux, comme des graines de bonheur pas encore germées que je dissémine au hasard de ma vie.

Pas seulement.

Mes textes - c’est tout ce que je leur souhaite - ne sont pas que des traces laissées dans la neige ou la boue, ce sont avant tout des signes d’amitié lancé à l’inconnu sans ami, mais - c’est pure merveille - de signe en signe, ce n’est pas un nouvel amour qui est né dans l’écheveau du temps, mais un amour nouveau, et c’est bien ainsi.

 

  Espace de Santiago MONTOBBIO

Santiago Montobbio est né en 1966, et les premiers poèmes de Hospital de Inocentes datent de 1985. La jeunesse du poète a de quoi nous surprendre, tellement sa culture, la maturité tranquille de sa vision et la robuste limpidité de sa langue témoignent d’un tempérament d’homme et d’écrivain très affirmé.

D’emblée, la parenté de la poésie de Montobbio et de celle de certains de ses grands prédécesseurs espagnols, Alberti et Machado en particulier, nous frappe. A partir d’images simples, empruntées au quotidien et à la nature, il évoque le “sentiment tragique de la vie” qu’Unamuno plaçait au fond de l’âme espagnole, ou ce “passage éphémère” que Cecil Day Lewis citait comme “le thème poétique par excellence”. Les fantômes du vent, les “eaux orphelines” “un amour, une ombre, un oubli” sont les symboles favoris de cette poésie du passage, comme les vies qui “passent comme rien”, sans bruit, avec simplicité, dans le silence.

Jean-Luc Breton

 

  Espace de Serge MEITINGER

 

  Espace de Gilbert BOURSON

 

  Espace de Françoise HÁN

 

  Affectivité nourrie de Cécilia AMBU

Je suis née le 5 Juillet 1976. Je n’ai pas choisi de vivre, mais personne n’a choisi de vivre…

 

  Espace de Pascal LERAY

 

  Le zinc de Robert VITTON

Le comptoir d’un café est le parlement du peuple.
Honoré de BALZAC

Je tisse, je m’escrime dans ce vingt-et-unième siècle comme je l’ai fait dans le vingtième et comme je le ferai dans le trentième. La succession des jours, des ans, des époques nous offre des traces, des indices, des signes, des trouvailles, des énigmes, des clefs, des outils, et par conséquent des langages. L’évidence même, j’ai à ma disposition toutes les modernités révélées. J’ai à ma disposition les onomatopées caverneuses, les plaintes et les cris gutturaux, les grommellements et les gueulements caserniers, les accents des tours babéliques des banlieues, les verbiages salonnards, les babillages commerciaux et industriels, les incantations des fées féodales de la Finance, les anônnements bâtés, entravés de la main-d’œuvre, les ricanements édentés de la Misère… J’ai à ma disposition, dis-je, tous les langages tirés de la nuit, des cendres, de la poussière, des fosses des temps. Ce qui me fait croire que le bipède omnivore, avec ou sans plume, cocalisé, duffel-coatisé, basketisé, bigophonisé, walkmanipulé, en quelque sorte équipé pour recevoir la connaissance, devrait tirer avantage des évolutions dues aux grands chantiers de la Science et de l’Art. J’ai à ma disposition les archaïsmes, les barbarismes, les maniérismes… Les mots, des mots, mes mots… Un personnage est d’abord du texte, constatait Louis Jouvet. J’ai posé mes mots, j’ai rencontré des mots, j’ai désigné, taillé, forgé, déformé, inventé les mots. Un personnage est fait de mots c’est à dire d’idées, de paysages, de lieux, de souvenirs, de personnages.. Au fil de mes relectures, je suis devenu – peut-être redevenu - tous ces personnages, tous les personnages que ces personnages portent en eux. Je n’ai pas toujours eu la maîtrise des entretiens intérieurs, des demandes, des réponses, des questions, des réparties, des ripostes, des afflux, des tourbillons… J’ai travaillé les sons et les sens jusqu’à l’ivresse de la profondeur, interrompant, détournant le courant paisible ou rythmé de l’écriture. J’ai profité sans restriction des aparté, des silences, des rebondissements, du grotesque, du burlesque, du pathétique, de mes réminiscences. Le décor… J’avais en mémoire ce conseil d’Ernest Hemingway : Quand on a quelque chose de difficile à faire dire à un personnage, surtout le faire boire.

 

  La spirale de Margo OHAYON

Ce nouveau spleen, ce mal de la vacance, cet exil le projettent dans des terres glaciales aux tonalités froides que cernent maints régions forestières, où des futaies d’indifférence s’étalent à perte de vue, n’offrant pour tout bruissement qu’un silence d’une profondeur tellurique, angoissant par son éloignement des frontières supportables de la perception humaine. Il entend jusqu’à la surdité. Le silence lui crève les tympans. Il apprend à reconnaître ce réel sans altruisme d’une matérialité incontournable, qui dresse devant son envergure de fourmi les murailles d’un monde géant souterrain, citadelle fortifiée d’un envers. Le retour de vagues prêt à l’immerger durant ce rêve reflue pour venir se mettre à niveau du rivage, la chaleur l’immobilise en un bien-être soudainement. Les souffles viennent à lui en sens inverse.

 

  Atelier de traduction de Marta CYWINSKA

Les amoureux sont d’éternels traducteurs. Ils viennent après pour être avant, ils promettent avant pour trahir après. Ils promettent des images aux mots et des mots aux femmes qu’ils n’aiment plus. Je les accuse, mais je n’ose pas les conseiller. Pétales de roses, princes charmants, déclarations à l’aube et au crépuscule en face d’abréviations et l’emploi des anglicismes.
Mais en même temps, les traducteurs sont toujours mes chevaliers ; ils ont toujours ma confiance en poésie et en prose, comme d’ailleurs en art et en musique. Peut-être suis-je trop naïve en meublant mon coeur d’étagères pleines de poèmes que personne n’osera jamais traduire ?

 

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Entretiens

Christian ZÁRATE   Cristina CASTELLO   Gabriel BAUDUCCO   Laurent MARGANTIN   Patrick CINTAS   Ratimir PAVLOVIC   Rodica DRAGHINCESCU   Valérie CONSTANTIN  

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LA SPIRALE
de Margo Ohayon

 

Contenu : Réflexion et création. Numéros thématiques, anthologiques ou consacrés à un auteur, leur objectif est de communiquer le travail des auteurs publiés ou non par le Chasseur abstrait.

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  Le RALMag nº7 est publié chez Amazon et chez FNAC-Kobo

 

PVP : 3,00 Euros
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Formats ebook :
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GORRURIENNES - Première volée

Depuis quelques semaines déjà, la RAL,M livre des goruriennes sans avoir expliqué ni comment ni pourquoi. Le pourquoi restera sans réponse, puisqu’il appartient à l’idiosyncrasie du lecteur (idiot/cin[glé]/crazy). Comment ? Eh bien parce que. Parce qu’un lecteur particulièrement attentionné (à mon égard) m’a renvoyé les trois volumes publiés sans un mot d’explication et qu’il en a (au cours de combien de lectures) surligné maints passages pour des raisons qui ne s’expliquent pas plus ni mieux. J’ai d’abord songé à des espèces de morelliennes [...]

 

 

  Le T&P 82 sera prêt fin mai

 

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Juillet/septembre - Nº 84 Hypertext is NOT text
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Au cœur de la RAL,M, un travail consistant à assurer la périodicité et les contenus individuels et collectifs. Cette section peut paraître quelquefois complexe, mais elle est l'endroit des recherches et des résultats.

Par principe, c'est ici qu'on entre dans la RAL,M. Mais on peut préférer y entrer de façon plus traditionnelle en consultant le plan du site ci-contre.

Tous les numéros et les éditos de la RAL,M depuis avril 2004, date de sa création.

La RAL,M publie des revues "papier" : T & P - RALMag - Cahiers de la RAL,M + la Lettre de la RAL,M.

Un thème... un auteur.
Les numéros spéciaux représentent toujours un gros travail d’écriture et de construction.

Ces auteurs ont bien voulu animer des espaces plus proches de leurs préoccupations que le sommaire de la RAL,M toujours un peu généraliste.

Cette zone éditoriale est aussi le lieu des sites personnels. Ceux de Patrick Cintas et de Valérie Constantin sont connus depuis des années et évoluent constamment. Pascal Leray est au travail.

En marge de la littérature des nations et de celle des peuples, voici une littérature plus modestement composée et assumée, ce que Ferdinand Cheval appelle le « travail d’un seul homme ».

Les lecteurs de la RAL,M ont pu explorer depuis plusieurs années l’univers pictural de Valérie Constantin qui exerce son influence sur l’esthétique de cette revue et des ouvrages publiés par Le chasseur abstrait.

La réalité était l’objet de ce roman énigmatique.

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Dans ces rubriques, quelques centaines d'auteurs vous offrent de quoi lire pour présenter leur œuvre.

Notez que les auteurs sont classés par ordre de parution selon la bonne règle qui veut que les derniers arrivés sont les premiers servis — ceci pour donner la primeur aux plus actifs d'entre eux.

Toute la poésie, celle des chansons comme la plus difficile. L’exigence consiste à faire le mieux possible dans sa "partie".

Tous les genres, les bons comme les mauvais. Narration, construction, écriture, tout est bon pourvu que la fable et la chronique, voire plus, tiennent le bon bout.

L’essai rend plus clair ou plus complexe, au choix, mais il est pertinent. Tous les sujets sont invités, sans distinction d’aucune sorte.

Théâtre du texte ou non, c’est un art suffisamment complexe pour qu’on s’y frotte en pleine possession de ses moyens.

La musique adoucit les mœurs ou les rend prémonitoires, en chanson ou contre toute harmonie. Au clair de la Lune ou avec Boulez...

Galeries virtuelles, avec ou sans commentaires. Avec la musique, le dessin et ses corollaires vont plus vite et peut-être mieux que les langues. Même l’homme du commun ne s’y trompe pas... ou rarement.

Quelques auteurs s’entretiennent librement en essayant de ne pas sombrer dans le nombrilisme ni la morale, les deux écueils de la pensée au travail du langage et de ses esthétiques possibles.

Quelques textes à propos de et au sujet de. Il s’agit ici de faciliter la tâche du lecteur en plongeant ici et là dans le magma que la RAL,M projette au dehors. À construire encore, au fil du temps qui passe.

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