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Tome II - Mon ami Pédar
XLII - Je pourrais remettre ça au prochain chapitre, mais je suis tellement pressé de vous le dire que je vais pas m’en priver

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 Article publié le 6 décembre 2015.

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Moi, je me demandais quand j’allais épouser Balerinette. Et surtout quand j’allais la sauter. Ça me faisait tellement bander que Rondelle a demandé la permission de venir avec nous. Roger Russel n’a pas dit non et on est reparti sur la route à bord de la Cadillac, avec madame Crotal dans le coffre et les singes en train de lui pisser dessus pour lui apprendre à vivre avec le nouveau contrat social. Et qui qu’on voit faire du stop à la sortie de la ville ? Le Chinois ! Il rigole tellement que ça file le bourdon à Arto qui se met à feuilleter le registre de Roger Russel, lequel veut pas que je conduise à sa place. Je sais pas où on va, mais tout le monde a l’air d’accord pour y aller sans me le dire. Ce qui me fait bander encore plus. Rondelle en profite pour rattraper le retard qu’on a accumulé à cause de la confusion des faits et des évènements. Je m’attends à voir surgir de la nuit un hélicoptère en bonne et due forme. On croise une patrouille pépère de gendarmes occupés à comprendre le fonctionnement d’un i-phone dernier cri. Puis le monde civilisé s’efface et laisse la place à une caserne de l’armée de l’air. Un grand type que j’ai déjà vu nous envoie la fumée de son cigare en expliquant pourquoi et comment on est là. Et je suis censé avoir compris.

« Il bande toujours ? demande-t-il.

— Pas besoin de le piquer pour ça, précise Roger Russel toujours au volant.

— Vous avez amené Balerinnette ?

— Non. Mais madame Crotal est dans le coffre avec les singes. »

La tête que j’ai fait ! Non seulement on me destinait madame Crotal, une cuvée d’au moins 90 ans, mais j’avais déjà des singes. Et pas une poignée. Même que c’était des enfants gorilles. Pas beaux à voir et prometteurs de masses musculaires qui allaient me coûter les yeux de la tête. Et vous croyez que cette sinistre perspective m’a fait débander ? Que nenni ! J’étais sur le point d’éjaculer tellement j’avais l’espoir de me tromper. Le type au cigare, qui s’appelait Kol Panglas, me tapota l’épaule en signe d’encouragement et de fraternité. Il était commandeur de la Légion d’honneur. Ça promettait. Roger Russel cligna de l’œil lui aussi. Et Rondelle se serrait contre moi comme si on allait plus se quitter. La Cadillac avança de nouveau. On était sur le tarmac.

« Vous le voyez l’hélico, me dit Kol Panglas qui trottinait à côté de la bagnole. C’est toujours ce qu’on voit en premier. Y en a pas un qui le voit pas avant de passer à la vitesse supérieure. Accrochez-vous à cette vision, monsieur Hartzenbusch ! »

Pour m’accrocher, je m’accrochais. Rondelle aussi s’accrochait et ça commençait à faire mal. Roger Russel appuya un peu sur l’accélérateur et Kol Panglas, qui soufflait sa fumée, grogna en allongeant la foulée.

« J’en ai connu un qui le voyait pas, continua-t-il. Il le voyait tellement pas que je me suis mis à douter qu’y en avait un. Vous savez ce que j’ai fait, monsieur Hartzenbusch ? »

Je savais pas. Comment que j’aurais su ?

« Je l’ai descendu !

— Vous l’avez descendu, salaud ! »

Y avait que mon papa qu’avait été descendu de cette manière ignoble, alors je me suis mis à le voir, ce maudit hélico et je vous jure qu’il aurait fallu me faire très mal pour que j’avoue que je voyais rien d’autre que la surface noire du tarmac et la ligne lumineuse qui se perdait à l’horizon de la nuit.

« Je suis content que vous le voyiez, dit Kol Panglas. Ça m’aurait fait chier de vous descendre. J’ai fait ça qu’une fois et je suis pas sûr de le refaire aussi bien.

— On vérifiera une fois arrivé, » murmura Roger Russel.

J’en avais froid dans le dos. Et la bite au rouge blanc. Ce qui gênait pas Rondelle qui avait les moyens de la refroidir pour mieux me chauffer. On allait arriver où ? Je pourrais remettre ça au prochain chapitre, mais je suis tellement pressé de vous le dire que je vais pas m’en priver. J’en ai marre qu’on me prive. À force, je prends tout. Et je laisse rien aux autres. On arriverait bien au bout de quelque chose. D’ailleurs, Kol Panglas commençait à s’essouffler. Et il en avait long sur le cigare, de la cendre. Une petite chaleur qui l’empêchait de parler pour rien dire. Ça me faisait des vacances. On a pas idée de faire bander les gens juste pour qu’ils manquent pas de patience.

« Vous le voyez ? »

La question-piège. Je pouvais encore tomber dedans. Des fois, on se laisse aller à la sincérité et on se fait baiser par en bas au lieu que c’est meilleur quand ça commence en haut, tout près d’où qu’on a la langue pour s’en servir.

« Ouais. Je le vois.

— Ce que vous voyez est une illusion, dit Kol Panglas tellement essoufflé qu’il s’arrêta et se plia. Vous entendez la turbine ?

— Je l’entends.

— Et vous voyez ces gens qui vous attendent ?

— Je le vois.

— Vous vous sentez d’attaque, monsieur Hartzenbusch ?

— Comme si j’y étais ! »

La Cadillac pila. Rondelle fut projetée dans les bras d’Arto qui en profita tant que j’étais pas là. Et je mis du temps à arriver, un sacré bout de temps que je mis à profit pour réfléchir à ce que j’étais en train de faire pour payer mon loyer. J’avais peut-être toute l’Humanité à mes trousses. Et j’étais seul aux commandes d’un hélicoptère, la queue entre les mains et les pompes sur le palonnier qui n’était autre que madame Crotal dégoulinante de pisse. Dans la cabine, les petits gorilles s’empiffraient pour grandir plus vite. C’est alors que je les ai vus, ces mecs aux gueules tirées par la trouille et les mauvais traitements. Parce qu’il faut que je vous explique : il y a aussi les mauvais traitements. Tout le monde n’a pas la chance d’être bien soigné et d’être du coup capable de piloter un hélicoptère sans avoir jamais appris. Qui c’étaient, ces mecs ? Ceux qui ont lu la confession d’Arto Lafigougnasse le savent bien !

 

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