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Tome II - Mon ami Pédar
XLIV - J’étais en train de me faire la main sur la nappe de communion quand tout le monde est arrivé

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 Article publié le 20 décembre 2015.

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J’étais en train de me faire la main sur la nappe de communion quand tout le monde est arrivé. C’était aussi bien, parce que j’en avais marre d’éjaculer des hosties dans le bénitier. Ils m’ont tous caressé la queue avant de se signer. Je signale au lecteur inattentif que j’étais réveillé. Je dormais plus. Et je revenais de nulle part.

Ça m’avait excité. Je savais plus quelle langue je parlais avant de devenir dingue. Les vioques du quartier sont entrées les bras chargés de fleurs pour me faire tousser. Et j’ai toussé. Il fallait s’y attendre. Donc, Roger Russel a fait son apparition devant l’hôtel. Il portait une chasuble. Il a dit « Introibo ad altare Dei » et on a commencé en attendant qu’il dise « Ite misa est ». Pour ça, on était fait comme les autres. Seulement les autres ne pilotent pas des hélicoptères sans avoir d’abord appris comment qu’on les pilote sans passer pour un abruti.

Mais en plein « Agnus dei », le bedeau m’a fait savoir que je ferais mieux « d’aller faire ça ailleurs » si je voulais me marier avec Balerinette. Je suis donc sorti. Et là, les amis, j’ai vu l’hélicoptère. Et non seulement je l’ai vu, mais en plus, je me trompais pas. J’ai appris à faire la différence.

Il y avait du monde autour de l’hélicoptère. D’habitude, y en a pas tant. je m’approche, prêt à poser des questions, et c’est-y pas monsieur GU qui m’arrête alors que j’allais trouver le premier mot, le plus important quand on connaît pas.

« Vous oubliez votre casque, monsieur Hartzenbusch, me dit-il d’une voix sucrée.

— Je mets jamais de casque, monsieur GU !

— Mais il faut en mettre un ! Imaginez que quelque chose vous tombe sur la tête. Vous lui diriez quoi, à votre papa ? Qu’on vous l’a pas dit qu’il fallait mettre un casque ? Vous croyez qu’on sait pas de quoi vous êtes capable depuis que vous avez la carte du parti socialiste ?

— Et Arto, il met un casque ?

— Tant mieux s’il lui tombe quelque chose sur la tête ! »

Là, j’ai senti la haine. Le désir de tuer. Et même une touche de plaisir qui se promet de revenir de vacances avec plein de photos. Ça m’a rendu roide. Les gens qui attendaient me regardaient comme si j’étais Jésus en personne et que c’était eux qu’on allait crucifier. Monsieur GU m’a mis le casque. J’entendais.

« On va quand même attendre monsieur Roger Russel, dit monsieur GU.

— Il est socialiste ?

— Pensez donc ! On fait semblant de l’être.

— Et Arto, il fait semblant d’enculer Marine ?

— Avec quoi qu’il l’enculerait ?

— ¡No me digas ! »

On a fait le tour. La turbine ronflait. Et à l’intérieur, quelqu’un pleurait. Si c’était pas pour compliquer, j’étais en train de rire. Monsieur GU riait, lui. Quelque chose me disait que j’étais un instrument. Mais lequel ? J’avais jamais appris à jouer. Bon, j’avais lu des livres. Des milliers de pages remplies de tellement d’informations que j’avais plus besoin de sortir pour aller voir moi-même. On entendait le carillon de l’enfant de chœur. J’avais été enfant de chœur moi aussi, mais c’était pas Roger Russel qui officiait à l’époque. Je me demande maintenant si c’était pas monsieur GU. GU, c’était pas les initiales de Gor Ur, qui est l’inverse de Rog Ru, le petit nom de Roger Russel ? Pas de bon polar sans message linguistique. Mais j’osais pas poser la question. Ils avaient sans doute un autre pilote et je savais pas ce qui allait arriver à ces gens qui attendaient en se lamentant et surtout en m’implorant comme si j’avais le pouvoir de changer leur destin tragique. Je dis ça maintenant que c’est arrivé. Arto a raconté tout ça en détail.

« Vous avez pas soif ? me demande monsieur GU.

— J’ai déjavellisé un peu d’eau de bénitier…

— Vous avez exporté votre système de déjavellisation ?

— J’en ai un de portable. Pas vraiment au point, mais je me risque.

— Et que se passerait-il si jamais vous buviez de l’eau pas tout à fait déjavellisée ? »

La question que se pose le lecteur et que j’attribuais peut-être abusivement à monsieur GU. J’eus le hoquet. Monsieur GU me fit peur plusieurs fois. En vain. Peut-on piloter un hélicoptère en pleine crise de hoquet ? Autrement dit : cette crise de hoquet m’épargnerait-elle l’humiliation d’avoir à montrer à quel point j’ignorais tout du pilotage d’un hélicoptère, lequel n’a rien à voir avec celui d’un avion. Mais savais-je piloter un avion ? À force de me poser des questions sans réponses, je deviendrais fou avant la retraite.

« Vous ne me demandez pas qui sont ces gens, monsieur Hartzenbusch ?

— J’ai bien failli le leur demander ! Ah ! j’avoue que j’avais la langue prête à tous les sacrifices. Heureusement que vous êtes intervenu. Ce qui ne répond pas à la question de savoir si je sais piloter un avion…

— Il n’est pas prévu que vous pilotassiez un avion, ne vous inquiétez pas. »

Ce qui, vous vous en doutez, me rassurait pas vraiment. Je suis parti avant que monsieur GU m’explique qui étaient ces gens. C’est pas lui qui m’a expliqué. On volait quand on m’a expliqué tout. Et ça pleurait ! Ça gémissait ! Yen avait même qui priaient. Et j’avais une sacrée envie de prier avec eux. Mais vous savez ce qui s’est passé ensuite. Arto vous a déjà tout raconté. Et c’était bien pire que d’avoir tué Pédar.

 

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