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Seriatim 3
Seriatim 3 - Toute société qui ne laisse pas de place aux minorités... (Patrick Cintas)

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 Article publié le 29 novembre 2020.

oOo

RÍO

S’assoit, creuse un trou pour planter un sauvageon.

Il tient un livre d’une main et l’outil de l’autre.

(lisant) Toute société qui ne laisse pas de place aux minorités ni à l’individu est une dictature.

(réfléchissant) J’ai déjà lu ça quelque part…

Place le livre sous ses fesses.

(à Blanco) Je croyais que tu t’appelais Negro.

BLANCO

Marre de ces matins

Qui ne font pas de moi

Un adepte du jour !

 

Certains se ravigotent en respirant cet air.

Pas moi. J’ai peur de travailler. On me dit :

« Tu dois faire ta part de labeur, Blanco. »

Et je dois croire aussi à ce qu’on me dit.

Au diable ceux qui m’ont fait tel que je suis !

 

Est-ce que j’aimerai quelqu’un un jour ?

RÍO

Ça devient philosophique.

BLANCO

qui n’a pas écouté.

Qui ne comprend pas qu’il a perdu ?

Le matin je cours sur la plage encore nue.

Je poursuis des crabes et je les tue.

L’esprit chahuté par l’écume aux pieds.

Je suis ici parce que je veux exister.

Mais le travail m’attend comme un voleur

Guette sa proie derrière la vitrine mouillée

Du café où nous nous connaissons tous.

La marmaille va à l’école pour apprendre

À travailler. On n’apprend pas à vivre.

« Écris-la donc, ta chansonnette, troubaba ! »

Jamais je n’y arriverai !

Je me remplis.

Je ne me vide pas !

Qu’est-ce que le monde

Si ce n’est pas un Monde ?

J’ai les mains en compote !

Ainsi donc : on peut vivre

Sans exister…

RÍO

C’est ce que dit le philosophe.

BLANCO

Et celui-là qui ne s’ennuie pas

Avec son livre sous les fesses !

 

« Ils ont des bombes, mon fils !

Et le tapis qui va avec. « Braoum ! »

Voici les moellons fruits de mon travail.

À toi le ciment ! Et baise bien ! »

 

Les joliesses de la poésie.

L’instant de les reconnaître

Sans avoir besoin de prier.

 

Le jour viendra bien une nuit

Où je deviendrai fou de rage.

Comme c’est joli ce qui est joli !

Entre le matin et l’heure d’y aller.

Cette longue nuit qui commence

Avec le jour / nous avons le soleil

Pour boire ensemble entre les heures.

 

Nous possédons tellement de choses !

Les uns plus que les autres, et les autres

En phase terminale, caressant leurs enfants.

 

Sous la surface, la même eau peuplée

Des animaux qui vivent eux aussi.

La rue déjà occupée par la vitesse.

Les clignotements des regards et des feux.

« Me reconnais-tu ? »

 

Peut-on, est-il permis de :

S’enfermer ?

« Qui produira cette électricité ? »

Personne n’a fait de moi un bonzaï.

Mais j’ai poussé dans le pot familial.

Malgré les voyages au bout de la merde.

« Les saisons, c’est 2 ou 4 »

 

Ivresse causée par la douleur recherchée

Ou la pratique de l’impression à tout bout de champ.

« Dire que j’ai appris à conduire ! Moi ! »

Ce qu’on ne fait pas comme les autres

N’existe pas.

RÍO

Dit le philosophe…

BLANCO

Descendre. Monter. Traverser. Creuser…

RÍO

C’est ce que je fais !

BLANCO

À quoi bon s’échiner sur l’œuvre à faire

Si tout ceci doit disparaître un jour ?

RÍO

Bonne question.

BLANCO

Autant se rendre utile et…

RÍO

Travailler !

BLANCO

Je ne reviendrai plus !

RÍO

Tu veux rire !

Personne ne revient.

BLANCO

Je veux être MOI !

RÍO

Pas la peine de le crier sur les toi !

BLANCO

Je ne sais même pas pourquoi je suis venu ici.

RÍO

Moi, j’y plante un arbre.

BLANCO

Je n’ai rien amené

Pour ne pas m’ennuyer.

Ils vous jettent dans le décor

Sans vous préparer à mourir.

Je suis venu sans rien.

(jetant un œil sur Río.)

On dirait que d’autres reviennent.

(pensif)

Il faudra qu’on m’explique ça.

Río sort.

Pourquoi sort-il ?

(gai)

Mais oui ! Pour « revenir » !

(excessif)

Il a laissé son embryon.

Son livre et son outil.

Mais il est sorti avec ses vêtements.

 

Ce qui explique pourquoi je suis nu.

 

Quelque chose m’empêche de sortir.

J’ai des jambes pour franchir la porte.

Mais il n’y a pas de porte / ce concept

N’existe plus ici / Je n’ai pas assez réfléchi.

(inquiet)

Il faut que je mange quelque chose.

« Mange de la poésie » / me conseille

La sagesse / c’est bon la poésie, amère

Comme le verbe et sucrée comme les noms

Qu’on lui donne / à portée de la main

/ comme si le festin expliquait

Qu’on n’arrive pas à comprendre

Pourquoi il n’y a ni commencement

Ni fin : ou le contraire : je ne sais plus

Ce qu’on m’a enseigné avant de me

Mettre au travail / nous étions pleins

En arrivant au port / « ici commence

La vie » / « ne coupez pas le son

De nos publicités : sous peine d’amende

Délictuelle » / l’amende amande, dit

Le magister en se tenant les côtes

/ mais revenons à la poésie : bonne

Ou mauvaise, ça donne envie de

Recommencer (ou de revenir) /

Souvenez-vous de la première

Éjaculation volontaire. « Ouah ! »

 

. . .

 

Le fleuve dans le canyon étriqué.

Avec la sécheresse des étés

Et les pluies de l’automne

La roche se fragmente.

 

Le cactus donne à voir

Sa structure grise.

L’iguane est bleu.

Le roseau sonore

Sans autre théorie.

À l’ombre,

L’homme prévoyant

Cultive ses papas.

 

Sommes-nous si loin de tout ?

L’olivier scintille dans l’aube.

Il y a longtemps

Que je ne suis

Pas venu ici.

Si longtemps que je ne parle plus votre langue.

Les ravines laissent pousser l’herbe.

Je ne reconnais pas l’oiseau bavard.

 

Qui ou quoi nous jette dans le décor ?

Est-ce que ça vient de l’intérieur ?

Est-ce que tout vient de cet organe ?

Qui sait ce que je ne sais pas, qui

Ne soit pas devin ou membre du clan ?

 

« Vous posez trop de questions.

Et ce ne sont pas les bonnes,

Celles qu’il est nécessaire de poser

Si ce qu’on souhaite c’est travailler. »

 

Voilà comment on jette le doute

Sur la question de notre capacité

À vivre « en même temps que les autres ».

Río revient et reprend sa position.

Je ne veux plus être ce que je ne suis pas.

RÍO

Pfff…

BLANCO

Je veux savoir ce que je suis !

RÍO

Pour qui ? Pour moi ? Pour nous ?

BLANCO

Ah ! si le monde n’était pas si complexe

On pourrait au moins le trouver absurde !

On aurait alors beaucoup de choses à dire.

RÍO

Faites comme si.

BLANCO

Mais je ne fais rien comme les autres

/ à part travailler pour paraître utile

Et mériter de la considération nationale

À défaut d’accéder à l’universalité.

Comme ça arrive aux plus chanceux.

 

Ô ma plage de sable fin

Et d’objets perdus !

Comme tes matins

Sont rêvés !

 

J’aime la méduse morte

Et la mouette traversée

Par l’hameçon rutilant

Sous ce soleil naissant

Une fois de plus.

 

Que l’écume efface

Mes pas ou mon souvenir

Ne figurera pas dans

Le roman de mon enfance.

D’un bout à l’autre revisitant

Le mode de survie.

 

Ne nous éternisons pas

Aussi facilement que

Les probables et les fins.

 

 

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