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Une aporie
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 Article publié le 28 février 2021.

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Je comparerais volontiers un grand texte à une falaise que les vagues de la pensée attaquent sans cesse sans jamais parvenir à l’entamer. Certes, l’érosion finit toujours par emporter des pans entiers de la falaise attaquée, mais, ce faisant, elle les fait disparaître, tandis que les vagues de la pensée, si elles attaquent le front de mer, n’en sont pas moins là à simplement rencontrer un obstacle.

Mieux vaut, dans ces conditions, en finir avec l’élément aqueux qui menace de nous dissoudre et mettre pied à terre, gravir la falaise avec les moyens du bord, et après beaucoup d’efforts poser enfin le pied sur une terre rude et inconnue qu’il s’agit d’explorer.

Les terres, dont on ignore l’étendue, la configuration exacte, les creux et les bosses, les failles et les sommets, les cimes escarpées et les collines douces, les anfractuosités et les combes, etc…, offrent tant et tant de parcours possibles en tous sens qu’il est possible de s’y perdre tout en choisissant tel ou tel chemin qui sauve le marcheur de l’errance et préserve la magie des terres ainsi découvertes au fur et à mesure de pérégrinations sans fin.

Abordée frontalement puis verticalement, les terres qui nous dominent de toute leur hauteur deviennent, une fois que nous y avons pris pied, un espace abordable ; dans les lointains, de nouveaux sommets à gravir nous appellent, peut-être inaccessibles, ceux-là, mais peu importe, tôt ou tard, nous irons voir tout là-bas ce qu’il en est !

L’aporie est dans la circularité vagissante d’une pensée vague qui ne parvient pas à trouver un point d’accroche qui lui permette de se hisser peu à peu non pas au sommet mais de prendre pied sur les terres dont nous soupçonnons l’existence par-delà cette verticalité intimidante qu’est toute grande pensée qui s’offre à notre sagacité.

 

Jean-Michel Guyot

6 février 2021

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Commentaires :

  Un diadème par Stéphane Pucheu

La métaphore de la falaise est pertinente de la part de Jean-Michel Guyot pour évoquer la matérialité immuable des grands textes, auxquels il faut probablement comprendre, en soubassement, les grandes œuvres ou les chefs d’oeuvre.

La promenade organique de cet auteur à travers la pierre et les sentiers est une illustration de son approche de la grande littérature : la présence métaphysique et incontournable de l’oeuvre - tel ce monolithe qui traverse toutes les époques dans « 2001, l’Odyssée de l’espace » - et la possibilité d’entrer au sein du labyrinthe narratif, au risque de s’y perdre.

L’oeuvre de référence, pour Jean-Michel Guyot, est donc une sorte de monstre séduisant qui écrase le lecteur, de toute son énigme.

J’y verrais plutôt, pour ma part, la matérialité de la leçon.

Tout chef d’oeuvre, tout grand texte est une leçon. C’est-à-dire... qu’il n’y a rien à dire. Dans mon essai « L’eau et le béton » ( 16 février 2014, RAL’M ) qui rejoint à certains égards la signification des éléments choisis par le signataire de " Une aporie ", j’évoque le double visage ou la double surface de l’oeuvre, tout à la fois source liquide absorbable et matière compacte énigmatique, interposition entre l’auteur et le lecteur, celui-ci demeurant à l’extérieur. Lorsque j’écris « Du concept de chef d’oeuvre » ( 21 juin 2020, RAL’M ), j’avance quelques éléments rationnels qui permettent de définir l’expression, incluant la réaction organique de la lecture.

Ainsi, je n’ai jamais eu l’impression de ressentir une quelconque aporie lorsque me confrontant à un grand texte ou grand auteur, mais plutôt d’entrer dans un monde qui allait participer de ma fabrique, d’homme et d’écrivain, de conscience subjective et d’auteur.

L’errance sans doute joyeuse – sinon curieuse – de Jean-Michel Guyot est donc éloignée de ma captation littéraire, rapidement synonyme d’héritage, de reconnaissance et de considération, synonyme aussi d’une interprétation inachevée du grand texte qui me conduit à spéculer encore, ainsi qu’à découvrir de nouvelles émotions dont le destin, sûrement, est de m’accompagner.


 

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