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Seriatim 3
Seriatim 3 - Et posant la plume sur la surface maintenant souillée...

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 Article publié le 18 avril 2021.

oOo

Et posant la plume sur la surface maintenant souillée

Il regarde le carreau sec et poussiéreux / « nous ne

sommes plus ce que nous avons été » déclare-t-il en

Retrempant sa plume dans l’alphabet arabesque /

L’encre matérialise les effets de la douleur sur l’esprit

:: : avant que tout soit dit / nous aimons tant l’accord

Qui aime l’accord qui aime l’accord : cherchant la

Mélodie que personne n’oubliera : car c’est ainsi

Que finit cette existence : en chanson / et il voit

Le jardin désert, l’arbre sec, la roche qui descend,

Le sentier qui s’amorce dans l’ombre : qu’est-ce

Que cette ombre en ce pays sans mur ? voici l’air

Et la voix : empruntés à la Tradition : venus de loin

Par mer : visages aujourd’hui reconnaissables :

Capitales des côtes, des voyages en arrêt, de la

« patrie » reconnaissable à ses accents ; le facteur

Salue et s’éloigne : « je ne savais pas qu’on pouvait

recevoir du courrier dans cet endroit improbable »

« vous savez au moins qui vous écrit… parce que moi

… » et : il s’éloigne en promettant de revenir si

Jamais l’autre écrit et poste : comme cela arrive

Tôt ou tard : mais ne perdons pas de temps et :

Reprenons le récit où nous l’avons laissé nous

Surprendre en pleine « crise de vers » / ton

[ici le nom du frère et une rature]

 

Comme le Monde est frais

Dit-elle au matin / pourquoi

Ne pas mourir avant midi ?

L’aube ne m’a pas inspirée

Comme elle t’a dicté la page

Qui m’a encore oubliée sur

Le feu / lait moussu de l’aube

Dans la table de résonnance

 : je suis comme j’étais enfin !

 

(ne s’agissait pas d’en écrire le roman

comme on revient devant ses juges

finalement : la place était mouillée

et la pierre recommençait sa tragédie !

« je voudrais tellement que tu comprennes

Ce qui se passe ici ! » / Blanca/Blanco

En habits de fêtes vénitiennes : soie

des nuits : pendant qu’au théâtre on

se soucie de mise en scène : notations

dans les marges / « le chant profond a

un sens comme les aiguilles du temps »

/ Nera était montée dans le train comme

prévu dans sa lettre (la dernière) dit-il

au juge qui n’en crut pas un mot : pas

un mot : sans mot il n’y a plus de nerf)

 

vous vouliez de la poésie et bien

en voilà de la toute crue sans pain

ni eau mais avec la poussière des

vitres rassemblées en une seule

fenêtre un seul jardin sans herbe

ni clôture pour donner un sens

à ce qui n’en a pas oiseau-lettre

sur la branche évoque une saine

fontaine qui n’a pas vu le jour

depuis des nuits disant reviens

avant que l’aube ne te trahisse

 

« Qu’est-ce que j’attends de toi ? »

Question posée à toute chose

Toute présence / toute patience

 

Sait (en bon tisseur) que rien n’est vrai

(tisse cependant) / que le plaisir occulte

La vérité ; que chaque matin est une scène

Encore nue : il arrive nu lui aussi et aussi sec

Se met au travail de la vue et de l’ouïe /

Question de vibration et de longueur d’onde

 : d’amplitude et de fréquence : (tisse le vent)

(le vent tisse) / et

retrouvant la guitare il en saisit le manche

Comme celui d’un outil

Et se met à jouer marmonnant des paroles

Empruntées à diverses traditions

Sans se soucier de l’effet produit

Sur l’esprit qui cherche à comprendre

De quoi il retourne :

Je suis né (chante-t-il) parce que je suis là.

Non-là je ne serais pas ce que je donne à penser.

Je vous propose de prendre la parole à ma place

Et de dire tout ce que vous savez de moi (tisseur)

Et ainsi toute chose retournée dans sa tombe.

Il ne me reste plus qu’à inventer la rime si

Ça n’a pas déjà été fait : mais qui d’autre que moi ?

Je vais vers ma solitude errante puis fixée

Pour toujours : et je vous invite à me suivre.

VOIX DE FEMME

Il la joue

Oui, oui. Je me souviens de toi. La rue

Était peuplée de tes masques. De là-haut

(dernier étage) je jouissais de toi. Sans

Témoin à la clé. Éclat de soleil des haies

Bordant l’aire de jeu. Feuilles-miroirs

D’antan. Il ne pleuvait pas. Pas encore.

Mais le vent (tissant) revenait comme

En rendez-vous. J’aime évoquer ces

Jours. L’un, puis l’autre, et enfin le

Dernier. Comme je joue bien depuis

Que je connais le texte ! Comme je suis

Vraie ! Sans doute le cadre l’est-il

Autant que moi. Nous ne sommes

Pas amoureux. Pas encore la pluie.

Vint à temps pour grossir les rus.

Dernier étage et le toit en génoise

Trouée par les oiseaux du désert ou

Des îles. Qui sait ce que nous savons

Depuis que le rythme est trouvé ?

Tu as inventé la rime avant moi.

VOIX D’HOMME

Qu’il grossit à l’envi

Oui, oui ! Et même plus ! Toi et moi

De chaque côté de l’endroit où se joue

Le texte : pluies des rideaux en vrac.

Mon frère m’écrit (non tisseur) :

nous avons tellement aimé venise l’industrie des fusions que : nous y sommes retournés : nera et moi : et aux tables de coquillages pensé à ce qui arrive quand on ne cherche plus et qu’il arrive qu’on y croie : mon cœur ne bat plus depuis : je me sentais seul malgré l’heure exacte des rendez-vous : qui ne pense pas à toi dès que la nuit revient : le même rêve depuis l’enfance : la guerre entre les hommes est animale : ici la profondeur des canaux ne se mesure pas à l’aune des on-dit : pas question des choses que tu rencontres loin de nous : nous savons ce que nous allons trouver : et nous renouons avec les plaisirs de l’an passé : nous avons nos habitudes maintenant : tu ne peux pas savoir : ce que c’est : de retrouver : le guéridon sous les couverts : nos regards entrecroisés : encore et encore : toute chose réduite à l’impatience figée comme buisson des rives mortes pour toujours : ici on revient et là : tu n’y es plus : nos corps veulent la fusion : elle prend corps : le temps de ne plus y penser : que l’élégiaque nous emporte : 6/5 : essaie donc de t’y contraindre : avec ou sans rime : quelle surface menaçante : la houle créée par les carènes : une poussière métallique sur la langue : nous avons parlé de toi à la propriétaire : des fois que tu te mettes sur nos traces : nous en laissons peut-être dans ce sens : qui sait ce que nous sommes si nous sommes deux : poursuivis par cette espèce de roman que tu écris pour ne pas exister en même temps que nous : souvenirs : cette vue de la vitrine où elle se reflète involontairement : elle n’a pas apprécié cette indiscrétion : je t’écris sans lui dire autre chose que : elle t’aime :

Chose des marais ou des lits dénaturés par la sécheresse.

« nous sommes peu de choses » reconnaît le piéton.

Qui n’aime-t-elle pas ? / Nous avons connu de meilleurs

Moments (tissant) / la joie au sens vieux : vieux par miroir

Interposé : chose des sinuosités à sec : cassure nette

Des tiges en marge de cette reconnaissance du terrain :

« nous serons propriétaires ou nous ne serons pas » /

Toujours plus haut et plus sec : le dernier arbre, mort

Lui aussi : comme toute parole prononcée pour le dire

 : personne à part des serpents, des scorpions, des :

Mythes mêlés à l’ancienne boue : à seaux la boue

Sèche des murs : l’oiseau n’est qu’une mouette,

Curieuse ou distraite : sans cri ni compagnie : seule

Dans ce ciel blanc-fusion ; nous n’irons pas plus loin

Que le dernier pèlerin : connu de tous : ni Venise ni

Paris : des lunes sans soleil : ou le contraire : ce qui

Avance est un pion : la mesure est au dé : l’amour

N’est que le temps masqué : pour tromper l’ennui

 : « par ici ! » « non, par là ! » « tu me suis ? » « toi ! »

Comme si nous n’y étions pas :

prit le train à l’heure (m’écrit mon frère) menotte avec mouchoir derrière la vitre déjà embuée j’avais la larme à l’œil et le cœur une fois de plus en vadrouille où tu sais retour à la maison tu connais ces rues ces angles les verticalités de l’automne oui c’était l’automne et le train était à l’heure car on l’attendait sur la scène d’un théâtre conçu pour elle par ton enfance et ta croissance ce qui ne fait pas de toi un adulte crois-moi j’ai beaucoup réfléchi à la question mais la distance qui nous sépare et qu’elle va franchir contient tout le roman que tu veux écrire sans trahir la poésie moi je ne comprends plus rien :

Río enfonce la guitare dans le tronc d’un arbre

Et allume une cigarette que quelqu’un lui offre.

Il fume sans se soucier de cet intrus qu’on ne voit pas,

Qu’il est seul à voir

(ici le metteur en scène signale la difficulté de la chose)

Et on entend le train qui siffle en entrant dans le tunnel.

On ne voit pas le tunnel.

VOIX DE FEMME

Ce qu’il m’a ennuyée avec sa connaissance des lieux !

A-t-on idée de voyager pour connaître !

Il y a tellement d’autres choses à faire !

Tellement de gens à rencontrer !

Mais non ! Il entre dans le monument après

M’avoir bassinée sur son aspect extérieur

(on en fait le tour au pas de course)

Et tout se met à tourner dans ma tête

Jusqu’à vomir ce que je sais maintenant

Mais que je ne comprends pas !

RÍO

Voix d’homme

Toute chose connue, de près ou de loin

/ au marais / au lit déserté / au sommet /

Dernier animal un serpent blanc / tisse

La poussière et fuit / là-haut pas plus

De ciel que sur la plage / mais la vue

Est digne des choses / la roche encore

Brûlante / nulle trace d’humidité / mot

Non trouvé / ne sais plus si je suis seul

Ou si quelqu’un me manque / roseau

En guise de bâton de marche / patience

Du couteau à ras de terre / en pointe

En prévision des serpents qui peuplent

Ces monts / toujours plus haute la fin

/ comment ne pas s’en inspirer ? /

Si quelqu’un me suit / ou si je suis

Venu parce que je savais / cette

Existence pour être un homme parmi

Les animaux / leur donner la parole

/ fabuliste des gîtes / plus d’herbe

Dans l’herbe / en arrêt il a peur :

Le pied sur la roche dure et sèche :

Comment et pourquoi redescendre :

C’est ici qu’on cesse de penser : mort

Avant la mort : que le lieu m’empoussière

 ! dit-il en frappant cette haute surface /

Río attend, consultant sa montre, fumant

Des cigarettes, adressant des signes aux habitants des coulisses.

Quand je saurais qui est qui (dit-il)

Alors je saurais pourquoi je suis venu

Me reproduire sur cette scène.

Roulement de tambour

Imitant la marche du train.

 

 

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