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 Article publié le 4 juillet 2021.

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Comment mesurer l’importance d’un compositeur, et pour quoi faire ?

A l’heure où tout semble se valoir, d’aucuns éprouvent le besoin de se réfugier dans un classicisme de bon aloi : à chacun ses classiques !

Un fan d’ACDC considère que son groupe n’a pondu que des classiques, tout comme un amateur de musique classique ne jure que par les chefs d’œuvre de ses compositeurs préférés.

A l’aube des années 80, en pleine vague post-punk, je me souviens du désarroi dont m’avait fait part un ami qui ne comprenait pas le rejet dont faisaient l’objet ses groupes favoris qu’étaient Genesis, Pink Floyd, King Crimson et consorts, et de s’exclamer, outré : « Ce sont des classiques tout de même ! ».

L’importance historique d’un genre musical, d’un compositeur œuvrant dans un genre musical particulier, d’un instrumentiste associé à une genre musical n’est qu’historique. La postérité est une bien étrange notion : de quoi la popularité d’un genre, d’un compositeur ou d’un instrumentiste dépend-elle au juste ?

La longévité ou la brièveté d’une carrière, sa fulgurance ou sa constance, l’innovation ou, tout à l’opposé, une sure gestion d’effets bien sentis à même de satisfaire un grand nombre d’auditeurs, tout cela n’explique rien.

Il en faut pour tous les goûts, mais toujours un goût domine les autres, plus ou moins longtemps. Tôt ou tard, c’est le musée ou les poubelles de l’histoire pour tous et toutes !

Ils sont peu nombreux, les musiciens de génie, capables de synthèses audacieuses qui s’imposent par la force de l’évidence et qui sont à même de transcender toutes les époques. Les épigones et les médiocres sont légion, mais ils ne sont pas la forêt qui cache l’arbre majestueux, bien au contraire ils constituent un paysage musical multiforme qui permet à quelques rares personnalités de se distinguer du lot.

Au fond, il faut aller à l’essentiel, ne pas s’attarder outre mesure dans un genre, si prestigieux soit-il.

Un genre musical, c’est un terreau qui donne de plus ou moins belles plantes. Libre à nous de butiner les fleurs qui nous plaisent. Nos choix musicaux valent pour ce qu’ils sont : ce sont des anthologies bricolées au cours d’une vie, à ceci près que les goûts premiers, les premiers enthousiasmes sont toujours les plus forts et les plus marquants.

On n’explique pas d’abord une esthétique, on la ressent ; c’est une vibration qui emporte notre adhésion, nous fait vibrer à notre tour, quel que soit le genre musical mis en jeu.

Pour ma part, je ne vois que trois musiciens américains absolument uniques : Don van Vliet alias Captain Beefheart, Frank Zappa et Jimi Hendrix.

Blues, jazz et musique atonale s’y côtoient pour le meilleur.

Et Un Département, la STPO, le DDAA, vous connaissez ? ça se passait en France au temps jadis.

 

Jean-Michel Guyot

5 juin 2021

 

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Commentaires :

  Légende par Stéphane Pucheu

Le propos de Jean-Michel Guyot nous remet au cœur du sujet, à savoir le conflit entre relativisme et verticalisme.

Avec, il est vrai, une once de nostalgie.

Celle-ci est-elle l’apanage des anciens ?

Ne faudrait-il y voir, plutôt, le ressouvenir d’un Eden détruit par les ruines actuelles ? Les jeunes générations, dès lors qu’elles opèrent un effort de curiosité, le reconnaissant elles-mêmes ?

L’avantage pour ces dernières est précisément d’avoir accès à tous les noms cités par Guyot, et de prendre conscience de la valeur de ce trésor.

Prendre appui, par exemple, sur les grand-messes mercuriennes au cours desquelles les aficionados incarnaient la noblesse du rassemblement, le recueillement personnel et collectif – la communion en un mot – manifestant un profond respect pour les vecteurs hautement vivants qu’étaient sir Freddy, Jimmy Hendrix, The Pink Floyd et tant d’autres. Il en est de même avec les compositeurs tels que Jean-Sébastien Bach ou Ligeti, ou bien encore Michel Legrand dont le cinéma inspirait souvent ses notes, trois compositeurs additionnant talents populaire et aristocratique. Tandis que l’aristocratie de certaines icônes de rock ou de pop – The Doors ou David Bowie par exemple – se diffusait aisément au sein du peuple.

Nous somme bien dans la hiérarchie des valeurs qui existera toujours, et qui donne un sens aigu de la vie, véhiculée par le concept d’émotion ou d’intelligence organique.

Lana del Rey en est un bel exemple contemporain, qui prend des notes tous les jours afin d’éviter l’invasion mélodique de son cortex, des notes qui lui serviront pour de futures compositions. Belle extraction d’un art mineur, celui de la chanson.

Les compositeurs de talent procurent un plaisir total qui dépasse le sens.

J’ai dit de talent car je ne crois pas au génie. Je crois au talent, parfois immense, à partir duquel le créateur applique à merveille la patine du travail pour produire le meilleur de lui-même.

Mettant l’accent sur le goût d’une esthétique, Jean-Michel Guyot a parfaitement raison, car il s’agit bien de sentir la centralité d’un concept qui définit souvent notre sensibilité, ou la fait advenir.

« Dis-moi qui tu écoutes et je te dirai qui tu es ». La musique, au fond, c’est un peu comme la littérature.

Quant à la postérité, elle n’est pas difficile à définir : les classiques ont tous été des révolutionnaires. C’est avec le temps qu’ils deviennent incontournables. Et qu’ils se transforment en humus historique.

Les légendes vivantes, ainsi, deviennent immortelles.


 

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