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II - post meridiem
Kateb K. s’en vient - chapitre XIX

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 Article publié le 13 novembre 2022.

oOo

Comme je disais, Kateb K. posa son pied athée sur le tarmac de l’aéroport de Barcelone un dimanche, d’après le témoin signalé chez Barman (mais je ne sais plus par qui). Jehan Babelin ne se trouvait pas là par hasard, mais il n’attendait pas Kateb K. Il était en fuite et comptait bien se trouver à Melilla le lendemain au plus tard. Que fuyait-il ? Si on lui avait posé la question (il pleuvait à grosses gouttes et le tarmac avait maintenant l’air d’un lac où se reflétaient les tours et les masses déformées des carlingues moins rutilantes que sous le soleil), il aurait dit : « La mort ! » mais il était seul et jouissait tranquillement de cette solitude quand il aperçut la silhouette de l’Arabe qui marchait à petits pas hâtifs sous un parapluie martelé par la pluie et secoué par un vent tournoyant. Il se leva, laissant son journal sur le siège qui reprenait sa forme anonyme, et s’approcha de la baie vitrée que la pluie. Son haleine ne forma pas de buée. Il n’eut pas à y tracer un judas. Il se contenta de remettre ses lunettes de soleil sur son nez à peine luisant. Il ne recula pas, malgré la proximité décroissante du poète arabe qui suivait les jambes nues d’une beauté qui ne lui appartenait pas et en effet elle bifurqua pour aller déposer ses lèvres sur une autre bouche. Kateb pénétra dans le hall et aussitôt Jehan Babelin entreprit de le suivre. Il ne savait pas encore s’il allait l’aborder. Vingt ans avaient passé depuis que. Il se faufila entre des tourniquets, soucieux de ne pas perdre de vue ce qu’il considérait déjà comme sa proie. Puis Kateb s’assit à une table et commanda un café qui arriva entre un pouce et un index. Jehan rajusta sa cravate de soie récemment étuvée. Il évita un mozo qui planait avec un plateau et quand il arriva sur Kateb, celui-ci l’avait reconnu depuis un moment. Il s’était même levé et il tenait le même journal contre sa cuisse, la tapotant comme s’il exprimait ainsi son impossibilité de trouver les premiers mots, espérant sans doute que Jehan Babelin les prononçât à sa place. Ces mêmes mots. Jehan n’attendit pas d’y être invité et s’assit sans rien dire. Il considéra le journal qui revenait sur le guéridon entre un bonnet de laine genre marin au long cours et une tasse vidée sans son morceau de sucre, ce qui lui rappela qu’il avait laissé le sien sur le siège qu’il occupait depuis la veille. Heureusement, il avait pris soin de mettre sa valise à la consigne et la clé (il vérifia) était bien dans sa poche. Ils se regardaient depuis une bonne minute quand Jehan prit enfin la parole :

— Vous allez à Castelpu, je suppose… ?

— J’y vais. Et vous savez pourquoi.

— À votre place, je m’enlèverai cette idée de la tête.

— Je ne le tuerai pas. Une explication… J’ai besoin de…

— Lazare attend déjà. Il n’est pas rentré chez lui. Anaïs…

Mot qui provoqua une petite contraction des joues fraîchement rasées de l’Arabe.

— Je me doute que… commença-t-il.

— Vous ne me demandez pas ce que je fais là… ?

— Vous pensez m’empêcher d’aller plus loin.

— Je vais mourir.

— Vous avez toujours été sur le point de mourir, Jean… Et…

— Je sais ce que vous allez dire !

Le mozo s’approcha. La même tasse. Même pouce. Même index. Jehan se pencha sur le côté et le mozo posa la tasse. L’ayant lâchée, sa main empoigna le journal qui passa au-dessus de la tête de l’Arabe.

— Ce monsieur là-bas souhaite lire les nouvelles, dit le mozo.

— Vous n’avez pas un autre exemplaire ? rouspéta Jehan.

— Laissez tomber.

Kateb K. regarda le mozo s’éloigner, le journal contre la cuisse, la tapotant au rythme des pas, exactement. Jehan retrouva son calme dès la première gorgée. Il eut envie de sortir la langue pour la soumettre, toute brûlante, à la fraîcheur du matin. Un grand paravent transparent coupait le vent. Menaçait-il de se renverser ? Dans ce cas il tomberait sur la tête de l’Arabe.

— Où allez-vous mourir cette fois… ?

— À Melilla. Je connais quelqu’un qui…

— Au Nevada, le condamné choisit de mourir ou pas.

— J’ai choisi la demeure d’une vieille connaissance…

— Vous n’avez pas dit « quelqu’une… »

— Non. Je ne l’ai pas dit. (untemps) Vous feriez mieux de retourner chez vous. Ou de visiter le pays. Il y a beaucoup à voir d’ici à l’Andalousie.

Kateb haussa les épaules, signe de fatigue ancienne. Il ne mit aucune énergie dans ce geste. Ou alors il en manquait. Jehan Babelin acheva son café dans un grand bruit de succion qui fit lever les yeux du mozo plus loin derrière le comptoir.

— Nous pourrions perdre du temps dans la ville, proposa Jehan Babelin. Il y a beaucoup à voir…

— Si ça vous chante… Je repars ce soir.

— Je ne vous accaparerai pas au point de vous empêcher de vaquer à vos barcelonnaises affaires.

— Et bien allons !

Kateb se leva péniblement. Son parapluie s’égouttait plus loin.

— Nous en aurons besoin aujourd’hui.

Jehan sortit de la terrasse et mesura l’intensité de la pluie en lui offrant son vieux visage. Puis le parapluie s’ouvrit, cachant le gris du ciel. Ils allèrent de concert.

 

*

 

Jehan Babelin lui parla de tout. De tout ce qu’il savait de l’actualité du moment depuis qu’on avait annoncé la nouvelle de la libération de Ben Balada. Il avait un jour entendu Kateb K. grogner entre ses dents un « je le tuerai » et depuis il attendait que ça arrive, mais que ça arrive comme une fin, parce que cette histoire, il y avait longtemps qu’elle empoisonnait le moindre de ses récits. Une fois Ben Balada mort et enterré, pensait-il depuis vingt ans, on prendra un autre temps pour penser à autre chose. Il prenait régulièrement des nouvelles du reclus, mais celui-ci ne mourrait pas, au contraire il augmentait le sens de l’existence au point de le compliquer et finalement de le rendre aussi illisible qu’une page de Finn. Kateb K. avait lui aussi attendu tout ce temps et sans doute que rien n’était arrivé dans sa vie pour dire le contraire ou au moins quelque chose de facilement différent. Kateb K. constata, devant un riz noir, que les ongles de Jehan Babelin étaient toujours aussi rongés. Les siens étaient plutôt soignés ; il ne se servait de ses mains qu’à bon escient et il en était presque fier, bien qu’il n’en parlât à personne. De toute façon, quand il parlait à une femme, c’était pour parler d’autre chose. Jehan Babelin comprendrait cela s’il lui en parlait, mais il n’en parla pas. Le marli de leur assiette témoignait d’une encre étrangère à leur propos, mais ils s’y attardèrent, en savants gastronomes habitués à ne jamais perdre le fil de leur jouissance. Ils ne se regardaient presque pas, tout juste au moment de constater l’approbation ou le doute et s’il y avait doute, cela ne durait pas et on passait à autre chose. Puis le repas s’acheva au moment des conclusions. Pas un mot sur Ben Balada, sur Lazare ni surtout sur Anaïs. Dehors, la pluie achevait de dégouliner sur les vitrines. Jehan Babelin proposa de coucher à l’hôtel.

— Mais c’est que mon vol est prévu pour ce soir… !

— Profitons de la soirée pour nous mettre d’accord sur la conduite à tenir.

— Vous n’allez donc pas mourir à Melilla ? Vous avez changé d’avis… ?

— Je ne veux pas que ça se termine comme ça !

Jehan Babelin n’avait pas crié, mais sa voix était montée d’une octave. Kateb K. se réfugia sous un linteau. Jehan se blottit sous l’enseigne, la pluie battant son visage tourmenté par cette idée peut-être stupide mais il n’en connaissait pas d’autre. Une fois encore, Kateb K. haussa ses minces épaules de coureur de fond.

— C’est Lazare que je veux voir, dit-il comme s’il récitait un poème à une assemblée de vieilles filles qui n’ont toujours pas intégré les règles de la pétanque. Je me fiche de Ben Balada. Il peut aller où il veut. À Melilla ou ailleurs, je m’en contrefous !

— Il ne veut pas mourir !

— Qu’est-ce que vous en savez ?

En général, Kateb K. ne posait pas ce genre de question. Il ne demandait jamais à quelqu’un qui lui imposait son idée de la justifier ou en tout cas de l’illustrer par l’exemple. Mais cette parole, sans doute de trop, bien que Jehan Babelin ne montrât aucun signe d’irritation, était sortie plus de lui-même que de sa bouche. Il céda enfin :

— Bien, dit-il comme s’il s’efforçait de joindre ses épaules comme on le fait avec les mains. Allons à l’hôtel. J’en connais un…

— Nous partagerons ma chambre. J’en ai parlé au gérant, un type tout ce qu’il y a de…

— Vous avez… ! Vous saviez que… Vous êtes venu pour…

— Hâtons-nous si nous voulons le surprendre !

Kateb K. ne releva pas cette parole sans doute pleine de sens. Il connaissait Jehan Babelin pour l’avoir fréquenté à l’époque où. Il l’avait même lu. C’est dire.

 

*

 

 Le lendemain matin, pas loin de midi, Kateb K. s’envola. Jehan Babelin respira longuement cet air de kérosène, puis il se rendit à la gare de chemin de fer, car il avait décidé d’aller jusqu’à Algesiras où il embarquerait sur un ferry. Entretemps, il s’attarderait un peu, il réfléchirait, il remettrait sur la table le projet de mourir aussi loin de chez lui, même chez une amie qui possédait une belle demeure avec tout ce qu’il faut pour y vivre les derniers moments d’une existence qui avait finalement perdu ce qu’il avait cru lui avoir arraché. Mais il ne connaissait rien en matière de poison et cette amie avait une grande expérience de la toxicité et de l’oubli. Il l’aimait comme s’il l’avait épousée. Il dormit dans le train. Il s’endormit avant d’avoir lu la totalité du manuscrit que Kateb. K. lui avait confié. Voici ce qu’il lut et donc ce qu’il n’eut pas le temps de lire jusqu’au bout car le train s’arrêta à Alicante où il avait prévu de méditer avec des prostituées de sa connaissance. Dans la chambre toute orientale, il s’aperçut qu’il avait oublié le manuscrit dans le train. Heureusement, nous l’avons conservé (nous étions du voyage). Le voici :

 

(Ah oui ! J’oubliais… Pendant que Jehan Babelin voyageait en train, l’avion de Kateb. K. atterrissait à Blagnac et à peine plus tard il était assis sur la banquette arrière d’un taxi qui filait à travers les coteaux puis il contempla la vallée et sa muraille de montagnes encore enneigées par endroit. L’édition du matin de La Méridienne montrait sur trois colonnes Ben Balada sortant de la prison, immobile entre deux sacs gonflés comme des outres, devant la porte refermée, disait la légende, pour toujours, en tout cas en ce qui le concernait, il fallait l’espérer. À peine était-il fait allusion, dans l’article qui entourait ce cliché, des raisons qui avaient motivé cet enfermement. Il n’y avait cependant pas un enfant sur la photo. Pas de femmes non plus. Quelques hommes que Kateb K. s’efforça de reconnaître, mais le temps avait remodelé ces visages à sa façon. Certes Kateb K. avait conservé son allure de berger de l’Atlas, mais il avait perdu l’essentiel de son énergie et se sentait maintenant incapable de tuer, même le pire de ses ennemis. Il n’avait d’ailleurs emporté aucune arme ni ne savait où s’en procurer une, même la plus féminine. Il ignorait ce qu’il venait chercher. Il savait ce qu’il trouverait. Ou bien il se garderait de trop s’approcher et se contenterait de quelques poignées de main, si jamais on se souvenait encore de lui. Anaïs ne pouvait pas l’avoir oublié, le comte moins encore, qui le haïssait sans doute avec autant de retenue que jadis. Lazare savait ou ne savait pas. Kateb K. ne savait pas que Lazare savait. Et Lazare savait que son père l’aimait. Le taxi enfilait les virages de cette départementale trouée. Des églantiers et des caroubiers frôlaient la carrosserie. On entendait le jet des graviers nouveaux. Le chauffeur pestait dans son maïs imbibé de salive. Sa nuque dégoulinait. Le temps était à l’orage.

— Je me doute que ce n’est pas votre pays, dit le chauffeur. Mais vous y avez peut-être passé votre enfance. On vient souvent de loin pour apprendre à vivre comme nous. Vous avez quelqu’un au cimetière ?

— Non. Personne. Je ne suis jamais venu.

— Pas même en vacances ? Le pays est accueillant pourtant. On n’y vient que pour retrouver ce qu’on a perdu ailleurs, té !

Kateb considéra ses mains noires. Il ne portait plus de bagues depuis que. L’image de Jehan Babelin nu sur le balcon à l’hôtel. Il sortait de la douche. La nuit était noire. On entendait la rumeur. Kateb avait enfilé une petite laine. Je crois qu’il avait choisi ce moment pour extraire le manuscrit de sa valise. Il l’avait feuilleté sous la lampe qui sortait du feuillage séparant les terrasses. Il ne lisait pas. Il rencontrait des passages, les uns oubliés, les autres revenant en mémoire, comme le galet ricoche vers l’amont ou plus facilement vers l’aval. Ces torrents alimentaient ses décors de théâtre. Jehan ajusta une robe de soie qu’il ceintura serrée. Il prit place enfin sur le transat où il avait déjà abandonné son humidité. Il voulait bien lire ce manuscrit avant de mourir, mais se demandait à quoi bon, puisqu’il allait mourir et Kateb ne savait qu’objecter à cette conclusion définitive. Ça s’était passé comme ça. Et pendant que le chauffeur cherchait à se renseigner, des fois que ça intéresse les autres, Kateb se demandait encore pourquoi il avait accepté de passer la nuit avec Jehan Babelin qui ne pouvait pas savoir qu’il avait achevé son interprétation des évènements qui avaient préludé à l’arrestation de Ben Balada et à sa condamnation, son enfermement, puis il avait dû imaginer la suite parce qu’Anaïs avait cessé de lui écrire et il s’était lui-même enfermé, avec vue sur l’Atlas et une femme au balcon. Il commença par expliquer qu’il n’avait jamais pu écrire sur le sujet. Pendant des années, ce manque, cette douleur d’avoir perdu un fils pour toujours. Et pas une femme pour comprendre ça ! Sa mère étant morte depuis longtemps. Et aucune de ces inconnues ne lui paraissait susceptible de s’en émouvoir au point de l’aimer. Il avait touché à des filtres, avait un peu perdu la tête, sans toutefois infliger la douleur, ni l’apprécier pour lui-même. La chambre où il travaillait était presque secrète. Qui y entrait à part lui-même ? Il en sortait sans jamais la perdre de vue. Il y revenait pour constater que rien n’avait changé : le texte n’avait ni de commencement ni de fin et ce qu’il trahissait de vrai n’éclairait rien qui eût quelque valeur au moins lyrique. Il considéra la nuque goutteleuse qui servait de pivot à une tête ivre morte de potins.

— Je vous dépose où ?

Bonne question. Il ne connaissait pas les lieux. Ou s’il y avait séjourné, c’était par l’intermédiaire des récits qu’Anaïs versait dans son oreille, sur l’oreiller ou sous les arbres, l’eau fuyant toujours dans le même sens. Ces jouissances avaient compté, il en était sûr maintenant, alors qu’il avait longtemps douté de leur réalité, du temps de son enfermement et surtout de son silence peuplé de conversations anodines ou simplement utilitaires.

— Je ne sais pas. Je vous ai dit que je ne connais pas…

— Vous ne m’avez rien dit. Mais si vous ne connaissez pas…

— Non. Je ne connais pas.

— On se rafraîchira chez Barman.

Kateb ne réagit pas à cette familiarité. « On est comme ça à la campagne ! » Anaïs recueillant l’eau dans la conque de ses mains puis aspergeant le visage déjà hâlé, comparant les peaux, éblouie par la profondeur du noir et la surface somme toute ordinaire du blanc. Pourquoi ne pas le dire ?

— Ce sera compris, fit Kateb sans y penser.

— Monsieur est trop généreux ! rit le chauffeur.

Jehan Babelin était allé mourir ailleurs alors qu’il était ici chez lui. On devrait mourir chez soi, tel qu’on est devenu. Ou tel qu’on n’a pas changé. Chacun voit midi à sa porte. Qui parle ? Le chauffeur ? Les arbres se succédaient de plus en plus vite. De temps en temps, un pré s’éternisait, puis les feuillages interrompaient cette espèce de repos et la vitesse reprenait toute l’importance que le chauffeur voulait lui donner. On arriva avant midi ou peu après. L’été régnait en maître de la lumière. Il fallut cacher son regard derrière des verres fumés. Les façades en devenaient tristes, d’autant que tous les volets étaient fermés. La voiture pénétra sur une place puis stoppa dans l’herbe calcinée. Un platane écrasait cette ombre chimérique. Le chauffeur n’attendit pas que Kateb eût jeté un œil sur la banquette, des fois qu’une de ses poches eût profité de l’occasion pour se vider de son contenu, ce qui était arrivé dans l’avion, mais il n’en parla pas au chauffeur qui se retourna et attendit que son client sortît de la voiture et eût claqué la portière pour actionner sa commande, puis il reprit sa marche et se dirigea vers l’extérieur de la place. Rien ne clignotait. Et le silence imposait ses épithètes. On finit toutefois par apercevoir des rideaux jaunes suspendus à des anneaux de chrome piqué de mouches. Le chauffeur se retourna et sortit sa langue en haletant.

— Quand on veut on peut, dit-il et il poussa la porte.

La salle était plongée dans une fraîche et transparente obscurité. Derrière le comptoir, le barman torchonnait des verres. Sa moustache se souleva d’un côté. Il sortit quelque chose de sa bouche, mais ce n’était pas sa langue. Le type qui s’appuyait de toutes ses forces sur le zinc releva la tête pour en faire autant, peut-être par imitation, ou parce que c’était la coutume locale. Le chauffeur frappa le comptoir en riant. Il voyait le nègre dans le miroir. Un nègre moitié nègre moitié arabe, si vous voyez ce que je veux dire, semblait-il expliquer au barman et au client qui avait repris sa position, plié sur le tabouret qui retenait ses fesses et posé sur ses mains quant au menton qu’il avait baveux maintenant que j’y pense. J’étais là moi aussi, mais discret et je n’en revenais pas : Kateb avait vieilli, ça je ne peux pas le nier, mais il n’avait pas changé, alors qu’il ne me reconnaissait pas. Je ne savais pas quoi faire. Lui offrir un verre en signe de bienvenue alors qu’il n’était pas le bienvenu, selon mon point de vue ? Ou laisser ce grossier chauffeur avaler ce que Kateb proposa de payer s’il ne l’offensait pas de cette manière…

— Pensez si ça m’offense ! J’avais une soif !

— T’emportes pas de quoi dans ton carrosse ?

— Je bois jamais d’eau, à cause de mes reins.

— Moi j’arrive plus à pisser, dit le client.

— Tu devrais boire de l’eau. Mais moi, comme je conduis, je peux pas me permettre de pisser en route. C’est que ça leur tarde d’arriver ! Alors j’attends qu’on arrive…

— Et tu pisses à quel moment, si on peut savoir… ?

Je m’approchai. Je le voyais dans le miroir, exactement comme le chauffeur l’avait vu, mais pas avec le même sentiment, tu penses ! Il ne m’a pas reconnu. Je l’ai appelé par son nom et il ne m’a pas dit, comme toi quand je te faisais la cour (tu te souviens ?) « comment vous savez mon nom ? » que je savais pas quoi répondre et que j’ai rien répondu, tu te souviens ?)

 

 

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