Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Auteurs invités [Forum] [Contact e-mail]
AUTEURS INVITÉS
Depuis avril 2004,
date de la création
du premier numéro
de la RALM.
La tête carrée (ebook)
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 4 décembre 2022.

oOo

« J’écris pour que mon corps prenne moins de place. »

PDF EPUB

« on peut toujours se prendre tout un peuple dans la face ou s’engouffrer dedans sans n’y rien comprendre et là c’est quand on veut sortir qu’on veut comprendre quelque chose au moins comment sortir entier ou comment sortir un bras, rien qu’un bras pour voir pour toucher un peu ce qu’il y a autour, on ne sait jamais si quelqu’un passe par là il vous aidera un peu et puis après on peut faire connaissance peut-être parler au moins de ce qui vient d’arriver de la douleur au bras ou du soulagement de l’après-douleur ou de cette rencontre qu’on voudrait honorer parce qu’on vous a sorti de quelque chose d’autre que la vie ce qui n’est pas rien et si c’est vous qui passez par là que ce soit un bras ou une jambe avant de tirer vous pouvez toujours crier JE SUIS LA comme ça l’autre sait qu’il n’en a plus pour longtemps, il sait qu’on va tirer ce qui dépasse, sa jambe ou son bras et qu’il va sortir de quelque chose qu’il pourra voir du dehors, de quelque chose d’autre que la vie ou la mort, et entre lui et vous il passera un courant d’air un léger mouvement l’air de rien qui changera peut-être quelque chose quand il n’y aura personne autour de vous ou dedans ou à côté de la nuit »

FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>


Commentaires :

  Un bras ankylosé que personne ne verra par René Chabrière

Il n’y aura personne autour de toi à côté de la nuit, même pas la mort qui voudrait te prendre dans tes bras, car rien ne dépasse, pas un mouvement, pas de battement de cil, pas de bouche où le vent pourrait s’engouffrer, juste un douleur au bras, persistante à force d’immobilité, un bras ankylosé que personne ne verra, ni ne pourra même le tirer, prendre un main, et puis transpercer la nuit, comme une coquille sombre car d’abord il faudrait, si par hasard quelqu’un passe par là, transvaser la vie et lui offrir un nouveau jour, pour qu’elle se déplie...

[Revue Lichen]


  La tête carrée (ebook) par Lalande patrick


  La tête carrée (ebook) par Catherine Andrieu

La Tête Carrée ou l’art de danser sur le fil des certitudes

Il est des livres qui n’ouvrent pas seulement des pages, mais des passages. Des brèches dans le mur épais de nos certitudes, des embrasures grandes ouvertes sur le vent du large. La Tête Carrée de Jean-Claude Goiri est de ceux-là : un livre qui ne se contente pas de dire, mais qui fait danser les mots à même le précipice de l’inconnu. Un livre qui ne cherche pas à convaincre, mais à vibrer.

Dès l’incipit, le corps entre en résistance : « J’écris pour que mon corps prenne moins de place. » Écrire, ici, n’est pas un simple agencement de lettres, mais un allègement, une façon de rendre l’existence plus légère que l’air, plus volatile qu’un soupir. Goiri fait de l’enfermement un immense terrain de jeux, un espace d’insubordination joyeuse.

« Je ne me promène jamais aussi bien que quand je suis bien enfermé… » Cette phrase claque comme une gifle à la logique commune. Dans l’espace contraint, il déploie ses ailes. Sur les lignes étroites qu’on lui trace, il invente mille façons de danser. L’enfermement devient alors l’exact contraire de l’immobilité. C’est le lieu où l’on apprend à prendre de l’ampleur sans jamais dépasser les marges, où l’on devient funambule de l’invisible, équilibriste de ses propres vertiges.

Chaque page de ce livre est une respiration contre la suffocation, un souffle large dans les poumons comprimés du réel. Goiri y avance sans carte, sans cap, porté par la seule joie de l’incertitude. « Ne pas savoir ce qu’on cherche. Parce qu’on ne veut pas savoir. Mais chercher quand même… » Et dans ce « quand même » réside tout l’éclat du vivant, toute la beauté têtue de ceux qui préfèrent l’émerveillement au savoir, l’élan au but.

C’est un livre de traversées. Traversées de soi, des autres, du monde, à la manière de ce marin solitaire qui trace ses routes non pas à l’encre noire des longitudes mais à la lumière d’une musique intérieure. « Alors, j’ai pris ma carte en main et je l’ai chantée. » Qu’il est doux et puissant ce geste : transformer le calcul en chant, la mesure en démesure poétique.

La Tête Carrée est une invitation à rater sa marche pour mieux la concevoir. « J’ai dû la rater pour mieux la concevoir… » Ainsi, chaque trébuchement devient fondation d’un savoir nouveau, chaque chute, un envol possible. Rien ici ne s’effondre pour disparaître ; tout tombe pour renaître autrement. « Tout ce qui tombe n’est pas chute… » affirme-t-il avec cette tendre obstination de ceux qui ont compris que même les silences portent des ailes, même les creux du monde sont des germes d’étoiles.

Et que dire de cette lumière qui traverse tout le texte ?? Non pas une lumière crue, cruelle, qui dénude et brûle, mais une lumière tendre, diffuse, qui épouse les formes et révèle l’invisible. « Il n’y a plus de noir, il n’y a que la lumière pour assouvir ma soif… Nous ne sommes que lumière. » Oui, tout est là : dans cette certitude lumineuse que, malgré les failles, malgré les ombres, nous ne sommes faits que de clarté dispersée.

On referme La Tête Carrée le cœur grand ouvert, comme traversé par un courant d’air chaud et inattendu. C’est un livre qui ne se lit pas pour apprendre, mais pour désapprendre à se fermer. Un livre qui ne vous demande pas de le comprendre, mais de l’habiter, de danser avec lui sur cette ligne fragile où tout bascule et tout s’élève.

Et peut-être est-ce là, dans cet espace sans contour, dans cette vibration continue entre le pas et l’envol, que réside la plus belle des libertés : marcher encore sur la ligne, oui, mais cette fois, danser… et danser plus large encore, au point que même l’horizon s’en trouve déplacé.


 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2026 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - pcintas@ral-m.com - 06 62 37 88 76

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -

- Hébergement: infomaniak.ch -