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"Je ne parlerai qu'en présence de mon écriture (poèmes)" - éditions Douro
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 Article publié le 24 janvier 2024.

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Éditions Douro
Collection Présences d’écriture
dirigée par Murielle Compère-Demarcy

Avec une préface et une postface de Jean-Michel Guyot.

 

Des oiseaux pépiaient autour de moi. Logique : ils étaient là pour ça.
San Antonio.

 

Avec Gilbert Bourson, elle est retrouvée ! Quoi ? La prosodie de la langue française. Elle ne ressemble pas ni de près ni de loin à la castillane, l’anglaise, l’arabe… Elle dure sans doute depuis l’époque classique. Nous en usons tous les jours. Nous en reconnaissons les ondes et ses paramètres, même inconsciemment. Le poète Gilbert Bourson mieux que nous et c’est sans doute une leçon de lire à haute voix ces poèmes qui rebâtissent encore et encore ce qui n’est pas encore de la musique, loin s’en faut, mais qui l’annonce en tant que nerf de la poésie.

La musique, c’est ensuite le rythme. Gilbert Bourson s’y connaît. Il psalmodie, discourt, murmure, comme l’eau des fontaines. Arpenteur des levers du jour. Il y a d’ailleurs quelque chose de matinal dans cette poésie construite par l’hexamètre, ce qui cause souvent de fiers alexandrins. On y reconnaît l’iambe (ti TA) souvent suivi d’un spondée puis d’un trochée (ti TA - TA TA TA ti) et bien d’autres possibilités hexamétriques qui viennent à l’esprit du poète comme la pensée du matin et non pas manuel en main ou en connexion IA. Gilbert Bourson, à force d’opiniâtreté mallarméenne et de regard autour de soi, est devenu un instrument d’écriture, et non pas, comme les poétaillons en courent le risque, un graphomane ou pire un pisse-copie. Aussi vrai que l’époque est saisie d’une envie d’écrire certes louable mais qui ne s’embarrasse pas de prosodie ni de versification.

Certes la rime est oubliée par Gilbert Bourson, elle semble n’avoir ici aucune utilité, peut-être parce que ce poète n’écrit pas des chansons (1), mais des poèmes, à l’instar de (semble-t-il) ses maîtres latins, espagnols, voire shakespeariens. Ce qui ne signifie pas que la rime y est méprisée : non, elle ne fait pas partie du jeu : les variations infinies des pieds dissyllabiques et trisyllabiques pallient ou se passent de cet ornement ailleurs remarquable, mais pas ici.

C’est que la prose y est contrainte, non pas à la manière du tragédien versifiant sa prose, mais comme peut l’envisager celui sent que la poésie est la métaphysique de la prose. Il n’y a qu’à comparer la prose de Phases (2) avec ces poèmes pour voir à quel point le passage est emprunté par un habitué de la nuance et de l’attente voire du jeu à jouer maintenant et surtout sans tarder.

Bien. Mais alors de quoi parle-t-il, ce poète ? C’est bien joli de poétiser, même souvent très au-delà du prosaïque, encore faut-il que cela parle…

Que le lecteur se rassure… car le poète parle. En fait, il ne fait que cela : parler. Mais pas à la manière du portier de Macbeth qui se prive du blank verse. Gilbert Bourson, en matière de parole, et à condition, on l’a compris, que l’écriture l’accompagne en amante ou en double, promène sa langue-miroir partout où elle a le pouvoir de se glisser et ce n’est pas peu dire qu’en matière de glissement, elle s’y connaît ! A scanner darkly. Le monde est donc sinon convoqué, du moins interpelé. Le monde, l’âge, les manies, les gestes, les voisins et voisines, les rues, les étangs, ce qui vit dedans comme ce qui passe dehors et même des animaux qui n’ont pas la chance d’être doués de la parole mais que l’écriture reconnaît.

Autant dire que ce nouveau livre de Gilbert Bourson est une porte d’entrée : de là, la perspective de l’œuvre désigne son horizon et il ne serait pas inutile que la critique s’y intéresse de près. Ce que le préfacier, en la personne de Jean-Michel Guyot, entreprend ici avec toute la perspicacité qu’on lui connaît.

Au total, la collection Présences d’écriture nous propose un de ses pans les plus jouissifs à enfoncer avec de bonnes bases, certes, mais en tout cas dans le sens du plaisir que pareille présence fait mieux qu’initier. Les mots de cette écriture toute personnelle mais sans égoïsme se rencontrent toujours pour en former d’autres qui n’existent pas encore et qui promettent.

Patrick Cintas

 


1. Mais j’ai entendu Gilbert causer de Jim Morrison ou de Jean-Roger Caussimon avec reconnaissance et émotion.

2. Éditions Tinbad.

 

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