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 Article publié le 25 mai 2025.

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Si l’alouette, vous savez, celle qui a toujours faim de miroirs brisés mais étincelants

Si votre silhouette, enfin, vous savez bien, celle qui a toujours soif de fusain

Si toutes deux, dis-je, de concert échangeaient leurs charmes respectifs

Les jaugeaient longuement en opinant longuement du chef

Intriguées, perplexes finissaient d’un commun accord

Par appeler au secours une main sûre et droite

Ainsi qu’un visage amène et souriant

Peut-être en sortirait-il alors

Quelque chose de bon

 

Une œuvre d’art par exemple

*

A flancs de collines une fontaine rieuse

Mais c’est miracle à Fondremand !

 

Les gens d’ici l’appellent la Romaine

Elle alimente le vieux moulin à huile

Plus que jamais en activité

 

Tous les automnes, j’y portent mes noix

*

Source sourd d’entre les dentelles rapiécées des rochers

Sourd gaiement sous le chant entêtant des grives fauves

Pour un temps, venues s’y désaltérer longuement

*

Le visage buriné d’un saint de pierre ne connaîtra jamais les feux de la rampe

Le feu du ciel le reconnait à chacun de ses passages sans entamer jamais sa foi

 

*

Le livre, au bout de seulement quelques lignes, plongent dans les yeux du lecteur

Qui, du livre ou du lecteur, est alors pris de vertige ?

*

Cette matière vivante qui se livre à toi, qui ne prend vie que par toi et pour toi, qui libère des affects et des pensées, délivre le cœur et parfois même engage à l’action, n’est pas servile.

*

A de certaines heures, le ciel glapit

 

Jean-Michel Guyot

19 mai 2025

 

 

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  Moments par Catherine Andrieu

Il y a dans ce poème une rumeur d’ailes et d’ombre, une lente approche du mystère. Jean-Michel Guyot nous y conduit, par petites touches, comme on s’approche d’une source cachée, dans la patience du marcheur qui sait qu’il faut laisser le silence parler.

Tout commence par une alouette — mais pas n’importe laquelle : celle « ?qui a toujours faim de miroirs brisés mais étincelants ? ». Ce sont les éclats, les fragments, les éclipses qui nourrissent sa quête. Et face à elle, la silhouette — « ?celle qui a toujours soif de fusain ? » : non pas l’image pleine, mais le trait, le noir, le charbon des choses ébauchées. Entre ces deux figures, l’oiseau et l’ombre, le poème invente un dialogue suspendu, où chacune jauge l’autre, longtemps, dans une perplexité presque fraternelle.

Que faudrait-il pour que de ce face-à-face émerge une issue ? Guyot suggère : une main, « ?sûre et droite ? », un visage « ?amène et souriant ? » — une présence humaine, peut-être, capable de rassembler les morceaux, d’esquisser enfin ce qui ne cesse de s’effacer. Et l’espoir se glisse : « ?Quelque chose de bon. Une œuvre d’art par exemple.? »

Le poème, alors, nous emmène à Fondremand, où l’eau file entre les collines, anime la fontaine et alimente le vieux moulin à huile, plus que jamais vivant. Là, le poète dépose ses noix chaque automne, rituel humble et profond, comme on dépose une offrande. La source sourd entre les rochers, gaiement, sous le chant des grives venues se désaltérer. On perçoit ici toute la tendresse du regard, cette attention aux détails minuscules, aux gestes enracinés.

Mais Guyot ne s’arrête pas au paysage : il y glisse une figure immobile, le saint de pierre, buriné, qui ne connaîtra jamais les feux de la rampe. Il tient bon, visage levé vers le feu du ciel, traversé mais intact, fort de sa foi silencieuse.

Puis vient l’image du livre — vertigineuse : qui, du texte ou du lecteur, plonge le premier ? Qui fait basculer l’autre ? Le poème prend à témoin celui qui lit : cette matière qui s’offre n’est pas soumise, elle palpite, elle engage, elle réveille. Elle se livre mais ne se donne pas sans exiger en retour.

Et parfois, à de certaines heures, « ?le ciel glapit ? ». Ultime cri, presque animal, presque divin, qui traverse les lignes et nous laisse, à la fin, les yeux levés.

Jean-Michel Guyot signe ici un poème à la fois humble et profond, pétri de gestes simples, mais dont chaque image ouvre un vertige, une faille lumineuse. Un poème qui écoute le monde, qui le laisse affleurer, et qui nous rappelle que l’art naît toujours d’un frottement subtil : entre l’ombre et la lumière, entre le trait et l’envol, entre l’humain et le ciel.


 

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