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Rives, dérives et clous sur le toit (ebook - texte intégral) - à Gilbert Bourson
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 Article publié le 25 mai 2025.

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Rives, dérives et clous sur le toit (ebook - texte intégral)

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  Rives, dérives et clous sur le toit (ebook - texte intégral) - à Gilbert Bourson par Catherine Andrieu

Jean-Michel Guyot, dans « Rives, dérives et clous sur le toit », nous offre une traversée de l’être, un long chant mêlant les strates du temps, de la matière, de la mémoire. Il n’écrit pas seulement un recueil : il ouvre un passage, une brèche dans la surface du monde pour laisser jaillir une parole primitive, archaïque et pourtant intensément contemporaine. Ici, le poème n’est pas simple forme : il est chair, il est feu, il est souffle qui creuse. « Le poème est souffle, parole actée, signe vacillant, confiance au vent, allégresse et gravité avant tout lyrisme. » Dans ce souffle, nous entrons comme dans une cathédrale de vent et de terre, les pieds nus, le cœur battant.

Guyot sait qu’il n’y a pas de véritable poésie sans dispersion, sans éparpillement premier, sans fracture initiale. « Alors, alors seulement, les poèmes s’assemblent autour d’un foyer commun, un feu de joie enfin, allumé dans la nuit froide à l’approche du solstice d’hiver. » Cette dispersion est la condition de la réconciliation : sans errance, sans perte, il n’y aurait pas d’unité retrouvée. Il nous rappelle que la parole, pour être pleine, doit d’abord être brisée, éclatée, soufflée au large.

Dans ce livre, la nature n’est jamais simple paysage : elle est co-auteur, elle est l’autre moitié de la voix. Une rivière « charrie la présence du présent », un fruit pourri devient « ivresse fine » dans les mains de l’alambic, une barque envasée dit le lent engloutissement des gestes. « Même meurtrie, même défigurée, la terre a le dernier mot. » Tout ici palpite, vibre, frémit d’une tension ancienne. La mer, les forêts, les ciels ne sont pas décoratifs : ils sont les partenaires visibles d’un combat intérieur, le reflet externe d’une lutte existentielle.

Mais plus encore que la nature, c’est la méditation sur l’humain qui touche au cœur. Il y a dans chaque vers de Guyot une attention aiguë au fragile, au vulnérable, à l’inabouti. Il ne s’agit jamais d’un triomphe du poète sur la matière, mais d’un humble compagnonnage. « Main dans la main, passer le petit pont de pierre, d’une rive à l’autre sentir frémir la même terre, la même espérance pour tout ce qui est vivant, souffrant, aimant. » Voilà le cœur battant de ce livre : l’aveu que rien ne se sauve seul, que tout se sauve ensemble ou pas du tout.

Il faudrait aussi dire la sensualité incroyable des images : le corps humain, le sexe, la peau, l’haleine, tout cela circule dans le texte comme une sève souterraine. Rien n’est figé, tout est à vif, à fleur de peau. « L’enfant n’a pas des pieds d’argile / Agile-habile, il habite le ciel quelques heures, quelques jours / Puis revient s’asseoir dans le bac à sable. » Cette tendresse pour l’éphémère, pour l’instant suspendu, nous rappelle que la poésie est avant tout une célébration du passage, un art du tremblement.

Et que dire du souffle métaphysique, de cet élan qui pousse le recueil au-delà du visible ? Guyot écrit : « Une pincée de ciel suffit / La soupe primordiale a faim d’univers. » Il y a là une cosmogonie intime, une pulsation première qui traverse les pages. Chaque poème est une naissance, chaque mot une tentative pour dire l’origine, l’énigme, l’infini. La poésie de Guyot est un chant des commencements, toujours recommencés.

Jean-Michel Guyot, avec « Rives, dérives et clous sur le toit », compose une œuvre rare, lumineuse, profondément existentielle. Il ne se contente pas de dire le monde : il le porte, il l’interroge, il l’aime. Il nous invite à entrer dans cette danse des forces mêlées — dispersion, reconquête, offrande, perte, régénération. Peu de recueils osent aller si loin, avec une telle densité, dans la quête de sens. C’est un livre qui nous accompagne longtemps, qui se dépose en nous comme une rumeur d’eau, de pierre, de ciel. Un livre à lire et relire, comme on relit les signes sur le chemin, les cailloux laissés dans la nuit pour retrouver sa route.


 

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